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Full text of "Sports et jeux d'adresse"

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SPORTS 


ET 


JEUX  D'ADRESSE 


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PRÉFACE 


vrai  dire,  la  distinction  à  observer  entre  les  jouets  et 
les  jeux  n'est  pas  sans  présenter  quelques  difficultés  : 
les  premiers  s'adressant  plutôt  à  l'âge  le  plus  tendre, 
c'est-à-dire  jusqu'à  ce  t[ue  l'enfant  soit  parvenu  à 
l'âge  de  raison,  tandis  que  les  jeux  sont  réservés  à 
l'adolescence  et  quelques-uns  même,  tels  que  les  jeux 
de  table  et  les  cartes,  etc.,  semblent  plutôt  destinés  à 
servir  de  récréation  dans  les  autres  périodes  de  l'existence. 

De  même  que  les  différents  travaux  caractérisent  les  saisons,  de 
même  les  jeux  pourraient  servir  à  marquer  les  diverses  phases  de  la 
vie;  il  n'est  pas,  en  efTet,  de  moment  de  notre  séjour  en  ce  monde  qui 
n'ait  besoin  d'un  certain  repos  et  d'une  sorte  de  détente  tant  au  point  de 
vue  physique  que  moral.  Toutefois,  parmi  les  jeux,  ceux  qui  sont  les  plus 
intéressants  à  étudier  se  rapportent  plus  spécialement  à  l'enfance  ;  des 
exercices  variés  et  choisis  avec  soin  doivent  servir  à  faciliter  le  dévelop- 
pement des  divers  organes  chez  les  adolescents  :  ils  sont  désignés  d'une 
manière  plus  spéciale  sous  le  nom  de   »  gymnastique  ». 

En  dehors  de  ces  exercices  du  corps,  il  est  d'autres  jeux  plus  puérils 
qui  servent  à  délasser  l'esprit  eu  l'occupant  à  des  riens  ;  en  effet,  l'in- 
telligence d'un  enfant  est  un  mécanisme  des  plus  subtils,  dont  les  divers 
rouages  demandent  à  être  dirigés  avec  la  plus  grande  délicatesse.  L'enfant 
est  incapable  d'un  travail  long  et  uniforme,  il  a  besoin  de  la  distraction 
dans  le  sens  le  plus  large  du  mot  ;  toute  tension  d'esprit  im  peu  prolongée 
le  fatigue  et  le  dégoûte  du  travail  ;  pour  obtenir  de  lui  une  compréhension 
plus  nette  de  ce  qui  lui  est  enseigné,  il  faut  donc  que  les  heures  d'études 
soient  fréquemment  coupées  d'un  moment  de  repos  absolu,  et,  comme 
pour  le  jeune  âge  le  repos  ne  peut  consister  qu'en  un  genre  différent 
d'occupations,  il  faut  donner  à  cette  récréation  des  formes  variées  qui  la 
rendent  toujours  plus  désirable. 


Daus  la  haute  anticiiiité,  on  avait  bien  compris  l'utilité  que  pourrait 
avoir  le  jeu;  chez  les  Romains,  les  jeux  pulîlics  tenaient  une  place  consi- 
dérable dans  la  vie  journalière  ;  pour  les  conquérants  du  monde,  le  jeu 
s'était  ])eu  à  peu  transformé  en  véritable  spectacle,  où  des  athlètes  de 
profession  venaient  exhiber,  en  présence  d'une  foule  immense,  la  vigueur 
et  l'adresse  qu'une  longue  pratii[ae  avait  données  à  tous  leurs  mouvements. 

Les  jeux  avaient  pris  chez  les  Romains  une  place  si  importante,  qu'ils 
durent  être  l'objet  d'une  réglementation  spéciale.  Les  législateurs  qui 
rédigèrent  le  Code  Justinien  s'occupèrent  minutieusement  de  ce  sujet, 
permettant  certains  jeux  et  défendant  les  autres,  surtout  limitant  l'argent 
qu'on  pouvait  y  engager.  Les  jeux  de  hasard  furent  totalement  prohi- 
bés, et,  si  l'interdiction  ne  porta  pas  sur  ceux  qui  étaient  destinés  à  ftùre 
paraître  l'adresse  et  la  vigueur,  encore  ne  pouvait-on  aventurer,  en  cette 
occasion,  qu'une  somme  très  minime  aiin  (jue  le  pei'dant  ne  subît  pas  un 
dommage  considérable.  Les  ein((  jmix  permis,  mais  réglementés,  étaient  : 
la  course,  la  lutte,  le  saut,  le  saut  à  la  perche  et  le  jet  de  la  lance. 

Aux  premiers  temps  de  notre  histoire,  les  jeux  avaient  continué  dans 
la  forme  usitée  chez  les  Romains. 

Sous  les  Mérovingiens,  le  peuple  se  plaisait  aux  jeux  du  cirque,  et 
pendant  tout  le  Moyen  Age  les  combats  d'animaux  furent  une  de  ses  prin- 
cipales distractions. 

On  peut  encore  classer  sous  le  nom  de  jeu  tous  ces  tournois  et  toutes 
ces  fêtes  auxquelles  donnèrent  naissance  les  grandes  cérémonies  et  parti- 
culièrement les  avènements  de  rois.  Mais  ces  importantes  manifestations 
de  la  joie  publique  sortent  un  peu  du  cadre  de  notre  étude  et  nous  ne 
nous  y  arrêterons  pas  plus  longtemps. 

Nous  allons  maintenant  passer  en  revue  les  différentes  formes  de 
délassements  qui  ont  été  le  plus  en  faveur  pendant  les  derniers  siècles. 


CHAPITRE    PREMIER 


PREMIERS  JEUX  DE  L'ENFANCE 

Le  cerceau.  —  i.  Défmilion.  —  2.  Le  trochus  ou  cerceau  chez  les  Grecs  et  les  Romains. 
—  3.  Le  cerceau  servanL  d'accessoire  pour  les  tours  d'acrobatie.  —  4-  Hayons  placés  à 
l'intérieur  des  cerceaux.  —  5.  Matières  servant  à  la  fabrication  des  cerceaux.  —  6.  Tra- 
duction du  poème  de  Katz,  par  Feutr}'.  —  7.  De  la  conduite  rationnelle  du  cerceau.  — 
8.  Gravures  représentant  le  jeu  du  cerceau.  —  9.  Poésie  sur  le  jeu  du  cerceau. 

Le  cerf-volant.  —  1.  Délinition.  —  12.  Origine  chinoise  du  cerf-volant.  —  3.  Expériences 
de  Franklin  au  moyen  du  cerf-volant.  Ses  continuateurs.  —  f\.  Utilisation  du  cerf-volant 
pour  mesurer  la  colonne  de  Pompée.  —  5.  L'expérience  du  jardin  Marbeuf.  —  G.  Diverses 
formes  données  aux  cerfs-volants.  —  7-.  Cerfs-volants  enduits  de  phosphore.  —  8.  Emploi 
du  cerf-volant  comme  moteur.  — ■  9.  Règles  à  observer  pour  la  construction  des  cerfs- 
volants.  —  10.  Gravures  représentant  le  jeu  du  cerf-volant. 

Le  chat  et  le  rat.  —  1.  Le  jeu  du  pivot  chez  les  Romains.  —  2.  Le  jeu  du  chat  et 
du  rat  au  dix-neuvième  siècle.  —  3.  Le  jeu  de  la  corde.  —  f\.  Le  jeu  de  l'anguille. 

Le  criquet  et  le  bâtonnet.  —  i.  Origine  anglaise  du  criquet.  —  2.  Le  bâtonnet 
considéré  comme  un  des  plus  anciens  jeux  strasbourgeois. 

Les  échasses.  —  1.  Leur  définition  d'après  Pompeius  Festus.  —  2.  Les  échasses  chez 
les  Romains.  —  3.  Fable  de  Richer  sur  les  échasses.  —  \.  Les  échasses  au  seizième 
siècle,  leur  utilisation  dans  les  fêtes  publiques.  —  .5.  Combats  d'échasses  à  Namur.  — 
6.  Les  échasses  landaises.  —  7.  Représentation  arlislique  du  jeu  des  échasses. 

Le  sabot.  —  1.  Définition.  —  2.  Le  jeu  du  sabot  chez  les  Grecs  et  chez  les  Romains.  — 
3.  Le  sabot  au  treizième  siècle.  Origine  probable  de  ce  nom.  —  4-  Anecdote  sur  le  jeu  du 
sabot.  —  5.  De  la  manière  de  pratiquer  ce  jeu.  —  6.  Gravure  représentant  le  jeu  du 
sabot. 

La  toupie.  —  1.  Origine  moderne  de  ce  jeu.  —  2.  Définition  du  jeu  de  la  toupie.  — 
3.  Théorie  de  ce  jeu.  —  4-  Haber-gess  où  toupie  d'Allemagne.  —  5.  Gravures  représen- 
tant le  jeu  de  la  toupie.  —  6.  Poésie  sur  le  jeu  de  la  toupie. 

Le  toton.  —  1.  Définition  de  ce  jeu.  —  2.  Emploi  du  toton  en  place  de  dés  à  jouer. 


PREMIERE    PARTIE 


LE  CERCEAU 

I .    —    D  é  fl  11  i  t  i  o  II  ■ 

oiir  construiiv  un  cerceau,  on  se  sert  d'une  tige  de 
bois  ou  de  métal  ployée  de  manière  à  former  une 
courbe  parfaitement  ronde. 

Certains   moralistes  ont  déclaré   que   ce  cercle   de 
bois  était  l'image  de  la  vie,    puisqu'il  faut   savoir  le 
cimduire  avec  rectitude  dans  le  droit   chemin  si  l'on 
veut  arriver  honorablement  au  bout  de  la  course. 


-  4  — 


II.  —  Le  trocliiis  ou  eereeau   clie/.  les  Grecs 
et  chez  les  Itoiiiains. 

Les  auciens  Grecs  nommaient  trochus  un  instrumout  de  jeu  qui  pouvait 
se  mouvoir  et  courir  suivant  l'impulsion  (ju'il  avait  reçue.  Le  trochus  des 


LE  CKRCEAU 
d'apiiès  pii.lement,  xyiiio  sikcle. 


anciens  était  en  airain  ;  Martial,  au  livre  IL  chapitre  xxi,  l'appelle  «  le 
rapide  et  retentissant  trochus  d'airain  ».  Pour  mettre  en  mouvement  cet 
instrument,  on  se  servait 
d'une  baguette  tantôt  droite, 
tantôt  recourbée.  Une  des 
représentations  les  plus 
exactes  que  nous  ayons  de 
ce  jeu  a  été  publiée  par 
Wiuckelman  d'après  une  an- 
tique pierre  gravée  ;  on  y 
voit  un  jeune  homme  pous- 
sant son  trochus  avec  sa 
baguette  recourbée  qu'il 
tient  dans  la  main  droite,  tandis  que  sa  main  gauche,  légèrement  relevée, 
tient  une  seconde  baguette  de  même  forme  que  la  première.  Il  est  à 
supposer  que   l'on   a   voulu   représenter    les    traits  de  quelque   coureur 


Li:  CEl'.CEAU 

ll'Al'llÈS  UNE    IMAGE   l'nPlK.AIIIE  DU  COMMENCEMENT    liU    \l\'  SIÈCLE. 


fameux  qui  s'était  muni  do  deux  baguettes  poju*  pouvoir,  suivant  les 
accidents  du  terrain,  conduire  son  cerceau  indifférenniient  avec  une 
main  ou  avec  l'autre. 

Les  anciens  estimaient  que  le  jeu  du  cerceau  faisait  partie  de  la 
gynuiastique  et  ils 
considéraient  cet  exer- 
cice comme  particu- 
lièrement propre  à  dé- 
velopper la  vigueur 
musculaire  de  ceux 
qui  s'y  livraient. 

Properce  (livre  III, 
chap.  XI v),  dans  sa 
comparaison  des  In- 
stitutions de  Rome 
avec  celles  de  Sparte, 
exprime  son  regret  que 
les  jeunes  filles  ne  se 
livrent  pas  à  ce  passe- 
temps  destiné  à  déve- 
lopper en  elles  autant 
l'adresse  que  la  grâce. 

Au  point  de  vue  de  la  dimension,  les  cerceaux  des  anciens  étaient 
beaucoup  plus  grands  que  ceux  qu'on  fabrique  aujourd'hui.  D'après  une 
pierre  gravée  de  l'époque  romaine,  nous  voyons  qu'ils  arrivaient  au-dessus 
de  la  hanche  des  coin-eurs  et,  comme  ils  étaient  généralement  en  airain, 
leur  poids  considérable  exigeait  un  grand  déploiement  de  force  ;  il  en 
résultait  pour  les  coureiu's  une  vive  transpiration  qui  était,  la  plupart  du 
temps,  considérée  comme  très  salutaire. 

Oribase,  le  médecin  de  l'empereur  Julien,  dans  son  Recueil  dexlraits 
médicaux  (YII,  xxvi  ;  Œuvres^  traduction  Daremberg,  tome  I",  p.  521),  en 
conseillant  l'usage  du  trochus,  en  a  donné  une  description  détaillée  : 

Le  diamt'ti'e  du  corccau,  dil-il,  doit  êlre  inférieur  h.  la  laille  de  l'homme,  de  manière  que 
son  point  le  plus  élevé  arrive  à  la  hauteur  des  mamelles.  Il  faut  le  pousser,  non  tout  droit,  mais 
de  côté  et  d'autre.  La  baguette  de  fer,  le  propulseur  doit  avoir  une  poignée  de  bois.  Quant  aux 
plus  petits  anneaux  qui  courent  sur  la  circonférence  du  trochus,  beaucoup  de  personnes  les 
regardent  comme  superflus,  lorsque  au  contraire  ils  produisent  un  bruit  qui  cause  de  la 
distraction  et  du  plaisir  à  l'àme.  Mercurialis,  qui  cite  cet  extraitd'Oribase  dans  son  traité  sur  la 
gymnastique,  le  trouve  peu  clair  et  peu  concluant.  Il  faut  croire  qu'il  avait  raison,  car  Caylus, 
dans  le  premier  volume  de  son  liwucil  d'antiquités,  a  cru  voir  dans  ce  passage  d'Oribase  la 
description  d'un  jeu  sans  aucun  rapport  avec  celui  du  trochus. 


LE  JEU  DE  LA  CORDE  ET  LE  JEU  DU  CElîCEAU 
d'après  une  lithographie  de  1840. 


—  6  — 


III. 


I>e  cerceau  servant  d*acees.soîi'e  pour  les  tours  d'acrobatie. 


En  dehors  des  cerceaux   servant  à  la  course,  les  anciens  ont  connu 

l'emploi  du  cercle 
coiUMie  accessoire  des 
tours  de  force  et  d'a- 
dresse auxquels  se 
livraient  les  acrobates. 
Dans  le  Bampict 
de  Xénophon,  nous 
trouvons  une  descrip- 
tion bien  typi([ue  de 
cet  exercice  (jui  n'al- 
lait pas  sans  un  cer- 
tain danger  pour  ceux 
qui  s'y  livraient  : 


LES  EXERCICES   BU  CEKCEAU 
PRÉS  «  OLAWS  MAGNUS  «,  wi"  siècle. 


«  Je  vois,  dit  Socrale  (chap.  ii,)  une  danseuse  qui  se  lient  là  debout  dans  l'attente  et  qui  se 
fait  apporter  des  cerceaux.  Aussitôt  In  musicienne  se  met  à  jouer  de  la  llùte  et  la  personne  qui 
se  tient  près  de  la  danseuse  lui  passe  jusqu'cà  douze  cerceaux.  Celle-ci  les  prend,  se  met  à  danser 
et  en  même  temps  les  jette  en  l'air,  en  leur  imprimant  un  mouvement  de  rotation  et  en  calcu- 
lant la  force  avec  laquelle  elle  iloit  les  lancer  pour  les  recevoir  en  cadence.  » 

(Juelqiies  lignes  plus  loin  [iôid.)  : 

<i  On  apporte  ensuite  un  cercle  garni  d'épi'es; 
ressort  par  une  autre.  Les  spectateurs  tremblent 
qu'elle  ne  se  blesse,  mais  celle-ci  accomplit  ses 
exercices  avec  assurance  et  sans  accident.  » 


la  danseuse  y  entre  par  une  culbute  et  en 


Enfin  (chap.  vu)  : 

«  On  apporte  à  la  danseuse  une  roue  de  potier 
sur  laquelle  elle  devait  exécuter  des  exercices  éton- 
nants. Elle  devait  lire,  écrire,  etc..  ,  malgré  la 
rapidité  avec  laquelle  on  faisait  tourner  la  roue.  » 

L'emploi  du  cerceau  dans  les  exer- 
cices de  gymnastique  et  dans  les  tcuu's    ^?«^ 
de  force  se  retrouve  daus  la  plupart  des 
gravures  du  seizième   siècle  représen- 
tant des  jeux  publics. 

Daus   le   curieux  volume   de   0/aïi/s 
MaguKs^    sur   l'histoire  des  peuples   septentrionaux,   nous  trouvons    une 
vignette  représentant  des  danses  guerrières,  et,  à  côté   des  personnages 


LE  .JEU   DU  CKliCICAi: 

n'AI'BÉS  INE  GRAVUHE    ALI.EMAMiE  III"   XVril'  SIÈCLE. 


qui  s'agitent  eu  cadence,  ou  aperçoit  tout  un  gTouj)e  de  bateleurs  ([ui  font 
les  exercices  les  plus  divers  fivec  des  cerceaux  (pi'ils  tiennent  à  la  main. 

IV.  —  Ita^oiis  placés  à  rintôriciir  «l<'s  «M'rreaiix. 

Les  anciens  ont  évidemment  connu  le  cerceau  muni  de  rayons  sem- 
blables à  C(>ux  dune  roue  ;  le  long  de  ces  rayous,  ainsi  (juautour  du 
cercle  lui-même,  ils  avaient  placé  uue  infinité  de  petits  anneaux  en  métal 


LES  A.MLSKMENTS  DU  CERCEAU 

n'APliÈS     L'NE     I.ITIIOGnAPHIK     Dlî     I.K      l'IUNCE,     1823. 


destinés  à  l'ésonner  à  l'instar  des  grelots  quand  le  trochus  était  mis  en 
mouvement. 

Martial  fait  allusion  à  cette  disposition  particulière  (juaiul  il  dit  : 
«  Pourquoi  cet  auneau  babillard  court-il  dans  le  cercle  ?...  (Test  afin  que 
la  foide  s'écarte  du  brillant  trochus.  » 

M.  Dillaye,  dans  une  fort  intéressante  dissertation  qu'il  a  faite  sur  ce 
sujet,  suppose^  qu'aucun  conducteur  ne  courait  à  côté  du  trochus  ;  d'après 
cet  auteur,  les  Romains  et  les  Grecs  se  livraient  k  un  jeu  consistant  à 
lancer  le  trochus   devant   soi  de  manière  qu'il   roulât  le  plus  longtemps 


possible  saus  s'arrêter;  les  petits  anneaux  jouant  le  rôle  de  grelots  étaient 
destinés  à  annoncer  le  passage  du  cercle  rapide,  pour  que  chacun  lui 
laissât  un  lil)re  parcours. 


V.  —  Matières  servant  51  la  fabrication  des  cerceaux. 

Les  cerceaux   les   plus  usités   parmi   les  enfants    du  peuple  ont  été 
certainement  ceux   qui   proviennent  des  tonneaux.  Dans  les   statuts   des 

tonneliers  de  Paris,  du  sei- 
zième siècle,  nous  trouvons 
la  désignation  de  ce  cercle  : 

Art.  8.  —  Que  tous  cerceaulx 
tant  chastigner,  couldre,  fresne  et 
tout  autres  boys...  soient  bons, 
loyaulx  et  niarchans  (1566). 

Un  littérateur  français, 
Boulanger ,  voyageant  en 
Italie  au  commencement  du 
dix-huitième  siècle,  raj)porte 
qn'il  a  vu  dans  ce  pays  des 
jeunes  gens  lançant  devant 
eux  un  cercle  d'airain  avec 
viol(Mice,  de  façon  à  lui  im- 
primer vm  mouvement  d'une 
grande  durée. 

Le  jeu  du  cerceau  peut 
être  quelquefois  combiné 
avec  le  jeu  des  barres  ;  c'est 
une  manière  agréabh^  d(^  com- 
pliquer ce  jeu,  qui  contribue  à  le  rendre  plus  gracieux  et  moins  bruyant. 


JEUNES  FILLES  JOUANT  AU  CERCEAU 
d'apuès  les  Jeudis  lie  ma  lanle,  1820. 


VI. 


i'radiiction  «lu  poOnie  de  liaty.,  par  Feutrj . 


Feutry,  qui  a  traduit  le  poème  de  Katz  sur 
le  cerceau,    s'exprime  ainsi  : 

«  ...  Plus  loin,  c"est  un  cerceau  qui  roule  légèrement  sur  le 
sable  et  répète  sans  cesse  son  mouvement  uniforme  avec  plus  ou 
moins  de  célérité.  L'enl'ant  qui  le  pousse  ne  prévoit  pas  que  celte 
rotation  successive  est  l'image  de  la  vie  qu'il  mènera  peut-être. 
Combien  de  mortels  lui  ressemblent  ;  ils  parcourent  sans  cesse 
la  ligne  du  même  cercle  dont  ils  sont  circonscrits  ;  en  un  mot,  ils 
se  lèvent  le  matin  pour  se  coucher  le  soir.  » 


LE  CERCE.4 

d'apiiks  vicTon  aham,  : 


vil. 


—  9 


l>c  In  c'oïKliiile  r:ilii»iiiiollo  «lu  «"ercoaii 


Le  jeu  du  cerceau  est  la  vérification  d'une  loi  |)hysi([ue,  car  c'est  à 
la  force  tan!J,entielle  qu'il  faut  attribuer  lÏMjuilibre  que  conserve  le  cercle 
en  tournant.  Tant  que  le  cerceau  a  une  vitesse  suffisante,  la  force  tan- 
p;entielle  centrifuge  surpasse  la  gravité  ;  lorsque  cette  vitesse  diminue, 
le  cei'ceau  tond)e. 

On  sait  t|u'il  est  difficile  de  conduire  un  cerceau  d'une  manière 
parfaitement  droite  ;  la  raison  est  que  le  coup  donné  avec  le  bâton  n'est 
pas  toujours  régulier  et  surtout  que  la  courbe  du  cerceau  est  loin  d'être 
parfaite  ;  ces  deux  conditions  jointes  à  l'inégalité  du  sol  obligent  sou- 
vent le  cercle  à  tourner  de  côté,  et,  s'il  n'(^st  vigoureusement  ramené 
dans  la  ligne  droite  par  un  coup  bien  appliqué,  il  ne  tarde  pas  à  s'in- 
cliner tout  à  fait,    puis  à  tomber  sur  le  sol. 


VIII.  —  Gravures  repré.sentaiil  le  jeu  du  eerceau. 

Au  commencement  du  dix-septième  siècle,  nous  voyons  par  une  gravure 


LE   Cerclk  et  le  Bilbo^et 

l>  .M'IIÈS     UNE  COMroSITIO.N  DK  ('.LAlllINIi    DOUZONNEr  STELLA,   XVII"    SIÈCLE. 

de  Stella  que  le  cercle  était  l'un  des  jeux  les  plus  rechercliés  parmi  les 
enfants;  toutefois,  il  semble  que  ces  bambins  se  servent  du  cerceau  comme 


—  10  — 

d'iiue  corde  à   sauter.   Oiiel(|iies   vers  placés  au  bas  de  l'image  ne  nous 

laissent  aucun  doute  à  ce  sujet  : 

Et  j'aime  bien  mieux  les  postures 
De  ces  sauteurs  dans  le  Cerceau 
Quand  ils  prennent  mieux  leurs  mesures 
Que  le  beau  nieusnier  à  l'Aneau. 

Un  graveur  flamand,  à  peu  près  à  la  même  époque,  nous  montre  un 
adolescent  courant  à  côté  d'un  cerceau  fait  évidemment  avec  un  cercle 
de  quelque  tonneau  hors  d'usage. 

Dans  le  frontispice  des  œuvres  de  Berquin,  l'artiste  a  représenté  toute 


UNE  tîÉPIUMANDE,  ii'apuks  une  lithoghaimiie  hk  pkiai.î.e,  xix'  sikc.i.e. 


une  série  d'enfants  occupés  à  regarder  un  de  leurs  petits  camarades  qui 
pousse  devant  lui  un  cerceau  de  bois. 

Au  commencement  du  dix-neuvième  siècle,  nous  voyons  que  la  mode, 
pour  les  enfants  qui  jouaient  au  Luxembourg,  consistait  à  se  servir  de 


—  n  — 

cerceaux  munis  de  rayons  agrémentôs  de  cloclietles  et  ijiii  avaient,  toute 
proportion  gardée,  un(>  grande  analogie  avec  le  troclius  des  anciens. 

Marlet,  dans  son  ouvrage  intitulé  :  Nouveaux  lahlcnux  de  Paris ^  a 
consacré  une  planche  à  ce  jeu  du  cercle;  il  nous  fait  assister  à  une 
charmante  pai'tie  enfantine  se  jouant  sous  les  ombrages  séculaires  (uii 
entourent  le  Palais  du  Luxembourg. 

Pigalle,  dont  le  crayon  si  humoristique  est  toujours  intéressant  au 
point  de  Aue  documentaire,  nous  montre  une  maman  agenouillée  près 
de  la  gamine  qui  vient  de  déchii-er  sa  robe,  et  la  grmrmandant  en  ces 
termes  :  »  Fi  !  à  la  laide  !   » 

Enlin,  une  gravure  de  mode  de  1839  nous  montre  deux  fillettes  vêtues 
suivant  le  goût  du  jour  et  s'apprètant  à  se  livrer  au  plaisir  dn  moderne 
trochus. 

Sous  le  rapport  de  la  représentation  artisti([ue,  nous  ne  voyons  guère, 
en  fait  d'œuvre  saillante,  que  la  sculpture  de  Falguières,  que  tout  le 
monde  pouvait  admirer  au  Salon  il  y  a  (pielques  années. 

IX.  —  Poésie  sur  le  jeu  du  cerceau. 


Le  jeu  du  cerceau  a  inspiré  à  un  poète,  M.  A.  Vitalis,  une  ])etite  poésie 
qui  a  été  publiée  en  1796  et  est  in- 
titulée :  «  l'Enfant  et  le  Cerceau  »  : 

Dans  un  chemin  que  bordait  un  ruisseau, 
Rivière  si  l'on  veut  vu  la  quantité  d'eau, 

Un  écolier  avec  adresse 

Faisait  rouler  un  grand  ci^rccau. 
En  cet  endroit  le  chemin  était  beau, 
Et  l'on  courait  d'une  grande  vitesse. 

Mais  à  force  d'aller  courant, 

Le  cerceau  toujours  en  avant 

El  l'écolier  toujours  derrière 

Le  chemin  devint  fort  glissant, 

Et  la  rencontre  d'une  pierre 
Par  le  cerceau  d'abord,  ensuite  par  l'enfant, 
Les  fit  tous  deux  rouler  dans  la  rivière. 
En  beau  chemin,  chacun  se  fait  valoir  ; 
En  pleine  paix,  tout  ministre  est  habile  ; 
Mais  le  chemin  devient- il  difficile  ? 

Et  le  danger  se  fait-il  voir? 

Plus  d'un  coureur  alors  se  laisse  choir, 

El  N'ccker  n'est  qu'un  imbécile. 


—  12 


DEUXIEME    PARTIE 


LE    CERF-VOLANT 


Définition. 


Le  cerf-volnnt  ost  une  sorte  de  voile  enlevée  par  le  vent  à  une  cer- 
taine hauteur  dans  les  airs,  et 
qui  se  trouve  maintenue  en 
équilibre  par  un  long  appen- 
dice plus  ou  moins  chargé 
dénommé  la  queue  du  cerf- 
volant.  La  machine  volante 
est  retenue  par  un  léger  fd 
dont  l'extrémité  est  fixée 
dans  la  main  du  joueur. 

Quoique  le  cerf-volant  ne 
soit  qu'un  jeu  d'enfant,  nous 
lui  devons  cependant  plu- 
sieurs des  plus  importantes 
découvertes  des  temps  mo- 
dernes; à  l'heure  actuelle, 
la  question  de  locomotion 
aérienne  et  de  direction  des 
ballons  sont  trop  à  l'ordre 
du  jour,  pour  que  nous  ne 
réservions  pas  une  mention 
toute  spéciale  au  modeste 
cerf-volant,    (|ui  est  le  prototype  de  toutes  ces  intéressantes   questions. 

II.  —  Origine  chinoise  du  cerf-volanl. 

On  est  peu  fixé  sur  l'origine  pro])able  du  cerf-volant  et  quelques 
auteurs  l'ont  attrilïuée  à  l'Oi'ient.  En  etïet,  suivant  V Enajclopédie  chinoise, 
Khé-tchi-king-youen  (1),  la  tradition  attribue  l'invention  des  cerfs-volants 


LL    TCfCERYOLANT 

ll'APllKS  GIIAVELOT,    XVIIl"  SIÈCLE. 


(1)  Livi-e  IX,  f"  8. 


—  13  — 

au  célèbre  général  chinois  Hau-sin,  qui  florissait  en  l'an  206  avant  Jésus- 
Christ.  Ce  ne  fut  que  plusieurs  siècles  après  que  l'on  songea  à  les  utiliser 
pour  l'amusonient  des  enfants. 

Ce  général,  diU'ouvrage  inlitulé  Tching-th/ini-isa-lci,  convint  avec  Tchin-i,  qu'il  entrerait 
par  le  centre  môme  de  la  ville  qu'il  assiégeait;  mais  comme  il  ignorait  la  distance  qui  séparait 
son  camp  du  palais  Wei-yang-kong,  oîi  il  voulait  pénétrer  par  un  chemin  souterrain,  il  fit 
construire  un  grand  cerf-volant  qu'il  lança  par  un  venl  favorable  dans  la  même  direction. 

Le  même  ouvrage  nous  dit  «[ue  d;uis  la  troisième  période  Thai-thsing, 


A.MUSEMENTS  DIVERS  DES  ENFANTS 

d'après    une  gravure    sur   cuivre  du   XVIIl'  SIÈCLE. 


du  règne  de  l'empereur  Wou-ti,  de  la  dynastie  des  Liang,  l'an  459  de 
Jésus-Christ,  Héou-king  assiégeait  la  ville  de  King-thai.  Comme  les 
habitants  ne  pouvaient  faire  connaître  au  loin  leur  position  critique,  ils 
construisirent  en  papier  un  grand  nombre  de  cerfs-volants  et  les  lan- 
cèrent pour  demander  du  secours  au  dehors. 

Du  reste,  le  cerf-volant  est  resté  en  Chine  un  jouet  absolument 
national;  on  lui  a  donné  les  formes  les  plus  variées  et  il  est  presque  tou- 
jours décoré  des  plus  brillantes  couleiu's. 

Ce  peuple,  dont  l'ingéniosité  est  vraiment  surprenante  au  point  de 
vue  des  petites  choses,  a  eu  l'idée  de  faire  des  cerfs-volants  à  musique  ; 
pour  cela,  il  a  suffi  d'attacher  après  le  monstre  ailé  un  petit  appareil 
analogue  aux  harpes  éoliennes,  afin  de  donner  aux  spectateurs  l'illusion 


d'un  concert  céleste  h  quelques  centfiines  de  pieds  au-dessus  du  sol. 
D.aus  le  royaume  de  Siam,  le  cerf-volant  était  considéré  connue  une 
sorte  de  drapeau  national  et  chaque  mandarin  possédait  un  cerf-volant 
d'une  forme  et  d'une  couleur  spéciale  représentant  en  quelque  sorte  ses 
armoiries.  Le  roi  possédait  aussi  un  de  ces  jouets,  qui  devait  planer  dans 
les  airs  pendant  tout  le  temps  de  son  sommeil  ;  il  y  a  évidemment  dans 
cet  usage  une  idée  superstitieuse,  indiquant  la  protection  que  les  hommes 
doivent  chercher  auprès  des  Êtres  d'une  essence  supérieure  en  leur 
envoyant  un  de  ces  messagers  ailés. 

III.  —  F,.\|)épîciieos  do  FraiiUIiii  au  moyen  du  eerf-volant. 
^  Ses   coiiliiiuateurs. 

Un  résultat  plus  pratique  de  l'emploi  du  cerf-volant  a  été  la  remar- 


LE  JEU  DU  CERF-VOLANT 

D'APnKS   UNE  GBAVUnE   ANOI.AISK  nU  XV[II°  SlÈCI.l?. 


quable  expérience  faite  par  Franklin  et  dont  la  réussite  a  amené  la  décou- 
verte (in    jtaralonnerre  ;    ce    grand  savant   clunu^hait    à    démontrer   (ju'il 


existait  un  rapport  l'vidoiii  entre  l'éleclricité  et  la  l'ondro.  coiunu!  il  est 
démoutré  par  une  expérience  de  pliysi([ue  ([ue  les  corps  électrisés  se 
déchargent  sur  la  pointe  uiétalliciue  placée  à  proximité.  Il  pensa  donc 
que,  si  l'on  pouvait  envoyer  un  fil  conducteur  dans  un  nuage  chargé  d'élec- 
tricité, on  arriverait  ainsi  à  canaliser  eu  quelque  sorte  la  foudre.  C'est 
pour  résoudre  ce  problème  que  Franklin  eut  recours  au  cerf-volant. 
L'expérience  du  grand  inventeur  lui  donna  toute  satisfaction  et  il  put  aper- 


LES  CEKKS-VOLANÏS 

u'aPHÈS   un    HECI'EIL   DIÎ   «    dessus   ue   TADATIÈIIES   »,    -Wlll"^    SIÈCLE. 


cevoir  une  étincelle  électrique  courant  le  long  de  la  corde  de  chanvre 
qui  maintenait  le  cerf-volant  captif  ;  heureusement  pour  lui,  la  corde  ne 
laissa  parvenir  qu'une  faible  quantité  de  l'électricité  dont  le  nuage  était 
chargé,  sans  quoi  il  eût  payé  de  sa  vie  sa  hardiesse  d'avoir  voulu  arra- 
cher au  Ciel,  sa  foudre. 

L'expérience  de  Franklin  fut  renouvelée  peu  après  en  France  par  un 
magistrat,  M.  de  Romas,  ([ui,  paraît-il,  n'avait  pas  eu  connaissance  de 
la  tentative  de  l'illustre  Américain. 


—  16  — 

Si  M.  de  Romas  put,  heureusement  pour  lui,  exécuter  cette  tentative 
d'une  manière  inoffensive,  il  n'en  fut  pas  de  même  pour  un  membre  de 
l'Académie  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg,  le  professeur  Richemann. 
Ce  savant  avait  envoyé  dans  les  nuages  chargés  d'électricité  un  cerf- 
volant  relié  par  des  fils  conducteurs  à  un  appareil  placé  sur  sa  table  de 
travail  ;  malheureusement  pour  lui,  l'isolement  était  insuffisant  et  il  fut 
tué  par  la  décharge  électrique. 

En  1827,  près  de  Genève,  un  savant  suisse,  M.  Daniel  Colladon, 
renouvela  l'expérience  qui  avait  été  si  fatale  à  M.  Richemann,  mais  il 
prit  mieux  ses  précautions  et  put  obtenir  des  étincelles  de  près  d'un  mètre 
de  longueur. 


IV. 


Ulllisalîoii  du  cerf-volant  pour  mesurer 
la  colonne  de  I»onip6e. 


A   la  fin  du   dix-huitième  siècle,  on  employa  le  cerf-volant  pour  un 

usage  au  moins  inatten- 
du :  c'était  au  moment 
de  l'expédition  d'E- 
gypte, en  1798,  et  il 
s'agissait  de  parvenir 
au  sommet  de  la  co- 
lonne dite  de  Pompée, 
près  d'Alexandrie,  et 
qui  s'élève  complète- 
ment isolée  aux  envi- 
rons de  cette  ville  ;  on 
ne  savait  comment  y 
porter  une  corde  afin 
de  pouvoir  ensuite  en 
faire  l'ascension.  On 
imagina  d'attacher  à 
la  queue  d'un  énorme 
cerf-volant  une  longue 
ficelle  ;  le  cerf-volant, 
élevé  en  l'air,  passa 
par-dessus  la  colonne  ; 
on  prit  alors  ses  dispositions  pour  le  faire  descendre  de  façon  que  la 
ficelle  restât  engagée  sur  le  chapiteau  de  la  colonne  comme  une  poulie; 
ou  la  tira  par  un  bout,  tandis  que  l'autre  traînait  à  sa  suite  une  corde 
plus  grosse  ;  à  cette  corde  en  était  attachée  une  plus  forte   et  enfin  à 


UNE  BATAILLE  A  PROPOS  D'UN  CERF- VOLANT 

U'APriÉS    U.NE    ESTAMPE  DU  .WIll"    SIÈCLE. 


—   17  — 

celle-ci  un  grcis  ci'ihle  h  l'aide  diKjnel  iiii  matelot  fut  hissé  au  haut  du 
monument;  celui-ci  assujettit  le  càhlc  avec  tant  de  solidité,  que  deux 
architectes  Ihincais,  MM.  Norry  et  Protin,  purent  y  f^ravir  à  leur  tour 
et  mesurer  toutes  les  dimensions  de  la  colonne,  (jui  se  trouva  av(»ir 
88   pieds    6  pouces  de    hauteur. 


V.  —  L'expérience  du  jardin  Mai-beiir. 

A  peu  près  dans  le  mèn:e  temps,   on  faisait  à  Paris  une  autre  expé- 
rience avec  le  cerf-volant  ;  elle  eut  lieu  au  jardin  Marheuf,  sur   l'avenue 


(;eh1''-vola.\t  et  i'auaciiute 

ii'aimiks  la  G'/innaxliijuc  de  la  jrune.i.sf.  an  xi(ISIJ.'J). 

des  (]haiu[)s-Elysées.  Au  lieu  de  courriers  de  cartes  (1),  le  physicien 
faisait  monter  le  long  de  la  corde  des  oiseaux  mécaniques  d'un  diamètre 
moindre  que  celui  du  cerf-volant;  ces  oiseaux,  parvenus  à  une  hauteur 
donnée,  rencontraient  un  ohstacle  ;  le  choc  faisait  partir  une  détente  ; 
la  détente  communiquait  le  feu  à  une  pièce  d'ai'tifice  ;  on  entendait  une 
explosion  et  l'on  voyait  tomher  à  terre  une  liasse  de  papiers;  l'oiseau 
refermait  ensuite  ses  ailes  et  retournait  au  point  d'où  il  était  parti. 

L'auteur  présentait  ce  moyen  comme  propre  à  transmettre  les  dépêches 
importantes  dans  une  place  assiégée  ou  à  communiquer  de  l'intérieur 
d'une  ville  au  dehors,  eu  dépit  de  la  surveillauce  des  ennemis. 

(1)  On  appelle  ainsi  des  cartes  coupées  en  rond  et,  i>ercces  au  centre  d'un  ti-nu  par  lequel  on  l'ait 
passer  le  fil  du  cei-l'-volant  ;  ces  courriers,  pousses  par  le  veid,  nionlenl  en  tournoyant  jusques  au  cerl'- 
volant,  descendent  quelquefois,  remontent  ensuite  quand  le  \enl  de\  ieid  plus  considérable,  et  linissenl 
ordinairement  par  aller  se  fixer  près  de  l'atlache. 


—  18 


L'expérience  fut  bafouée  et  sifflée  parce  que  l'auteur,  après  avoir 
exigé  un  écu  de  chaque  curieux,  n'avait  pas  tenu  ce  que  promettaient 
les  termes  magniri([ues  de  son  afficlie. 


LE  CEIU'-VOLANT 

D'APnÉS    UNE  IMAGE  POI'UI.AIIIE  Dl'   COMMENCEMENT  DU  XIX"  SIÈCLE. 


M.  —  l>iv<>i'sos  formes  «loiinéc»»  aux  ccrfs-volantis. 

La  forme  classique  du  cerf-volant  est  celle  d'un  cœur  dont  la  pointe 

supérieure  serait  saillante  au 
lieu  d'être  en  creux  comme 
elle  l'est  dans  cette  figure. 

Le  cerf- volant  qui  est  re- 
présenté   par  Claudine  Stella 
affecte  la  forme  d'un  losange  ; 
toutefois,    on   peut    varier    à 
l'infini  les  figures  données  à 
ce  jeu,  à  condition  cependant 
que  l'on  ne   s'écarte  pas  des 
règles    fondamentales   de     la 
construction  de  cette  machine 
aérienne  et  des  lois  de  ré([iulihre,  sans  lesquelles  on    ne    pourrait  enle- 
ver dans   les  airs   le  cerf-volant;    c'est    ainsi  ([u'on  peut   lui    donner  la 
forme  d'un  aigle,  d'une   étoile  et  même  d'un  homme. 

J';ii  vu  eiili'ver,  dil  M.  Paulin  Desoi'iiieaux,  clans  les  plaines  de  Moiilrougc,  un  arlecjuin  fuit 
on  lalTclas  de  diverses  couleurs  ;  il  se  levait  droit,  les  bras  disposés  en  anses  de  chaque  côté 
du  corps,  sa  Iclo  couverte  d"iin  chapeau  gris  terminé  angulairement,  qui  favorisait  l'ascension 
de  la  machine.  A  terre,  il  avait  12  pieds  de  haut  ;  celui  qui  guidait  cette  espèce  de  cerf-volant, 
le  tenait  avec  un  fort  bâton  planté  en  terre,  et  un  cordeau  ciré,  dit  «  fouet  »,  remplaçait  le  111 
ordinaire.  Cette  figure,  élevée  à  près  de  oOO  pieds,  recevait  par  les  mouvements  que  celui 
qui  tenait  le  cordeau  lui  transmettait,  un  balancement  semblable  h  celui  que  se  donne  un 
homme  qui  patine  sur  la  glace.  L'illusion  causée  par  ce  petit  spectacle,  qui  ne  semble  d'abord 
avoir  été  l'ait  que  pour  récréer  des  écoliers,  attirait  cependant  et  amusait  nn  grand  nombre  de 
curieux. 

VII.  —  Corfs-volaiits  eiidiiils  «le   pliospliorei 

Le  même  auteur  parle  d'un  cerf-volant  phosphorescent,  dont  à  cette 
époque  on  se  serait  servi  pour  le  simple  plaisir  d'effrayer  les  paysans 
d'une  contrée.  Il  y  aurait  peut-être  dans  cette  idée  une  utilisation  pratique, 
qui  pourrait  être  employée  utilement  pour  faire  des  signaux  la  nuit 
dans  le  cas  oiï  l'on  ne  pourrait  avoir  recours  au  feu  d'artifice. 

En  combinant  les  effets  obleiuis  par  ce  moyen,  on  arriverait  à  créer 
une  sorte  d  alphabet  à  l'imitation  des  signes  i(ui  étaient  employés  autre- 
fois dans  la  télégraphie  oi)li(pie. 


I!l 


VIII.  —  Kniploi  (lu  <*<'rf-volnii(   <m>iiiiii<>  mioIimii-. 

Le  cerf-volant  est  doué  d'une  force  très  (•onsidér,il»le,  qne  Ton  n  en 
pinsieni's  fois  l'idée  d'ntiliser  ;  on  prétend 
qn'un  nagenr  fit  l'expérience  (le  traver- 
ser la  mer  à  la  nage  de  Douvres  à  Calais, 
soutenn  par  un  cerf-volant.  On  a  prétendu 
égal(Mnent  qu'une  voiture  contenant  une 
personne  avait  été  tirée  par  deux  cerfs- 
volants  l'espace  de  plusieurs  kilomètres  ; 
la  chose  n'est  certes  pas  invraisemblable, 
car  les  traîneaux  à  voiles  sont  d'un  usage 
courant  dans  le  nord  de  la  Chine. 

Jusqu'à  ])réseut,  la  direction  des  cerfs- 
volants  ne  semble  point  avoir  été  décou- 
verte ;  on  s'est  servi,  il  y  a  quelques 
années,  d'un  cerf-v(dant  pour  corres- 
pondre avec  la  terre  ferme  et  envoyer 
des  nouvelles  d'un  navire  échoué  à 
quelque  distance  du  rivage.  ,■  ,  "'  '^'^  '''  cerl-volant 

1  1  iii.ipi-..  ri  APIIICS  U.XIÎ    IMAGE  D  liPl.NAL,   XI.X=  SIÈCLE. 


IX.  —  Hègle.s  à  observer  pour  la  eoiistiMieliun  des  eei-fs-volanis. 

Au  point   de  vue  de  la  construction,  les  cerfs-volants  doivent  suivre 


LE  CERI   \OL\NT 

b'APnÉS   LNE   LlTHOr.nAPlIIE  DE  VICTUIt  ADAM,    XIX'    SIÈCLE. 


certaines  proportions  mathématiques  ;  l'armature  principale  consiste  en 
une  latte  de  bois  bien  droite,  de  deux  à  trois  centimètres  d'épaisseur  sur 
un  peu  plus  d'un  mètre  de  long  :  c'est  l'épine  du  cerf-volant. 


20  — 


Pour  former  l'arc,  on  se  sert  d'im  bois  flexihle  (riine  loiifj,uour  égale 
à  celle  de  la  latte  ;    les  deux  extrémités  de  l'arc  sont  reliées  au  bout  de 


\\    \\V   1)L   CFRI  V0L\M    EN   SUISSE,  n'APnÉs  i.i!  piiince,  182:î. 


l'épine  et  le  tout  doit  être  recouvert  de  papier.  On  attache  ensuite  la 
queue  au  moyen  d'un  nœud  coulant,  dette  partie  du  cerf-volant  doit 
mesiu'er  environ  douze  à  quinze  fois  la  loni;ueur  de  l'épine,  et  c'est  une 
des  parties  les  plus  indispensables,  car  elle  assure  la  stabilité  de  la  machine 
et  elle  lui  est  aussi  utile  qu'un  balancier  à  un  danseur  de  coi'de. 

L'origine  du  mot  cerf-volant  est  à  peu  près  inconnue  ;  on  suppose  que 
le  nom  a  dû  lui  venir  des  dessins  qui  recouvrent  l'armature.  Quelquefois, 
les  enfants  se  plaisent  à  remplacer  les  images  par  quelques  inscriptions 
appropriées  à  la  circonstance  et  nous  en  relevons  une  qui  ne  manque 
pas  d'originalité  : 

J'ai  vu  le  ccrf-vulanl  «'(''lever  sur  la  terre 

Bien  plus  haut  que  le  cèdre,  il  rachait  dans  les  cieux 

Son  front  audacieux, 
Il  semblait  à  son  gré  gouverner  le  tonnerre  : 

Il  méprisait  nos  accenls  superdus. 
Je  n'ai  fait  que  passer,  il  n'était  déjà  plus. 

On  a  commencé,  au  dix-huitième  siècle,  à  deviner  le  pnrti  que  l'on 
pourrait  tirer  de  l'enqiloi  des  cerfs-volants  à  condition  de  prendre  la  peine 


LE  CERF  VOLANT 

(XVIII*  SIÈCLE) 


—  21  — 

d'étudior  d'un  peu  près  leurs  pro|)rir(és.  Dnns  le  DHionuairc  des  Sciences,  des 
Arts  et  des  Métiers,  pubtié  à  Amsterdam  en  1776,  nous  trouvons  au  mot 
rer/'-vo/a/it,  celte  appréciation  que  l'auteur  ne  semble  donner  qu'avec  une 
certaine  timidité  pleine  de  réserve  :  «  On  nomme  ainsi  une  fif^ure  faite 
avec  du  papier  et  des  osiers,  qui  ne  servait  autrefois  que  de  jouet  aux 
enfants  ;  ils  y  attachaient  une  ficelle  au  moyen  de  laquelle  ils  relevaient 
en  l'air  lorsque  le  vent  était  assez  fort  pour  cela.  Mais  les  physiciens 
modernes  s'en  sont  servis  pour  tirer  le  feu  électrique  des  nuées,  en  sorte 
que  ce  jouet  est  devenu  entre  leurs  mains  un  instrument  de  physique; 
et  c'est  pour  cette  raison  que  nous  en  parlons  ici.  » 


X.  —  Gravures  roprciseiitant  le  jeu  du  eerf-volaiit. 

Le  cerf-volant  était  connu  assez  anciennement  comme  jeu  d'enfant,  et 
Stella,  quia  publié  son  recueil  en  1(357,  nous  montre  de  jeunes  i^arçons 
occupés  à  envoyer  dans  l'air 
cette  primitive  machine  vo- 
lante. Sous  la  i^ravure  de 
Stella  se  trouvent  les  quîitre 
A'ers   suivants   : 

Cliacun  à  l)ieii  jouer  prend  peine  ; 
Et  l'aulre  avec  son  Cerf  Volant 
Va  courant  à  perle  d'iialeine 
Pour  fournir  d'un  jouet  au  vent. 

i\.près  Stella,  le  cerf-vo- 
lant a  été  représenté  fré- 
quemment comme  person- 
nification de  l'air  dans  les  diverses  suites  des  quatre  éléments.  Ce  jeu, 
fort  plaisant  pour  les  jeunes  yens,  demande  une  certaine  adresse, 
tant  pour  la  construction  du  cerf-volant  lui-même,  (jue  pour  la  manière 
de  le  lancer.  Ce  sont  évidemment  ces  réflexions  (jui  ont  inspiré  à  un 
poète  anonyme  le  quatrain  suivant  : 

Enfant  !  la  fin  de  ton  ouvrage 
Me  paraît  combler  les  désirs, 
Mais  il  ne  faut  qu'un  peu  d'orage 
Pour  te  sevrer  de  les  plaisirs. 

Au  dix-huitième  siècle,  M.  L.-M.  Bonnet  a  représenté  dans  une  jolie 
composition  le  jeu  du  cerf-volant,  mais  ce  sujet  ne  semble  avoir  inspiré 
aucun  de  nos  artistes  modernes. 


LES  INCONVENIENTS  DU  JEU  DU  CERF-VOLANT 

d'aI'IiÉS     une      I.ITHOGHAPHIE     de     VICTOR      ADAM,     Xl\"     SIÈCLE. 


TROISIEME    PARTIE 


LE  JEU    DU   CHAT  ET  DU    RAT,  LE  JEU   DE   LA  CORDE 
ET   LE  JEU   DE  L'ANGUILLE 

I.  —  Lo  jeu  (lu  pivol  chez  les  Romains. 

Une  des  peintures  d'Herculaniim  nous  a  donné  une  représentation 
de  ce  jeu,  qui,  cependant,  ne  se  trouve  pas  décrit  dans  les  auteurs  anciens 
qui  se  sont  occupés  de  ce  sujet  ;  voici  quelle  est  l'explication  qu'eu  a 
donnée  rauteui'  d(\s  Peintures  d'HerruUmuiii  et  de  Pouijiéi  : 


LE  JEU  DC  PIVOT 

D'ArnÉS   UNlî  ANCIENNE   l'EINTUIlF.   D'uElir.ULANCM. 


Le  premier  enfiuil  relient  ;ivec  les  deux  niiiiiis  l"e\lréiiiitr'  d'une  coi'de  attacliée  par  l'autre 
bout  h  un  clou  ficbé  en  terre,  et  il  cherche  à  tirer  cette  corde  à  lui  ;  le  second  tire  la  môme 
corde  par  le  milieu  en  sens  inverse  et  aussi  avec  les  deux  mains,  quoique  l'une  d'elles,  qu'il 
peut  rendre  libre,  tienne  une  baguette  pliante  ;  le  troisième,  armé  d'une  baguette  semblable, 
semble  poursuivre  le  premier.  Le  jeu  paraît  consister  en  ce  que  ce  troisième  enfant  doit  tâcher 
de  frapper  le  premier,  sans  s'exposer  aux  coups  du  second  ;  d'autre  part,  le  premier  délie  le 
troisième  en  se  tenant  ta  l'extrémité  de  la  corde  qu'il  ne  doit  point  quitter  ;  et  le  second  guette 
l'agresseur  en  lâchant  de  tirei'  à  lui  celle  corde  qu'il  ne  lui  est  pas  permis  non  plus  de  lâcher. 


—  '23 


II.  —  I.o  jtMi  *lii  flial   et  ilii  rsil  au  <li.\-iioiivi<'iiic  sîOelc. 

Au  comim'ucemeiit  du  dix-neuvième  siècle,  probablement  pour  imiter 
ranti<[uité  aussi  bien  daus  les  jeux  que  dans  la  mode  et  le  mobilier,  ou 
remit  eu  houneur  le  jeu  du  cliat  et  du  rat. 

Si  nous  nous  en  rapportons  à  une  publication  faite  sui-  ce  sujet 
en  1821.  nous  trouvons  la  description  suivante  : 


LE  JEU    DU   CHAT   ET    L)U    HAT 

d'après  le  pniNCE,  1S2I. 


C'csl  un  jeu  très  plaisant  :  il  doil  se  jouer  entre  deux  enfants  d'égale  force  ;  mais  comme 
l'un  des  coureurs  est  armé  d'un  tampon,  c'est-à-dire  d'un  mouchoir  roulé  et  ployé  ensuite  en 
deux,  il  est  défendu  de  rien  y  mettre  qui  puisse  le  rendre  dur,  comme  des  billes,  des  noyaux,  etc. 
Il  ne  faut  le  jouer  qu'avec  modération. 

Il  n'y  a,  au  jeu  du  rat,  que  deux  acleurs;  les  autres  ne  sont  que  spectateurs,  et  s'amusent 
tour  à  tour  des  espiègleries  du  c/uil  et  des  infortunes  du  rai. 

On  fixe  eu  terre  un  bâton,  auquel  tient  par  le  milieu  une  longue  corde;  deux  enfants  qui  ont 
les  yeux  bandés  en  prennent  chacun  un  bout;  l'un  d'eux,  qu'on  appelle  c/ial,  est  armé  d'un 
tampon  ;  l'autre,  appelé  le  rai,  tient  une  latte  ou  un  morceau  de  bois  plat,  dentelé  en  scie,  d'où 
il  lire  un  son  aigre  et  discordant  avec  un  autre  petit  bâton  ;  le  chat  poursuit  le  rat  sans 
relâche,  et  lui  donne  des  coups  de  tampon  jusqu'à  ce  qu'il  se  soit  mis  hors  de  sa  porlée;  le 


pauvre  rai,  qui  n'a  point  le  droil  d'user  de  représailles,  esl  encore  obligé  de  déeeler  le  lieu  oii 
il  se  trouve  toutes  les  t'ois  qu'il  en  est  requis  par  son  adversaire  qui  lui  demande  du  rat  !  du 
rat  !  Il  racle  alors  son  bizarre  instrument,  et,  dès  qu'il  a  donné  ce  signal,  il  faut  qu'il  change 
bien  vile  de  place  et  se  dirige  du  côté  opposé  à  celui  où  la  voix  terrible  du  chat  s'esl  fait 
entendre.  Souvent,  hélas!  celte  précaution  esl  déçue;  le  malheureux  rai  se  jelle  lui-même  au- 
devant  de  son  persécuteur,  et  esl  rudement  traité.  Mais,  lorsqu'il  son  tour  il  devient  le  chai,  il 
prend  sa  revanche. 

111.  —  Le  jeu  de  la  eorde. 

On  peut  l'aire  rentrer  dans  la  même  catégorie  le  jeu  de  la  cttrde,  dans 
leqnel  le  patient  n'est  pas  traité  avec  pins  de  ménagements.  Polhix, 
livre  IX,  chapitre  cxv,  décrit  ainsi  cet  amnsement  : 


LE  JEU  DE  LA  CORDE 
1)"ai'hès   ehrah,    xviri"    sikclk. 

On  l'orme  un  cercle  autour  duquel  tourne  un  des  enfants  ayant  à  la  main  une  petite  corde 
qu'il  cherche  à  placer  auprès  d'un  des  joueurs  à  l'insu  de  ce  dernier;  si,  en  effet,  celui-ci  ne 
s'en  aperçoit  pas,  il  esl  condamné  à  faire  le  tour  du  cercle  en  courant  el  en  recevant  des  coups 
de  corde;  mais,  s'il  s'en  aperçoit,  c'est  lui,  au  contraire,  qui  poursuit  tout  autour  du  cercle,  en 
le  frappant,  le  joueur  qui  a  maladroitement  placé  la  corde. 

Ce  jeu  diffère  du  jeu  du  pivol  eu  ce  qu'il  demande  plus  d'asUicc  que  d'adresse  proprement 
dite;  mais  de  toute  façon  la  moindre  faute  se  trouve  avoir  également  comme  sanction  une  ter- 
rible volée  de  coups  de  lanières. 


IV. 


L«'  joii  «lo  raiiu'iiilUv 


Au  (lix-luiiiiômc  sirt'lo,  ou  praticfiie  un  jeu  nualogue  ennmi  sous  le 
nom  (le  »  jeu  do  l'auguille  »  ;  à  cet  cfîet,  les  joueurs  doivent  se  placer 
en  rond  et  cliacuu  met  une  main  derrière  soi  ;  un  des  joueurs  fait  le 
tour  en  teuaut  à  la  main  nue  anguille  qui  consiste  en  nu  mouchoir  roulé 
comme  dans  le  jeu  du  clial  et  du  rat.  Celui  (|ui  tieut  l'anguille  la  place 


LE  .IKU  DE  L'ANGLILLE 

Il'Al'ni';S  UNE  COMPOSITION  n'KlIRAil,    XVII[''  Sli'XI.E. 


dans  la  main  de  l'élu  d(>  sou  choix  ;  ce  dernier,  aussitôl  qu'il  est  eu  pos- 
session de  cette  arme,  doit  poursuivre  son  voisin  de  droite  eu  le  frap- 
pant jusqu'à  ce  ([u'il  soit  reveuu  à  sa  première  place. 

A  ce  jeu,  il  faut  avoir  l'attention  continuellement  éveillée  et  surveiller 
son  voisin,  de  façon  à  jionvoir  se  sauver  assez  vite,  et  ensuite  revenir  à 
sa  place  sans  avoir  reçu  un  seul  coup  d'anguille. 

Le  j(Hi  continue,  car  celui  qui  détient  l'anguille  doit  faire  à  sou  tour 
le  tour  du  cercle  et  la  remettre  suhrepticement  entre  les  mains  de  l'un  de 
ses  camarades. 

Nous  avons  trouvé  deux  gravures  du  dix-huitième  siècle  qui  repré- 
sentent ce  divertissement,  à  cette  diiférence  près  que  le  mouchoir  n'est 
pas  roulé  et  qu'il  est  simplement  posé  à  terre  près  de  celui  qui  devra 
s'en  emparer. 

4 


-2C, 


Malheiu'  au  joueni'  infortuor  qui  n'aura  pas  su  se  mettre  en  garde 
contre  son  persécuteur,  car  il  ne  tardera  pas  à  recevoir  sur  le  dos  les 
coups  de  ce  petit  (lra|)eau  en  apparence  si  inoffensif. 


QUATRIEME    PARTIE 


LE  CRIQUET   ET   LE   BATONNET 


I.   —   Oi'îjfine   niig'laiso  du   jeu   de  criquet. 

Le  criquet  a  une  certaine   parenté  avec   le  jeu  du   mail,   mais  il  eu 

diffère  C(q)endant  par  certaines  règles. 
Dans  le  jeu  du  cri([uet,  l'un  des  joueurs 
se  tient  au  but,  c(ui  consiste  en  deux 
pierres  éloignées  d'environ  im  pied  l'une 
de  l'autre.  On  peut  remplacer  ces  deux 
pierres  par  deux  piquets  plantés  en  terre 
et  présentant  le  même  écartement. 

Le  joueur  qui  garde  le  but  est  armé 
d'une  crosse  ou  d'une  sorte  de  battoir  en 
bois  massif,  à  l'aide  duquel  il  doit  em- 
pêcher son  adversaire  de  faire  passer 
une  balle  entre  les  deux  limites  du  but 
qu'il  est  chargé  de  protéger.  L'habileté 
du  jeu  consiste  à  chasser  la  balle  de  son 
ennemi  le  plus  loin  possible,  et  pendant 
que  ce  dernier  court  après  sa  balle,  pour 
tâcher  de  la  faire  passer  à  travers  le  but, 
le  second  se  dirige  vers  un  autre  but 
qu'il  frappe  de  son  battoir  et  s'efforce  de 
revenir  assez  i)rompt(Muent  à  son  poste 
pour  repousser  la  balle  une  seconde  fois. 
Si  la  balle,  malgré  sa  surveillance,  traverse  le  but,  les  rôles  doivent  être 
intervertis  et  c'est  l'agresseur  ([ui  devient  gardien  du  but. 

(le  jeu  est  fort  pratiqué  en  Angleterre,  où  il  donne  lieu  à  des  parties 
qui  se  disputent  avec  un  acharnement  remarquable. 


UN  JlllTAli  liKClilunCT  Al   xvm»  siècle 

n'APUÈS  UNE  ANCIENNE    GUAVUllE  ANCl.AISE. 


II.  —  I,o  bnloiiiiel  consi<l<'ré  comiiK'  un  des  plus  niieicns  ji<Mi\  sli-asboiirs'oois. 

Un  autre  jeu  ([ui  ressemble  au  criquet  est  le  jeu  du  bâtonnet.  D;ins 
cet  amusement,  il  s'agit  de  faire  rentrer  le  bâtonnet  dans  un  cercle 
défendu  par  un  gardien  qui,  à  l'aide  d'un  bâton,  repousse  l'agression  du 
bâtonnet. 

Le  bâtonnet  est  formé  d'un  petit   morceau  de  bois  très  aminci  à  ses 


LE  BATONNET 

n'AI'RÈS  UNE  r.llAVnilE   ITALIENNE  DU  XVIII»  SIÈCLE. 


extrémités.  Pour  le  lancer,  on  doit  le  frapper  sur  l'un  de  ses  bouts,  il 
s'élève  alors  en  tournant,  et  le  joueur,  le  reprenant  une  seconde  fois, 
cberche  à  le  faire  rentrer  dans  le  cercle.  Le  joueur  qui  se  tient  au  milieu 
du  cercle  est  dénonnné  <i  gardien  du  cercle  »,  l'agresseur,  au  contraire, 
porte  le  nom  de  servant. 

Lorsque  le  servant  a  été  assez  heureux  pour  faire  rentrer  son  pro- 
jectile dans  la  place  mal  défendue,  il  devient  à  son  tour  gardien  du 
cercle. 

(le  jeu  est  fort  ancien,  puisqu'il  en  est  question  dans  un  acte  de  1347 
sous  le  nom  de  jeu  du  chat(l). 


(1)  Voir  Sinicon  Lucc,  (.i  /V.inte  [)?nd!int  la  (juerrc  de  Cent  uns,  page  lii. 


—  :28  — 

Au  seizième  siècle,  le  jeu  du  Ijàtounet  éUiil  aussi  désii!,iié  sous  le  uom 
de  jeu  des  bibelots.  M.  Gay,  dans  son  Glossaire,  ftiit  veiufii'(|uer  (jue  dans 
le  patois  de  Douai  le  mot  bibelot  s'applique  aux  «  (luises  »,  c'est-à-dire 
à  de  ])etits  morceaux  de  bois  taillés  en  forme  de  navette  que  les  enfants 
lancent  avec  un  bâton  après  les  avoir  fait  basculer  : 


LE  Bâton  ET    et   i^a    Cha-RA^b 

H'aI'UKS    CLAUnlNK    lUUVnNMÎT    I^TELU,    XVll"    SIKC.I.E. 


1547.  —  Depuys  qu'ils  ont  commencé  de  liaïUer  les  tavernes....  jeux  de  bibelolz,  corte 
boule,  la  bille  et  nuiras  lelz  lieux  desbaucliez.  (Noël  du  Fail,  Propos  rustiques,  lome  I".) 

Au  dix-septième  siècle,  le  jeu  du  hàtoimet  fii;urait  également  parmi 
les  jeux  d'enlants,  et  SIella  l'a  reproduit  en  même  temps  (pie  le  jeu  de 

la  charrue  : 

Le  balonel  plaisl  à  ces  deux  ; 
lieux  cy  couplez  comme  des  bœufs 
ïraisnenl  cet  autre  par  les  rues  ; 
Mais  s'ils  n'avolent  point  d'autre  pain 
Que  du  labeur  de  leurs  charrues, 
Ils  pouroient  bien  mourir  de  fnim. 

Dans  nu  ouvrage  [uiblié  à  Rouen  en  1702,  intitulé  :  Les  Vér/lcz  pluisaiilcs 
au  le  Monde  au  naturel,  nous  trouvons  une  jietite  poésie  où  ce  jeu  est 
décrit  d'une  manière  fort  gracieuse  : 


—  29  — 


11  l'sl  époiidi'i''  piir  iiiiHliotlo. 

Ali  dieux  l'ûinuie  on  l'accoiiiotle 

El  le  caresse  des  deux  bouts, 

El  souvenl  jusques  à  Irois  coups. 

En  ayanl  comme  des  furies, 

Joué,  rejoué  plusieurs  parlies, 

Elles  le  livrent  aux  enfants 

Pour  en  fain;  leur  passe  lemps 

El  Dieu  sait  comme  ils  s'en  acquiltenl. 

Si  de  tout  le  jour  ils  se  quittent. 

Si  parmi  les  coups  différents 

Ils  ne  vangent  bien  leurs  parents. 

Dans  la  poussière,  dans  la  boue, 

Celte  jeunesse  le  secoue  : 

Vivant,  il  en  voulait  à  tous, 

Mort,  il  est  en  butte  h  cent  coups. 


lùilin  tant  de;  coups  on'luy  donne, 
EL  tant  de  fois  on  le  l},\l()tnie, 
Qu'au  milieu  de  la  fusse  cnlré 
]1  soit  de  son  long  enterré. 
Mais  autant  avant  qu'il  doit  l'être, 
Car  pour  peu  qu'il  semble  paraître, 
Ou  se  trouve  au  bord  du  tombi'au, 
On  le  bàlonne  à  nouveau  ;  ' 

Et  l'un  des  joueurs  avec  joie, 
Le  plus  loin  qu'il  peut  le  renvoie  : 
Tandis  que  pour  le  raproclier, 
L'autre  court  et  va  le  clierclier. 
Pour  le  motif  de  cette  guerre, 
C'est  que  l'un  le  veut  mettre  en  terre, 
.\u  lieu  que  l'autre  ne  veut  pas 
Ou'il  ait  les  honneurs  du  trépas. 


Nous  lie  devons  pas  manquer  de  citer    sur  ce   sujel   un   intéressant 


1.A   Foire 


n  APIIKS    CLADDINK    BOUZCIXNET    STIÎI.I.A,     XVH"    SIKCLK. 


article  publié  par  M.  A.  Bartli,  dans  la  revue  /«  3Ie/if.s//ie  (numéro  du 
o  janvier  1888),  qui  donne  la  descri[)tion  de  (pielques  anciens  jeux  en 
usage  à  Strasbourg  : 

Un  autre  jeu  devenu  archéologique,  en  .\lsace  du  moins,  consiste  en  un  petit  cylindre  de 
bois  terminé  en  pointe  à  ses  deux  bouts.  Placé  à  lerre,  un  des  joueurs  le  fait  sauter  en  l'air  d'un 


—  30  — 

pi'lil  coup  iVappé  avec  une  pièce  de  buis  appelée  aune,  avec  laquelle  il  lâche  ensuile  de  lui  appli- 
quer au  vol,  et  de  toutes  ses  forces,  un  second  coup  qui  l'envoie  au  loin,  où  l'autre  joueui'  doit 
le  rattraper  également  au  vol  ou  le  ramasser  à  terre  en  satisfaisant  à  certaines  conditions  qui 
peuvent  varier.  Le  joueur  prêt  à  frapper  crie  «  quiné  !  »  ;  l'autre  répond  »  oui  »  et  le  coup  part. 
C'était  une  croyance  très  répandue  parmi  les  survivants  de  la  première  Révolution,  que  ce  jeu 
n'était  autre  chose  qu'une  représentation  symbolique  de  l'exéculion  de  Louis  XVL  Le  quiné 
figurait  le  roi,  le  ki/tii,  d'où  son  nom.  C'est  là  évidemment  uni;  élymologie  populaire.  Le  nom 
et,  partant,  le  jeu  étaient  d'origine  française,  comme  l'indique  le  oui  du  deuxième  joueur,  con- 
servé fidèlement  en  allemand  sous  la  forme  de  voiii.  Le  même  nom  se  retrouve  pour  le  même 
jeu  en  pays  de  langue  française,  à  Belfort  par  exemple,  et  il  se  rattache  peut-être  au  jeu  de 
«  quille-là  »,  qui  se  jouait  à  Paris  au  seizième  siècle  d'une  façon  toute  semblable  et  avec  la 
seule  différence  que  le  projectile  était  une  balle.  Mais  tout  n'est  pas  faux  dans  cette  élymologie. 
Les  enfants  d'alors  imitaient  bien  dans  leurs  jeux  les  insanités  sanglantes  de  l'époque.  J'ai 
connu  à  Strasbourg  de  ces  enfants  devenus  vieillards,  à  qui  li^urs  parents,  braves  gens  du  reste, 
avaient  trouvé  bon  d'offrir  comme  jouet  une  guillotine  en  miniature,  mais  pouvant  fonctionner. 
Les  petits  possesseurs  de  ces  odieuses  machines  étaient  fort  enviés  par  leurs  camarades. 
Parmi  les  bambins  du  quartier,  c'était  à  qui  leur  dénoncerait  les  chattes  et  les  chiennes  près 
de  mettre  bas,  à  qui  leur  apporterait  les  pelils,  pour  avoir  le  droit  d'assister  à  l'exécution. 
Celle-ci  se  faisait  toujours  devant  une  nombreuse  assistance  d'enfants,  on  y  imitait  aussi 
exactement  que  possible  ce  qui  se  passait  journellement  sur  la  place  d'Armes.  Pour  juger  de 
la  valeur  d'une  époque,  de  pareils  usages  sont  des  documents  au  même  titre  que  la  Déclaration 
des  Droits. 


CINQUIEME    PARTIE 


LES    ECHASSES 

I.  —  Loin*  (léfiniiioii,  d'aprùs  l'onipeîus  l^'cstuis. 

Le  plus  ancien  texte  où  il  soit  question  des  échasses  nous  est  donné 
par  le  grammairien  latin  Sextus  Pompéins  Festus  qui,  dans  le  chapitre  VII 
de  son  Glossaire  sm*  la  signification  des  mots,  désigne  ainsi  ce  jeu  : 
«  On  appelle  monteurs  d'échasses  des  pantomimes  qui,  pour  imiter  dans 
lein's  danses  les  Pans  aux  pieds  de  boucs,  se  servent  de  perches  |)ré- 
sentant  de  petites  fourches,  sur  lesquelles  ils  se  tiennent  debout  à  cause 
de  la  ressemblance  des  perches  ainsi  disposées  avec  les  jambes  de  Pan.  » 

II.  —  I,es  éeliaisscs  chez  les  Itoniains. 

Les  échasses  sont  désignées  sous  le  nom  de  yralhr,  et  on  a  voulu 
y  voir  une  analogie  avec  la  danse  des  grues,  connue  des  anciens 
Grecs  ;  cette  explication  erronée  n'est  pas  à  retenir,  car  le  mot  écliasse 
désigne  simplement  l'appareil  ([ue  nous  connaissons  encore  aujourd'hui. 

Les  anciens  ont  aussi  désigné  les  échasses  sous  le  nom  de    «  coula- 


—  ;fi  — 

Dinnahalcy  ;  peut-être  est-ce  cette  habitude  de  mcuiter  sur  les  échasses  qui  a 
été  l'origine  des  Titans  dont  il  est  si  souvent  question  dans  la  Mythologie. 

III.  —  Fablo  «l*»  Iticlicr  sur  los  échasses. 

Le  poète  Richcr  s'est  peut-être  inspiré  de  cette  supposition  dans  la 
petite  fable  qu'il  a  composée  sur  ce  snjet  : 


■y%^'/'^^^M^?^^0^' 


LE  JEU  DES  ECHASSES,  d'apuès  unk  cnAVunE  de  hueï.  xviri"  sikci.e. 

Quel  spectacle  s'offre  à  mes  yeux  ! 
Des  géants  dont  la  lèle  alleiiil  jusqiies  aux  cieux! 

Disait  un  manant  dans  la  plaine. 

Or  c'étaient  déjeunes  enfants 

Qui,  sur  des  échasses  errants. 

Au  iiaut  de  la  roclie  prochaine 

Paraissaient  de  nouveaux  Titans, 
Image  jusqu'alors  à  notre  homme  inconnue. 
Voyez-les  de  plus  près,  lui  dit  certain  l'ailleur. 
Le  manant  s'approche  :  leur  taille  diminue, 
A  chaque  pas  qu'il  fait,  il  connaît  son  erreur. 
Ceux  qui  lui  paraissaient  avoir  plus  de  vingt  brasses 

A  peine  avaient  quatre  pieds  de  hauteur. 
Nous  admirons  ainsi,  de  loin,  maint  grand  seigneur, 
Qui,  de  près,  n'est  qu'un  nain  monté  sur  des  échasses. 


IV. 


—  32  — 

Les  t'cliassos  au  sei/iOine  sî<^eIo,  leur  utilisation 
clans  les  fêtes  publiques. 


Dans  le  passai^e  dos  œuvres  de  Rabelais,  où  il  est  question  de  près  de 
deux  cents  jeux  divers,  on  retrouve  cette  désii;nati(Ui  du  jeu  de  la  grue. 

Quoiqu'il  n'existe  aucun  commentaire  certain  sur  ce  sujet,  il  est 
probable  que  Rabelais  a  voulu  indiquer  par  là  le  jeu  des  échasses,  qui 
était  très  en  faveur  à  cette  époque  et  particulièrement  à  la  Cour  du  dnc 
de  Rourgogne.  Lors  de  l'entrée  du  futur  Charles-Quint  à  Lille,  en  1516, 
on  s'est  servi  des  hommes  montés  sur  des  échasses  pour  porter  la  ban- 
nière, et  les  comptes  de  la  ville  nous  apprennent  qu'ils  reçurent  pour 
ce  travail  un  salaire  de  six  sols. 


V.  —  Combat  créeliassos  à   \aniur. 

Les    échasses  ont   toujours  servi   de  prétexte  à  des  luttes   et  à  des 

combats,   mais     ce     fut     à 

Namur  que  ce  genre  d'exer- 
cice fut  élevé  à  la  hauteur 
d'une  institution  munici- 
pale ;  il  y  avait  dans  cette 
ville  deux  corps  de  jeunes 
gens,  couq)tant  chacun  près 
d'un  millier  d'adeptes,  qui, 
aux  grandes  fêtes,  se  me- 
suraient l'un  contre  l'autre. 
Chaque  brigade  se  distin- 
guait par  son  uniforme  et 
sa  musique  ;  les  rencontres 
avaient  lieu  sur  la  grande 
place  de  l'Ilôtel-de-Ville, 
et  il  n'était  pas  rare  qu'au 
plus  fort  de  la  mêlée,  les 
infortunés  lutteurs  qui  s'é- 
taient laissés  choir  fussent 
foulés  aux  pieds  par  ceux 
de  leurs  camarades  qui  com- 
l)attaient  encore  pour  sau- 
ver l'honneur  des  couleurs 
du  canqi. 

LES  ÉCHASSES,  n'Ai'iiKs  UN  FiioNTisi'icic  DK  iiiînyiiiN,  sviii°  siixi.i;.  _  i      i.        t'    i 

Ces    combats  d  échasses 
avaient  lieu  à  épocpu;  fixe,  au  moment  du  carnaval,  mais  la  municipalité 


—  33  — 

«loNiunur  nt- inan([iiait  pas  de  les  décréter  toutes  les  fois  qu'elle  voulait 
honorer  dune  façon  jiarticulière  quelque  grand  personnage  devenn 
momentanément  son  hôte  ;  c'est  ainsi  qu'on  donna  des  combats  d'éehasses 
en  l'honneur  de    Pierre  le  Grand   et   de   Bonaparte. 

L'un  des  plus  anciens  combats,  dont  il  soit  fait  mention,  eut  lieu 
en  tSlfi  et  le  dernier  fut  donné  en  1814.  Ces  combats  d'éehasses  eurent 
pour  les  citoyens  de  Namur  l'avantage  de  leur  procurer  l'exemption  à 
perpétuité  des  droits  sur  la  bière,  et  ce  privilège  n'était  ])as  ])our  eux 
un  mince  avantage,  car  on  sait  (pie  Gambrinus  a  toujours  été  i)articuliè- 
rement  vénéré  dans  les  Flandres. 

VI.  —  Les  déliasses  landaises. 

Les  échasses  n'ont  pas  toujours   servi  uniquement  de  jeu  d'enfants, 


'^'^^df^yfi    1^  ^^z^/ci^<j 


et  dans  les  Landes  elles  sont  d'un  usage  tout  à  fait  courant;  les  bergers 
qui  gardent  leur  ti'oupeau  sont  montés  sur  des  écliasses  qui  leur  per- 
mettent de  voir  au  loin  et  d'empêcher  les  brebis  de  se  faire  croquer 
par  le  loup.  Les  femmes,  elles-mêmes,  pratiquent  d'mie  manière  coui-ante 


—  ;î'i  — 

cet  exercire,  et  il  n'est  pas  rare  de  rencontrer  dans  la  campagne  quelqne 
bonne  paysanne  montée  snr  ces  longues  jambes  de  bois ,  occupée  à 
tricoter  une  paire  de  bas  pour  son  époux. 

Les  écliasses  landaises  difl'èreut  di?  celles  dont  on  se  sert  pour  les  jeux 
d'enfants,  en  ce  qu'elles  sont  attacliées  par  une  solide  courroie  après 
les  cuisses  de  celui  qui  s'en  sert.  La  solidité  de  ces  cavaliers  d'un  nou- 
veau genre  est  augmentée  par  une  longue  canne  (jui  leur  permet  de  régler 
leui"  marclie  et  qu'ils  emploient  également  au  repos  comme  siège  portatif. 

\\\.  —  Iteprésontnlioii  artîsJiqii*'  du  jeu  des  écliasses. 

Il  existe  un  tableau  de  Goya  représentant  une  course  d'écliasses  en 
Espagne;  ces  conreiu's,  pour  augmenter  la  difficulté,  jouaient  en  même 
temps  d'une  flûte  qu'ils  tenaient  dans  leurs  deux  maius. 

Berquin,  l'ami  des  enfants,  a  reproduit,  dans  un  de  ses  frontispices, 
un  monteur  d'éclmsses  traversant  un  torrent;  il  profite  de  l'avantage  (pie 
lui  donnent  ces  longs  supports  de  bois,  |)Our  entamer  un  colloque  inté- 
ressant avec  une  cbarmante  bergère  qui,  pour  gai'der  son  unique  mouton, 
est  venue  se  reposer  sur  la  passerelle  jetée  en  travers  du  cours  d'eau. 

Huet,  (pii  a  gravé  toute  une  suite  de  jeux  d'enfants,  nous  montre  un  joli 
bambin  monté  sur  des  écbasses  terminées  en  forme  de  bécpiilles. 

En  1824,  Marlet,  dans  sa  curieuse  suite  des  tableaux  de  Paris,  a 
représenté  les  |)etits  danseurs  d'écbasses  aux  Champs-Elysées  :  c'étaient 
de  mallieureux  enfants  babilles  en  Ijaladins,  qui  exécutaient  un  pas  rytbnu' 
aux  sons  d'un  orchestre  des  plus  sonnuaires  ;  au  premier  plan,  l'on  a[>ei'- 
coit  leur  terrible  inqM-esario,  nnini  également  de  longues  échasses  ;  pour 
le  moment,  il  est  assis  sur  un  cheval,  et  connnande  la  mano^ivre  à  ces 
soldats  en  herbe. 

De  nos  jours,  les  échasses  font  partie  presque  intégrante  du  mobi- 
lier scolaire,  et  il  en  est  bien  peu  parmi  nous  qui,  dans  leur  jeunesse,  ne 
se  soient  livrés  avec  passion  à  cet  exercice  hygiénique. 


LES  ÉCHASSES 

IIAI'UKS  VICTOR    AHAM,   XIX*  SIÈCLIÎ. 


Uo  — 


SIXIEME    PAIITIE 


LE    SABOT 

1.  —  Uéfiiiilion. 

Le  jeu  (lu  .s;il>ol  consiste  à  laii-e  toiiriR'r,  ou  le  rouclluul  avec  uue 
Innière,  uu  petit  morceau  de  bois  de  forme  ronde  (jui  se  termine  [)ar 
UMc  j)ointe. 

On  ne  peut  imaginer  un  jouet  plus  simple  et  plus  priinitil'  (jue  le 
sabot,  et  c'est  à  juste  titre  qu'il  se  ii,lorifîe  d'être  l'ancêtre  de  la  toupie. 

11.  —  Le  jeu  du  sabot  chez  les  (irees  et  chez  les  Itoinains. 

Cbez  les  Grecs,  si  nous  nous  eu  rapportons  au  rapport  de  Callimaque, 


LE     SaB OT 

d'AI'UÈS    LNE  COSiroSITIOX  de  CLAUUrNE  BUIZON.NEI    STELLA,  .\V]|'  SIÈCLE. 

Pittacus,  qui  mourut  en  579  avant  Jésus-Cbrist,  aurait  eu  l'occasion  de 
parler  d'une  toupie  qu'on  faisait  tourner  avec  un  fouet. 


—    3(3 


Los   liuamius  ont  cuumi    éi^ah-iUL'iit    ce   joii,  c.ir,   (laus  ses  L'uiuiiifU- 
taircs  sur  Horace,   Acroii    tléci'it  très  exactement  le    »   trocluis  »   (lu'on 

frappe  avec  un  fouet  et 
(jui  tourne  animé  d'un 
luouviMuent  d(!  rotation. 
I^e  sabot  des  anci(Mis 
était  en  tout  poiut  scmij- 
l)ialde  un  nôtre  ;  Piine 
couniare  l'ondjre  projetée 
à  nue  borne  renversée. 
Or,  la  forme  d'une  borne, 
mêla,  est  parfaitement 
connue  ;  ainsi  une  inctn 
posée  sur  la  pointe  nous 
représente  exactement  le 
sabot  des  anciens. 

(.liez   les    Homaijis,    le 
sal»ot    était   le   jeu   favori 
des   enfants.    Au    lieu    de 
travailler.     Perse    n'avait 
d'antre    aujbition,    avouo 
t-il,    «  que  de    faire  tour- 
ner à  coups  de  fouet   son 
sabot  de  buis  » . 
Virgile,  an  livi'e  VII   de  V Enéide,  désigne  évidemment  le  sabot  ([uand 
il  dit  :  Volitinis  suh  ncrhere   turho.  (  hi  a  fait  en  français  la  traduction  de 
ce  passage,  qui  donne  une   idée  exacte   de  la  luanière  dont  ce  jeu  était 
pratiqué  par  les  anciens  : 

Sous  le  IViuel  pliant  qui  sirilc  et  le  poursuit, 
Roule  ce  buis  tournant  dont  s'amuse  reni'unce; 
11  court,  il  va,  revient  sous  un  portique  immense. 
La  jeune  troupe  observe  avec  étonnement 
Des  cercles  qu'il  iléci'it  l'agile  mouvement, 
L'exerce  sans  relâche  et,  l'animant  sans  cesse, 
Par  des  coups  redoublés  redouble  sa  vitesse. 


LE  JEU  DU   SAUOT 

h'apIIKS    I.li    IIEilEII.   lili    J.    LUCKHN,    XVJll'' 


lU.  —  I.o  snliol  nu  li'i'izîrine  siOelc.  —  Origine   pi-obablo  «le  co  nom. 

Le  jen  du  saljol  s'est  perpétué  en  France  d'une  manière  à  peu  près 
continue,  et  dans  un  ouvrage  du  treizième  siècle,  intitulé  :  Miracles  de 
sdiiit   Liiys,    le    jiom    du    sabot,    comme    jouet  d'enfant,    se    trouve   déjPi. 


—  38  — 

On  suppose  que  ce  uom  lui  vieut  de  lu  eoutuiue  (pie  Tou  avait  autrefois 
de  .tailler  cette  espèce  de  toupie  dans  le  talon  des  sabots  hors  d'usage. 

IV.  —  .\iiec€lotc  sur  le  Jeu  du  sabol. 

Le  jeu  du  sabot  n'a  pas  été  dédaigné  des  lils  de  rois  et  nous  citerons 
à  ce  sujet  une  ])etite  anecdote  dont  le  héros  l'ut  le  lils  aine  de  Jaccpies 
d'Angleterre  : 

La  première  fois  que  le  jeune  prince  alla  à  Sterling  pour  y  renconlrer  le  roi,  il  aperrul  à 
quelque  distance  de  la  porte  de  la  ville  une  ineule  de  blé  qui  avait  à  peu  près  la  l'orme  du  sabot 
avec  lequel  il  jouait  souvent. 

«  Voilà  un  bon  petit  sabot,  s'écria-t-il. 

—  Et  pourquoi  ne  jouez-vous  point  a\ec?  lui  demande  un  de  ceux  qui  l'accompagnaient. 

—  Je  le  ferai  avec  plaisir  si  vous  voulez  le  mettre  en  train  pour  moi.  » 


V.  —  De  la  manière  de  pratiquer  ce  jeu. 

La  grande  habileté  pour  le  joueur  d(?  sabot  consiste  à  le  faire  tourner 

avec  assez  de  rapidité  pour 
qu'il  produise  une  sorte  de 
ronronnement,  qu'avec  nu 
peu  de  complaisance  on  peut 
appeler  nn  chant.  Toutefois, 
faire  routier  son  sabot  est  un 
talent  qui  n'appartient  pas  à 
tout  le  monde.  Un  poète,  en 
voyant  au  temps  jadis  un 
enfant  jouer  au  sabot,  com- 
posa les  vers  suivants  qui 
renferment  une  idée  ingé- 
nieuse : 

Ce  sabot  ainsi  maltraité, 
Quoiqu'il  soit  rudement  fouetté, 
S'endort  et  fait  la  sourde  oreille  ; 
Et  ce  qui  surprend  ce  marmot, 
C'est  que  le  fouet  qui  le  réveille, 
Sert  pour  endormir  son  sabot. 

La  manière  même  de  jouer 
au  sabot  en  le  frapi)aut  avec 
une  lauière,  ordinairement 
faite  avec  des  pcau.\  d'anguilles,  a  ins|)iré  le  itetit  ([luitrain  suivant,  en 
forme  de  charade,  que  nous  relevons  dans  VLnpnicimtciir  /'r(i/ira/.s : 


JEU    DU  SABOT 


1)  APRES  UNE   EAU-HOllTE  DE  OllAVELOT. 


—  ;îo  - 

Do  l:i  jeunesse  innocente  aniusette, 
Semblable  à  qui  me  fuit  mouvoii-, 
Sachez  que  plus  on  me  fouette, 
Mieux  aussi  je  fais  mon  devoir. 


VI.  —  Gravures  représentant  le  jeu  <lu  sabot. 

Le  jeu  du  sabot  a  été  reproduit  bien  des  fois  par  des  graveurs  qui 
se    sont   occupés   des  jeux   d'enfant.    Stella    nous   montre   que,    <le    son 


LE  JEU  DU  SABOT 

d'après   une    GB.WUKE    allemande    IHJ  XVIII'    SIÈCLE. 


temps,  on  se  servait  d'un  fouet  à  double  lanière  poiu"  fouetter  le  sabot  : 
deux  enfants  sont  actionnés  à  fouetter  le  même  sabot  qui  est  en  pleine 
niarcbe,  taudis  ipiun  peu  plus  loin  un  autre  bambin  est  occupé  à  lui 
donner  la  première  impulsion  en  le  tournant  rapidement  entre  ses  dix 
doigts. 

Un  peu  plus  tard,  en  1712,  une  image  lioUandaise  tirée  du  recueil  de 
J.  Lucken  présente  un  joueur  de  sabot  qui  se  sert  d'un  véritable  mar- 
tinet pour  fouetter  ce  moderne  trochus. 

A  la  fin  du  dix-huitième  siècle,  M.  de  Saint-Aubin  a  choisi  justement 
le  jeu  du  sabot  comme  frontispice  de  sa  curieuse  suite  des    «  différents 


—  m 


jeux  des  [letits  polissons  de  Paris  ».   Comîrie  légende,  il  se  plaît  à  rap- 
peler que  le  jeu  du  sabot  est  la  représentation  de  la  vie  liumaine. 


DAPRKS    UNE   COMI'OSITIO.N   DE   Al'O.    DE   SAIM-AI'DIN,    XVIU''  SlKC.Li;. 

Le  jeu  <lu  salnit  est  un  de  ceux  qui  ont  le  inoins  varié',  el  il  est  i>ro- 
l»able  que  nos  arrière-petits-neveux  continueront  à  loiu'tter  leur  sahol 
avec  autant  d'insouciance  »[ue  toutes  les  i^énératioiis  qui  l(!s  aunuit  pré- 
cédés. 


LE  SABOT 
n'APfiRS  vrcTon  aham.  xix«  siècle. 


—  il  — 


SEPTIEME    PARTIE 


LA    TOUPIE 


I.  —  Oi'iiïiiio  iiiodci'ue  île  et»  jeu. 


Cette  invention   est  relativement  récente  et  sa  nol)lesse  est  de  t)ien 
fraîche  date.  Dans  les  antenrs  anciens,  les  renseignements  snr  le  sabot 


LE  JEU  UE  LA  TOUPIE 

u'aI'IIKS  une    GIlAVUllK   IJE  CAimACCI,   XVir   SIÈCLE. 


sont  relativement  fré(jaents,  mais  ces  mêmes  antenrs  sont  muets  snr 
tout  ce  qui  pourrait  concerner  la  toupie  proprement  dite. 

On  a  dit  que  la  toupie  n'étaiit  (pi'une  innovation  barbare  des  temps 
modernes  et  une  dégénération  tle  la  race  humaine,  dont  elle  est  la 
preuve  matérielle. 

La  tou|>ie,  dit  M.  Richard,  professeur  de  mathémati(pi(!S,  dans  son 
NoiireuH  Manuel  des  jeux  cnscigiiiiiil  hi  scirncr,  publié  en  1837,  ii"a  été 
inventée  que  pour  éviter  à  reniant  l'e.vercice  fatigant  du  sabot,  qui 
demandait  au  moins  une  certaine  adresse  et  une  énergie  évidemment 
plus  considéral)le  que  celle  destinée  à  lancer  une  toupie.  Cet  auteur 
fulmine  contre  la  simplification  du  jeu  et  dit  à  ce  propos  :  «  C'est  à  qui 
inventera  le  moyen  de  leur  épargner  quehpie  fatigue,  à  qui  insj)irera  à  la 
jeunesse  \v,  jihis  d  horreur  pour  le  travail.  » 


II.  —  Dénnition  du  jeu  «le  la  toupie. 

Par  sa  lorme,  ou  effet,  la  toupie  uiontre  clairemeut  qu'elle  u'est  (ju'une 
trauslormatiou  du  sabot.  ]J Encyclopédie  viêthodiijuc  eu  doune  uue  bouue 
déliuitiou  : 

C'est  un  morceau  de  bois  rond  Iraversé  par  une  cheville  de  fer,  dont  la  pointe  d'en  bas  sert 
de  pivot  k  la  toupie  ;  et  le  bout  d'en  haut  est  pour  retenir  la  corde  qu'on  enroule  autour  et 


LA  TOVPIE 

ij'.M'iiiîS  UNI-:  coMi'osrno.N  riF.  clauiunk  bhuzonnet  sïei.i.a,  xvii»  siècle. 

qu'on  lance  avec  force  contre  terre.  La  toupie  prend  alors  un  mouvement  rapide  de  rotation 
pendant  lequel  on  peut  la  prendre  toujours  tournante  sur  la  paume  de  la  main.  On  lance  aussi 
quelquefois  contre  un  but,  contre  une  autre  toupie,  ou  une  pièce  d'argent  qu'il  est  difficile 
d'attraper,  mais  qui  fait  gagner  quand  on  réussit. 


lit.  —  'l'Iiéorîe  de  ce  jeu. 

La  toupie,  qiiaïul  elle  a  été  laucée  itar  uue  luaiu  liahile,  tout-ue  avec 
rapidité  sur  sa  j)oiute  ;  elle  conserve  sa  position  verticale,  parce  que 
toutes  les  parties  tendent  à  s'éloigner  de  l'axe  et  «[u'elles  forment  comme 
autant  de  puissances  qui  tirent  dans  des  directions  perpendiculaires  à 
l'axe.  Or,  comme  toutes  ces   ]»uissances    sont    égales,    elles  se  trouvent 


'13  — 


mniutemies  dans  un  ('-([uililire  parfait 
tant  que  rimpulsion  qui  est 
donnée  est   suffisante    pour 
maintenir    cet  équilibre. 

Théori(juement,  la  toupie 
nue  fois  lancée  ne  devrait 
jamais  s'arrêter  ;  les  causes 
qui  tendent  à  la  faire  mou- 
rir, pour  employer  le  terme 
usité,  sont  d"ab(U"d  le  frot- 
tement de  la  pointe  sur  le 
sol  et  ensuite  la  résistance 
que  l'air  lui  oppose  et  (pii 
est  un  af^ent  I)eaucoup  plus 
actif.  Pour  prouver  cette  in- 
fluence de  la  résistance  de 
l'air,  on  a  fait  un  jour  l'expé- 
rience de  lancer  mie  toupie 
sur  une  plaque  d'acier  par- 
faitement polie,  placée  sous 
une  cloche  pneumatique  où 
le  vide  fut  fait.    La  toupie,  lancée  av 


(>t  conservent  la  position  verticale 


LE  .JXUDE' 


A.  TOUtlE 


LE  JEU  DE  LA  TOUPIE 
'ai'Iiks  i.e  hindi'ispecl  hk  katz.  wii"  sikcle. 

ec  une  force  moyenne,  a  marché 
pendant  deux  heures  et  seize 
secondes. 

Les  divers  mouvements  que 
prend  la  toupie,  quand  elle  a 
commencé  à  tourner,  provien- 
nent du  déplacement  de  son 
centre  de  gravité  ;  la  princi- 
pale cause  résulte  de  la  forme 
donnée  au  clou  placé  à  l'extré- 
mité de  la  toupie.  Ce  clou  est 
généralement  éaioussé,  c'est  ce 
qui  permet  à  la  toupie  qui  coju- 
mence  d'abord  à  tourner  dans 
une  position  inclinée  de  se  re- 
dresser ensuite  ;  si  le  clou  était 
terminé  par  une  pointe  acérée, 
la  tou[)ie  ne  iiourrait  jamais  se 
relever. 


—  44  — 

Les  toupies  sont  géuéralement  en  buis  et  de  forme  couique  ;  elles 
sont  massives  et  terminées  par  un  clou  présentant  à  peu  près  l'aspect 
d'une  poire. 

IV.  —  Haber-gess  on  toupie  cr.\lleinag-ne. 

A  la  fin  du  dix-luiitiènie  siècle,  on  a  fait  des  espèces  de  toupies 
creuses  beaucoup  plus  grosses  que  la  toupie  ordinaire  et  qui  sont  app(>- 


lu-l     loi   l'it 
n'MIlbS    IM-    COMIOSIIION    Jll-    AUl       UI     iMNl     \UD1S      Wlll       s|H,l  L 

lées  Haber-(jess ;  elles  sont  en  bois  de  chèiie  ou  de  buis  et  l'intéi'ieur 
est  goudronné  de  poix  noire  ;  elles  ont  quelquefois  jusqu'à  cinq  poiices 
de  diamètre  et  sur  les  côtés  on  a  ménagé  une  ouverture  ronde  assez 
large.  La  tète  est  munie  de  gros  clous  dont  l'extrémité  est  ronde  ;  la 
queue,  qui  a  environ  cinq  centimètres  <le  hauteur,  est  grosse  comme 
une  petite  datte.  Autour  de  cette  queue  on  enroule  la  ficelle  et  ou  main- 
tient   la  t(uq>ie    verticalement    au    moyen  d'une  petite  clef  eu  bois  qui 


io    — 


vient  sp  placer  dans    l'extrémité  de  la  ([ueue.    On   pent    fort  bien    faire 
marcher  celte  tonpie  en  la  tirant    de    la  main    gauche,    tandis  qu'on  la 


LE  .Œli   DE  LA  TOUPIE 

n'.MMlKS  U.NE  GIIAVIIIE  DE   HAMILTON,    XVIll'  SIl'XLE. 


maifitient  avec  la  main  droite  ;  en  tournant,  la  toupie  d'Allemagne  pro- 
duit un  rontlemeut  assez  fort  analogue,  du  reste,  au  jeu  du  diable  ou 
de  l'émigrette. 

(le  jeu  a  été  décrit  d'une  manière  fort  intéressante  par  M.  A.  Barth, 
dans  un  article  publié  le  o  janvier  1888,  dans  la  revue  la  Mélusine. 

La  havergaiss  est  un  jouet  qui  a  fait  les  délices  de  bien  des  généralions  de  bambins  stras- 
bourgeois  et  que  eeux  d'aujourd'hui  ne  connaissent  plus  que  par  ou'i-dire.  Il  se  compose  d'une 
boule  creuse  en  bois  dur  de  10  k  15  centimètres  de  diamètre,  percée  en  son  milieu  d'une 
ouverture  carnée,  enduite  à  l'intérieur  de  poix  et  se  terminant  à  sa  partie  inférieure  en  une 
tige  solide.  Celte  tige  autour  de  laquelle  on  enroule,  de  bas  en  haut,  la  corde,  s'emboîte  dans 
la  clef.  L'un  des  joueurs  lire  sur  la  corde  ;  l'autre,  ramenant  brusquement  la  clef  en  sens  inverse, 
lance  au  loin  la  boule  devenue  libre  el  qui,  animée  d'un  mouvement  de  rotation  rapide,  décrit 
de  larges  cercles  en  bondissant  et  en  produisant  un  ronflement  sonore.  Nous  appelions  ce 
jouet  un  bourdon.  Mais  le  nom  indigène  est  havergaiss,  qui  remonte  au  moins  au  seizième 


—  46  — 

siècle,  où  Fischart  h  menlionne  dans  son  Gargantua.  Dans  celle  acception,  le  mol  paraît  être 

propre  aux  pays  rhénans. 


En  Allemagne  ou  en  Alsace,  il  se  dit 
encore  d'une  espèce  d'araignée,  le  fau- 
cheux, haut  sur  ses  jambes  comme  noire 
bourdon,  d'une  sorte  de  bécasse  et  d'un 
hibou,  tous  deux  bruyants  comme  lui  et  le 
dernier  mal  famé  pour  son  chant  lugubre. 
Les  trois  animaux  passent  du  reste  pour 
donner  des  présages  et  on  les  tient  pour  sus- 
pects de  dialjlerie.  Le  sens  apparent  du  mol 
chèvre  d'avoine  n'est  évidemment  pas  le  vrai  ; 
mais  l'étymologie  en  est  obscure;  des  philo- 
logues ont  prétendu  y  découvrir  un  vieux 
nom  des  boucs  qui  traînaient  le  char  du 
dieu  ïhor.  Quoi  qu'il  en  soil,  le  jouet  avait 
la  mauvaise  habitude  d'entrer  en  collision 
avec  la  tète  des  passants  et  les  carreaux  des 
voisins,  el  la  police  le  voyait  d'un  mauvais 
œil.  Déjà  Fischarl  le  classe  parmi  les  jeux 
de  plein  air  «  die  ins  Feld  gehoren  ».  Aussi 
la  police  allemande,  plus  radicale  que  l'an- 
cienne, l'a-t-elle  simplement  supprimé, 
comme  le  jeu  de  la  balle,  comme  le  jeu  du 

quiné  el  comme  bien  d'autres.  Poui' les  enfants  sages,  il  a  été  remplacé  par  la  toupie  japonaise, 

qu'on  fait  marcher  sur  une  table  dans  une  assiette. 

En  Allemagiu-,  on  désigne  également  la  toupie  ronflante  sons  le  nom 


SA  sows'iE  ffi)'A.aas»SAaiws 


LE  JEU  DK  LA  TOUI'IE 

ii'ApnÉs  la  Gi/innasiii/iie  de  la  jeunesse,  an  xt,  iSD'i. 


de  Bruiiniici}  /i/'o/sr/\  c'est-à-dii'e  qui  l'ait  des  eei'clos  ;  le  mot  Jiruiituten 
est  évidemment  une  onomatopée  qui  sert  à  indiquer  le  ronronnement 
que  fuit  la  toupie  en  tournant. 


—  47 


\'.  —  (liraviires  i-cpi*i'>*oiilaiil  le  jeu  do  la  loupio. 

Au  dix-sei>tiôme  siècle,   nous  avons  la  gravure  de  Stella,   qui  repré- 
sente  un   groupe  d'enfants    jouant   à  la    toupie.  Ce  jeu   est   toujours  le 


même  :  il  s'agit  de  lancer,  avec  assez  d'adresse,  sa  toupie  au  milieu  d'un 
cercle,  où  d'autres  toupies  sont  déjà  disposées,  pour  toucher  celle  de 
son  adversaire  ;  c'est  ce  que  l'auteur  a  décrit  en  ces  vers  : 

Qu'ilz  sont  ravis  ces  l)eaux  mignons 
•     Alors  que  de  leur  compagnon 
Ils  peuvent  sapper  la  toupie, 
Et  que  les  autres  sont  dolens 
De  voir  les  leurs  assujelies 
A  souffrir  ces  coups  violens. 

A  peu  près  à  la  même  épocpie,  un  graveur  ({ue  nous  avons  déjà 
nommé,  M.  Carracci,  présente  des  enfants  jouant  à  la  toupie,  et  la 
forme  de  celte  dernière  se  rapproche  heaucoup  plus  du  sabot  (jue  de 
la  toupie  telle  (pie  nous  la  connaissons  maintenant. 

En  1712,  Lucken,  dans  son  Recueil  des  jeux  d'enfants,  montre  le  jeu 
de  la  toupie  lancée  dans  un  cercle  analogue  à  celui  que  nous  décri- 
vions plus  haut. 

Une  gravure  anglaise  de  la  fin  du  dix-huitième    siècle    indique  une 


petite  vari.-uitc  dans  ee  jeu  :  taudis  (jiie  reiilaiit,  placé  au  preuiier  plan, 
tieut  sa  toupie  dans  sa  main,  son  camarade,  qui  est  debout,  la  fait 
tourner  sur  une  sorte  de  petite  palette  en  bois  analogue  à  celle  dont 
les  tout  jeunes  entants  se  servent  pour  jouer  avec  du  sable. 

Saint-Au])in,    dans    sa    série    des    Di/fï-irids    jeux    des   pclits  polissojis. 


J-EUNE  Caj^çons  quM  jouhht a  la  Tovpte 

représente  trois  joueurs  de  toupie  se  livrant  à  cet  exercice  au  pied  d'un 
monument  qui  semble  être  la  grande  colonnade  du  Louvre. 

Une  suite  de  jeux  du  premier  Empire  représente  la  toui)ic  d'Alle- 
magne avec  son  gros  trou  percé  latéralement.  Enlin,  une  litliographie 
de  1840  reproduit  ce  même  jeu  où  deux  enfants  se  mettent  en  collabo- 
ration pour  faire  marcher  cette  toupie. 


\  I.  —  l'oôsie  siw  le  jt'ii  «le  Isi  loiipic. 

Un  auteur,  M.  Lcjj'rauc,  imagine  un  dialogue  assez  Jiiouvemeuté  entre 
une  tou|)ie  et  un  sabot,  et  c'est  probablement  à  la  toupie  d'Alleniagu<; 
(pi'il  fait  allusion  dans  ces  vers  : 

Au  Sabot  la  Toupie  un  beau  iiuUiii  l'aisaiil 
Une  querelle  crAlleinand, 
r.ui  disait  ces  dures  paroles  : 
<i  Que  viens-tu  de  li's  cabrioles 


—    '(!)  — 

Internimpre  mon  doux  repos? 
Ai-je  besoin  d'aller,  an  gré  de  tôles  folles, 
Comme  loi,  pur  monts  et  par  vaux  ? 
Sons  le  fouet  de  ces  vils  inarmols. 
Traîner  nne  existence  brusquée  : 
La  mienne,  j'en  conviens,  me  fut  communiquée  ; 
Mais  depuis  j'agis  seule,  et  fais  ici,  je  crois. 
Quatre  fois  plus  de  bruit  que  toi.  » 
L'humble  Sabot,  quoiqu'il  eût  de  la  veille 

Trois  clous  dorés  sur  chaque  oreille, 
Trouvait,  à  part  certains  mois  peu  décenls, 
Que  la  Toupie  avait  quelque  bon  sens; 
Mais  lorsqu'en  un  moment  il  vil  la  dame  fière 
S'en  aller  de  vie  à  trépas, 
«  Hé  !  hé  !  dit- il,  celle  lanière 
Fait  que  si  tôt  je  ne  meurs  pas.  » 


nUITIElME    PARTIE 


LE    TOTON 
I.  —  Di'fiiiilîon  do  ce  jeu. 

Le  toton  est  uno  sorte  de  petite  toupie  dont  la  queue  allongée  et 
tbi't  mince  peut  être  facileiuent  roulée  entre  les  doigts,  qni  lui  <lonnent 
une  impulsion  analogue  à  celle  de  la  toupie.  Ce  jeu  est  plutôt  un  jeu 
de  hasard  qu'un  amusement  d'enfant.  Les  Romains  le  pratiquaient  sous 
le  nom  de  jeu  de  la  pièce  d'airain.  PoUux,  expliqnaut  ce  jeu,  dit  :  «  On 
dresse  une  pièce  de  monnaie  et  ou  lui  imprime  un  mouvement  de 
rotation  rapide,  et,  pendant  qu'elle  tourne  encore,  il  faut  l'arrêter  avec 
le  doigt.   '1 

Cette  description  est  absolument  celle  du  toton,  à  cette  difTérence 
près  qu'on  laisse  cette  minuscule  toupie  mourir  de  sa  belle  mort. 

Le  toton  a  été  connu  dans  tout  le  Moyen  Age  sous  le  nom  de  <(  jeu 
de  la  pirouette  »  ;  il  se  compose  alors  d'un  disque  asjsez  épais  traversé 
on  son  axe  ]»ar  une  petite  tigi;  ronde  en  métal. 

II.  —  Fni]>loi  «lu  lolon  on  place  «les  dés  à  jjoiier. 

Au  dix-huitième  siècle,  le  toton  semait  au  même  usage  que  les  dés 
et  le  disque  était   divisé   en  six  cases   poi'tant  chacune   un  numéro  ;  si 


50 


le  joueur  aiiu'-iie  le  point  sur  lequel  il  a  plaeé  tic  rarç,eut,  celui  contre 
lequel  il  joue  raet  autant  que  l'on  a  mis  au  jeu  et  il  i^agne  quaud  son 
adversaire  n'amène  pas  ce  point. 

De  nos  jours,  le  toton  n'est  plus  guère  qnini  jeu   d'écolier,  qui   en 


LE  JEU  DU  TOTON 

ll'Al'nKS  CHABIIIN.    WIII'    SIKCLIi. 


fabrique  à  bon  marché  avec  de  vieux  boutons  de  culotte  et  quebjuefois 
même  plus  simplement  encore  avec  une  boulette  de  mie  de  pain  p(n'cée 
d'une  allumette. 

Collé,    dans    ses  A-propos  de  société,    a   consacré  ([uelques  vers   au 
toton  ;  nous  les  reproduisons  ici  : 

A  Cl'  jcu-Ià  sans  cesse  on  tourne  ; 

C'est  pair  ou  non  ;  le  fort  y  fait  tout. 
Mais  (le  son  côté,  morgue  l'œil  qui  se  tourne, 

Dit,  et  tout  (l'un  coup  ; 
Sur  la  gaît(5,  sur  l'esprit,  qui  la  tourne, 

Trouve  à  se  llxec-sur  tout. 


LE   JEU    DU    TOTON    OU    DE    LA    PIROUETTE 

d'après    un    recueil    d'emblèmes    du    XX  l"    SlÈCI.i: 
mni.ioTHÈQUE  DE  l'arsenai. 


CHAPITRE    II 


JEUX   A   COURIR 


La  course. 


1.  iJL'finilion. 


Le  jeu  (le  la  course  chez  les  Grecs.  —  3.  Le  jeu  de  la 
course  clans  les  Pardons  en  Bretagne.  —  \.  De  la  manière  de  bien  courir,  d"après 
.M.  Laurent  de  Jussieu. 

Le  jeu  de  barres.  —  i.  DéOnition.  —  !>.  L'Oslrachynda  chez  les  Grecs.  —  3.  Le  jeu 
de  la  coquille  ciie/  les  Romains.  —  \.  Le  jeu  de  barres  au  Moyen  Aye.  —  5.  Le  jeu  de 
barres  en  Pelj^ique  et  en  Italie.  —  <j.  Le  jeu  de  barres  de  Napoféon  1''.  —  7.  Le  jeu  de 
barres  assis.  —  8.  Poésie  sur  le  jeu  de  barres. 

Les  quatre  coins.  —  1.  Le  jeu  de  la  marmite  chez  les  Romains.  —  2.  Le  champ  estroit 
au  quinzième  siècle.  —  .3.  Manière  de  pratiquer  ce  jeu.  —  /,.  Le  jeu  des  paquets.  — 
;>.  Le  jeu  des  faf,^ots.  —  G.  Le  jeu  de  la  mer  agitée.  —  7.  Gravures  du  jeu  des  quatre  coins 
au  dix-huitième  siècle. 

Le  jeu  de  cache-cache.  —  1.  Le  jeu  de  cache-cache  chez  les  Romains.  —  -2.  Le  jeu 
de  cliyne-muscltc  au  .Moyen  A'^c.  —  3.  Le  cache-cache  Nicolas.  —  ',.  Le  l'uret  du  Jjois 
Mesclanies  et  le  jeu  de  la  pantoulle. 


PllEMIÈllE    PARTIE 


LA    COURSE 


l.  —  Uôniiilioii. 

ET  exercice  fut  le  plus  simple,  peut-être,  dont 
riioiume  se  fût  jamais  avisé  ;  mais  aussi,  c'était  évi- 
demment celui  qui  lui  était  le  [jIus  utile,  puis(ju'il 
lui  permettait  soit  de  pourvoir  à  sa  nourriture  en 
attrapant  à  la  course  les  animaux,  soit  encore  d'écliap- 
per  par  une  i»rompte  retraite  aux  bètes  féroces  qu'il 
avait  à  redouter. 


II. 


I.,e  jeu  de  la  course  elie/.  les  OreeSf 


Chez    les  Grecs,    la   course  occujtait    une   place  prépondérante  dans 
l'éducation  ([ue  l'on  donnait  aux  jeunes  gens  des  deux  sexes.  Les  jeunes 


—  52 


filles,  en   effet,  se  livraient  avec  passion   à  cet  exercice,  et  les  anteurs 
anciens  nons  les  représentent  conrant  dans  les  prairies  qui  bordent  les 

fleuves  et  les  canaux,  se  dé- 
fiant et  s'excitant  l'une  l'autre 
à  qui  rivalisera  le  plus  de  lé- 
f^èreté  et  de  hardiesse. 

Platon  recommande  la 
course  aussi  bien  aux  ado- 
lescents (ju'aux  hommes  faits. 
Sénèque,  dans  sa  XV"  lettre, 
conseille  à  Lucilius  de  s'ap- 
pliquer à  la  course  comme  à 
un  exercice  des  plus  utiles. 
Notons  enfin  que  les  Olym- 
piades étaient  marquées  par 
le  nom  des  vainqueurs  de  la  course.  L'emplacement  destiné  à  ces  exer- 
cices s'appelait  le  «  stade  »  ;  il  était  couvert  de  sable.  La  longueur 
ordinaire  des  stades  était  de  près  de  200  mètres,  et  le  coureur  était 
classé  suivant  le  nombre  de  fois  qu'il  pouvait  parcourir  cet  espace  à 
une  allure  accélérée. 


LE  jel:  de  la  course 

u'apiiks  OLAIVS  MAGXUS,  .\vi<-  sjkcLE. 


III.  —  Le  jeu  de  la  course  clans  les  Pardons  en  BreJagne. 

Le  jeu  de  la  course  est  encore  usité  dans  certaines  provinces,  notam- 
ment eu  Bretagne,  où,  dans  les  fêtes  appelées  k  Pardon  »,  les  jeunes 
gens  luttent  à  la  course  pour  gagner  le  prix  qu'ils  arboreront  fièrement 
pendant  toute  la  durée  de  la  cérémonie. 


l^  •  —  Uc  la  manière  de  bien  courir,  d'après  M.  Laurenl  de  Jussieu» 

Sur  ce  sujet,  nous  ne  pouvons  faire  mieux  (jue  de  citer  l'opinion  de 
M.  Laurent  de  Jussieu  qui,  un  peu  avant  1830,  sest  beaucoup  occupé 
de  l'éducation  et  de  l'instructicm  de  la  jeunesse.  Cet  auteiu',  s'adressant 
aux  enfants,  leur  dit  : 

L'.-iulomiie  est  In  saison  où  cet  exercice  est  particulièrement  agréable  ;  c'est  au  moment  des 
premières  petites  gelées  que  vos  corps  éprouvent  le  besoin  de  ce  mouvement  propre  à  leur 
rendre  une  chaleur  douce,  saine  et  à  favoriser  le  développement  des  organes.  Le  jeu  de  barres 
et  la  lutte  à  la  course  et  tous  ces  jeux  où  il  faut  courir  sont  de  saison  à  cette  époque.  En  vous 
y  exerçant  avec  intelligence,  vous  pouvez  rendre  ces  jeux  doublement  profitables  pour  vous. 
Ils  ont,  en  effet,  une  utilité  immédiate  pour  votre  santé;  et,  de  plus,  il  peut  se  présenter  beau- 
coup de  circonstances  dans  la  vie  où  l'on  soit  bien  aise  d'avoir  acquis  l'habitude  de  franchir 


avec  célériti''  un  espace  plus  ou  moins  grand,  soil  pour  échajiper  à  un  danger,  soit  pour  porter 
promptement  secours  à  une  personne  exposée  h  quelque  péril  imminent. 

De  même  qu'on  ne  doit  point  négliger  de  cultiver  les  facultés  intellectuelles  qu'on  a  reçues 
delà  Providence,  il  ne  faut  pas  dédaigner  non  plus  de  développer  les  forces  physiques  dont  on 
peut  tirer  quelque  avantage  pour  soi  ou  pour  les  autres. 

C'est  pour  cette  raison  que  je  crois  à  propos  de  vous  offrir  quelques  conseils  sur  la  manière 
de  courir  avec  le  plus  de  facilite  et  le  moins  de  fatigue  possible. 

Pour  courir  vile  et  avec  grâce,  il  faut  pour  ainsi  dire  raser  la  terre,  en  portant  les  jambes 
tendues  en  avant,  s'enlever  d'un  pied  sur  l'autre  avec  beaucoup  de  vélocité,  et  faire  succéder 
rapidement  le  mouvement  des  pieds.  Pendant  la  course,  le  haut  du  corps  doit  être  penché  un 
peu  en  avant,  pour  laisser  au  jeu  des  poumons  toute  sa  liberté.  Il  est  avantageux  de  porter  les 
bras  comme  collés  au  corps  h  la  hauteur  des  hanches,  et  de  les  y  maintenir  sans  raideur  ni 
mollesse,  de  manière  à  ce  qu'ils  n'aient  d'autre  mouvement  que  celui  qui  leur  est  communiqué 
par  l'impulsion  du  corps  ;  autrement  ils  embarrassent,  gênent  et  ralentissent  la  course. 

Il  faut  éviter,  en  courant,  de  respirer  avec  trop  de  précipitation,  car  ce  serait  le  moyen 
d'être  essoufflé  après  ptu  d'instants  et  de  perdre  toutes  ses  forces. 

En  ne  reprenant  haleine  qu'à  de  longs  intervalles,  on  fatigue  beaucoup  moins  la  poitrine,  et 
c'est  d'ailleurs  une  bonne  chose  que  de  s'accoutumer  à  avoir,  comme  on  dit,  l'haleine  longue. 

Quand  on  est  arrivé  auJjout  de  la  carrière,  une  bonne  précaution  à  prendre  est  de  pencher 
le  haut  du  corps  en  avant  afin  de  faciliter  la  respiration. 

Si  vous  avez  à  fournir  une  carrière  un  peu  étendue,  ayez  soin  de  ne  pas  donner  en  partant, 
ta  votre  course,  toute  la  rapidité  dont  vous  êtes  capable  ;  vous  épuiseriez  promptement  vos 
forces  et  vous  seriez  obligés  de  ralentir,  avant  d'arriver  au  but,  peut-être  même  de  vous 
arrêter. 


DEUXIÈME   PARTIE 


LE   JEU    DE    BARRES 
1.  —  Uéflnitîoii. 

Le  jeu  lie  barres  tire  son  nom  des  lices  ou  barrières  servant  d'en- 
ceinte aux  joueurs  ;  c'est  une  espèce  de  petite  guerre  entre  deux  troupes 
qui  ont  chacune  leur  camp  servant  de  lieu  de  refuge.  Un  des  inendires 
de  la  troupe  se  détache  à  un  moment  donné  et  va  provo(pier  quelf[ue  autre 
de  la  troupe  opposée  ;  ces  deux  champions  se  mettant  en  campagne 
cherchent  à  s'éviter  ou  à  s'attraper,  et  c'est  de  cette  lutte  que  résidte 
le  jeu. 

II.  —  I/Oslrat'liyucla  elic/.  les  (irecs. 

Ce  jeu,  tel  (pi'il  se  joue  dans  les  cours  des  collèges,  n'est,  en  réalité, 
qu'une  modification  d'un  jeu  qui  était  pratiqué  par  les  (Irecs  sous  le 
nom  de  Oslruchynda. 


A  cett(!  t'poi[ue  iTciilëe,  il  consistait  drjù  en  deux  camps,  parmi 
lesquels  les  joueurs  étaient  répartis  ;  celui  (pii  avait  la  maladresse  de 
se  laisser  faire  prisonnier  était  dénommé  onos,  âne,  et  il  devait  aller 
s'asseoir  dans  un  coin  avec  défense  de  participer  au  jeu  tant  que  durait 
la  partie. 

m.  —  Le  jeu  de  In  coquille  chez   les  Roinniii.s. 

Chez  les  Romains,  ce  jeu  était  également  très  eu  favenr,  et  P(dlux 
(livre  IX,  cha]).  m)  en  donne  la  description  suivante  : 


«  Des  enfants  se  partagent  en  deux  camps  égaux  en  nombre  et  se  placent  de  chaque  côté 
il'une  ligne  tracée  en  terre.  Or,  il  s'agit  de  savoir  quel  est  celui  des  deux  camps  qui  prendra  la 
fuite.  On  clioisil,  à  cet  effet,  une  coquille  blanche  d'un  côté  et  noire  de  l'autre  ;  ou,  si  elle  est 
naturellement  blanche  des  deux  côtés,  on  la  noircit  avec  un  peu  de  poix  ou  de  goudron.  On  a 
tiré  la  raie  à  terre  de  façon  que,  soit  réellement,  soil  convenlionnellement,  un  des  deux  camps 
soit  à  l'Orient  et  l'autre  à  l'Occident,  c'est-à-dire  l'un  du  côté  du  jour  et  l'autre  du  côté  de  la 
nuit,  représentant  parfaitement  les  deux  principes  qui  ne  peuvent  exister  simultanément.  Un 
enfant  se  tient  au  milieu  de  la  raie  ;  il  lance  la  coquille  en  l'air  en  lui  imprimant  un  mouve- 
ment de  rotation  et  en  criant  :  «  nuit  ou  jour  !  »  Si  la  coiiuille  tombe  jour,  le  parti  auquel  est 
échu  le  côté  blanc,  c'est-cà-dire  qui  est  placé  du  côté  de  l'Orient,  devient  le  parti  poursuivant,  et 
l'autre  auquel  est  attribué  le  côté  noir,  celui  qui  est  à  l'Occident,  devient  le  parti  poursuivi.  Les 
enfants  qui  le  composent  doivent  faire  volte-face  et  se  sauver  le  plus  rapidement  qu'ils  peuvent. 
Aussitôt  qu'un  des  fuyards  est  pris,  il  fait  l'âne,  et  il  est  mis  hors  de  combat;  il  fait  monter 
relui  qui  l'a  attrapé  sur  son  dos  et  le  porte  ainsi  jusqu'au  camp  oii  il  demeure  prisonnier.  » 


56  — 


IV.  —  l.c  jeu  «le  bari-es  an  Mo;teii  Age 


Dc'S  l'aniiL'O   1300,   le   jeu  de  barres   est  déjà  coiimi  en   France  sons 
ce  nom.  Dans  le  Glossaire  de  Jean  de  Garlande  (§  63),  nons  lisons  : 


1300. 


liarri  stini  ucniis  liidi  i/al/ire  liarres. 


A  la  iiu  dn  quatorzième  siècle,  Jean  Boncicant,  qui  devait  plus  tard 
être  le  célèbre  maréchal  de  France,  montrait,  paraît-il,  un  goût  très  vif 
pour  le  jeu  de  barres. 

Pendant  tout  le  Moyen  Age,  le  jeu  de  barres  prenait  rang  dans  les 
fêtes  publiques,  et  les  nombreux  articles  d'inventaire  qui  ont  été  publiés 
dans  le  Glossaire  de   Gav  en  sont  les  meilleurs  témoignages  : 


LK  .lEU  DE  BARRES 

ii'aphks  In  Gymnnxlique  de  la  jeunesse,  an   xi,  1803. 


liOO.  —  Eli  laquelle  place  devoit  avoir  unes  barres  dont  leil.  Jacqunl  estoit  roy  pour  le 
jour;  et  pour  ce  avoU  lors  assemblé  plusieurs  gens  de  plusieurs  villes  pour  veoir  lesd.  barres. 
(Arc/i.  J.J.,  reg.  153,  pièce  155.) 

1424.  —  Comme  le  mercredy  d'apiès  Pasques  communians  dernier  passé,  que  les  compai- 
gnons  et  gens  de  la  ville  de  Warloy  avoienl  fait  crier  et  savoir  aux  villes  (renlour  que  au  jeu 
des  barres,  qui  se  devoit  faire  et  fisl  led.  mercredy,  ilz  donnoient  h  la  plus  belle  compagnie  de 
une  ville  et  parroisse  un  mouton  à  laine.  [Arch.  J.J.,  reg.  172,  pièces  022  et  655.) 

1-428.  —  A  chascun  d'eulx  une  paire  de  chausses  pourceque...  ils  avoient  rompues  les  leurs 
en  jouant  aux  barres.  [Cpte  cil.,  Monteil,  xiV  siècle,  ép.  19,  note  20.) 

1  ^97.  —  A  Chariot  de  Raisse  et  ses  compaignons,  pour  avoir  tendu  et  destendu  les  pavillons 
au  jeu  de  barres  qui  se  lit  devant  mondit  Sgr.  20  s.  —  h.  sire  Jehan  de  la  Barre,  Jehan  Housset 
el  autres  leurs  compaignons,  joueurs  de  barres...  tant  à  cause  du  coust  des  prix  donnés  comme 
autrement,  12  liv.  (Kéjouissance  à  Lille.  —  La  Fons,  Archives  des  Sociétés  savantes, 
juin  185'!.) 


—  57  — 


Les  Barres . 

u'aI'IIÉS   L'NE    LITIIOGIIAPIIIE    DU    MILIEU    DU    XIX" 


Le  jeu  de  hari'es  est  égcilement  jueutioimé  (Itiiis  le  x'ecueil  de  1587, 
et  le  graveur  a  représeuté  les  eufauts  divisés  en  deux  camps  ;  ou  aper- 
çoit très  netteuieut  celui  qui,  sortant  de  ses  limites,  va  dans  le  camp 
ennemi  provo(|uer  un  adversaire  (jui  s'élance  à  sa  poursuite. 

V.  —  liC  jeu  do  barres  ci»  UelaiqiK'  et  en  Italie. 

A  l'étranger,  ce  jeu  a  été  constamment  en  honneur,  et  Jean  Lemaire 
raconte  que  les  Belges   s'adon- 
naient avec  grand  plaisir  à  cet 
exercice. 

En  Italie,  cet  amusement 
était  traité  avec  une  égale  faveur 
et  l'on  prétend  même  que  la 
révolution  qui  éclata  à  (iènes  a 
eu  pour  origine  une  partie  de 
barres;  le  mouvement  populaire 
qui  prit  naissance  le  17  mai  1797 
et  ([ui  anéantit  le  parti  français 
en  Italie  est  décrit  dans  le  numé- 
ro de  la  Revue  des  Deux-Mondes 
du  mois  de  décembre  1829  : 

Depuis  quelques  jours,  des  jeunes  gens  des  principales  familles  de  Gènes  se  réunissaient 
dans  l'après-midi  sur  la  place  de  YAfjua  Vola,  située  près  des  remparts,  hors  de  la  ville,  et 
jouaient  aux  barres  :  ils  avaient  annoncé  une  grande  partie  pour  le  17  mai,  de  laquelle  devaient 
cire  plusieurs  Français  ;  on  distinguait  parmi  les  acteurs  le  jeune  prince  Santa-Croce,  expulsé 
de  Rome  pour  avoir  manifesté,  disait-on,  un  grand  attachement  aux  idées  de  liberté. 

Bientôt  le  bruit  se  répandit  dans  Gènes  que,  sous  prétexte  de  jouer  aux  barres,  ces  jeunes 
gens  voulaient  simuler  une  lutte  entre  le  parti  royaliste  et  le  parti  républicain,  dont  le  résultat 
serait  le  triomphe  de  ce  dernier  et  le  couronnement  de  sou  chef. 

Quel(iue  dénué  de  vraisemblance,  quelque  absurde  que  fût  un  projet  de  celte  nature,  il  se 
trouva  des  tètes  exaltées  qui  y  crurent;  une  foule  déjeunes  gens  se  réunirent,  en  conséquence, 
pour  empêcher  la  partie  de  barres  ;  ils  s'arment  de  sabres,  de  pistolets,  de  fusils  de  chasse  et 
se  rendent  les  premiers  à  VAqiia  Vola;  ils  occupent  la  place  du  jeu  de  barres  et  établissent  une 
partie  de  ballon.  Les  acleurs  du  jeu  de  barres  arrivent,  et,  quoiqu'ils  voient  la  place  prise,  ils 
veulent  établir  leur  camp;  ils  étendent  d'un  côté  un  ruban  bleu  et  de  l'autre  un  ruban  rouge, 
et  plantent  des  drapeaux  en  pavillons  de  couleur  identique.  Les  joueurs  de  ballon  se  précipitent 
sur  eux,  arrachent  les  rubans,  les  drapeaux,  et  on  se  bal.  Les  joueurs  de  barres  qui  se  trouvaient 
en  petit  nombre,  n'étant  pas  encore  tous  réunis,  se  sauvent  par  la  porte  A'Aqua  Vola,  les 
autres  les  poursuivent,  la  garde  de  la  porte  s'oppose  aux  agresseurs,  ils  veulent  la  forcer, 
blessent  mortellement  un  soldat  et  pénétrent  dans  la  ville.  Cependant,  deux  d'entre  eux,  un 
nommé  Wola-Bella  et  un  autre  Génois,  sont  arrêtés  et  conduits  à  la  tour;  les  autres,  craignant 
le  même  sort,  quittent  Gènes. 

Cet  événement  (il  une  vive  sensation  et  produisit  la  plus  grande  fermentation  parmi  les 
parents  et  les  amis  des  jeunes  gens  arrêtés  ou  de  ceux  qui  se  trouvaient  en  fuite.  La  Révo- 
lution s'ensuivit. 

8 


—  .•>«  — 

VI.  —  I.o  jeu  de  barres  «le  \npoleon  l"'. 

L'analogie  que  le  jeu  de  barres  présente  avec  la  guerre  est  évidem- 
ment une  des  raisons  qui  ont  amené  Napoléon  I"  à  y  trouver  un  si  vif 
plaisir.  On  raconte,  en  effet,  que  peu  de  temps  avant  le  sacre,  le  futur 
em|»ereur,  se  trouvant  un  soir  à  Saint-Cloud  avec  José[)liine,  proposa  de 
faire,  dans  le  parc,  nue  partie  de  barres.  Un  tel  avis  éipiivalait  à  un 
ordre  et  immédiatement  on  lit  venir  une  vingtaine  de  valets  de  pied, 
le  flambeau  au  poing,  pour  éclairer  la  partie.  A  un  moment  doiuié, 
José|»liiue,  qui  était  alors  très  svelte  et  très  élancée,  i)arviut  à  attraper  sou 
impérial  époux  pur  son  habit  eu  s'écriaut  :  «  Tu  es  mon  prisonnier.  » 
Napoléon  frémit  involontairement,  il  fit  même  un  mouvement  si  violent 
(pi'il  s'échappa  en  disant  :  "  Moi  |)risonnier,  jamais,  de  qui  «pie  ce  soit.  » 

Il  ne  savait  pas  lire  dans  l'avenir,  ajoute  M""  Lenormand,  qui  raconte 
cette  aventure  dans  une  note  de  ses  Mémoires. 

VII.  —  I.e  jeu  <ie  barres  assis. 

Il  existe  un  jeu  de  société  connu  sous  le  nom  de  jeu  de  barres  assis 
et  qui  présente  nue  certaine  analogie  avec  le  jeu  de  barres  que  nous 
venons  d'étudier.  Ce  jeu  consiste  à  diviser  en  deux  camps  les  messieurs 
et  les  dames,  en  laissant  entre  eux  un  espace  de  1°',60  à  2  mètres; 
il  s'agit  de  repousser  avec  le  souffle  un  léger  flocon  de  coton  ou  de  soie, 
et  le  maladroit  qui  laisse  tomber  sur  lui  le  léger  duvet  est  considéré 
comme  prisonnier  ;  il  ne  peut  continuer  à  prendre  part  au  jeu  (pi'après 
avoir  accompli  une  des  pénitences  imposées  par  la  société. 

Une  autre  manière  de  se  livrer  à  ce  divertissement  est  désigné  sous 
le  nom  de  «  Xiphias  »  ou  jeu  d'Eole.  A  cet  effet,  les  coucurrents  se 
placent  autour  d'une  table  en  joignant  les  bras  jusqu'aux  épaules,  de; 
façon  à  former  une  barrière  infranchissable  pour  cette  sorte  de  volant 
d'un  nouveau  genre,  que  les  joueurs  s'envoient  de  l'un  à  l'autre  ;  le 
maladroit  qui  a  laissé  passer  le  petit  fragment  de  coton  est  considéré 
comme  ayant  perdu  la  partie  et,  par  suite,  condamné  à  donner  un  gage. 

On  a  aussi  dénommé  ce  divertissement  le  jeu  de  «  coton  vole  »  ;  un 
recueil  du  commencement  du  dix-neuvième  siècle  raconte  à  ce  sujet  la 
plaisante  aventure  arrivée  à  un  homme  de  distinction  «pii  avait  voulu 
|)rendre  part  à  ce  jeu  innocent  : 

L'un  (le  nous,  M.  Mignanl,  noU'c  maire,  riait  do  si  bon  cœur  que,  ne  pouvant  souffler,  le 
colon  lui  enira  dîins  la  bouche,  et  à  la  vue  d'un  si  grave  magislral,  dont  la  bouche  paraissait 
pleine  de  fromage  à  la  cr&me,  les  ris  redoublèrent  jusqu'au  délire  et  je  ne  sais  oii  cet  excès  se 
serait  arrèlc  si  l'on  n'eut  été  obligé  de  retirer  le  colon  de  la  bouche  du  bon  M.  Mignard,qui  s'en 
trouvait  siiffo(jiié  et  dont  la  toux  ne  put  cire  calmée  que  par  un  bon  verre  de  vin. 


-  60  - 
VIII.  —  Poésie  sur  le  jeu  de  barres. 

Un  auteur  plein  de  bonne  volonté,  M.  Alexandre  D...,  a,  en  1822, 
fuit  sur  le  jeu  de  barres  nue  loni;ue  poésie  dont  nous  extrayons  les  vers 
suivants,  (pii  donnent  assez  bien  la  physionomie  du  jeu  : 

Quel  est  radolcsreiit       II  l'atteindra  :  mais  Ag-ramant  s'élance  ; 


Qui,  d'un  pas  grave,  affronte  seul  le  camp? 
Sou  froid  dédain,  sa  démarche  trop  vaine. 
Vient  rappeler  aux  amants  des  combats 
Du  fier  Argant  l'arrogance  hautaine. 
Il  a  parlé...  ïancrède  est  sur  ses  pas  ; 


Renaud  le  suit,  quand  Soliman  s'avance 
Pour  s'opposer  aux  coups  de  Godefroy, 
EL  vient  soudain  de  ce  sang  qui  bouillonne. 
Glacer  le  cours,  de  rage  et  non  d'effroi. 
De  toutes  parts  bientôt  la  charge  sonne. 


TROISIEME    PARTIE 


LES    QUATRE    COINS 

1.  —  Le  jeu  de  la  inai'inite  chez  les  Romains. 

On  peut  voir  l'origine  de  ce  jeu  dans  un  passage,  cité  par  M.  Becq 
de  Fouqnières,  où  Pollux  parle  du  jeu  de  la  lîiarinite  : 


Qu^Ua  Juj--7rifc  pour  la. /OijneJ'se.  'Oa'la^t 

LE  JEU   DES  QUATliE  COINS,  d'aimiès  une  giiavuhk  he  n.  guéhaud,  wiii"  sikci.e 


Larj-  t^iL'ay'anC  f-ccr^de.  tsprzn^cjrxpj-  ti^  San  àp£ 


Un  joueur  place  sur  sa  tête  une  marmite  qu'il  tient  de  la  main  gauche  en  tournant  dans  un 
cercle;  les  autres  le  frappent  en  lui  demandant  :  Qui  tient  la  marmite?  Celui  qui  est  dans  le 
cercle  répond  :  Moi,  Midas,  et,  s'il  parvient  à  toucher  du  pied  un  de  ceux  qui  l'ont  frappé,  il  lui 
fait  prendre  sa  place  ;  celui-ci  se  coiffe  de  la  marmite  et  tourne  à  son  tour  dans  le  cercle. 

Il  se  joue  de  deux  façons  difFérentes;  ou,  pour  iui<!iix  dire,  nous  avons 
sous    le    même   titre   deux   jeux   assez   semblables.    Le    premier  semble 


LE  JEU   1)1  s  QIIVIHI     ((UNS    i,  unis  Ja  (,>/iii,i  i  l  /ii     I     ti  /  iiii 


devoir  être  de  préférence  désigné  par  l'expression  de  jeu  du  pot.  Dans 
les  lexiques  de  Suidas  et  d'Hésycliius,  il  est  expliqué  de  la  même  façon 
que  dans  Pollux  (IX,  113).  «  Un  joueur  s'assoit  au  milieu  du  cercle  formé 


LES    (JUATUE   CUliNS,  h'aimiks  u.nh  A.\ciii.\Nii  imaul  e.n  cuuLhUii,   .\.\  .x,   1SU2. 

par  ses  camarades;  on  l'appelle  le  ])ot.  Les  autres  joueurs  tournent  autour 
de  lui,  le  plument,  le  taquinent,  le  frappent  même.  (Iclui-ci  cherche  en  se 
retournant  à  atteindre  celui  qui  l'a  touché  et  qui,  s'il  est  pris,  devient  le 
pot  à  son  tour.  »  Dans  ce  jeu,   le  joueur  assis  au  milieu  n'est  appelé  le 


—  02 


pot  que  par  la  comparaison  que  l'on  fait  de  lui  à  un  pot  placé  à  terre.  L'ex- 
pression de  plumer  est  encore  aujourd'hui  en  usage  parmi  les  enfants  et 
désigne  l'aclion  de  tirer  les  cheveux  par  de  petits  coups  vifs  et  précipités. 


LKS  (JUATIÎE  CULNS,  d'atiiks  uni;  giiavuhe  im  ruusiiKu  ejii'iuk 


C'est  sans  doute  en  souvenir  de  cette  marmite  anti(pie  que  celui  qui 
joue  le  rôle  principal  dans  ce  jeu  prend  le  nom  de  «  pot  » .  Ce  jeu  est, 
en  effet,  l'une  des  combinaisons  les  plus  simples  que  l'on  puisse  ima- 
giner :  quatre  joueurs   se  ])la('ent  près  de  quatre  arbres  dans  une  allée, 

ou,  si  c'est  dans  la  cour  de 
(j-uelque  école,  prés  de  quatre 
piliers  d'un  préau.  Celui  qui  est 
au  centre  et  qui,  comme  nous 
l'avons  vu,  est  désigné  sous  le 
nom  de  <i  pot  »,  cherche  à  at- 
teindre la  place  laissée  vide  par 
l'un  des  joueurs  au  moment  où  il 
chauge  sa  plac(»  contre  celle  d'un 
de  ses  partenaires.  Ce  jeu  de- 
mande une  grande  perspicacité 
de  la  part  du  postulant  à  la  place 
vacante  :  il  doit,  en  effet,  cher- 
cher à  lire  dans  les  yeux  ou  dans 
l'expression  de  la  physiouon^ie  de  l'un  des  joueurs  quelles  sont  ses  in- 
tentions,   pour   pouvoir    ra|)idement    gagner    l'abri    qu'il   va  quitter. 


Les  qualrc  coins 

Ii'aPIIÈS    lIiNE    LITHOGUAPHIE    DU    MILIKL'  DU    XIX» 


04 


II.  —  Le  champ  estroît  au  quinzîOine  isîôclc. 

Au  Moyen  Age,  on  pratiquait  le  jeu  des  quatre  coins  sous  le  nom  de 
Champ  estroît;  c'est  du  moins  ce  qu'il  est  permis  de  présumer  d'après  une 
citation  empruntée  à  un  texte  Ae?,  Archives  nationales  (J.J.  195,  pièce  56)  : 

Lesquels  comijaigiions  se  prirent  à  jouer  l'un  à  l'aulre  à  un  jeu  que  on  dit  champ 


1446 

eslroil. 


Manière  de  praliquei"  ce  jeu. 


Un  certain  M.  Dres,  qui,  au  commencement  du  dix-neuvième  siècle,  a 

publié  une  curieuse  série 
de  petits  albums  sur  les 
jeux,    décrit    ainsi    une 


partie  de  quatre  coins 


De  jeunes  personnes  jouaient 
aux  quatre  coins,  un  des  jeux 
dont  l'invention  remonte  peut- 
être  à  l'origine  du  monde.  Tou- 
tefois, le  jeu  des  quatre  coins 
n'est  pas  de  ceux  auxquels  notre 
premier  père  et  notre  première 
mère  se  livraient  dans  le  para- 
dis terrestre  ;  il  y  faut  cinq  ac- 
teurs, el,  dans  cet  âge  heureux, 
personne  ne  cherchait  à  prendre 
la  place  d'un  autre  ;  chacun  se 
trouvait  trop  bien  dans  la  sienne. 
Quoi  qu'il  en  soit,  ce  jeu  est  fort 
amusant. 

Le  joueur  qui  est  au  milieu 
attend  que  les  quatre  autres 
changent  de  place  pour  en  trou- 
ver une. 
Devenu  usurpateur  au  milieu  d'unie  de  ces  petites  révolutions  qui  portent  les  gens  d'un 
coin  à  un  autre,  il  craint  à  son  tour  de  perdre  ce  qu'il  vient  d'obtenir  et  prouve  qu'arrivé  au 
poste  qu'on  désire  on  est  loin  d'y  trouver  le  repos.  En  moins  de  cinq  minutes,  il  s'opère  plus  de 
révolutions  sous  l'ombre  de  ces  quatre  arbres  qu'on  n'en  voit  dans  les  empires  durant  quatre 
siècles.  Le  jeu  des  quatre  coins  est  une  école  primaiie  pour  les  ambitieux.  Pompée,  César, 
Crassus,  Antoine  et  Octave  ne  jouaient-ils  pas  à  ce  jeu  dans  l'Empire  romain  ? 


LE  JEU  DES  QU.'VTRE  COINS 
d'apiiks  les  Jeudis  de  ma  lanle,  xix"  siècle. 


IV. 


.e  jeu  de^  paquets. 


Au  dix-huitième  siècle,  il  existait  une  variante  du  jeu  des  quatre  coins 
qui  était  connue  sous  le  nom  de  jeu  du  k  Tiers  »  ou  «  jeu  des  Pa- 
quets ".Pour  cela,  (}iM\\ivXK'v\v  àiiïEncydopédie  nd-thodique^  on  se  place  eu 


4- 2 -à 


—  66 


rond  par  paquets  de  deux  ;   il    y  a  deux  joueurs  en   dehors  qui  courent 
l'un  après  l'autre  ;  celui  après  qui  le   premier  court   se  place  devant  un 

des  paquets,  alors  celui  du  paquet  qui 
se  trouve  le  troisième  court  se  placer 
devant  un  autre  paquet  sans  se  lais- 
ser prendre,  car,  s'il  était  pris,  il  se- 
rait obligé  de  courir  après  le  premier 
joueur  qui  se  déplace,  et,  toutes  les  fois 
(ju'il  y  a  trois  personnes  à  un  paquet, 
le  troisième  est  de  bonne  prise.  Si  tous 
les  joueurs  sont  attentifs  à  leur  jeu,  on 
fait  rester  (piehjuetois  bien  longtemps 
celui  <pii  court  iq)rès  les  autres  ;  mais  les  |)ersonues  (pii  sont  petites  et 
qui  sont  j)lacées  devant  les  grandes  ont  bien  du  désavantage,  parce 
qu'elles  ne  ])euvent  voir  si  on  se  place  devant  l'autre,  et,  si  elles  sont  en 
troisième,  elles  devieiuient  facilement  la  |)roie  de  celui  (pii  court. 


LE  JEU  DES   QLATUE  COINS 

D'aI'IIKS      ViCTOIl      AIlAM.     .\1\'     PIKCI.K. 


V.  —  l,«'  j«Mi  «les  faa,oliSt 

Ce  jeu  a  été  beaucnu|)   |)rati([iié  au   dix-neuvième   siècle  comme  jeu 


LE    .lEU   DES    KACOTS   AU    .MOYEN   ACE 


de  société,  et  il  était  alors  connu  sous  le  nom  de  «  jeu  des  fagots  ».  Le 
Petit  Savant  de  société  indique  comment  ce  jeu  doit  se  jouer  ;  quand  il  se 
pratique  avec  des    dames,  on  se  place  en  cercle  de  deux   en  deux,   de 


sorte  ([lie  ch.-ujue  cavnliiM-  tieniiL'  une  (Imiiic  devant  sdi  ci    forme  ce  ([iio 
l'on  appelle  un  «  fagot  ». 

On  choisit  deux  fagots  cpii  sont  obligés  de  courir  lun  après  l'autre. 

Celui  qui  court  devant  a  le  droit  de   traverser  en  tous  sens  autour 


LE  JEU    DES  FAGOTS 

d'aI'IIKS    un    ancien    IIKCUEIL   DES    JEUX  DE  SOCIÉTÉ,    .\1X°    SIÈCLE. 

des  fagots,  qui  doivent  être  assez  écartés  les  uns  des  autres  pour  qu'on 
puisse  facilement  circuler  au  milieu  d'eux. 

Le  joueur  qui  court  le  premier  doit  éviter  d'être  attrapé,  car,  en  ce 
cas,  il  seivait  contraint  de  changer  de  rôle  avec  celui  qui  le  poui'suit.  Pour 
se  reposer,  il  a  le  droit  de  se  placer  devant  un  des  fagots  en  dedans 
du  cercle  et  à  son  choix. 

Il  se  trouve  alors  un  fagot  composé  de  trois  joueurs,  ce  ([ui  ne  peut 
être  ;  il  faut  que  celui  cpii  se  trouve  en  dehors  du  fagot,  sur  la  partie 
extérieure  du  cercle,  s'échappe  à  l'instant  pour  éviter  d'être  pris  et 
prendre  la  place  du  coiu'eur. 


VI.  —  Le  jeu  de  la  mer  agilée. 

Une  autre  variante  du  jeu  des  quatre  coins  est  le  jeu  de  la  mer 
agitée  :  c'est  une  de  ces  révolutions  tumultueuses  où  personne  ne  peut 
garder  le  repos,  où  tout  cède  à  la  commotion,  où  l'on  no  sait  rien  pré- 
voir, car  c'est  uniquement  le  hasard  qui  donne  les  places.  Une  seule 
personne  demeure  debout,  mais  elle  attend  une  nouvelle  révolution,  et, 
au  milieu  de  cette  agitation  semblable  à  celle  des  flots  de  la  mer,  elle 
trouve  à  son  tour,  aux  dépens  d'un  autre  joueur,  une  place  (ju'elle  ne 
gardera  pas  longtemps. 

La  mer  agitée  est  une  ressource  assurée  contre  le  froid  qui  pourrait 
gagner  une  assemblée,  et,  sous  ce  rapport,  c'est  un  amusement  à  recom- 
mander pour  l'hiver. 


—  6S  — 
VII.  —  <iii'!iviirc  «lu  jeu  cleis  quatre  eoîns  au  cli.v-huitiOnic  .siècle. 

La  plus  célèbre  représentation  du  jeu  des  quatre  coins  est  le  fameux 
tableau  de  Lancret  qui  a  été  gravé  par  Larmessin  ;  daus  un  vaste  parc 
tout  garni  de  hautes  futaies,  un  groupe  de  joueurs,  représentés  par  de 
gracieuses  jeunes  filles,  se  tient  adossé  soit  à  des  troncs  d'arbre,  soit  au 
piédestal  d'un  vase  garni  de  rocailles.  Le  patient  est  figuré  par  un  jouven- 
ceau, qui  no  semble  se  laisser  impressionner  en  aucune  façon  par  le  pied 
do  nez  que  lui  décoche  fort  irrévéroncieusement  une  des  joueuses. 

La  morale  du  jeu  des  quatre  coins  pourrait  se  résumer  dans  cet  adage 
populaire  :  «  Qui  va  à  la  chasse  perd  sa  place.  » 

A  ce  jeu,  comme  ailleurs,  gardez-vous  de  quilter 
Une  place  qu'un  jour  vous  ne  pourriez  reprendre. 
Si  plus  d'un  joueur  cherche  à  vous  supplanter, 
Tenez  ferme  et  jamais  ne  vous  laissez  surprendre. 


OUATRIEME    PARTIE 


LE   JEU    DE    CACHE-CACHE 

I.  —  l>e  jeu  de  eaelie-eaelie  chez  les  Uoiiiaiii.s. 

Le  jeu  do  cache-cache  était  très  en  honneur  chez   les  anciens  sous 


LE  JEU  DE  C.\CIiE-CACIlK  CHEZ  LES  liO.MAINS 

d'ai'jiks  u.ne  ancie.nne  peimurk  d'iiehculaniim. 


—  09  — 

le  nom  de   »   jeu  île  In  l'iiite  ».   Pollux  nous  en  a  laissé  une  ilescription 
(livre  IX,  paf;e  117)  : 

Un  des  joueurs  se  place  au  milieu  de  ses  camarades  et  fi.'rme  les  yeux  de  lui-même,  à 
moins  que  quelqu'un  ne  soil  chargé  de  les  couvrir.  Les  joueurs  prennent  la  fuite  et  se 
dispersent.  Alors  celui  qui  l'est,  rouvrant  les  yeux,  se  met  à  leur  recherche.  Ceux-ci  doivent 
s'efforcer  de  le  devancer  au  camp. 

Gomme  dans  tous  les  jeux  de  ce  genre,  celui  qui  est  louché  avant  d'avoir  pu  regagner  le 
camp  prend  la  place  de  celui  qui  courait  après  les  autres. 

Dans  le  recueil  des  peintures  d'Herculanum  et  Ponipéi  (vol.  II, 
page  81),  il  y  a  une  reproduction  qui  indique  bien  (pie  ce  jeu  n'a  pas, 
depuis  l'antiquité,  été  modifié  jus([u'à  nos  jours. 

11.  —  Le  jpii  de  cli2,-ne-imisette  au  Moyen  AgP« 

Au  Moyen  Age,  ou  a  désigné  ce  jeu  sous  le  nom  de  Cligne-Musette, 
Clignette  ou  Climusette  ;  le  poète  Destouches  a  dit,  en  efîet  : 


JEU    DE   LA  SAVATTE  . 

D'.MMIÈS  l]^E    ANClli.NNE    GRAVIUIE    ANGLAISE,   XVIII'-'    SIÈCLE. 

Je  brûle  de  vous  voir  trois  ou  quatre  marmots, 
Braillant  autour  de  vous,  et  vous-même,  en  cachette, 
Jouant  à  cache-cache  ou  bien  à  Climusette 


—  70  — 

Au  sujet  (le  l'ofigluc  de  ce  nom.  nous  trouvons  dans  V Iiiipr<ii:isateur 
fnairais  une  étymologie  ([ui  paraît  bien  spécieuse  :  "  Il  y  a  lieu  de  croire, 
dit-il,  que  le  nom  de  ce  jeu  vient  de  Colin  Muset,  ancien  jongleur,  qui 
allait  par  les  cours  des  [n-inces  jouant  de  sa  vielle.  Il  était  aveugle. 
Les  plaisanteries  qu'il  occasionnait  et  les  tours  qu'on  lui  faisait  ont  appa- 


Z-E     C^CHE  NICOLAS . 

ii'.M'iiÈs  UN  lŒCiiiîiL  DE  GHAvoiuîs  HE  Drssus  lie  labatié 


X,    Wlll'^    SlKCLIi. 


remment  donné  le  nom   de   "  Climusette  »    à  ce  jeu,  par  corruption  du 
mot  «  Colin  »  en  celui  de  «  Cli  » . 

Louis  XIII,  enfant,  aimait  à  jouer  à  ce  jeu,  et  Iléroai'd,  dans  son 
journal,  nous  apprend  qu'en  1611  il  jouait  volontiers  d  cachette.  Un 
peu  plus  tard,  en  KJli,  le  même  auteur  rapporte  qjie  le  roi  a  joué  à 
cligne-musette  avec  les  sieurs  de  Termes,  de  Courtenvaux,  premier 
gentilhomme  de  la  chambre,  et  les  sieurs  comtes  de  La  Rochefoucauld, 
maître  de  la  garde-robe,  et  de  La  Hocheguyon. 

m.  —  1.1?   f!i<*li<'-c'a«'li<'  .Vieolsis. 


11  existe  un  jeu  de  société  qui,  au  seizième  siècle,  était  ct)nnu  sous 
le  nom  de  «  cotte-cache  » ,  ou  bien  encore  de  «  cache-cache  Nicolas  »  ; 
c'est  un  divertissement  qui  consiste  à  cacher  un  objet  de  i)etite  dimension 


dans  un  espace  déterninK/  et  de  le  faire  cherchei'  ensuite  par  une  pei'sonne 
présente  à  la  réunion  en  l'avisant  par  ([uelques  conseils  plus  ou  moins 


LE  JEU   DE  CACHE-CACHE  NICOLAS 

n'AIMlfeUN   ANCIEN   llEi:UEI  L  niîS   JEUX   DE    SOCIÉTÉ,    XIX"  SIÈCLE. 

vagues  sur    la   direction  qu'elle    donne   à  ses  recherches.   Pour  donner 
plus  d'animation  au  jeu,  on  remplace  les  avertissements  donnés  au  cher- 


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WÊ^I 

LE  .lElJ  DU  FLUET  DU    liOIS   :\1ESDA.MES 
d'apkés  une  i.iTiiiicnAr'iiiE  de  mahol',  ISiiii. 


cheur  par  le  bruit  qu'on  fait  avec  des  |)incettes.  que  l'on  frappe  à  l'aide 


d'une  clef  ;  do  cette  façon,  on  joue  du  Iriauf^le,  iiinis  |>liis  ou  moins  rorleiucnt 

selon  que  la  personne  s'approclu;  ou  s'éloigne  de  l'oljjel  de  ses  reelienches. 

Au  seizième  siècle,. dans  le  volume  des  Treiitc-six  fif/iiros  andoiumt  tous 

les  jeud\  etc.,  nous  trouvons    la  description  du  jeu  de  caclie-cache  dans 

ces  trois  vers  : 

Au  jeu  aussi  de  :  c.;iclir  liicn,  tu  l'as 

Où  mainl  garson  et  mainle  Mlle 

En  tout  honneur  preinenl  un  grand  soulas. 

Au  commencement  du  dix-neuvième  siècle,  au  lieu  d'ol>jct  à  trouver, 
il  s'agissait  d'accomplir  un  acte 


fort  simple  concerté  d'avance 
à  l'insu  de  celui  qui  est  le  prin- 
cipal acteur  et  qui  consistait  à 
dénouerun  ruban,  par  exemple, 
de  présenter  une  tleur  à  une 
personne,  de  lui  baiser  la 
main,  etc..  La  complicatioji  de 
ce  jeu  augmentait  le  nondire 
des  gages,  qui  étaient  payés 
pour  le  ]dus  grand  [)laisir  des 
assistants. 

Le  cacbe-cache  mitonlas  a 
été  gravé  au  dix-buitième  siècle 
par  Cottelle,  d'après  un  tableau 
de  Lancret  :  au  milieu  d'un 
parc,  sous  l'œil  bienveillant 
d'une  nym[)lie  en  forme  de  ca- 
riatide, une  nombreuse  assis- 
tance de  jeunes  gens  et  de 
jeunes  fdies  prennent  leurs 
ébats  ;  au  premier  plan,  les 
deux  principaux  acteurs  s'ap- 
prêtent à  jouer  leur  rôle,  la  jeune  iille  témoigne  de  son  intention  de  se 
voiler  la  face,  tandis  que  le  jouvenceau  tient  à  la  main  un  mouchoir 
qu'il  va  cacher   dans  quelque  retraite  profonde. 

IV.  —  Le  furet  ilii  bois  >les<lnines  c«  le  jeu  «le  la  paiilou!!*'. 

Il  existe  plusieurs  variétés  de  ce  genre  de  cache-cache  :  l(>  jeu  du 
furet  du  bois  Mesdames  et  le  ji'u  de  la  pantoufle  ne  présentent,  [)our 
ainsi  dire,  aucune  différence  avec  le  cacbe-cache  mitonlas. 

Kl 


Dans  le  jeu  de  la  pantoufle,  les  joueui-s  doivent  se  former  en  cercle 
en  laissant  seulement  subsister  deux  ouvertures  destinées  à  faciliter  les 
recherches  de  celui  qui  doit  découvrir  la  retraite  de  la  pantoufle.  Les 
joueurs  doivent  se  tenir  dans  une  position  assez  incommode,  de  façon 
que  leurs  jarrets  forment  une  sorte  de  voûte  sous  laquelle  circule  la 
pantoufle;  celle-ci  circule  de  mains  en  mains,  mais  l'on  doit  de  temps 
à  autre  signaler  sa  présence  en  frappant  sur  le  sol. 

Le  poète  Delille  a  donné  dans  les  Trois  li'ijncs  de  la  nature  une  char- 
mante description  de  ce  jeu  : 

Tantôt  sous  des  genoux  qui  se  couiijont  en  vuùlc 
Une  pantoufle  agile,  en  déguisant  la  roule, 
Va,  vient  et  quelquefois  par  son  bruit  agaçant. 
Sur  le  parquet  biiltu  se  trahit  en  passant. 


LE  JEli  DE  CACHE-CACHE 

d'aPHES    une    VIG.NKITE    DE    r.A   IIESTAUIUTION. 


CHAPITRE   III 


JEUX  D'ADRESSE 


Jeu  de  l'arc  et  de  l'arbalète.  —  i.  Hxislence  de  l'arc  dans  lanliquilé.  —  2.  Usage  de 
l'arbalète  en  France  à  une  époque  reculée.  —  3.  Diverses  espèces  d'arcs  employés  au 
Moyen  Age.  —  4-  Exercice  obligatoire  de  l'arbalète  au  quatorzième  siècle.  —  5.  Les 
confréries  de  l'arbalète  au  seizième  siècle.  —  6.  Le  jeu  du  «  Pape-Gaye  ».  —  7.  Jeux 
publics  de  l'arc  et  de  l'arbalète  au  dix-neuvième  siècle.  —  8.  Un  ancien  jouet  des  enfants 
suisses.  —  9.  Gravures  diverses  représentant  le  jeu  de  l'arc. 

Le  jeu  de  bague.  —  1.  Origine  mauresque  de  ce  jeu.  —  2.  La  bague  à  cheval  dans 
les  carrousels.  —  .'{.  Le  jeu  de  bague  perpendiculaire.  —  4-  Les  jeux  do  bague  aux 
seizième  et  dix-septième  siècles,  d'après  des  anciennes  estampes.  —  5.  Définition  du  jeu 
de  bague  au  dix-huitième  siècle.  —  (>.  Le  jeu  de  bague  de  Jean  Papillon  en  1766.  —  7.  Le 
jeu  de  bague  du  jardin  Monceau,  près  Paris,  en  1779.  —  8.  La  bague  chinoise  au  jardin 
Tivoli.  —  y.  Jeu  de  bagues  mù  par  des  pédales.  —  10.  La  promenade  dédalienne.  — 
II.  Caricatures  politiques  sur  le  jeu  de  bagues.  —  12.  La  flotte  aérienne.  —  i3.  Les 
manèges  de  chevaux  de  bois  depuis  le  second  Empire.   —   l'j.   Le   jeu  de  bague  à  pied. 

—  i5.  Le  jeu  du  baquet.  —  i(i.  La  bague  sur  Tcau.  —  17.  L'oiseau  égyptien.  — 
18.  Le  jeu  des  oiseaux  voltigeurs. 

Le  bilboquet.—  1.  Description  du  jeu  et  origine  du  nom.  —  2.  Fabrication  des  bilboquets. 

—  3.  La  foire  franche  des  bilboquets.  —  4-  L'^  passion  du  jeu  du  bilboquet  au  dix-hui- 
tième siècle.  —  5.  De  l'industrie  des  bilboquets  au  dix-neuvième  siècle.  ■ —  (>.  Le  bilbo- 
quet joué  avec  un  palet.  —  7.  Représentations  diverses  du  jeu  du  bilboquet. 

Le  jeu  du  diable.  —  1.  Composition  de  ce  jeu.  —  2.  Origine  chinoise  du  jeu.  Sa  des- 
cription d'après  le  Père  .Amiot.  —  3.  Emploi  des  diables  en  Chine  pour  remplacer  le 
bruit  de  la  crécelle.  —  4-  Oe  la  vogue  du  diable  en  France  en  1812.  —  5.  De  la  manière 
de  jouer  au  diable.  —  (>.  De  la  fabrication  des  diables.  —  7.  Estampes  satiriques  sur 
le  jeu  du  diable. 

Le  jeu  de  l'émigrette.  —  1.  Définition.  —  2.  La  satire  du  jeu  de  l'émigrette.  — 
3.  \'ogue  considérable  de  ce  jeu.  —  4-  Représentation  du  jeu  de  l'émigrette. 

Le  jeu  du  tonneau.  —  1.  Définition  et  origine  probable  du  jeu  du  tonneau.  —  2.  Le 
jeu  de  (jrecque  au  dix-huitième  siècle.  —  3.  Tonneaux  en  forme  de  ti'épied.  Manière 
de  pratiquer  ce  jeu   au  dix-neuvième  siècle. 

Le  jeu  du  bouchon  et  le  jeu  du  palet.  —  1.  Le  jeu  du  palet  dans  l'antiquité.  — 
2.  Origine  du  jeu  de  bouchon.  ^  3.  Jeu  de  bombiche  ou  de  galoche.  —  [^.  Repré- 
sentations du  jeu  de  bouchon. 


PREMIERE   PARTIE 


JEU    DE    L'ARC    ET    DE    L'ARBALÈTE 

I.  —  l'I.visteiico  <le  l'arc  dsiiis  l'antiquité. 

Cet  exercice  remonte  à  la  plus  haute  antiquité,  et,  au  livre  XXIIl  de 
V Iliade,  nous  voyons  que  le  jeu  de  l'arc  faisait  partie  des  fêtes  célébrées 
en  l'honneur  de  Patrocle. 


Le  inauiemeut  de  l'arc  a  été  pcudaut  bien  dos  siècles  considéré 
comme  faisant  partie  de  l'éducation  de  tout  jeune  guerrier,  et  l'adresse 
à  se  servir  de    cette  arme   était   considérée,    dans    les   temps  primitifs, 


t:  Arbaj^este 


D  A  Pli  Es   CLAl'DI.VE    BOUZU.NNET    STELLA,    XVII''    SIKCLE. 


comme  une  des  principales  qualités  des  citoyens.  Hérodote  raconte  que 
les  Persans  n'enseignaient  à  leurs  enfants,  entre  l'âge  de  cinq  à  vingt- 
cinq  ans,  que  trois  choses  :  dire  la  vérité,  manier  un  cheval  et  tirer  de 
l'arc. 

II.  —  Usasfe  lie  l'arbal«^le  c-n  France  à  une  époque  reculée. 

En  France,  au  (piatrième  siècle,  l'arbalète  était  en  usage  d'une  manière 
habituelle,  et  il  existe  au  musée  du  Puy  deux  bas-reliefs  de  cette  époque, 
où  on  retrouve  les  éléments  dé  cette  arme. 

Dans  un  manuscrit  du  dixième  siècle  (1),  on  retrouve  la  re|)rodnction 
de  deux  personnages  se  servant  d'une  arbalète. 

La  justesse  du  tir  obtenu  avec  cette  arme  l'ayant  fait  considérer  comme 
trop  meurtrière,  elle  fut   prohibée   en   1189    par  le   concile   de    Latran. 


(1)  Bil)li(i(lièqiie  nationaU'.  —  Minuiscril  latin,   12802. 


77  - 


Cepoiulaiit,    Philippe-Auguste  ne  lard.i  |)as    à  en  rétahlir  l'usage  et  elle 
resta  connne  anne  de  guerre  jusqu'au  seizième  siècle. 

Ou  distingue  différentes  sortes  d'arbalètes  :  l'arbalète  à  main,  l'arba- 
lète à  crosse,  l'arbalète  à  pied  de  chèvre,  l'arbalète  à  moufle,  etc.. 


m. 


nîvorsejs  ospôees  «l'airos  oiiiployrs  au  ^lojoii   Akc. 


L'aspect  que  présente  le  plus  ordinairement  cet  instrument  est  la 
foi'me  d'une  verge  de  bois  courbée  munie  d'uue  corde  tendue  ([ui  relie 
ses  deux  extrémités.  Outre  cette  forme  éminemment  simple,  il  est  souvent 
question,  dans  les  inventaires,   des  arcft  tuir/uois,  qui  sont  composés  de 


LES  Dards 


h'aimiks  cialîoîne  douzon.nkt  Stella,  xvii"  sikcle. 


contre-courbes  et  muuis  parfois  de  pièces  de  corne  collées  sur  le  bois. 
Cette  dernière  sorte  d'arc  s'est  perpétuée  jusqu'à  nos  jours  eu  Orient  et 
particidièreraent  en  Perse. 

Une  des  représ(^ntations  les  plus  typiques  que  l'on  connaisse  des  arcs 
au  onzième  siècle  est  empruntée  à  la  tapisserie  de  Baveux  ;  elle  repré- 
sente un  archer  couvert  d'une  cotte  de  mailles,  la  tète  protégée  par  un 
casque   conique   et  tenant  à  la  main    une  demi-douzaine  de  flèches   de 


rechange.  Son  arme,  autant  que  permet  de  le  juf:,er  la  grossièreté  du 
dessin,  était  composée  de  coutre-eourbos  suivant  la  mode  des  arcs 
tunpiois. 

Trois  siècles  plus  tard,  au  quatorzième  siècle,  on  a  employé  l'arc  du 
type  anglais,  dont  la  hauteur  est  égale  et  quelquefois  même  supérieure 
à  celle  de  l'archer.  Cependant,  en  France,  on  a  préféré,  tant  pour  la 
chasse   que    pour    la  guerre,   nne     arme    plus    courte    et  plus   cambrée. 


i.£  RiPE-GvAr 


CI.AULllNE    BOLZO.NNliT  STELLA.    XVIIi^   SIECLE. 


L'usage  de  l'arc  comportait  un  gant  servant  à  protéger  la  main  droite  et 
une  sorte  de  bracelet  ou  hracih'e  placé  dans  la  maiu  gauche.  La  corde 
des  arcs  était  ordinairement  cm  chanvre,  mais  on  en  a  fait  aussi  en  soie, 
ainsi  que  le  montre  la  citation  suivante  : 

1.328.  —  La  première  (chose)  fut  que  la  corde  ili'  son  arc  fust  de  soye  verde  ou  autre 
pour  trois  causes  :  la  premii'ire  que  la  soye  est  si  forte  qu'elle  dure  plus  sans  rompre  qu'elle 
ne  fait  de  nulle  autre  chose.  L'autre  cause  est,  quand  bien  assemblée,  elle  est  si  singlanl 
qu'elle  envole  une  sayeUe  ou  bougon  plus  loing...  arc  de  droicle  mesure  doit  avoir  de  long 
entre  la  coche  du  bout  d'en  haut  jusques  à  celle  du  bout  d'en  bas  22  poignées  estroilement 
(2  mètres).  {Mjdm  rt  /lari,,,  f  ,52,  v.) 

Pour  la  confeclion  des  arcs,  on  employait  diverses  essences  d'arbres, 


—  80  — 

telles  que  l'érable,  raubépine,  le  noisetier  et  le  frêne,  mais  celui  (jui  était 
le  plus  recherché  était  le  bois  d'if  en  raison  de  son  élasticité. 

IV.  —  Ivvfrcift'  «bliaatoire  <U>  l'arbalète  au  qiiator/.ièiiic  siôflc. 

Edouard  III,  roi  d'Angleterre,  par  une  ordonnance  rendue  en  1337, 
défendit,  sous  peine  de  mort  par  tout  son  royaume,  de  se  divertir  à  un 
autre  jeu  que  celui  de  l'arc  à  nuiin  et  du  tir  de  flèches;  ce  fut  grâce  à 


LI-:  Tilt  A   L'ARC 

u'aI'IIÈS   I.E  TAULKAU    de  LAM;11ET,  GIUVK    l'AR  LAIIMKSSIN,   WH"    SlKlil.i;. 

ces  exercices  réitérés  (]ue  se  formèrent  ces  célèbres  compagnies  d'ar- 
chers qui  nous  infligèrent  de  si  sanglantes  défaites  à  Crécy  et  à  Azincourt. 
Charles  V,  dès  les  premiers  mois  de  1369,  prit  une  mesure  inspirée 
évid<'mment  par  celle  qui  avait  tant  contribué  au  succès  de  son  ennemi  : 
le  30  avril  de  cette  année,  il  avait  interdit,  sous  peine  d'une  amende 
de  40  sous,  presque  tous  les  jeux  d'exercice  ou  de  hasard  et  avait  en 
même  temps  enjoint  à  ses  sujets  de  s'exercer  au  tir  de  l'arc  et  de  l'ar- 
balète, de  choisir  un  emplacement  convenable  à  cet  etfet,  de  décerner 
des  ]jrix  et,    eu  un  mot,  de  donner  à  ces  concours  le  caractère  de  véri- 


81  — 


t;il)l(>s  l'êtes.  C.cWc  ordoiniaiice  fut  nMioiivch-c  le  2o  iii.ii  cl  die   iilliibuait 
le  ([uart  de   rameiule  à   ceux 
(jui    dresseraieut  procès-ver- 
bal des    délits   et    appréhen- 
deraient les  délinquants. 

Pour  l'exécution  de  cette 
ordonnance,  les  sergents  et 
autres  officiers  inférieurs  se 
préoccupèrent  de  désigner 
dans  chaque  localité  un  em- 
placement spécialement  aftec- 
té  à  ces  exercices  de  tir. 
De  préférence  ils  choisirent 
nu  terrain  bien  plan  et  lé- 
gèrement en  pente,  terminé 
à  son  extrémité  par  un  tertre 
artificiel  destiné  à  servir  de 
cible  :  ces  endroits  furent 
dénommés  bttl^  et  ce  n'est 
qu'à  une  époque  relative- 
ment récente  qu'on  se  servit 
du  mot  ôittle  pour  désigner 
une  hauteur. 

Pour  donner  plus  d'attraits  au  jeu  de  l'arc  et  provoquer  l'énudation, 
on  institua,  à  la  fin  du  quatorzième  siècle,  des  prix  et  des  récompenses 
de  tous  genres  réservés  aux  plus  habiles  tireurs.  On  trouve  la  mention, 
à  la  date  de  1382,  du  prix  qui  fut  octroyé  par  Gautier  de  Monchel, 
écuyer  châtelain  et  garde  du  château  d'Etaples;  il  consistait  eu  un 
épervier  d'argent  attribué  «  au  mieux  jouant  de  l'arbalète,  pour  plus 
entretenir  et  accoutumer  icelui  jeu  »   (I). 


LE  JEU    DE    IJARB-ALESTE.. 

ii'.M'm-;s  GRAVEi.or,  xviii"  siècle. 


V.  —  Les  eonIVérîes  de  l'arbalèJe  au  seizième  siècle. 

Le  jeu  de  l'arbalète  a  donné  lieu  à  d(^  véritables  confréries,  très  floris- 
santes dans  le  nord  et  dans  l'est  do  la  France,  et  on  possède  encore  les 
statuts  de  la  corporation  des  ai'balétriers  de  la  ville  de  Senlis,  qui  furent 
publiés  au  mois  de  septembre  de  l'année  1538  ;  ils  commencent  en  ces 
termes  : 


(1)  ...  Voir  à  ce  sujel  rai-ticle  de  M.  Siméon  Lucc,  publié  dans  le  tome  XVII  des  Comiiles    rendus  des 
séances  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  année  1889. 

Il 


82 


Ce  sont  les  ordonnances  faites  siii'  le  jeu  de  l'arbaleslre  de  la  \ille  de  Senlis  el  de  la  manière 
du  serment  qu'il  convient  el  appartient  l'aire  à  ceulx  qui  veulent  être  de  la  l'rancliise  des  cheva- 
liers arbaleslrlers  d'icelle 
ville,  et  afin  que  aulcun 
n'en  puist  prétendre  cause 
d'ignorance,  ont  élez  de 
nouvel  renouvellées  par 
le  Roy,  capitaine,  connes- 
table  et  chevaliers  sui- 
vants et  entretenants  le 
jeu  d'arbalestre. 


Ces  statuts  nous 
apprcnneut  qu'il 
existait  entre  les 
membres  de  cette 
corporation  une  vé- 
ritable confraternité 
qui   les   oblii^eait   à  se    porter   mutuellement    aide    et    assistance. 

Le  jeu  d(>  l'arbalète  était  une  occasion  d'élire  un  roi,  qui  était  natu- 
rellement celui  qui  avait  l'ait  preuve  de  la  plus  grande  adi^esse  dans  cet 
exercice.  A  ce  sujet,  nous  relevons  dans  les  statuts  des  arbalétriers  de 
Senlis    cette    |)etite 


LIÎ  Tilt  A  L'AIUJALETE 

d".u'Iii:s  u.sj;  ghavciik  seii  mus  extkaitk  de  OLAIUS  MAGNUS,  xvi"  siècle. 


description  : 

Cy  après  sensuit  la 
forme  el  manière  de  faire 
le  roy  dudit  jeu  et  les  so- 
lemnités  qu'on  doit  garder. 

Premièrement,  il  est 
coutume  de  faire  tous  les 
ans  un  roy  le  jour  de  la. 
Trinité  Notre-Seigneur  el 
il  doibl  faire  entre  deux 
bulles  au  nombre  compé- 
lentel  faut  que  celuy  qui 
veulêtre  roy  face  et  mette 
quatre  coups  franchement 
dedans  les  cercles  et  doit 
avoir  aucuns  joyaulx  cà 

volonté  d'iceluy  ny  tirant  la  couronne,  car  il  doit  ce  faire,  el  ung  chapeau  de  fieurs,  et  se 
doivent  jouer,  cesl  assavoir  la  couronne  à  quatre  coups  francs,  comme  dit  est  ;  les  esguillettes 
à  deux  coups  et  les  gants  à  celuy  qui  premier  mets  dedans  les  cercles  pourveu  qu'il  se  tienne 
audit  premier  coup.  Mais  s'il  avoil  mis  après  ledit  premier  coup  encore  d'autres  et  qu'il  pût 
avoir  la  couronne  ou  les  esguillettes  el  que  les  autres  eussent  mis  des  coups  dans  lesdils 
cercles,  en  ce  cas  il  ne  pourra  avoir  que  l'un  desdits  joyaulx  el  les  autres  seront  distribués  à 
ceux  qui  auront  mis  esdils  cercles  comme  dessus  el  aussy  s'il  ny  en  avait  qu'un  qui  eut  mis 
esdits  cercles,  il  aura  seul  tous  lesdils  joyaulx. 


Lie    riU    A    L'AltliALKTK 

GIIAVUIIE  SUll  HUIS   EXTIIAITE   DE  OLAIUS  MA(jNUS,  XV!'  SIÈCLE. 


—  8;}  — 

Hem  ecluy  qui  ga,£:ne  ];i  coumniii'  et  qui  doiiil  (^Irc  Uduveau  roy  doilit  (loiiucr  [tom  sa  liicinc- 
luie  et  joyeux  advcnenn'nt  aucuns  joyaulx...  et  raisoniiajjle  à  sa  volonté  el  y  en  doibl  avoir  un 
qui  se  donne  h  trois  coups  et  des  cssuillelles  à  deux  et  une  paire  de  gants  au  premier  coup 
comme  dessus  el  un  cliapeau  de  Meurs  au  plus  beau  coup  durant  le  jeu  pour  le  jour. 

Item  pour  ce  que  plusieurs  chevalliers  ont  reiïusés  et  différés  d'estre  dudit  jour,  obstant 
qu'ils  n'avaient  aucun  prouffit,  a  été  accordé  que  celui  qui  sera  roy  après  ce  qu'il  aura  payé  sa 
bienvenue,  et  fait  les  droits  accoutumés  loultes  el  quantes  fois  que  les  dits  chevalliers  se  trou- 
veront après  le  jeu,  il  ne  paiera  aucun  écot,  mais  si  aucuns  desdits  chevalliers  qui  auront  perdus 
audit  jeu  se  déporte  sans  payer  leur  perte,  iceluy  roy  sera  tenu  advancer  et  payer  la  perte  et  la 
recouvrer  sur  le  perdant. 


VI. 


Le  jjoii  ilit  «   l»apo-(jlaje  ». 


Le  jeu  de  l'arc  a  été  égtiloinenl  fort  en  lioiiiieur  pendant  tout  le  Moyen 
Age  et  il  était  connu  sous  le  nom  de  jeu  du    ((  Pape-Gave  ».  Le  peuple 
se  complaisait  dans  cet  exercice  et 
c'est  ce  qui  lui  a  fait  donner  le  sur- 
nom de  <c  ToiM-noi  de  la  liourgeoi- 
sie  I) . 

L'exercice  du  tir  au  Pape-Gaye 
était  considéré,  au  seizième  siècle, 
comme  un  des  jeux  classiques 
auxquels  devaient  se  livrer  les 
enfants;  dans  le  recueil  de  1587, 
nous  voyous  trois  adolescents  (jiii 
s'apprêtent  à  se  disputer  les  prix 
qui  sont  fixés  aux  branches  de 
l'arbre  au  sommet  duquel  est  per- 
ché le  Pape-Gaye.  Parmi  les  ob- 
jets proposés  en  récompense  aux 
vainqueurs,  on  distingue,  au  mi- 
lieu des  ditférents  joyaux  et  acces- 
soires du  costume,  les  gants  qui 
devaient  être  attribués  probable- 
ment suivant  les  règles  indiquées 
dans  les  statuts  de  la  confrérie 
de  l'arbalète  de  Senlis. 

La  légende  qui  accompagne  cette  image  mentionne,  du  reste,  les  prix 
que  vont  se  disputer  les  tireurs  : 


LE  TIR  A  LARC 

U'Al'ni-S  UN  BECUEII,    DE  JEU  DE  LA    RESTAU[i.\T10X. 


L'arc  en  la  main,  menant  joyeuse  vie, 
Ils  vont  tirer  dedans  une  prairie 
Au  Papegay,  pour  des  joyaux  avoir. 


A  l'eschaudé  aussi  tirent  ensemble, 
Et  pour  jouer  aux  poussinets,  et  voir 
Qui  sera  pris,  un  les  autres  ensemble. 


Les  membres  de  la  corporalion  du  «  Pape-Gaye  »  devaient  porter  le 
costume  distinctif  et,  dans  un  rèj^lement  de  1728,  nous  en  trouvons  la 
description  détaillée.  Pour  les  officiers,  c'était  un  habit  de  drap  écarlate 
bordé  de  galons  d'or  ;  les  brigadiers  portaient  le  même  habit,  avec  cette 
seule  difi'érence  que  le  galon  d'or  se  trouvait  seulement  sur  la  manche 
et  sur  la  poche;  quant  aux  chevaliers,  ils  portaient  l'habit  simple,  mais 
avec  le  chapeau  bordé  d'un  galon  et  orné  d'une  cocarde  blanche. 

Le  nom  de  »  Pape-Gaye  »,  donné  au  jeu,  provient  du  but  qui  était 

proposé  aux  coups  des  joueurs; 
ce  but  était  formé  d'un  oiseau 
en  carton  ou  en  bois  peint  en 
vert  et  ressemblant  d'une  ma- 
nière plus  ou  moins  vague  au 
perroquet. 

Dans  certains  textes,  on 
trouve  le  mot  «  Pape-Gaye  » 
remplacé  par  le  mot  »  Pape- 
Gault  1)  et  il  est  possible  (pi'à 
l'origine  ce  fut  lui  oiseau  vi- 
vant qui  servit  de  cible. 

Les  exercices  de  tir  à  l'arc 
avaient  lieu  pendant  toute  l'an- 
née   le   premier    dimanche    de 
chaque  mois,  mais  la  véritable 
fête   de  la    compagnie  était  au 
mois  de  mars  ou  au  mois  de  mai  ; 
à  cette  époque,  les  chevaliers  se 
réunissaient   quatre   dimanches 
de   suite  pour    voir  quel  serait 
l'heureux  gagnant  du  joyau  pro- 
mis connue  prix  au  vainqueur. 
Le  but  était  fixé  sur  une  longue  perche  placée  contre  nue  tour  ou  bien 
encore  le  long  des  ailes  d'un  moulin  à  vent,  et  les  joueurs,  se  plaçant 
au  pied,  tiraient  presque  perpendiculairement  au-dessus  de  leur  tête. 

Les  Slaiuts  Synodaux  du  cardinal  de  Tournon,  en  1566,  d(''f(MKlaient  aux 
ecclésiastiques  de  tirer  à  l'arbalète  «  pour  gagner  des  prix  et  faire 
parade  d'une  adresse  dont  ceux  de  leur  condition  doivent  avoir  honte  ». 
Les  couqiagnies  d'archers,  nous  apprend  M.  Siméon  Luce,  avaient  pour 
s'exercer  des  champs  appelés  le  plus  souvent  hersavln;  ce  mot  est  plus 
souvent  employé   poui'  désignei'  la  cible  proprement  dite  et  c'est  de  là 


ô  '^^^ro'cce^ife- 


—  86 


qiw  l'on  a  fait  les  verbes  /jener  et  bersailler,  qui  signifient  tirer  en  visant 
ou  bien  encore  tirer  à  la  cible,  et  ce  ternie  a  été  conservé  dans  la  langue 
italienne.  (Voir  les  lectures  faites  à  l'Académie  en  1889.) 


VII.  —  Jfii.v  publics  «le  l'arc  et  de  l'arbalète 
il  II  di-\-iieiiviènie  siOcle. 


En  1808,  à  Paris,  le  tir  de  l'arc  était  encore  bien  en  honneur,  puisque 
dans  un  recueil  d'adresses  désigné  sous  le  nom  de  Dictionnaire  adminis- 
tratif et  topographique  de  Paris  nous  voyons,  à  l'article  Spectacles  et  divertis- 
sements, mentionné  un  jeu  d'arc  in- 
stallé au  numéro  .^0  de  la  rue  du 
Fanbourg-du-Temple. 

En  1824,  nous  lisons  dans  le 
Journal  des  Dames  la  petite  an- 
nonce suivante  : 


Un  (les  jeux  d'adresse  du  jardin  Beaujon 
consislc  dans  un  tir  cà  l'arbalète  ;  lorsqu'on  a 
assez  d'adresse  pour  alleindre  le  but,  une 
petite  figure  (qui  n'est  point  la  Victoire,  bien 
qu'elle  ait  des  ailes)  descend  du  sommet  d'une 
espèce  de  temple  et  vient  déposer  une  cou- 
ronner sur  la  lèle  du  joueur. 

Un  recueil  fort  intéressant,  inti- 
tulé :  les  Amusemenls  de  la  cam- 
pagne, nous  donne  des  détails  assez 
ciu'ieux  sur  cette  mode  de  faire 
apparaître  un  génie  pour  célébrer 
l'adresse   du   tireur  qui  avait  été  assez  habile  pour    atteindre  le   but. 

Au  détour  d'une  allée  ombragée,  choisissez  un  vieil  orme  dont  le  tronc  robuste  et  branchu 
puisse  vous  servir  à  suspendre  lu  dépouille  d'un  cbevalier  ;  formez  un  tropliée  de  ses  armes; 
que  la  cuirasse,  le  casque,  l'épée  et  le  carquois  s'y  trouvent  groupés  d'une  manière  pittoresque, 
qu'une  courte  devise  tracée  sur  un  écu  invite  le  passant  téméraire  à  lancer  un  trait  sur  le 
bouclier.  S'il  est  assi'z  adroit  pour  frapper  au  centre  de  l'écu,  quelle  ne  sera  pas  sa  surprise  en 
voyant  descendre  d'entre  les  brancbes  de  l'orme  un  jeune  Amour  qui  viendra  le  couronner. 

Ce  petit  prodige  s'obtenait  de  la  façon  la  plus  simple  au  moyen  d'un 
déclic  qui  faisait  glisser  la  statuette  en  bois  le  long  d'un  iil  de  fer  pré- 
paré à  l'avance. 

Le  même  auteur  raconte  qu'en  1811,  le  tir  à  l'arbalète  ligura  dans  les 
fêtes  qui  eurent  lieu  en  l'honneur  de  la  naissance  du  fds  de  Napo- 
léon I"  : 


LE  Tilt  A  LAHBALETE  SUR  UN  BUT  MACHINE 
d'après  les  Amitsemi'nls  de   la  (■(iDipar/ne,   xix"    sikcle. 


—  H8  — 

Lors  du  bnplciiK'  du  roi  de  Roiru',  ou  lil  .'i  Sainl-Cloud  de  frrandes  réjouissances  :  il  y  eut 
entre  autres  choses  un  tir  ta  l'arbalète.  L'empereur  parut  prendre  beaucoup  de  plaisir  à  voir 
jouter  les  daines  de  sa  cour.  Une  princesse,  c'était  peut-cire  la  marraine,  ayant  lancé  une  (lèche, 
il  sortit  de  derrière  le  but  une  grêle  de  dragées  qui  vint  tomber  sur  la  joueuse  et  les  spectateurs. 
Cette  surprise  fit  beaucoup  rire;  une  autre  personne  fit  jaillir  des  (leurs. 


VIII. 


l'n  ancien  jouet  des  eiilaiils  .suisses. 


Dans  lin  recueil  fort  amusant,  la  Momiquc,  publié  pav  M.  E.  Muller, 
nous  trouvons  la  description  d'un  jouet  à  peu  près  inconnu  eu  France  ; 
ce  jouet  est  lancé  au  moyen  d'un  fouet  muni  d'une  longue  flèche,  qui 
joue  ici  le   rôle  de  l'arc  ;  la  flèche  doit  être  de  bois  mince  et  cependant 

assez  résistant;  elle  est  terminée 
par  une  pointe  imitant  le  carreau 
des  anciennes  arbalètes.  A  peu 
près  à  moitié  de  cette  longueur  est 
praticpiée  une  encoche  dans  la- 
quelle vient  se  fixer  la  lanière  du 
fouet,  qu'un  nœud  sert  à  retenir  ; 
en  opérant  une  tension  vigoureuse, 
on  ari'ive  à  faire  ployer  le  manche 
du  fouet,  et,  si  l'on  vient  alors  à 
abandonner  la  flèche,  elle  monte 
en  l'air  presque  à  perte  de  vue  ; 
si,  au  contraire,  elle  est  lancée 
horizontalement,  il  n'est  pas  rare  de  voir  ce  projectile  franchir  des  dis- 
tances de  cent  à  cent  cinquante  mètres. 


le   lir 

L  EXEliClCE  nu  TIR  SUR  DES  1>I)L'1'ÉES  DE  PLATRE 
d'.vphès  une  imagf.  d'éi'Lnal  du  .second  emphœ. 


I.\. 


Gravures   diverses   représeuJanI    le  jeu   de    l'are. 


Les  fêtes  du  tir  au  pape-gaye  ont  été  le  sujet  de  nombreuses  es- 
tampes, car  nous  avons  vu  que  cette  institution  s'était  perpétuée  jusqu'à 
la  fin  du  dix-huitième  siècle.  Dans  la  curieuse  composition  qui  a  été 
gravée  d'après  le  tableau  de  Van  Breughel  et  qui  est  intitulé  La  grande 
feste  de  nostre  village^  on  aperçoit,  tout  à  fait  au  dernier  plan,  les  tireurs  à 
l'arc  qui  s'exercent  à  atteindre  un  «  pape-gaye»  placé  à  une  grande  hauteur. 

Un  auteur  contemporain,  Olaius  Magnus,  dans  son  Histoire  des 
peuples  septentrionaux,  a  consacré  deux  planches  à  ce  genre  d'exer- 
cice ;  l'une  représente  le  tir  à  l'arbalète  et  même  à  l'arquebuse  sur  un 
but  qui  devait  évidemment  représenter  quelque  oiseau  analogue  au 
«  page-gaye  » .  Une  autre  gravure  montre  des  tireurs  s'exerçant  à  at- 
teindre une  cible,  de  forme  ronde,  avec  des  projectiles  d'un  aspect  par- 


—  90  — 

ticulier.  Ils  ont  comme  servants  des  chiens  bassets  dressés  à  aller  cher- 
cher ceux  des  ]>rojectiles  qui  ont  manqué  le  but  et  à  les  rapporter  ensuite 
fidèlement  à  leurs  maîtres. 

Dans  la  suite  des  jeux  qui  a  été  publiée  jjar  Claudine  Bouzonnet 
Stella,  ce  genre  de  divertissement  a  donné  lieu  à  la  composition  de  trois 
planches  :  rarl)alèle,  le  pape-gaye  et  les  dards.  Ce  dernier  ressemble 
absolument  au  jeu  des  fléchettes,  qui  a  été  remis  à  la  mode  il  y  a  (jnelques 
années,  cl  qui  est  un  exercice  demandant  autant  d'adresse  que  de  pru- 
dence. 

Gravelot,  dans  la  charmante  série  de  cartouches  de  style  rocaille 
qu'il  a  consacrés  aux  jeux,  présente  un  groupe  d'enfants  montrant  leur 
adresse  en  transperçant  uu  chapeau  placé  comme  but  au  milieu  des 
branches  d'un  arbre. 

Le  tir  à  l'arc  a  été  l'occasion  d'une  des  plus  charmant(^s  compositions 
de  Lancret,  gravée  par  Larmessin  ;  l'artiste  nous  présente  des  jeunes 
gens  poursuivant  de  leurs  flèches  un  invisible  but,  tandis  que  leurs 
compagnons  et  leiu-s  compagnes,  assis  sur  l'herbe  fleurie,  sendjlent 
passer  très  agréablement  leur  temps. 

Au  début  du  dix-neuvième  siècle,  le  tir  à  l'arc  a  été  mentionné  dans 
un  certain  nombre  de  recueils  de  jeux,  mais  les  gravures  en  sont 
médiocres.  Notons,  enfin,  les  tirs  où  l'on  s'exerçait  contre  des  poupées 
de  plâtre  et  dont,  aux  Champs-Elysées,  on  voyait  plusieurs  spécimens 
sous  le  second  Empire. 


—  '.Il  — 


DEUXIEME     PARTIE 


LE    JEU     DE    BAGUE 


I.  —  Origine  iiiaiire.sc]ue  «le  ee  joii. 


Le  jeu  (le  bague  c^st  maintenant  beaucoup  phis  connu  sous  le  nom  de 
jeu  des  chevaux  de  bois  ;  il  a  perdu  son  antique  splendeur  et  est  main- 
tenant relégué  sur  les  places  publiques  ou  dans  les  fêtes  de  villages. 


LE  JEU  DE  LA  BAGUE  iMAUHESQUE 
d'après   une   lithographie    de    le    rniNcE,    1S23. 

Les  Maures  passent,  à  tort  ou  à  raison,  pour  en  avoir  été  les  inven- 
teurs ;  ils  en  auraient  amené  l'usage  en  Espagne,  d'où  ce  jeu  se  serait 
répandu  dans  toute  l'Europe. 


II. 


La  bajfiie  à  elit'val  dans  les  carrousels. 


Ceux  qui  doivent  prendre  part  à  ce  jeu  doivent  être  montés  sur  des 
coursiers  agiles  ;  ils  se  rangent  ensuite  en  lile  iiulienne,  armés  de  longues 


—  92  — 

lances.  A  un  inoment  donné,  le  premier,  tenant  sa  lance  en  arrêt,  part 
comme  une  flèche,  au  galop  de  son  cheval;  les  autres  concurrents  le 
suivent  à  intervalles  égaux.  Tous  passent  successivement  sous  une  large 
potence,  où  des  anneaux  en  fer  léger  sont  suspendus  par  des  rubans  de 
couleurs  ditl'érentes.  L'anneau  glisse  le  long  de  la  lance  jusque  dans  le 
bras  du  cavalier  qui  continue  sa  course  en  laissant  flotter  derrière  lui  de 


LE  JEU  DES  CllEVALX  DE  BOIS 
u'AiMiiis  la  Gymnastique  de  la  jeunesse,  an  xi,  1S03. 

véritables  flots  de  rubans.  Le  prix  est  décerné  à  celui  qui  est  assez 
habile  pour  enlever  l'anneau  sans  modifier  en  rien  son  allure. 

Le  journal  de  Héroard  nous  apprend  que  ce  jeu  était  honoré  des 
faveurs  de  Louis  XIII  enfant,  puisque,  en  1615,  nous  le  voyons  courir  pour 
la  première  fois  la  bague  sur  la  place  Royale. 

Dans  les  brillants  carrousels  qui  eurent  lieu  sous  Louis  XIV,  des  che- 
valiers, superbement  vêtus,  couraient  la  bague  à  cheval  et  quelquefois 
même  en  char,  mais  ces  différents  exercices  ne  ressemblaient  en  rien  à 
uos  chevaux  de  bois  modernes  (1). 

m.  —  Le  iieii  de  bag'ue  perpciidiciilairet 

La  première  description  que  nous  trouvons  de  ce  jeu,  tel  qu'il  est 
connu  actuellement,  est  empruntée  au  V<njage  de  Monccnii/s^  tome  I", 
page  445. 


(1)  1., 

Cai'l'OUSt; 

pur  coni 


iir  lo>  cliev;ui\  cic  l.iiis  l, 
Mcj>cn  Ajje,  cl.  >\  co  jfi 
Diip  clans  l'est i nu-  des  enl 


liant  en  eenle  esl  une  réiainiseence  des  exereices  de 
insi  Iranslni-mé  a  perdu  do  Sun  antique  noblesse,  il  a, 
Ls  à  la  inn'lée  desquels  il  se  trouve  mieux  adapté. 


—  !i;t 


1648.  —  C'esloil  [h  Conslanlinoplc'  le  beirnn  di's  Ttiirs,  qui  cdiisisle  en  jnyc,  pronieniules, 
yvrogiu'rit's,  à  br.iiislei-  dans  une  pscai'iiolrlU'  di'ess('e  au  inilifii  des  places  publiques,  el  h 
tourner  assis  dans  des  sièges  façonnez  en  [lelils  chevaux  ijui  pendent  de  divers  bâtons  croisez 
et  ficbez  en  baull  d'un  grand  pieu  autour  duquel  un  lioninn'  fait  lournei-  ces  basions,  et  par 
conséquent  tous  ci'ux  qui  sont  assis  aux  sièges  qui  en  pendent. 

Cet  aiimsement,  tel  (|ii'il  est  désij;ué  dans  les  l'elatioiis  de  l'illustre 
voyageur,  est  le  jeu  de  bague 
perpendiculaire  ;  il  figurait 
encore  eu  1820  aux  Champs- 
Elysées,  et  un  auteur  cou- 
temporain  nous  apprend 
que,  dans  les  premiers  temps, 
on  avait  placé  une  coulisse 
à  bagues  à  la  portée  des 
joueurs  assis  dans  les  fau- 
teuils. Ceux-ci  devaient  être 
assez  habiles  pour  enfiler  la 
bague  en  remontant.  On  a, 
depuis,  supprimé  ce  qui  exi- 
geait de  l'adresse,  et  le  pu- 
blic s'est  contenté  du  plaisir 
de  décrire  dans  l'air  de 
grands  cercles  de  vingt  pieds 
de  diamètre. 


Ce  jeu,  ajoute  le  même  auteur, 
est  fort  agréable  ;  quand  on  monte 
pour  la  première  fois  dans  les  fau- 
teuils, on  éprouve  une  sensation 
neuve  ;  la  différence  des  poids  cause 
parfois  des  scènes  fort  divertissantes, 


JEU  DE  LA  BAGUE  PERPENDICULAIRE 

APiiÈs  les  Amusements  de  la  campagne,  xix»  siiscle. 


les  personnes  les  plus  lourdes  descendant  toujours  les  premières  lors(iu'on  veut  s'arrêter  el 
que  la  machine  est  livrée  à  elle-même.  Les  médecins  assurent  que  cet  exercice  esL  salutaire; 
je  le  croirais  assez,  ne  fût-ce  que  par  les  ris  et  la  joie  qu'il  provoque. 


IV.  —  Les  jeu-v  de  bagues  aux  sei/.ièinc  et  dî.v-septiOine  siècles 
d'après  des  aueîeuiies  estampes. 

Dès  l'époque  de  Louis  XIV,  on  trouve  la  représentation  du  jeu  de 
bague  dans  les  caricatures  politiques  :  le  manège  consiste  en  une  lourde 
construction  formée  de  six  poteaux  en  bois  reliés  à  une  pointe  centrale 
par  une  sorte  de  dôme  ;  dans  l'axe  de  cette  dernière  partie  est  monté  un 
pivot  qui  supporte  une  vaste  croix  à  chacune  des  branches  de  laquelle 


94  — 


est  suspeudiie  uno  luicelle  dont  l'avaut  est  formé  de  la  tète  d'un  animal. 
Le  mouvement  de  rotation  est  imprini*''  j)ar  un  cheval  qui  tire  péniljle- 
mcnt  cette  massive  machine. 

A  l'époque  de  Louis  XVI,  nous  trouvons  les  manèges  de  chevaux  de 
hois  à  peu  près  semblables  à  ceux  qui  figurent  encore  dans  toutes  les 
fêtes   .suburbaines.  Dans  un  des   frontispices  de    Berquin,    on  peut    voir 


L.A  Courte  ou  Pot 

d'après  une  composition  he  Claudine  douzonnet  Stella,  xvii=  siècle. 

des  enfants  montés  sur  des  chevaux  dont  une  ample  dra|)erie  dissinude 
les  jambes  al)sentes  ;  une  gentille  petite  fdle,  assise  sur  une  estrade, 
fait  glisser  au  moyen  d'un  plan  incliné  les  anneaux  que  ses  petits  cama- 
rades chercheront  à  atteindre  dans  leur  course  vertigineuse. 

D'autres  fois,  le  manège  de  chevaux  de  bois  consiste  simplement  en 
une  sorte  de  roue  dont  les  rayons  sont  terminés  par  de  grossières 
sculptures.  Chacime  des  personnes  qui  prend  part  au  jeu  de  bague  s'ins- 
talle sur  le  dos  d'un  de  ces  pacifiques  animaux  et,  armée  d'un  long  bâton, 
cherche  à  décrocher  l'anneau  au  moment  où  elle  arrive  à  proximité. 

Le  dessin  que  nous  reproduisons  un  peu  plus  loin,  est  tiré  d'une 
gravure  de  Hogarth  publiée  le  1"  août  1800.  C'est  évidennnent  une  pièce 
satiri(pie  dirigée  contre  la  noblesse  et  le  clergé,  qui  se  trouvent  fort  mal- 
menés dans  la  légende  placée  au  bas  de  la  gravure. 


9G 


V.  —  Déflnilioii  du  jpu  do  baiçuc  au  di.\-hidtiènie  siOele. 

Dans  le  Dictionnaire  des  jenx  familiers,  publié  dans  V Encyclopédie 
mcthodii/uc,  nous  trouvons  une  bonne  définition  du  jeu  de  bague  tel  qu'il 
était  jjratiqué  à  la  fin  du  dix-huitième  siècle  : 


UN    JEU    DE    BAf.UE     PEnPENDlCULAIRE    EN    RUSSIE 

d'après  une   cnAVUllE    DD    COMMEXCEMENT    UU  XIX»  SIÈCLE. 


Ce  jeu  consiste  en  une  grande  machine  qui  présente  quatre  fauteuils,  ou  quatre  figures  de 
clieval  qu'on  fait  tourner  sur  un  pivot  devant  une  boîte  élevée  dans  laquelle  on  met  des 
anneaux  à  ressort,  que  les  joueurs  assis  ou  à  cheval  doivent  enlever  malgré  les  mouvements 
rapides  où  ils  sont,  en  faisant  passer  ces  anneaux  dans  un  bâton  pointu  qu'ils  tiennent  à  la 
main.  On  joue  deux  personnes,  ou  deux  contre  deux,  et  celui  des  deux  pai'lis  qui  a  le  premier 
le  nombre  d'anneaux  convenu  gagne  la  partie. 

Une  des  parties  essentielles  de  ce  jeu  et  que  l'on  oublie  souvent  est  la 
coulisse  aux  bagues  qui  contient  les  anneaux  devant  assurer  la  victoire 
au  plus  habile  jouteur  ;  c'est  une  planche,  portant  à  son  centi'e  une  rai- 
nure, qui  reste  suspendue  à  son  extrémité  au  moyen  d'une  petite  bande 


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—  07  — 

de  rer-l)I<uic  lonnaul  ressorl.  (Ici  ajuiMi-ci!,  d'ime  ('onsti'iu'tioii  très  siinplo, 
consiste  en  deux  feuillets  de  bois  superposés  et  assend)lés  au  moyeu  de 
vis  ;  dans  la  planchette  iuférieure,  ou  creuse  une  excavation  de  quelques 
millimètres  de  profondeur  et  c'est  dans  cette  rainui^e  (pie  doivent  être 
ranimés  les  anneaux  qui  viennent  ainsi  se  présenter  automatiquement  à  la 
lance  du  joueur. 

Pour  rendre  le  jeu  plus  facile,  on  peut,  au  lieu  d'une  seule  rainure, 
en  tracer  plusieurs,  ce  qui  pennet  de  présenter  au  bas  de  la  p!anch(>tte 
un  plus  grand  nombre  d'anneaux  et  par  suite  de  diniiiuier  les  chances 
d'insuccès. 

VI.  —  Le  jeu  de  ba^'iie  de  Jean  l'apillon  eu    17(»6(1). 

Dans  l'œuvre  de  ce  graveur  qui  appartient  à  la  seconde  moitié  du  dix- 


LE  JEU   DE  LA    BAGUE  SYMBOLIQUE 

d'aI'UKS   une   GHAVUHE    sur    bois    de    JEAN    PAl'ILLON,    17C6. 


(1)  Jean-Michel  Papillon,  né  à  Paris  en  1698,  fut  un  célèbre  graveur  sur  bois  qui  composa  un  grand 
nombre  d'ornements,  de  modèles  et  de  dessins  pour  les  étoffes,  le  papier  et  même  les  cartes  à  jouer;  son 
œuvre  a  été  publiée  en  1766  et  forme  deux  volumes. 

13 


98  — 


huitième  siècle,  ou  trouve  la  représentatiou  du  jeu  de  bague  allégorique 
qui  préseute  cette  particularité  intéressante  qu'on  retrouve  dans  cet  amuse- 
ment populaire  un  souvenir  des  courses  de  tètes  mauresques  si  en 
honneur  aux  seizième  et  dix-septième  siècles.  L'appareil  (pie  nous  montre 

Jean  Papillon  est  une  machine  des 
plus  rudimentaires;  deux  madriers, 
assemblés  en  croix,  tournent  au- 
tour d'un  axe  placé  au  centre  d'une 
sorte  de  manège  formé  par  quatre 
poutres  de  bois  reliées  les  unes 
aux  autres  par  des  traverses  que 
soutiennent  des  consoles  ;  à  l'ex- 
trémité de  chacun  de  ces  madriers 
sont  disposés,  d'une  manière  symé- 
trique, deux  chars  traînés  par  des 
dragons  et  deux  cavaliers  montés 
sur  de  nobles  coursiers.  Chacun  de 
ces  personnages  tient  à  la  main 
une  de  ces  longues  lances  de  tour- 
noi en  bois  léger  :  ce  sont  ces 
armes  de  convention  qui  se  trou- 
vent, de  nos  jours,  remplacées  par 
les  fines  baguettes  au  moyen  desquelles  on  doit  décrocher  les  anneaux. 
Dans  le  jeu  que  nous  reproduisons  ici,  la  bague  est  suspendue  à  une 
petite  potence  fleurdelisée,  mais  l'adresse  des  jouteurs  peut  également 
s'exercer  sur  une  targe,  un  heaume  ou  une  tète  mauresque  placés  de 
façon  à  pouvoir  être  atteints  par  la  lance  du  jouteur.  A  l'extrémité  du 
madrier  qui  est  la  plus  rapprochée  de  l'axe,  se  trouvent  quatre  figures 
allégoriques  représentant  les  Saisons  :  en  avant,  on  aperçoit  l'été  carac- 
térisé par  une  gerbe  de  blé  et  l'autonuie  représenté  par  les  vendanges. 
Au  sommet  de  la  poutre  centrale  formant  l'axe,  le  graveur  a  figuré 
une  Victoire  ou  une  Renommée  qui  embouche  la  trompette  pour  célébrer 
la  gloire  du  gagnant  du  jeu  de  la  course  à  la  bague. 


UN  JEU  DE  BAGUE  ANGLAISE 

d'aPHÈS  une   CAIUCATUHE   de  la  fin  du  XVIll"    SIKCLS. 


vil.  —  Le  jeu  de  bajiue  du  jai-diii  de  .^loiifoaii,  pr«>.s  Paris. 

En  1779,  on  publia  une  description  du  jardin  de  Monceau,  près  Paris  (1), 


(1)  Cet  oiivrai,'e  fut  piihlio  à  Paris  clicz  Dclal'osse.  s''avi'iii'.  i-iie  du  Camnisel,  près  des  Tuileries 
en  1779.  Les  gravures  de  ce  livre  portent  comme  indication  d'auteur  dans  l'angle  à  droite  :  L.  C.  de  Car- 
montelle,  et  à  l'autre  extrémité  on  peut  lire  ;  <•  Terminées  au  burin  par  Colliberd.  ■> 


—  100  — 

appartenant  à  Son    Altesse    Sérénissiiue    M'^v    le    duc    de  Chartres  (1). 

Dans  ce  parc,  on  s'était  plu  à  réunir  tout  ce  qui  pouvait  alors  constituer 

un  élément  de  curiosité.  Outre  la  Nauma- 
chie  et  les  ruines  des  temples  antiques  qui 
existent  encore  dans  toute  leur  intégrité, 
on  avait  établi  non  loin  du  pavillon  princi- 
pal (2)  un  jeu  de  bague  exécuté  dans  le 
style  chinois,  et  l'ouvrage  auquel  nous  em- 
pruntons cette  reproduction  en  donne  une 
description  détaillée  : 

En  avant  ilu  bâlinient  est  un  bassin  qui  s'élend  au- 
tour du  jeu  de  bague  et  le  renferme  dans  une  île  ;  ce  jeu 
de  bague  est  un  parasol  chinois  soutenu  par  trois  Chi- 
nois pagodes,  qui  tiennent  aussi  une  base  horizontale  sur 
laquelle  s'appuient  ceux  qui  font  tourner  la  bague  et  qui 
n'ont  d'autre  mouvement  à  faire  que  celui  de  marcher 
sur  le  plancher  qui  est  sous  leurs  pieds.  Des  bords  de  ce 
plancher  partent  quatre  branches  do  fer,  dont  deux  soutiennent  des  dragons  sur  lesquels  on 
monte  à  cheval  ;  sur  les  deux  autres  branches  sont  couchés  des  Chinois  soutenant  d'un  bras 
un  coussin  sur  lequel  on  s'assied  et  tenant  dans  la  main  un  parasol  garni  de  grelots  ;  de  l'autre, 
ils  tiennent  un  coussin  sur  lequel  on  pose  les  pieds  ;  les  femmes  sont  assises  sur  les  deux 
branches. 

Le  bord  du  grand  parasol  est  garni  d'œufs  d'autruches  et  de  sonnettes  ;  les  quatre  lanternes 
que  l'on  voit  renferment  les  bagues  qui  ne  se  présentent  à  ceux  qui  les  courent  qu'au  bout  des 
glands  qui  sont  sous  les  lanternes. 


CNE-   BAGUE    A    CHEVAL 

D'UN  NOUVEAU  GENRE 

d'après    dne    LiTiio(ii\ aphie   de    i.a 

RESTAlinATION. 


Vlll.  —  I-a  bague  ehiiioiso   au  jardin  'l'îvoli. 

A  l'époque  de  la  Restauration,  on  a  continué  à  se  livrer  au  plaisir  de 


LE  JEU  DE  BAGUE 

ÉDirrÉ  A  SAINT-r.LOUD,  AU  DÉBUT  DU  XIX'  SIÈCLE. 


la  course  sur  les  chevaux  de  bois  et,  comme  en  bien  d'autres  circons- 


(i)  Ce  duc  de  Chartres-est  celui  qui  fut  connu  un  peu  plus  tard  sous  le  nom  de  Philippe-Égalité. 

(2)  L'édifice  que  l'on  nommait  alors  le  Pavillon  principal  est  cette  sorte  de  rotonde  qui  subsiste  encore 
aujourd'hui  et  qui  se  trouve  dans  l'axe  do  la  vue  couiianl  niainlenant  dans  sa  largeur  le  jardin  du 
Parc  Monceau. 


—  mi  — 

lances,  ce  jeu  dv  bajoue  a  doiiiir  lien  à  l'apparition  de  nonibrenses  carica- 
tures. Dans  une  image  extraite  de  la  série  dn  Bon  Gc/irr,  on  trouve, 
en  effet,  les  Amusements  île  la  bagne  cliinnise  an  junlin  de  Timii.  Qnatre 
sièges  placés  aux  extrémités  d'une  fort(>  armature  en  bois  sont  occupés 
par  des  joueurs,  qui  cherchent  à  attraper  des  anneaux  qu'une  belle  dame 
en  rose  fait  glisser  sur  une  planche  ;  le  mouvement  est  imprimé  par  un 
malheureux  homme  à  demi  (Mifoui  dans  un  trou  circulaire,  qui  pousse 
péniblement  avec  ses  épaules  les  croix  qui  soutiennent  les  fauteuils,  où 
d'autres  prennent  un  plaisir  ([ui  n'est  pas  fait  pour  diminuer  sa  peine. 

1\-  —  Jeu  de  bag^iie  niù  par  des  pédales. 

Dans  les   Brevets  d invention,    nous    trouvons  (tome   IV,  page   119)   la 
description    d'un   nouveau  jeu    de  bague   infiniment  plus   ingénieux  que 


UN  JEU  DE  BAGUE  DANS  UNE  FETE  PUBLIQUE 
d'apkès  un  jEti  d'oie  iNTiTiLÉ  Les  nouveaux  cris  de  Paris,  1779. 

celui  que  nous  venons  de  décrire  ;  dans  cette  invention,  en  effet,  les 
chevaux  de  bois  sont  mis  en  mouvement  au  moyen  de  pédales  sei'vant 
d'étriers.  Les  joueurs  doivent  pédaler  consciencieusement  pour  faire  tourner 
la  machine,  et,  s'ils  ont  le  plaisir,  on  ne  peut  pas  dire  qu'ils  ne  sont  pas 
à  la  peine.  Cette  invention  est  due  à  un  sieur  Cardinet. 


—  102  — 


X.  —  La  pi'onionade  «lédalîoniie. 

En  1817,  clans  le  nii-me  recueil,  nous  voyons  la  desi-ription  d'un  méca- 
nisme destiné  à  faire  courir  quinze  chars  à  la  fois,  et  l'inventeur, 
M.  Lésigne,  a  baptisé  cette  découverte  du  nom  de  Promenade  dédalienne  ; 
voici  en  quels  termes  il  décrit  cette  ingénieuse  invention  qui  peut  être, 
à  bon   droit,  considérée  comme  l'ancêtre  des  trottoirs  roulants  : 


LN  MANEGE  DE  CHEVAUX  DE  BOIS.  AU  XVII-   SIECLE 

u'aPIIKS  une  CAUICATI'IIE    HOLLANDAISE,  CONTEMPORAINE. 

Les  quinze  cbars  sont  attachés  à  une  chaîne  sans  fin  horizontale,  conduite  par  des 
pignons,  qui  sont  disposés  de  manière  à  faire  parcourir  à  cette  chaîne  les  dilTérentes  allées 
d"un  jardin. 

Chaque  char  est  monté  sur  deux  barres  de  fer  verticales,  qui  sont  enfilées  dans  l'épaisseur 
de  la  chaîne  et  dont  chacime  est  montée,  à  son  extrémité  inférieure,  sur  un  petit  chariot  à  deux 
roues,  qui  se  meut  sous  terie  dans  un  chemin  pratiqué  parallèlement  aux  allées  du  jardin.  La 
chaîne  sans  fin  se  meut  également  sous  terre,  dans  l'intervalle  qui  sépare  les  chars  des 
chariots  qui  les  portent. 

Le  tout  est  mis  en  action  par  un  manège  faisant  marcher  un  engrenage,  composé  d'une 
lanterne,  d'une  grande  roue  et  de  deux  pignons  montés  sur  deux  des  axes  des  pignons  de  la 
chaîne  et  dans  lesquels  engrène  la  grande  roue. 

XI.  —  C'ai'îfaltii'eis  politiques  sur  le  Jeu  tl«'  bague. 

Sous  Louis-Philippe,  nous  assistons  à  une  nouvelle  reproduction  du 
jeu  de  bague  ;  l'image  a  pour  légende  :  «  Le  jeu  de  la  bague  nuptiale  ». 
«  L'Allemande  et  d'vno...  rAiijjluise   et   de  deux...   partie  perdue  pour  vous. 


—  104  — 

Monseigtiew...  »,  et,  tandis  que  les  personnages  tournent  avec  rapidité, 
on  aperçoit  le  malheureux  roi  Louis-Philippe  qui  pousse  à  grand'peine 
tout  ce  manège  de  chevaux  de  bois. 

Le  maître  du  jeu  qui  est  chargé  de  faire  passer  les  anneaux  dans  le 
glissoire   est  le  ministre  Talleyrand,  qui    avait   été  le   négociateur  des 


JEU   DE  BAGUE   POLITIQUE,  d'ai>iiès  une  lithographie  de  renault,   1848. 

mariages  pour  le  duc  d'Orléans,  que  l'on  aperçoit  cherchant  vainement 
à  attraper  un  anneau  avec  son  épée  ;  les  deux  princesses  sont  déjà  loin 
et  elles  le  raillent  sans  pitié. 

En  1848,  nous  retrouvons  le  même  manège,  mais  il  est  à  remarquer 
qu'à  cette  époque  les  chevaux  sont  plus  perfectionnés  ;  ils  sont  munis 
de  jambes  et  il  y  a  là  tm  progrès  sensible  à  noter. 

Tous  les  principaux  personnages  politiques  se  trouvent  représentés 
dans  cette  caricature  :  le  prince  Louis  Bonaparte,  Cavaignac,  Ledru- 
RoUin,  Lamartine,  Raspail  et  Marest.  Chacune  de  ces  personnalités  est 
caractérisée  par  un  emblème,  et  l'aigle,  la  lyre  et  le  bocal  de  camphre  per- 
mettent d'identifier  les  personnages  avec  autant  de  certitude  que  si  leur 
nom  était  écrit  à  côté  d'eux.  Le  manège  de  chevaux  de  bois  est  mis  en 
mouvement  d'un  côté  par  le  prince  de  Joinville  et  de  l'autre  par  Louis 
Blanc;  chacun  des  joueurs  s'efforce  de  recueillir,  à  l'aidi^  de  sa  baguette, 
le  plus  grand  nombre  possible  de  bulletins  électoraux  »jui  s'échappent 
d'une  urne  contenant  les  votes  pour  la  Présidence  de  la  République. 


—  lori 


XII.  —  La  floll<>  aérîciiiK', 


Dans  les  premières  années  dn  dix-neuviènie  siècle,  on  avait  établi  à 
Paris  nne  machine»  de  ce  ^enre  qni  ne  laissait  pas  qne  d'être  fort  com- 
pliquée ;  cette  construction  couq)renait  une  partie  fixe  en  forme  de 
pyramide  tronquée  ;  (die  servait  à  contenir  le  mécanisme  ot  à  abriter 
l'homme   destiné  à  faire  mouvoir  toute  la  machine.  Au-dessus  de  cette 


LA  FLOTTE  AERIENNE 

l'UBLiKE  l'AK  LE  joiiRNAL  la  Caricature,  en  1832. 


boite  était  placée  une  sorte  de  tourelle  surmontée  d'une  guérite  ;  quatre 
grands  bras  sortaient  de  la  tourelle  et  chacune  de  leurs  extrémités 
portait  un  joug   en  bois   posé  à  cheval   sur  le  bout  de  la  traverse  ;    la 


106 


nacelle  était  suspendue    à   ce   support,  ce   qui  lui   permettait   de  rester 
toujours  parallèle  au  sol,  (]uell(>  que  lût  l'inclinaison.  Pour  at;rémenter  le 

jeu,  une  pièce  en  fonte  ondulée 
placée  auprès  de  l'axe  faisait 
monter  et  descendre  les  vais- 
seaux cinq  fois  au  cours  d'une 
révolution  complète  de  la  bas- 
cule à  double  pivot.  Dans  les 
caricatures  du  temps  de  Louis- 
Pbilippe,  la  flotte  aérienne  a  été 
aussi  im  des  éléments  dont  les 
journaux  savaient  tirer  un  parti 
si  caustique,  pour  tourner  en 
ridicule  le  f^ouvernement,  et  le 
•graveur  d'une  de  ces  composi- 
tions a  donné  aux  voyageurs 
qui  sont  dans  les  nacelles,  les 
traits  des  amiraux  Piigny  et   Roussi ii  (jui  étaient  p(Mi    aimés  du  public. 


LA  ILOITC  AERICNNT 

d'après  les  Amusemenls  de  la  campayne,    \\\'  siècle. 


XIH.  —  Los  iiianô5;-es  de  fhevaii.v  «U>  bois  (l<'|tiiis  le  .seeoiid  F.iiipire. 

A  la  fin  du  second  Empire,   vers   t8G5,    les  nianèg<'s  de  cbevaux  de 
bois  deviennent  plus  luxueux;  ils  sont  garnis  de  tentures  et  de  nombreuses 


1  1    11  L   1)1  ^  Cni  \  Vl\   1)1    liOls    1   ui  I      LM    iiJii     I  11 1111    n     -1   OM.   niiii  r 


—   107  — 

laiitoi'ucs  vôiiiticiiiies,  ou  hicii  encore  de  simples  lampes  à  [léti'olc  miiiiics 
de  réflecteurs  produisent,  au  milieu  de  ce  cliiiquaut  tlécor,  des  jeux  de 
lumière  destinés  à  attirer  la  foule  et  à  l'aire  tomber,  ilaus  l'escarcelle  du 
l>an(|uiste,  les  i:,tos  sous  qui  lui  permettront  de  nourrii'  sa  noudn'euse 
famille. 

De  nos  jours,  ces  jeux  de  bajoue  ont  subi  une  transformation  com- 
])lète  :  le  mouvement  vient  dune  plate-forme  mobile  placée  à  la  paiiie 
inférieure  de  la  machine  tournante,  et  on  a  apporté  à  la  confection  des 
animaux  devant  servir  de  monture  un  soin  et  une  vai'iété  inconnus  pen- 
dant les  années  précédentes. 


xiv. 


Le  jeu  «le  basfiie  à  pied. 


Le  jeu  de  baj^ne  peut  être  joué  é|:,alement  à  pied.  Pour  se  livrer  à  ce 
};enre  d'exercice,  les  enfants  n'ont  besoin  que  de  bien  peu  de  préparatifs  : 
au  tronc  d'un  arbre  est  fixée  une  planchette  portant  à  son  extrémité  un 
anneau  maintenu  par  ini  cordon  ;  entre  la  main  de  chacun  des  joueurs 


LE  JEU  DE  LA  BAGUE  A  PIED 

u'ArilÈS  UNE  GRAVUHE  DE  CAKllACCI,   XV1I«  SIÈCLK. 


on  place  une  longue  b.iguette  de  bois,  et  ceux-ci,  mettant  en  arrêt  la 
lance  improvisée,  doivent  traverser  l'anneau  avec  la  pointe  de  leur  arme 
sans  modifier  leur  course. 

Dans  le  «  Recueil  des  jeux  des  jeunes  filles  »  de  tous  les  pays,  qui  a 
paru  en  1823,  nous  trouvons  la  description  de  la  bague  mauresque,  qui  est 
une  variété  du  jeu  de  la  bague  à  pied  : 

Les  dames  maures,  bien  plus  libres  que  les  autres  femmes  mahomélanes,  élaienl  toujours 
spectatrices  de  ce  jeu,  dont  elles  faisaient  le  plus  bel  ornement.  Réunies  dans  leurs  jardins, 
elles  rivalisaient  d'adresse  entre  elles.  Une  branche  de  palmier  soutenait  l'anneau  et  les  jeunes 
fdles  devaient  le  traverser  en  courant  avec  rapidité  :  une  Heur  devenait  la  récompense  de  la 
plus  adroite. 


—  108 


XV.  —  Le  jeu  «lu  bsKiiiet. 


On  doit  faire  rentrer  dans  la  même  catégorie  du  jeu  de  bague,  le  jeu 
qui  est  plus  communément  appelé  dans  nos  campagnes  «  le  Jeu  du 
baquet  » . 

Ce  jeu  est  une  importation  italienne  et  il  l'ut  très  en  honneur  en 
France  dans  la  dernièi^e  partie  du  seizième  siècle,  à  l'époque  où  l'on 
cherchait  avec  ardeur  à  se  rapprocher  le  plus  possible  des  mœurs  de 
l'autre  côté  des  Alpes. 

Dans  le  recueil  de  1587,  ce  jeu  est  désigné  sous  le  nom  de  »  Tirer  la 
jatte»  ;  le  jouteur  est  placé  à  cheval  sur  un  tonneau  qui  repose  sur  une 
sorte  de  grossier  traîneau  tiré  par  deux  de  ses  camarades,  et  il  doit  être 
assez  habile  pour  enfder  le  bout  de  sa  perche  dans  le  trou  percé  au 
centre  de  la  planchette  fixée  sur  l'un  des  côtés  du  baquet;  il  est  à  peine 
utile  d'ajouter  que,  malgré  son  habileté,  il  ne  saurait  se  soustraire  à 
cette  douche  plus  ou  moins  salutaire. 

La  même  scène  se  trouve  représentée  dans  une  gravure  figurant  les 
différents  jeux  ayant  pour  acteurs  des  singes  habillés  avec  les  costumes 
et  les  modes  du  seizième  siècle.  La  grande  analogie  qui  existe  entre 
cette  composition  et  la  planche  des  jeux  de  1587  donne  à  supposer  que 
le  graveur  s'est  simplement  contenté  d'utiliser  la  précédente  composi- 
tion, après  l'avoir  retournée;  il  l'a  modifiée  légèrement  pour  les  besoins 
de  ce  genre  de  caricature,  qui  jouissait  à  cette  époque  d'une  vogue  si 
considérable. 

Un  graveur  itahen  de  la  fin  du  dix-septième  siècle  donne  la  repro- 
duction de  ce  jeu  dans  une  des  villes  de  la  région  napolitaine,  autant 
qu'on  peut  en  juger  par  les  costumes.  Au  milieu  d'un  portique,  on  a 
placé  un  léger  baquet  remph  d'eau,  maintenu  par  deux  pivots  ;  à  la 
partie  inférieure  du  récipient  se  trouve  fixé  un  anneau,  que  les  concur- 
rents, montés  sur  un  cheval  lancé  au  galop  ou  perchés  sur  quelque 
légère  voiture,  doivent  traverser  avec  l'extrémité  de  leur  lance. 

Ce  jeu  du  baquet  a  également  été  appelé  le  «  Bajjtème  du  tropique  », 
parce  qu'il  paraît  dériver  de  cette  mémorable  coutume.  Quelquefois  ceux 
qui  concourent  pour  les  prix,  au  lieu  d'être  montés  sur  un  cheval,  sont 
assis  sur  une  chaise  placée  au  sommet  d'un  plan  incliné  analogue  aux 
montagnes  russes  ;  la  difficulté  consist(>  à  saisir  le  moment  propice  pour 
attraper  l'anneau  lorsque  le  petit  chariot,  lancé  à  toute  vitesse,  passe  à 
proximité. 

Ce  jeu,  certes  infiniment  moins  iuoffensif  ipie  les  chevaux  de  bois, 


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était  cependant  un  des  exercices  préférés  dans  les  fêtes  des  villages;  et 
c'est  avec  regret  que  nous  le  voyons  disparaître  de  plus  en  plus  et 
s'effacer  comme  la  plupart  des  traditions  populaires  du  temps  jadis. 

XVI.  —  I.a  baguo  sur  rosiii. 

Si  l'on  ne  craignait  de  faire  un  jeu  de  mot  trop  facile,  on  pourrait 
dire  que  le  jeu  du  baquet  est  un  jeu  de  bague  sous  l'eau. 

Il  existe  une  autre  manière  de  se  livrer  à  cet  amusement  qui  est 
connu  sous  le  nom  de  jeu  de  «  la  bague  sur  l'eau  ».  On  a  souvent 
donné  ce  spectacle  aux  Parisiens  dans  les  fêtes  célébrées  du  temps  de  la 
première  République.  Il  faut  être  bon  nageur  pour  entrer  en  lice,  car  il 
est  à  peu  près  impossible  au  joueur  d'écbapper  à  un  bain  plus  ou  moins 
agréable.  Voici  comment  se  construit  ce  jeu,  qui  convient  particulière- 
ment aux  fêtes  publiques  et  aux  grandes  assemblées  : 

On  choisit  un  endroit  de  la  rivière  oîi  la  berge  est  haute,  où  l'euu  ait  au  moins  huit  pieds  de 
profondeur,  et  où  le  fond  soit  uni  et  sans  herbes.  On  fait  construire  en  planches  une 
coulisse  large  de  dix-huit  pouces  environ,  tiyant  des  rebords  de  la  hauteur  d'un  pouce  ou 
deux,  prenant  au  haut  de  la  berge,  et  descendant  par  une  pente  assez  rapide  jusqu'à  six  on 
huit  pieds  au-dessus  du  niveau  de  l'eau.  A  cet  endroit,  la  coulisse  cesse  tout  d'un  coup;  il 


LE  JEU  DE  LA  BAGUE  SUU  L'EAU 
D'.M'nKS  les  Amusemenls  de  la  cainpayne,   xix»  sikcle. 

faudra  avoir  soin  que  le  fond  de  la  coulisse  soil  bien  poli,  bien  savonné  afin  que  rien  ne  puisse 
accrocher  ou  arrêter  celui  qui  s'y  hvrera. 

La  bague  suspendue  à  un  fort  cordeau  pendi'a  au  niilii'U  de  lu  coulisse,  à  la  hauteur  de  deux 
pieds  et  demi  ou  trois  pieds  au-dessus.  L'anneau  en  fer  ou  en  cuivre  sera  d'une  bonne  force  et 
aura  à  peu  près  trois  pouces  d'ouverture,  alln  de  multiplier  les  chances  du  succès. 


-c      ^ 


—  112  — 

Les  choses  ainsi  préparées,  les  jouteurs,  légèrement  vêtus,  ayant  en  main  une  canne  longue 
lie  trois  pieds  et  de  la  force  d'un  jonc  ordinaire,  montent  sur  la  berge  et  celui  dont  le  tour  est 
arrivé  s'assied  dans  la  coulisse,  à  laquelle  il  ne  doit  point  loucher  avec  les  mains  du 
moment  où  il  commence  à  suivre  sa  pente.  Il  glisse  sur  le  derrière,  les  jambes  en  avant  ; 
arrivé  près  de  l'anneau,  il  cherche  à  l'enfiler  avec  sa  canne  ;  s'il  manque  son  coup,  il  poursuit 
sa  course  jusqu'à  l'endroit  où  la  glissade  cesse  et  il  tombe  dans  l'eau.  Si  un  autre  joueur,  plus 
adroit  ou  plus  iieureux,  vient  à  enfiler  l'anneau,  il  s'en  sert  comme  d'un  point  d'appui  pour 
s'arrêter.  Il  lui  est  alors  permis  de  poser  son  autre  main  sur  le  rebord  de  la  coulisse  pour  s'ar- 
rêter tout  à  fait  ;  il  sort  ses  jambes  et  descend  sur  l'échafaud  pour  aller  chercher  son  prix  au 
bruit  des  applaudissements  des  spectateurs. 


XVII. 


,'oisoau  ég-j'ptien. 


Dès  le  dix-huitième  siècle,  on  avait  installé,  dans  les  lieux  de  diver- 
tissement public,  une  sorte  de  jeu  d'adresse  connu  sous  le  nom  de  Yniseau 
égyptien,  et  qui  n'était,  en  réalité,  qu'une  variété  du  jeu  de  bague. 

Co  jeu  exige  de  la  justesse  dans  le  coup  d'œil  et  de  l'adresse  dans  la 


LE  JEU  DE  L'OISEAU  ÉGYPTIEN 
d'apuès  les  Amusements  de  la  campagne,  xix'  .siècle. 


main;  pour  l'établir,  il  suffit  de  dresser  un  portique  haut  de  13  ou 
20  pieds,  portant  au  milieu  de  la  traverse  supérieure,  une  longue  tige  de 
fer  terminée  à  chacun  de  ses  bouts  par  un  crochet  ;  cette  tige  descend 
presque  jusqu'au  sol  et  reçoit,  dans  le  crochet  inférieur,  un  anneau  attaché 
au  dos  d'un  oiseau  en  métal  ou  en  bois  garni  de  fer.  Cet  oiseau  doit 
avoir  les  ailes  étendues  pour  pouvoir  plus  aisément  fendre  l'air. 

Les  choses  étant  ainsi  préparées  on  dispose  deux  buts  :  l'un  est  celui 
du  départ  contre  lequel  se  tient  le  joueur,  l'autre  est  celui  de   l'arrivée 


—  lia  — 

qui  contient  la  st-rie  des  anneaux  (jue  l'oiseau  lauci''  d'une  main  sure 
devra  atteindre  à  l'extrémité  de  sa  course. 

L'habileté  consiste  à  bien  assurer  l'équilibre  de  l'oiseau  servant  de 
projectile  et  à  l'abandonner   à  son  mouvement  à  l'instant  propice. 

On  trouve  encore  fréquemment  chez  les  amateurs  ou  dans  les  musées 
ces  espèces  d'oiseaux  f>rossièrenient  construits,  mais  peu  d'amateurs 
connaissent  ce  jeu  de  baji,ue  ainsi  simplifié. 


XVllI. 


Le  jeu  dos  oiseaux  volli2;eurs. 


11  existe,  au  Mexique,  une  sorte  de  jeu  que  nous  devons  fair(>  renirer 
dans  la  catégorie  des  jeux  de 
bague,  en  raison  du  mouve- 
ment de  rotation  qui  est  im- 
primé à  ceux  qui  se  livrent 
à  ce  périlleux  exercice. 

Cette  fête  avait  lieu  aii 
renouvellement  du  siècle,  et 
la  foide  en  tirait  des  présa- 
ges suivant  que  les  joueurs 
avaient  montré  plus  ou  moins 
d'habileté  dans  la  mission  qui 
leur  était  confiée. 

Pour  construire  ce  jeu,  on 
se  servait  d'un  arbre  soigneu- 
sement écorcé  et  ébranché  ; 
le  sommet  de  cet  arbre,  taillé 
en  pointe,  portait  dans  le 
creux  un  tronçon  de  bois 
cylindrique  duquel  pendaient 
quatre  grosses  cordes  qui  sou- 
tenaient un  cadre  de  l)ois  ou 
un  fort  châssis  ([uadrangu- 
laire. 

Entre    le   cylindre    et    le 
cadre  étaient  enroulées  ipiatre  autres  cordes  qui  faisaient  sur  l'arbre  un 
certain  nombre  de  tours.    Les  extrémités  de  ces  cordes  passaient  cha- 
cune par  un  trou  pratiqué   dans  l'épaisseur  du  châssis. 

Tout  étant  disposé  de  la  sorte,  quatre  hommes,  travestis  en  aigles  ou 
en  hérons,  grimpaient  jusqu'au  châssis  à  l'aide  d'une  corde  qui  était  fixée 


LE  JEU  DES  OISEAUX  YOLTICEUUS 


—  114  — 

le  loii^  de  l'arbre.  Ils  s'attachaieut  alors  par  le  milieu  du  corps  au  bout 
de  l'une  des  cordes  enroulées  sur  l'arbre,  puis,  les  ailes  écartées,  ils 
s'élançaient  tous  dans  l'espace  et  s'agitaient  à  (pii  mieux  mieux  pour 
évoluer. 

Les  efforts  (pi'ils  faisaient  ne  tardaient  pas,  en  effet,  à  inetlre  en 
mouvement  le  châssis  et  le  cylindre,  et  comme,  à  mesure  qu'ils  toiu'naient, 
les  cordes,  en  se  déroulant,  prenaient  j)lus  de  longueur,  le;  vol  de  ces 
singuliers  oiseaux  devenait  plus  étendu. 

Poui'  que,  de  cet  exercice,  on  pût  tirer  un  bon  augure,  il  fallait  que 
treize  tours  non  interrompus   amenassent  à  terre   les  quatre  voltigeurs. 


TROISIEME    PARTIE 


LE    BILBOQUET 


I.  —  Doscripfion  <lii  jiou  el  oriijîiif  dii  nom. 

Le  bilboquet  se  compose  il'une  boule  percée  d'un  trou  conique,  reliée 

par  une  cordelette  de  chanvre 
à  un  bâtonnet  eu  forme  de 
balustre  tourné  ;  il  est  terminé 
d'uu  côté  par  une  pointe  et  de 
l'autre  par  une  sorte  de  disque 
plat  légèrement  creusé  en  forme 
de  coupe. 

Le  nom  de  ce  jeu  est  formé 
de  deux  éléments  bien  distincts, 
la  bille  ou  boule  qui  doit  être 
projetée  eu  l'air,  et  le  bouquet, 
mot  qui,  en  ternie  de  blason, 
signifie  fer  de  lance  et  qui  sert 
à  désigner  la  pointe  sur  la- 
quelle le  joueur  doit  recevoir  la 
boule. 

Nous  voyons  cette  étymo- 
LE  BiLiioyum  logie    vérifiée     d'une     manière 

l'aI'HÈS    in    HECrEII.   I)K    JEUX    DIVKIIS    l'UBUK    DANS    I.A    SIXONDK  ,      •  1  n      I       1      " 

.MOITIÉ  n.j  XIX'  siKoiK  certaine  dans  Rabelais  qui,  ra- 


r 


it  JcLo  uiL  ÛDdlôbûLjiLd:. 

HuPuhiu:  lUCfiTiU-d  hiL^  (juel  e.rt  l^Au^ù-rru^x/  /  _  l/n  suu  dêja  hun  L'use  U fcuj.t  iju€  jr  U  due' 
E.rt-ce.  la  ct-  hecwjcu,  ^llc  la  mo^^£auU^rlJe,  Et  tnacccmode  feu  d  un  parçii /nslranurU._ 
Et  aiu  ftzU  d<-  Fans  -iTiUifiir  itnvu^enij>rU    '  ^/•„„^,.,  i...  e /. /o.//> -..,..  v.^,....  ^  t. /•./.'.■./....._;,.• 


—  IIG  — 

coiitaul  los  exploits  de  rincoinparable  Gargantua,  parle  du  "  Bille  bou- 
quet ».  (Livre  I",  cliap.  xxii.) 

Le  Journal  de  P.  de  l'Estoile  donne  de  curieux  détails  sur  la  passion 
que  Henri  III  avait  pour  ce  jeu  : 

En  ce  temps,  le  roi  commença  à  perler  un  billeboquel  à  la  main,  mesmes  allant  par  les 
rues  et  s'en  jouait  comme  font  les  petits  enfants.  Et  à  son  imitation  les  ducs  Desparnon 
et  de  Joieuse  et  plusieurs  autres  courtisans  s'en  accomodoienl,  qui  estoienl  en  ce  suivis  de 
gentilshommes,  pages,  laquais  et  jeunes  gens  de  toutes  sortes. 


II.  —  l'abi'icatioii  des  bilboquets. 

A  la  fin  du  seizième  siècle,  le  jeu  du  bilboquet  était  désigné  sous  le 
nom  de  <i  bilbouquet  »  et  fabriqué  par  les 
peigniers  et  les  lanterniers  de  cors  et 
d'ivoire. 

Les  plus  anciens  Itilboquets  n'étaient  pas 
sembla])les  à  ceux  (jue  nous  voyons  aujour- 
d'hui. Dans  la  première  édition  du  Diction- 
naire  de  F  Académie^  nous  trouvons  au  mot 
«  bill)oquet  »  la  définition  suivante  :  «  Petit 
instrument  fait  au  tour  et  creusé  de  telle 
sorte  par  les  deux  bouts,  qu'en  jetant  en 
l'air  une  petite  balle  qui  y  tient  par  le 
moyen  d'une  longue  ficelle,  la  petite  boule 
puisse  être  reçue  dans  l'un  des  creux.  »  La 
boule,  ordinairement  en  plomb,  devait 
donc  rentrer  exactement  dans  la  petite 
LE  BILBOQUET  cavité   placée    à    la   partie  supérieure    du 

UAPnÊS  UN  BECUEII,  DE  JEUX    BU  COMMEN-  1  1  1    -il  i 

CEMENT  DU  xao  SIÈCLE.  mauchc  du  bdboquet. 


m.  —  I.a  foire  franche  «les  bilboquets. 

Si  nous  nous  en  rapportons  à  une  estampe  du  dix-septième  siècle, 
nous  voyous  que  tous  les  joueurs  se  servent  d'un  instrument  de  ce  genre 
et  que  la  balle  est  extrêmement  petite.  Cette  gravure,  qui  est  évidem- 
ment une  pièce  satirique,  montre  tous  les  corps  de  métier  délaissant 
leurs  occupations  pour  jouer  au  bilboquet. 

Au  premier  plan  se  tienuent  le  savetier,  la  lavandière,  le  petit  décrot- 
teur,  le  portefaix,  le  porteur  d'eau;  tous  s'arrêtent  dans  leur  travail  pour 
lancer  en  l'air  et  rattraper  d'une  manière  savante  la  petite  botde  si 
attrayante.  Un  peu  plus  loin,  des  couples  de  jeunes   gens   et  de  jeunes 


LA  FOIRE  FRANCHE  DES  lilLUUQUETS 

U'APIIÈS     UNE    ESTAMPE    DU     XVU'      SIÈCLE. 


—  118  — 

filles  jouent,  parallèlement,  au  bilboquet,  eu  se  regardant  avec  complai- 
sance. Tout  au  fond  de  la  scène  est  une  grande  boutique  adossée  contre 
une  maison,  quatre  demoiselles  de  magasin  suffisent  avec  peine  aux 
demandes  dun  nombre  considérable  d'acheteurs.  L'image  montre  que  le 
jeu  du  bilboquet  n'est  pas  sans  inconvénient.  i)uisquuno  jeune  personne 
qui  s'y  est  trop  longtemps  attardée  reçoit  de  sa  mère  une  magistrale 
volée  de  coups  de  trique. 

Le  bilboquet  a  été  le  motif  principal   d'un  bal  masqué  qui  fut  donné 
au  Louvre  en  1626  et  dont  l'abbé  Marolles  nous  a  laissé  le  souvenir. 


IV.  —  La  passion  du  jeu  du  bilboquet  au  di.\-liuiliènie  siOcle. 

Sous  Louis  XV,  la  passion   du  bilboquet  revint   de  plus  belle,    et  le 

marquis  de  Bièvre,  qui  était  déjà  le  roi 
du  calembour,  devint  aussi  celui  du  bil- 
boquet ;  c'est  pourquoi  l'on  publia,  sons 
son  portrait,  ces  deux  vers  qui  carac- 
térisent sa  double  supériorité  : 

Beverley  n'aurait  pas  éprouvô  tant  ih  maux 
S'il  eut  passé  sa  vie  à  jouer  sur  les  mois. 

La  jnode  de  jouer  au  bilboquet  était 
en  si  grande  faveur,  ipiil  était  parfaite- 
ment admis  que  les  acteurs  sur  la  scène, 
entre  deux  répliques,  s'amusassent  à  ce 
petit  exercice  anodin. 

Dans  le  Dictionnaire  d'anecdutcs,  qui  a 
paru  à  la  fin  du  siècle  dernier,  nous 
lisons,  en  effet  : 

LE  MAUQLIS  DE  BIÈVRE 

Avant  que  les  pantins  eussent  régné  à  Paris,  la 
mode  avait  mis  un  bilboquet  entre  les  mains  de  la  plupart  des  Parisiens  ;  cette  niaiserie 
monta  jusqu'au  théâtre  et  l'on  vil,  il  y  a  environ  soixante  ans,  la  Desmares  s'en  amuser  au 
milieu  de  ses  rôles  de  suivante,  au  grand  contenlomcnt  des  spectateurs. 


V.  —  De  l'iudustrie  des  bilboquets  au  di.x-iieuviènie  siècle. 

L'industrie  du  bilboquet  a  continué  à  être  très  florissante  pendant  tout 
le  commencement  du  dix-neuvième  siècle  et  le  centre  de  fabrication  était 
dans  l'est  de  la  France.  «  A  Saiut-Chiude,  Besançon.  Poligny,  Pont-eu- 
Royans,  lisons-nous  dans  le  rapport  du  jury  de  l'Exposition  de  1849,  on 


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—  120  — 

taille,  on  sculpte  et  l'on  tourne  le  buis,  le  hêtre  et  le  charme  ;  une  partie 
de  cette  bimbeloterie  est  finie  et  assortie  à  Paris. 

»  Paris  fait  aussi  bon  nombre  d'objets  tournés,  entre  autres  les  bilbo- 
quets, les  toupies,  les  diables,  les  quilles  et  les  boules.  » 


LE  JEU  1)L'  lîILBOQUET,  u'aimiès  une  lithogiiaimiie  du  milieu  uu  six*  siècle. 

Enfin,  en  consultant  une  statistique,  nous  voyons  qu'en  1849,  on  vendait 
à  Paris  pour  39200  francs  de  quilles,  toupies  et  bilboquets. 

Le  chansonnier  français  n'a  pas  dédaigné  de  consacrer  au  bilboquet 
une  poésie  plutôt  légère,  dont  nous  n'extrayons  seulement  que  les  premiers 

vers  : 

Ah  !  maman,  je  meurs  d'envie  Au  jeu  du  bilboquet, 

Déjouer  avec  Coliiiel  L'agréable  folie  ! 

Dans  l'album  d'un  fabricant  de  jouets  du  premier  Empire,  dont  nous 
avons  donné  de  nombreuses  reproductions  au  cours  de  ce  travail,  on  voit 
que  les  bilboquets  étaient  vm  article  fort  demandé  sur  la  place  de  Paris; 
il  s'en  faisait  dans  toutes  les  tailles  et  on  se  servait  de  différentes  essences 
de  bois.  Toutefois,  les  plus  recherchés  étaient  les  bilboquets  en  buis  qui 
étaient  à  la  fois  plus  solides  et  plus  précis  que  les  autres. 


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VI.   —  l.t'  biIl>o«nie(   joué  Jivfc  un  palol. 

Au  seizième  siècle,  on  a  é^alenieiit  donné  le  nom  de  »  l)iIho(|net  »  ù 
une  sorte  de  jeu  de  quilles  ;  pour  gagner,  il  s'agissait  de  renverser  le  but 

avec  un  palet  ;  ce  jeu  était  loin 
lï?M-t«>    .â'itA^'v  \  d'être    innocent  et   servait  aux 

bonncteurs  du  temps  à  dépouil- 
ler les  passants  naïfs,  c'est  du 
moins  ce  que  nous  apprend  la 
petite  poésie  que  nous  repro- 
duisons ci-contre  : 

Ayant  désir  de  tromper  un  novice, 
Qui  tombe  es  m:iin  de  quelque  lin  vallet, 
Au  bilboquet  ils  prennent  exercice. 

(;'est  probablement  pour 
prévenir  les  jeunes  enfants 
contre  le  danger  présenté  par 
ce  jeu,  qu'il  a  été  admis  à  figu- 
rer dans  le  recueil  des  Trente- 
six  fujurcH  contenant  tous  les 
jeux,  etc.,  édité  eu  1587.  No- 
tons, eu  passant,  que  la  quille 
est  en  forme  de  balustre  et 
rappelle  assez  exactement  le  bâtonnet  d'un  véritable  bilboquet  :  c'est 
évidemment  à  cotte  disposition  spéciale  que  ce  jeu  doit  son  nom. 

vil.  —  Uopréscnlalions  diverses  du  jeu  du  bilboquel. 

Stella  a  représenté  le  jeu  du  bilboquet,  et  de  sou  temps  c'était  encore 
la  petite  balle  de  plomb  qui  était  en  usage. 

An  commencement  du  dix-neuvième  siècle,  la 
balle  prend  des  dimensions  plus  considérables  et 
dans  les  images  de  l'Empire,  de  la  Restauration  et 
du  temps  de  Louis-Pbi lippe,  le  bilboquet  que  l'on 
voit  entre  les  mains  des  enfants  ressemble  beau- 
coup à  ceux(jiii   se  fabriquent  encore  aujourd'bui. 

Au  Salon  de  1808,   il  y    avait  un  tableau  de  V. 
Cbappuy  qui    représentait  le  jeu   du  bilboquet,  ce 
qui  tend  à  prouver  que  ce  petit  jeu  d'adresse  a  continué  à  être  en  faveur 
jusqu'à  xme  époque  contemporaine. 


LE  JEU  DU  BILBOQUET 

d'.m'i\és  les  Jeudis  de  ma  tante,  xix"  siêi:i.e. 


LE  lilLBUQUET 

b'.M'lll;.S  VlCTOIl   AI>.\M,    XI.'C  SIÉCLK. 


122 


QUATRIEME    PARTIE 


LE   JEU    DU    DIABLE 
I.  —  Coinposilioii  de  ce  jeu. 

Le  diable  est,  en  quehiuc    sorte,  formé  de  deux  toupies  d'Allemagne 


CnmmenI    un  apprend  ;'i  joner  an   di/iLle. 

d'aI'HES  lIXE  (inAVURE  nu  modes   du  l'nEMIEH  EMPIRE. 


réunies  par  une   même  tige  ;  les  anciens  n'ont   pas  connu  ce  jeu,    que 
l'on  pourrait  qualifier  d'amusement  enfantin  des  grandes  personnes. 


—  124 


11.  —  Orîg'îne  cliiiioise  du  dînblo.  Sa  description 
d'après  le  père  Ainiot. 

Toi  qu'il  a  étô  en  usage  au  commencement  du  dix-neuvième  siècle, 
le  diable  est  une  importation  d'origine  chinoise,  et, 
par  un  rapprochement  assez  singulier,  c'est  un  mis- 
sionnaire, le  Père  Amiot,  qui  uons  donne  la  des- 
cription de  ce  jeu  : 

Ce  lioclu'l  bniyanl  consiste  en  deux  cylindres  creux,  de  nK'lîil, 
de  bois  ou  de  bambou,  réunis  au  milieu  par  une  traverse.  Chacune 
des  cavités  est  percée  d'un  trou  dans  des  sens  opposés.  La  corde 
l'ait  un  nœud  coulant  autour  de  la  traverse.  En  suspendant  en 
l'air  ce  hochet  et  en  l'agitant  avec  vitesse,  il  s'établit  dans  cha- 
cune des  portions  des  cylindres  un  courant  d'air  rapide  et  l'on 
entend  un  ronflement  semblable  à  celui  produit  par  la  toupie  d'Alle- 
magne. 


m.  —  Emploi  des  diables  en  Chine  pour  reniplaeer 
le  bruit  de  la  eréeelle. 

Longtemps  avant  la  Révolution,  les  missionnaires  de  Pékin  en  avaient 


LE  .JEU  UL^  DIMILE 
d'ai'hks  u.nk  vue  de  fantasmaoohie,  xix"  sfècle. 


envoyé  des  spéciuiiMis  au  ministre  d'Etat,  Berlin,  grand  amateur  de  curio- 


1     "^^.^^i^-m^i 


I2G 


sites  chinoises.  Le  diable  chinois  était  dune  grosseur  énorme  :  ce  nétait 
pas  seulement  un  jouet,  il  servait  aussi  comme  crécelle  à  plusieurs 
colporteurs  ambulants  et  surtout  aux  marchands  de  fi;àteaux  pour  annoncer 
Imv  approche  et  attirer  les  pratiques. 


De  la  vog'ii»'  «lu  diable  en  Fraiiee  en  1812. 


(Vouleur    Je  liose) 


Lorsque  le  diable  acquit  parmi  nous  une  vogue  si  subite,  ce  ne  fut 
pas  seulement  un  hochet  réservé  à  l'enfance  ;  de  jeunes  dames  et  même 

les  personnages  les  plus  graves  y  signa- 
lèrent à  l'envi  leur  adresse,  au  grand  péril 
des  glaces  et  porcelaines  des  salons  et  sou- 
vent aussi  au  grand  danger  de  la  tète  des 
promeneurs. 

Mais  la  véritable  époque  où  le  diable  lit 
fureiu-  par  toute  la  France,  ce  fut  en  1812, 
et  nous  ne  pouvons  faire  mieux  sur  ce 
sujet  que  de  reproduire  l'appréciation  que 
fit  paraître,  en  t848,  le  chroniqueur  du 
journal  l'Illustration.  Cet  écrivain,  passant  en 
revue  les  différentes  inventions  de  cette  an- 
née qui  ont  pu  avoir  une  influence  sur  les 
modes,  parle  d'abord  de  l'aviateur  construit 
par  un  Viennois,  M.  Uéghen,  dont  l'inven- 
tion n'eut  d'autre  résultat  (jue  d'inciter 
toutes  les  dames  à  porter  des  bonnets  ou 
des  chapeaux  à  la  Déghen. 


FRONTISPICE  D'UN  CALENDRIER 

DE  I.A  KESTAUBATION. 

«  Mais,  ajoule-l-il,  la  grande  préoccupalion  du  mo- 
ment, ce  n'est  déjà  plus  la  comète  qui  file,  l'aéronome  qui  ne  vole  pas,  c'est  à  peine  le 
bruit  des  préparatifs  gigantesques  que  fait  l'Empire  pour  aller  mourir  en  Russie.  Ce  qui,  avant 
toutes  choses,  est  la  pensée  du  moment,  l'obsession  de  tous  les  esprits,  c'est  h  diable  !  non 
pas  le  sombre  génie  du  mal,  cet  impertinent  et  froid  railleur  à  la  maigre  figure,  aux  traits 
pointus,  aux  doigts  effilés  et  au  rire  strident,  dont  nous  avons  été  si  engoués  nous-mêmes 
depuis  quelques  années  et  dont  nous  avions  fait  une  sorte  de  type  du  suprême  dandy  du  dix- 
neuvième  siècle;  non  pas  le  diable  de  Milton,  de  Micliel-Ange  ou  de  Meyerbeer,  mais  un  jou- 
jou, une  sorte  de  toupie  à  deux  têtes,  qu'il  s'agit  de  faire  tourner  rapidement  sur  elle-même 
en  lui  donnant  l'élan  au  moyen  d'une  corde  fixée  à  deux  baguettes.  Aux  Tuileries,  dans  les 
jardins,  dans  les  salons,  toutes  les  daines,  tous  les  enfants  sont  occupés  à  faire  ronfier  le 
diable.  La  mode,  toujours  aux  aguets  de  toutes  les  folies  et  de  tous  les  caprices,  ne  manque 
pas  d'enregistrer  ce  nom  de  plus  dans  ses  fastes.  » 


—  127  — 


V.  —  l>c  la  manière  de  jouer  au  <liable. 


La  manière  de  jouer  au  diable  demandait  un  apprentissage  des  plus 

sérieux  ;  une  charmante  j^ravure 
de  J814  indique  les  difTérentes 
manières  de  se  livrer  à  cet  exer- 
cice. La  pj'omière  et  la  plus 
simple  est  la  proinonado^  qui  con- 
siste à  faire  courir  le  diable  le 
long  d'un  des  bâtonnets  ;  quand 
il  arrive  au  milieu  de  1m  corde, 
cette  nouvelle  position  s'appelle 
Va  comme  je  te  pousse  ;  si  l'on 
croise  les  mains  après  avoir 
vivement  tendu  la  corde  et  qu'on 
fasse  remonter  le  diable  à  son 
point  de  départ,  l'exercice  s'ap- 
pelle Jean  s'en  va  comme  il  est  venu. 
Le  chevalet  consiste  à  tenir  le 
diable  au  bout  des  deux  bâtons 
croisés.  On  peut  également  faire 
des  tours  d'équilibre  en  faisant 
arriver    le  diable    à    l'extrémité 

d'un  des  bâtonnets  ;   c'est  ce  qui  s'appelle    le  çjrand  équilibre  du   croissant. 

Les  joueurs  habiles    savent    faire  monter  le   dialde   le  long  de  la  corde 

raids  :   c'est  ce  qui  s'appelle  l'ascension  à  corde 

tendue. 

Le    plus    difficile    de   ces  exercices   est   le 

saut  périlleux.  On   peut  ainsi  lancer  ce  jouet  à 

une   grande     hauteur,    disent    ceux   qui     ont 

écrit  sur   ce    sujet  ;    cette  manière    de  jouer 

ne  peut  avoir  lieu   qu'eu    plein    air   et  exige 

de  la  part  du  joueur  autant  de  force  que  d'a- 
dresse. 

La   grande  voltige  est    la   manière    la    plus 

perfectionnée  de  jouer  au  diable  ;  on  se  sert, 

à  cet  effet,  d'une  corde  de  la  grosseur  des  cor- 
donnets employés  pour  les  cordons  de  tirage. 

Un  auteur  anonvme  du  commencement  du  dix-neuvième  siècle  cite  uji 


LE  JEU   DU   DIABLE 

d'aPIIKS  une  LlTHOCnAPHIE    DE  C.    MOTTE,    XIX'   SIKCLE. 


LE  DIABLE  JOUANT  AU  DIABLE 
n'Ai'nÈs   UN  Recueil  de  sujets  divers 

DE    L\   nESTAUllATION. 


—  128 


LL  Jl.Li  1)1  DIAlîLL  Ll  LL  JLL   DL  L  1,.\1I(,KLI  1 1. 
d'ai'uès  les  Jeudis  de  ma  tante,  xix«  sikci.e. 


jou  du  (liablo  (jui  avait   été  établi  aux  Champs-Elysées,  dont  la  corde  ne 

mesurait  pas  moins  de 
60  toises  de  long;  elle 
était  relevée  dans  le  mi- 
lieu par  une  perche  de 
20  pieds  de   hauteur. 

On  se  plaisait  autre- 
lois  à  établir  de  vérita- 
bles combats  entre  ces 
toupies  volantes  : 

Pour  ajoulcr  à  l'inlérèl  de 
celle  partie,  <lil  le  mciiie  aii- 
Icur,  on  emploie  deux  diables, 
que  l'on  lance  au  même  mo- 
ment sur  chaque  bout  de  la 
corde;  ils  montent  chacun  de 
leur  côlé  et  arrivent  ensemble  à 
la  liauteurdu  milieu,  et,  comme 
s'ils  voulaient  se  disputer  le 
terrain,  ils  se  livrent  un  com- 
bat, se  choquent,  avancent  et  reculent  plusieurs  fois  de  suite,  et  finissent  par  tomber  lorsque 
leurs  forces  sont  épuisées.  Il  arrive  quelquefois  que  le 
diable  fait  d'un  bois  plus  lourd  et  plus  compact,  ou 
qui  a  été  mis  en  train  par  une  main  vigoureuse,  fait 
reculer  l'autre  jusqu'au  bout  de  la  carrière. 

Ou  s'amuse  aussi  à  placer  le  diable  sur 
une  corde  tendue  en  pente  par  une  perche 
inclinée,  de  manière  que,  la  coi^de  venant 
tout  d'un  coup  à  inantpun',  le  diable  tombe 
de  quinze  ou  vingt  pieds  de  hauteur.  L'a- 
dresse consiste  à  courir,  aussitôt  qu'on  a 
dé[)osé  le  diable,  au  bas  de  la  pente,  et  à 
l'aller  attendre  pour  le  recevoir  sur  le  cor- 
donnet. Ou  le  l'anime  en  revenant,  on  le 
pose  encore  en  bas,  on  court  de  même  l'at- 
tendre et  ainsi  de  suite.  Si  deux  ou  trois 
joueurs  le  font  ensemble,  on  doit  conce- 
voir qu'il  deviendra  très  divertissant. 

Au  point  de  vue  de  la  l'abrication  de 
ce  jeu,  les  Français  ont  apporté  un  perfectionnement  au  diable  chinois, 
car,  au  lieu  des  deux  cylindres  réunis,  ce  sont  deux  sphéroïdes  taillées 
dans  le  même  morceau  de  bois  et  creusées  avec  art. 


LIi  JEU  1)U  DIABLE 

d'ai'Jiks  use  imA(;e  d'épinal,  xix"  siècle. 


130 


VI.  —  De  la  fabrication  des  diables. 


Le  diable  était  généralement  en  bois  léger, 
mais  on  en  fit  en  toutes  sortes  de  matières,  et  les 
élégants  de  l'époqne  se  servirent  même  de  diables 
en  cristal  dont  la  sonorité  était  plus  grande. 

11  est  à  peine  utile  d'ajouter  que  la  durée 
de  ces  boules  si  fragiles  était  des  plus  éphé- 
mères; au  surplus,  le  jeu  en  lui-même  ne  tarda 
pas  à  disparaître,  et,  après  avoir  joui  pendant 
quelques  mois  d'une  vogue  colossale,  il  tomba 
dans  le  plus  profond  oubli. 

VII.  —  Estampes  satiriques  sur  le  jeu  du  diable. 

Les  caricatures  du  commenceinont  du  dix- 
nouvièuie  siècle  représentant  le  jeu  du  diable 
sont  très  nombreuses,  mais  elles  ne  sont  j)as 
exemptes  de  toute  idée  satirique.  Dans  une  de 
ces  images,  la  jeunesse,  sous  les  traits  d'une 
charmante  jeune  femme,  vêtue  d'une  •  robe  de 
mousseline,  est  représentée  envoyant  galam- 
ment son  diable  en  l'air;  en  face  de  cette 
joueuse  habile  est  un  groupe  de  vieillards  dont 
le  dialde  pend  lamentablement  vers  la  terre,  et 
leur  maladresse  à  ce  jeu  doniu^  lieu  à  cette  gaillarde  légende  : 

On  joue  à  ce  jeu  charmant  Envoie  tout  en  murnuirant  : 

Lorsque  l'on  est  aimable.  Au  diable,  au  diable. 

Vieillard  eu  vain  rimilant  (Air  t/rs  rraises.) 


LE  DIABLE  SLU  LE  CHEVALET 

d'après  va  Recueil  de  sujets 
divers  i>s  la  kestaubation. 


LE  JEU  DU   DL\BLE  EN   18i0. 


LA     MANIÈRE        DEJOUER  AU    OIABLG. 


_^  ^tU-^So^^^-^y. 


—  131  — 


CINQUIEME    PARTIE 


LE    JEU     DE    L'EMIGRETTE 

On  i)eut  dire  de  ce  jeu  qu'il  l'ut  une  vériUible  satire  :  son  existence 
no  fut  pas  de  bien  longue  durée,  car  son  origine  ne  remonte  pas  au 
delà  des  dernières  années  du  dix-huitième  siècle  et  la  mode  de  l'émi- 
grette  avait  complètement  disparu  à  l'épocjue  de  la  Restauration. 

1.  —  Dénnîtioii» 

Ce  jeu  consiste  en  deux  disques  de  buis,  d'ébène,  de  bois  de  rose 
ou  d'ivoire,    qui    sont  réunis   au   centre   par  un  boulon  pour  ne  former 


Llçc/iera/  va/,  ena/urrc 


Jit  le-  roial  /?ùuc6(e 
L'^ encrai  uaZ  e/vj;reie^rc .       t/.-  Afa//>û/-oua .  Jfi^ott'/t  ion.  i^fn  Mirû/Uai/u. 
^-Z2<;ti  rû^.'a^  l>o/7v6ûn.  ,      —    .  £i  ^  roca/  aiétu'é/e  , 

Conlrc  les  Emigratits  ' 

LE   JEU    DE  L'É.MIGIîETTE 

D'AniÈS  UNE  CAniCATlRE  CONSEHVKE  AU  CADINET  DES  ESTAMPES  IlE  LA   BIBLIOTHÈQUE    NATIONALE. 


qu'une  seule  pièce  ;  ce  boulon  est  percé  d'un  trou  dans  lequel  on  fait 
passer  mie  cordelette  nouée  à  son  extrémité  comme  le  lien  du  bilboquet, 
dont  Téraigrette  a  été   la  rem])laçante  dans  la   faveur  du  public.   Pour 


—  132 


luire    manœuvrer   ee    petit    iustrumcut,    on    roule  la   corde   autour    du 

boulon  et  on  abandonne  à  kii- 
même  ce  petit  disque  qui  tombe, 
mais  la  force  do  rotation  ({u'il  a 
acquise  en  tond)ant  l'oblige  à  re- 
monter pres([ue  jusqu'au  poinld'où 
il  est  parti  et  il  revient  en  roulant 
le  cordonnet  sur  lui-même  ;  l'ha- 
bileté du  joueur  consiste  à  retenir 
l'enroulement  du  cordonnet  et  à 
maintenir  toujours  eu  activité  l'é- 
migrettc,  malgré  les  tours  qu'on 
lui  fait  fciire. 

Théoriquement,  l'émigrette  de- 
vrait revenir  d'une  manière  auto- 
matique dans  la  main  de  celui  qui 
l'a  lancée,  mais,  une  partie  de  sa 
force  se  trouvant  naturellement 
détruite  par  le  frottement  et  par 
la  résistance  de  l'air,  il  appartient 
au  joueur  de  savoir,  à  un  moment 
donné,  imprimer  au  moyen  du  poi- 
gnet un  léger  mouvement  à  l'émi- 

DAME  DE  nUALITE  FAISANT  JOL'EU  SON  ENFANT  ,,•      i, 

A  L'ÉMiiaiETTE  grette,  })Our  rétabhr  1  équilibre  et 

D'aPKÈSL'XE  GHAVCIIE  DE  MOUES  DE   I.A  FIN  Dir  XVIII»   SIÈCLE.         h\   fairC   relUOllter  COU  VClialt  1  (MUCU  t . 


II.  —  La  salirc  du  jeu  de  réiiiîgi'ctlo. 

Le  jeu  de  l'émigrette  porta  également  le  nom  «  de  Coblentz  »,  proba- 
blement en  raison  du  grand  nombre  d'émigrants  qui  avaient  été  chercher 
un  refuge  dans  cette  ville. 

V Improvisateur  français  Q,on?>i'iXie,  non  sans  mélancolie,  qu'en  17'.)t,  alors 
(pi'une  partie  des  Français  se  préoccupait  de  chercher  le  salut  dans  l'émi- 
gration, ceux  qui  étaient  restés  s'amusaient  à  tourner  en  ridicule  ces 
courses  des  émii-rants. 


m. 


Vogue  eoiisîdéi'able  de  ee  jeu. 


A  cette  époque,  le  jeu  d(>  l'émigrette  était  devenu  une  véritable  folie  : 
à  la  porte  des  boutiques,  aux  fenêtres,  partout,  on  ik^  voyait  que  des 
femmes,  des  enfants,  des  jeunes  gens  faisant  mouvoir  leur  émigrette. 


Miraéea^^^  CÂô/  d'une  lésion . 

cà  /'Armeé  noire  e( jaune  e/i  jra/u/  UAt/br/ne^. 


134 


Les  pai'lisaiis  du  roi  avaieut  adopté  ce  jeu,  aussi  les  personnes  qui  se 
piquaient  de  royalisme  ne  manquaient  pas  de  se  montrer  avec  leur  énii- 
grette  aux  promenades  où  la  foule  élégante  était  grande.  On  marchait  à 
pas  comptés  en  tenant,  chacun  au  hout  du 
doigt,  le  jeu  en  mouvement,  et  les  papiers 
du  temps  disent  que  la  terrasse  des  Feuil- 
lants, qui  était  le  rendez-vous  aristocraticpie 
par  excellence,  offrait  alors  mi  spectacle  vrai- 
ment singulier. 

La  vogue  de  ce  jeu  fut  tellement  considé- 
rable que,  cette  même  année,  une  seule  mai- 
son de  Paris,  le  «  Singe  Verd  »,  établi  rue 
des  Arcis,  en  fabriqua  en  très  peu  de  tenq)s 
vingt-cinq  mille  pièces. 

Quand  -les  émigrés  furent  rentrés  eu 
France,  ce  jeu  n'eut  plus  aucune  raison  d'être 
et  le  peu  d'intérêt  qu'il  présentait  ne  pouvait  décemment  lui  assurer 
ime  plus  longue  existence. 


LE  JEU  DE  LÉMIC.UETTE 

u'aphks  un  Recueil  de  sujets  divers 

DE  LA  HESTAUnATlON 


IV.  —  Ueprésentatîon  du  ïcii  de  rémigTeCte. 

Dans  les  gravures  de  modes  de  la  lin  du  dix-huitième  siècle  on  repré- 
sente des  enfants  qui  s'adonnent  à  ce  plaisir  sans  se  douter  de  la  raillerie 
mordante  de  ce  jeu  qu'ils  considèrent  comme  si  innocent. 

On  dit  qu'à  Paris  toute  chose  doit  se  terminer  par  une  chanson,  c'est 

probablement  pour  cette   raison  qu'au  moment  où  ce  jeu  faisait  fureur, 

on  entendait  partout  ce  refrain  : 

Quelqu'un  qui  d'il  s'y  bien  connaître 
L'appelle  jeu  des  émigrants, 
El  sur  ce  nom  chacun  s'accorde  : 
L'on  y  trouve  à  la  fois  et  la  roue  et  la  corde. 

Mirabeau  a  été  également  représenté  comme  commandant  d'un  régi- 
ment d'émigrés  et  n'ayant  pour  toute  arme  que  la  traditionnelle  émi- 
grette,  que  chaque  soldat  lance  consciencieusement  pour  la  rattraper 
ensuite  avec  adresse  dans  la  main.  C'est  probablement  aussi  le  même 
personnage  que  l'on  a  voulu  caricaturer,  tenant  une  émigrette  dans 
chaque  main  et  marchant  derrière  un  noble  et  un  général  qui  s'avance 
gravement  tandis  (pi'un  }»etit  tambour  bat  la  caisse  au  moyen  de  son 
émigrette  :  cette  satire  contre  les  émigrants  se  chantait  sur  l'air  de 
Malborough. 


—  133  — 


SIXIEME   PARTIE 


LE   JEU    DE    TON  NEAU 

I.  —  néfinilion    o<  orii>'iiie   probable  du  jeu  de  tonneau. 

Le  jeu  (le  tonneau  est  un  jeu  de  ptilet  consistant  à  envoyer  des  disques 
de  dimension  réduite  dans  certaines  ouvertures  ménagées  dans  un  petit 
meuble. 

Certains  auteurs  ont  vonlu  voir  l'origine  du  jeu   de  tonneau  dans   le 


LES  JOUEURS   DE  TONNEAU 

DAPniiS  UNE  CAIilCA'IUUE  DE  LA   llKSTAnUTION. 


jeu  du  casse-pot  dont  parle  Scarron  ;  dans  ce  jeu,  il  fallait  envoyer  des 
palets  ou  des  pièces  de  monnaie  dans  un  vase  plus  ou  moins  éhréché  et 
tpie  l'on  achevait  ainsi  de  briser. 

Sans  chercher  une  origine  aussi  compliquée,  il  semble  que  ce  jeu  a 
été  de  tous  les  temps  et  de  toutes  les  époques.  Quoi  de  pins  simple, 
en  effet,  que  de  s'exercer  à  jeter  des  pierres  dans  l'ouverture  de  quekjue 
tonneau  préalablement  vidé  ? 


II. 


Le  jeu  de  «  2,Tecque  »  au  di.v-liuitiî'nie  siècle. 


Au  dix-huitième  siècle,  ce  jeu  était  désigné  sous  le  nom  de  <<  jeu 
de  grecque  »  ;  déjà,  à  cette  époque,  cet  amusement  faisait  partie  du  mo- 
bilier de  toutes  les  petites  guinguettes  avoisinant  Paris. 

C'est,  dit  railleur  de  Y  Encyclopédie,  une  espèce  de  lonnenii  qui  a  plusieurs  fonds  à  divers 
étases,  tous  percés  dans  le  milieu  d'un  li-ou  rond.  On  jette  dessus  des  palets  ou  des  écus  de 
six  francs.  Quand  ils  passent  dans  le  premier  plancher  on  compte  un  certain  nombre  de  points  ; 
dans  le  second,  dans  le  troisième  et  par  terre  de  même. 


—  130  — 

III.  —  Toiiiicaii.v  en  foriiK-  cU'  Ifépîod,  niniii^re  «le  pratiquer  ce  jeu 
au  <li.\-neuvi<>ine  siOcle. 

Au  commencement  du  dix-neuvième  siècle,  nous  voyons  que  le  jeu  du 
tonneau  était  formé  d'une  sorte  de  trépied  muni  simplement  d'une 
ouverture  on  son  milieu  et  de  deux  autres  plateaux  servant  à  différen- 
cier riiabileté  des  joueurs. 

Dans  le  manuel  de  la  Gymnaslirjue  de  la  jeimesse,  publié  eu  1803  par 
M.  Amar  Durivier,  nous  trouvons  une  description  qui  donne  le  moyen 
d'installer  un  jeu  de  tonneau  à  peu  de  frais  : 


LE  JEU  DU   TONNEAU 

d'aPUÉS  U.NE    LITHOllIlAPlIIK    DU    GOMMENCEMENT    DU    XIX"    SIÈCLE.' 


On  dispose  pour  ce  jeu  un  tonneau  qui,  indépendamment  de  ses  deux  fonds  ordinaiics,  en 
a  deux  intermédiaires  percés  dans  leur  centre,  comme  les  deux  autres,  d'un  trou  de  la 
circonférence,  à  peu  près,  du  pelit  palet.  Des  trous  se  correspondent  perpendiculairement  et 
le  nombre  de  points  se  compte  sur  le  nombre  de  trous  enfilés  par  le  palet  du  joueur;  le 
coup  est  gagné  par  celui  dont  le  palet  enfderait  successivement  les  quatre  trous  correspon- 
dants, sans  s'arrèler  sur  aucun  des  planchers  intermédiaires. 

Un  peu  plus  tard,  le  jeu  du  tonneau  se  complique  ;  il  se  compose 
d'un  couvercle  rectangulaire  percé  de  six  ouvertures  rondes,  dont  quelques- 
unes  sont  défendues  par  des  arceaux  insidieusement  placés. 

L.  Boilly  a  fait  une  charmante  composition  représentant  des  joueurs 
de  tonneau    à    la  porte    d'iui   marchand  de  vin  ;    un    fort   aux   farines, 


d38  — 


reconnaissablo  à  son  chapeau  à  large  bord,  s'apprête  à  lancer  un  palet 
qu'il  tient  entre  ses  doigts  ;  toute  l'assistance,  les  yeux  fixés  sur  le  bras 
du  joueur,  attend  le  résultat  de  ce  coup  important  qui  doit  probable- 
ment décider  du  gain  ou  de  la  perte  de  quelques  bouteilles  de  bon  vin. 

Le  tonneau,  dont 
une  partie  seule- 
ment est  visible, 
est  divisé  en  deux 
étages  contenant 
chacun  quatre 
cases;  dans  ce 
meuble,  le  tourni- 
quet,quel'onvoit 
au  premier  plan 
dans  tous  les  jeux 
modernes,  est 
rcmiplacé  par  une 
petite  ouverture 
longue  et  étroite 
assez  analogue  à 
celles  que  l'on  place  au  sonnuet  des  troncs  fixés  au  mur  des  églises. 

De  nos  jours,  on  a  compliqué  le  jeu  de  tonneau  en  multipliant  les 
ouvertures  placées  sur  le  plateau  ;  le  milieu  du  jeu  est  occuj)é  par  un 
motif  en  bronze  qui  représente  ordinairement  une  grenouille  dont  la 
forme  a  varié  bien  des  fois. 

Les  fabricants  de  jeu  de  tonneau  se  sont  plu,  à  une  certaine  époque, 
à  transformer  la  classique  grenouille  en  une  caricature  représentant  les 
traits  des  hommes  politiques  qui  n'avaient  pas  le  don  d'être  aimés  du 
public.  Nous  en  sommes  revenus,  maintenant,  aux  ordinaires  batraciens, 
et  il  est  peut-être  à  regretter  que  nous  ne  suivions  pas  l'exemple  de  nos 
prédécesseurs,  qui  avaient  trouvé  cette  ingéiyeuse  méthode  de  faire  de 
la  caricature  dans  le  sens  vraiment  gaulois  de  ce  terme. 


LE  JEU  DU  TONNEAU 
d'aphks  la  Gymnasliijuc  de  la  jeunesse,  an  xi,  1803. 


—  i:i!)  — 


SEPTIEME    PARTIE 


LE  JEU    DU    BOUCHON    ET   LE  JEU    DU    PALET 


I.  —  IjC  jeu  du  palet  dans   rnniiquité. 


Tel  qiK'  nous  le  jouons,  le  jeu  du  bouchon  ne  paraît  pas  avoir  été 
pratiqué  dans  l'antiquité  ;  toutefois,  les  anciens  avaient  un  jeu  de  palet 
dont  PoUux  fait  mention  (livre  IX,  paye  117)  «  Ce  jeu  consistait  à  placer, 
soit  sur  une  table,  soit  à  terre,  une  co([uille  ou  une  pièce  de  monnaie 
et  à  la  faire  tourner  au  moyen  d'une  autre  coquille  ou  d'une  autre  mon- 


LE  JEU  DES  PALETS  PERCES 

Ii'aI'KÈS    une   GBAVIBE    ITALIENNE  DU    XVIl"    SIÈCXE. 


naie  qu'on  lançait.  »  Ainsi  qu'on  peut  le  voir  par  cette  citation,  il  s'agis- 
sait d'atteindre  un  but  déterminé  au  moyen  d'un  petit  projectile  lancé 
de  manière  à  ce  que  la  tranche  vienne  frapper  le  bord  de  la  pièce 
de  monnaie  placée  à  terre  ;  ce  jeu  du  palet  est  évidemment  un  des  ascen- 
dants directs  du  jeu  du  bouchon,  auquel  nous  nous  sommes  contentés 
d'apporter  seulement  quelques  additions  et  quelques  changements. 

Le  jeu  du  palet  avait  dû  lui-même  avoir  comme  origine  le  jet  de 
pierres,  puisque  cet  exercice  consiste  simplement  à  lancer  un  projectile 
contre  un  but  ({u'il  s'agit  d'atteindre. 


—  uo  — 

Aiitipntère  a  dépeint  cet  exercice  d'adresse  d'une  manière  frap]mnte, 
en  se  faisant  l'interprète  des  sentiments  d'un  arbre  choisi  comme  but 
pom"  ce  jeu  : 

Noyer  planté  sur  le  bord  du  cliemln,  les  cnfanls  qui  passenl  s'amuseiU  à  me  clioisli-  comme 
but  des  pierres  qu'ils  lancent.  Toutes  mes  branches,  celles  surtout  qui  portaient  le  plus  de 
noix,  ont  été  brisées  sous  celte  grêle  de  projectiles.  A  quoi  sert  anx  arbres  de  porter  des  fruits  ? 

Dans   l'antiquité,   on   se    servait    de  palets    affectant    la    l'orme   d'un 


disque  légèrement  renflé  en  son  milieu.  Le  palet  était  en  bronze  et  d'un 
poids  assez  considérable.  On  a  fait,  à  une  épi)([ue  postérieure,  des  palets 
d'un  genre  différent;  ils  sont  généralement  en  fer,  évidés  à  l'intéi'ieiir, 
et  présentent  une  face  concave,  tandis  que  l'autre  est  convexe.  Le 
joueur  devait  tenir  cette  dernière  partie  eu  dessus,  et  l'adresse  consis- 
tait à  atteindre  un  but  composé  d'une  barre  de  fer  eufoncée  dans  le 
sol  et  ne  le  dépassant  que  fort  peu.  Le  point  était  compté  suivant  que 
le  palet  était  exactement  enfilé  dans  la  barre  de  fer  ou  cpi'il  la  toucbait 
par  la  tranche  ou  bien  encore  qu'il  la  recouvrait  complèfement.  (l'est 
à  cette  espèce  de  palet  qu'il  faut  rapporter  la  gravui-e  ilalieune  que 
nous  reproduisons  ici,  et  qui  représente  deux  jeunes  enfants  tenant  à  la 
main  toute  une  série  de  palets  enfilés  dans  une  corde  à  la  manière  des 
grains  d'un  chapelet. 


LA  Patte  avx  Jettons 


LES   DIFFÉRENTES  MANIÈRES  DE  JOUER  AU  PALEf 

Ii'aPIIKS     les    compositions     l)B    CLAUDINE     BOUZONNET     STELLA,     XVire     SIÈCLE. 


—   142 


Origine  du  jeu  du  bouclioiit 


Un  peu  plus  tard,  ce  jeu  fut  prati([ué  avec  l'aide  de  doux  briques,  dont 
l'une  servait  de  but  et  l'auti^e  de  limite  aux  joueurs  ;  souvent,  la  brique 
formant  le  but  était  remplacée  par  im  bourbon  de  liège,  une  quille  ou 


LE  JEU  DU  BOUCHON 

d'aPUKS    une    LITHOGHAPIIIE  de  JLLKS    IIAVID,  XIX'  SJKCI.E. 


quel(|ue  autre  objet  facile  à  renverser.  Ou  voit  là  l'origine  bien  distincte 
du  jeu  du  bouchon,  et  les  seules  modifications  sensibles  qui  y  aient  été 
apportées  consistaient  à  placer  sur  le  boucbon  une  pile  de  pièces  de 
monnaie  formant  l'enjeu  ;  ou  sait  que,  pour  avoir  gagné  le  prix,  il  faut 
(pie  l'enjeu  tombe  plus  près  du  palet  du  joueur  que  du  bouchon  qui  sert 
de  support,  et  uu  joueur  habile  doit  savoir,  à  l'aide  d'un  second  palet, 
l'envover  au  loin. 


111.  —  Jeu  de  l)ouibielie  ou  jeu  de  a,siloehe. 

Le  jeu  du  bouchon  a  porté  différents  noms  :  on  l'a  appelé  «  bom- 
biche  »  (»u  «  galoche  ».  Le  mot  «  bombiche  »  sert  probablement  à  dési- 
gner un  but  (pii  l)ombe  et  le  mot  «  galoche  »  signifie  plus  spécialement 
le  talon  d(^  bois  d'un  soulier  ou  d'un  saltot,  ce  qui  donnerait  à  supposer 
(pi'on  a,  dcuis   certains    cas,    remplacé    le   bouchon    par  c(>  fragment  de 


14'(   — 


chaussure,  dout  la  forme  plato  et  semi-cyliiuli'i({uc  devait  (Mre  particuliè- 
rement propre  à  porter  les  enjeux  qu'on  installe  d'habitude  sur  le  bouchon. 
Le  jeu  de  la  «  riquelette  »    est,  en  tous  points,  semblabl(>  au  jeu  du 


U/y  ^J^uy/^/é^ 


bouchon,  mais  il  se  joue  avec  de  larges  pierres  plates  à  la  place  de  pièces 
de  monnaie. 


IV. 


Représentation  <lii  jjtni  du  bouchon. 


Un  tableau  de  ïéniers  représente  des  joueurs  de  bouchon  se  livrant 
à  cet  exercice  sur  une  sorte  de  table,  mais,  le  plus  souvent,  les  jeunes 
apprentis  se  contentent  de  quelque  rue  plus  ou  moins  déserte  pour 
se  livrer  à  ce  plaisir  favori,  et  une  lithographie  de  Jules  David  montre 
mi  patron  venant  interrompre  d'um>  mauière  malencontreuse  la  partie  de 
son   a[»prenti,  (pi'il  ramène  à  l'atelier  eu  le  tirant  par  l'oreille. 


CHAPITRE    IV 


JEUX  DE  BALLE 

Le  jeu  de  la  balle.  —  i.  Dùlinilion  du  jeu  de  la  balle.  —  a.  La  balle  cbez  les  Grecs 
et  chez  les  lîoniains.  —  li.  Les  jeux  de  balle  au  Moyen  .\ge.  —  !\.  ^Lanière  de  fabriquer 
les  balles.  Leur  composilion.  —  5.  Dill'éreules  manières  de  jouer  à  la  balle.  —  (i.  La 
balle  empoisonnée. 

Le  jeu  du  ballon.  —  i.  Délinition.  Son  emploi  chez  les  Romains.  —  a.  Le  jeu  de 
la  Soûle  au  quatorzième  siècle.  —  3.  Le  jeu  du  ballon  pratiqué  par  les  rois  de 
France.  —  \.  Manchons  et  brassards  servant  à  lancer  le  ballon.  —  5.  Manière  de 
fabriquer  les  ballons.  —  (i.  Description  du  jeu  du  ballon. 

Le  jeu  de  paume.  —  i.  Origine  de  ce  nom.  —  2.  Le  jeu  de  paume  chez  les  Grecs  cl  chez 
les  Romains.  —  .3.  Le  jeu  de  paume  à  la  cour  des  rois  de  France.  —  l\.  Diverses  inter- 
dictions du  jeu  de  paume.  —  5.  La  paume  au  quinzième  siècle.  —  C».  La  paume  au 
seizième  siècle.  —  7.  L'équipe  du  jeu  de  paume  royal  sous  Louis  XIV.  —  !S.  La  paume 
considérée  eomnie  jeu  d'ar'^ent.  —  \).  Le  jeu  de  paume  devenu  au  dix-septième  siècle 
un  spectacle  public.  —  10.  L'safjes  et  coutumes  dans  lesjeu\  de  paume  à  la  (in  du  dix- 
huitième  siècle.  —  11.  Diverses  espèces  de  jeu  de  paume.  —  12.  Les  tripots  ou  jeux 
de  paume  à  Paris.  —  i3.  Le  serment  du  jeu  de  paume.  —  iV  Le  jeu  de  paume  et  le 
lawn-tcnnis.  —  l5.  La  corporation  des  paulmiers-raquettiers.  —  l(>.  Description  du 
métier  de  paulmier  au  dix-huilicmc  siècle.  —  17.  Les  balles  du  jeu  de  paume.  — 
18.  Raquettes  et  battoirs.  —  ly.  Arrêts  et  rèi;lenients  concernant  le  jeu  de  paume. 
—  20.  Gravures  représentant  le  jeu  de  paume.  —  21.  Poésies  sur  le  jeu  de  paume. 

Le  jeu  du  mail,  de  la  crosse  et  du  croquet.  —  1.  Définition.  Le  jeu  du  mad 
dans  l'antiquité,  d'après  le  poète  latin  Quintus  Lnnius.  —  2.  Les  divers  jeux  de  mad 
établis  dans  Paris.  —  3.  Des  quatre  manières  déjouer  au  mail.  — /[.  Origine  byzantine 
du  jeu  de  polo.  —  5.  Le  jeu  de  la  crosse  au  treizième  siècle.  —  (i.  Le  jeu  de  la  truie 
et  des  quatre  aveugles.  — '  7.  Le  paille-maille,  ancêtre  du  jeu  de  croquet.  —  8.  Le  jeu 
de  la  crosse,  d'après  Stella.  —  9    Le  jeu  royal  delà  passe. 

Le  jeu  du  volant.  —  1.  Le  jeu  de  volant  de  la  reine  Christine  de  Suède.—  2.  Le  volant 
de  Frédéric  de  Prusse.  —  3.' Diiïérents  noms  du  volant  résultant  de  son_  mode  de  fabri- 
cation. —  'i.  Définilion-du  jeudu  volant.  —  5.  Le  volant  au  cornet.  —  (J.  .Vvantages  du 
jeu  du  volant  pour  la  jeunesse.  —  7.  Gravures  représentant  le  jeu  du  volant.  —  8.  Poésie 
sur  le  jeu  du  volant.  —  y.  Le  jeu  des  grâces. 


PREMIÈRE   PARTIE 


LE  JEU    DE   LA   BALLE 

L  —  Définition  du  jeu  de  la  balle. 

N  peut  défiiiif  le  jeu  de  la  balle  un  exercice  qui  con- 
siste à  se  renvoyer  une  petite  sphère  de  l'un  à 
l'autre,  ou  bien  eucore  à  la  lancer  contre  un  mur 
pour  la  repousser  ensuite  à  la  volée  ou  au  premier 
])ond  ;  les  joueurs  peuvent  convenir  d'une  ligne 
an-dessus  de  laquelle  doit  revenir  la  balle  pour 
(|it'elle  soit  jugée  bonne. 


—   I'i6 


II.  —  l.a  ballo  elle/.  les  Cirées  el  elie/,  les  Itoinaiiis. 

Le  jeu  de  la  balle  seniblo  avoir  été  eu  usage  chez  les  aucieus  Grecs, 
car  Homère  y  fait  allusion  dans  deux  passages  de  VOchjsséc^  et  il  déclare 
que  les  joueurs  doivent  être  plutôt  considérés  comme  des  jougleurs  qui 
se  donnent  en  spectacle.  Homère  a  immortalisé  les  noms  de  Laodamas 
et  de  Halius,  qui  dansèrent  devant  Ulysse  en  même  temps  (ju'ils  jouaient 
do  la  balle  avec  une  adresse  merveilleuse  : 


I.A    FaSSETTK 


l).\l'Bi;S  UNE  COMPOSITION   llli  CLAUDINE  DUUZO.N.NEf  STliLLA,  XVli'    SIECLE. 


Ces  (liHix  priiiCL's,  pour  monlrer  Iimp  adresse,  preiiaeiil  un  ballon  rouge  que  Pulybe  leur 
avait  fait.  F^'uiul'eax,  se  pliaiUelse  renversaiil  en  arrière,  le  pousse  jusqu'aux  nues,  el  l'autre, 
s'élanranl  eu  l'air  avec  une  admirable  agilité,  le  reçoit  et  le  repousse  avant  qu'il  tombe  cà  leurs 
pieds. 

Un  des  modes  du  jeu  le  plus  en  honneiu-  est  la  balle  céleste  ;  PoUux 
(IX,   104),  citant  les  vers  d'Homère,  la  décrit  ainsi  : 

Un  des  joueurs,  se  renversant  en  arrière,  lance  sa  balle  vers  le  ciel,  les  autres  bondissent 
el  leur  ambition  est  de  la  saisir  avant  qu'elle  louclie  la  terre. 

Parmi  les  jeux  de  balle  usités  chez  les  anciens,  il  en  est  sans  doute 
un  ,!jrand  nombre  «pii  nous  sont  inconiuis.  Ceux  qui  nous  ont  été  trans- 


-  l-'iR 


LE  JEU  DE  LA  BALLE  ET  DU  BALLON 

d'ai'RÈs  la  Gt/mnasiir/iie  de  la  Jriinesse,  an  xi,  180.'!. 


rais,    tout    au  moins   dans    leur   physionomie   j^énéraie,    sont   :    la  balle 
commune,  la  phaeninde,  la  balle  au  boud,  la  balle  céleste  et  la  balle  au  mur. 


e 


LA    iiALLE    E.MPOISON.NEE 


Le  jeu  de  la  phseninde  était  considéré  par  les  anciens  comme  un 
exercice  très  fatigant,  et  le  poète  Antiphane  déclare  que  «  ce  jeu  de 
balle  est  très  pénible  et  fatigue  la  colonne  vertébrale  » . 

En  outre,  les  Romains  connaissaient  le  jeu  de  la  balle  circulaire  qui 
consistait  à  placer  les  joueurs  en  cercle,  et  ceux-ci  s'envoyaient  la  balle 


—  W.) 


de  l'iui  à  l'autro  ;  It»  jeu  de  la  Italie  Irii^onale  (|ni  consistait  à  ()lacep  les 
joueurs  en  triangle  :  |)oiu'  se  livrer  à  C(\t  exerci(;e,  on  employait  une 
petite  balle  appelée  trij^on,  qui  était  ti'ès  dure,  et  il  fallait  la  saisir  à  la 
volée  ou  au  moins  au  premier 
bond  et  la  renvoyer  ensuite  à 
ses  pai'tenaires. 

Pollux  nous  apprend  que, 
dans  certaines  parties,  le  vain- 
cu était  appelé  une  et  faisait 
tout  ce  qui  lui  était  commandé 
parle  vainqueur,  appelé  le  roi. 

M.  Becq  de  Fouquières,  se 
demandant  pourquoi  le  nom 
d'àne  était  donné  au  vaincu, 
croit  que  c'était  parce  que 
l'un  des  jou(nu's  servait  de  mon- 
ture à  l'autre,  connue  dans 
notre  balle  cavalière.  Rien 
dans  les  auteurs  grecs  n'auto- 
rise à  affirmer  cette  hypothèse, 
mais,  parmi  les  peintures  égyp- 
tiennes de  Beui-Hassan,  il  en 
est  une  qui  donne  raison  à  sa 
supposition  :  Deux  fenunes, 
placées     à     quelque     distance 

l'une  de  l'autre,  sont  montées  sur  deux  de  leurs  compagnes  et  jouent  à  la 
balle. 

Quoique  les  anciens  n'aient  pas  connu  le  caoutchouc,  il  faut  croire 
cependant  qu'ils  étaient  parvenus  à  donner  à  leurs  balles  une  grande 
élasticité,  puisque,  dans  le  jeu  de  la  balle  au  bond,  Pollux  nous  apprend 
qu'il  <(  fallait  frapper  vigoureusement  la  balle  sur  le  sol  de  manière  à  la 
faire  rebondir,  puis  recevoir  le  bond  de  la  balle  et  la  renvoyer  de  non- 
veau  avec  la  main  » . 

Le  jeu  de  la  balle  commune  était  encore  connu  sous  le  nom  de  «  balle 
sur  la  marque  »  ou  «  balle  des  éphèbes  »  ;  on  y  jouait  en  divisant  eu  deux 
camps  les  concurrents,  et  l'adresse  consistait  à  envoyer  la  balle  dans  le 
camp  de  ses  adversaires  en  passant  par-dessus  leur  tête  ;  ceux-ci  cher- 
chaient à  s'y  opposer  et  faisaient  leurs  efforts  pour  atteindre  la  balle 
au  vol. 

Les   Piomains  [se  [servaient,  |)(Hn'  leurs  jeux,   de  balles  diversement 


^^a^ 


-   loO  — 


coloriées  et  faites  de  tissus  variés  ;  le  plus  souvent,  la  l)alle  était  remplie 
de  son  et  on  en  a  trouvé  de  nombreux  exemples  dans  les  tombeaux 
d'enfants  découverts  dej)uis  quelques  années. 


m. 


Les  jeux  de  balle  au  ^lojeii  Asfe. 


Au  douzième  siècle,  la  balle  était  un  des  passe-temps  favoris  des 
ecclésiastiques,  et  un  auteur  qui  vivait  à  cette  époque,  Jean  d(»  Letb, 
raconte  même  que  les  évêques  et  les  arcbevèques  ne  dédaignaient  pas  de 
participer  aux  jeux  de  la  balle,  ainsi  qu'aux  danses  auxquelles  se  livraient 


Curjitaf'^anu/^feiiceci,    tuuenta  Jahjat        Sanjuinis  ift  ea     ^is  ntmpe  in    luucnihhuc  anntc 
3ohfam   ptrcutiens   at^  rejpr-ccuhen'  Çratiof  at^    ijthac  fit    >aHone  abus 


LE  JEU  DU  BALLON 

d'après  use   KNXYCLOPÉDIE    du    XVl"    SIÈCLE. 


les  clercs  ;  la  mode  était  même  que  chaque  nouveau  chanoine  devait,  à 
certaines  grandes  fêtes.  Pâques  ou  la  Noël,  offrir  une  grosse  balle  à  la 
compagnie  ;  les  chanoines  commençaient  alors  une  danse  ou  ronde, 
accompagnée  de  chants,  et  se  renvoyaient  la  ball(>  tout  en  dansant. 

Dans  VHisloire  de  Paris,  Ai-  Lobineau  (t.  III,  p.  419),  nous  voyons 
qu'au  seizième  siècle  les  balles  à  jouer  étaient  de  deux  sortes  :  les  unes, 
qui  étaient  extrêmement  dures,  s'appelaient  scophi  ou  scnphœ  ;  il  était 
défendu  aux  écoliers  de  se  servir  de  ces  balles,  qui  étaient  un<>  cause  de 


—    loi    — 

disputes  et  (racciileiils  ;  on  ne  leur  permettait  (jue  (reiiiployer  la  balle 
molle  désignée  sous  le  nom  de  jiilw. 

La  vente  des  balles  était,  depuis  le  «piatorzième  siècle,  réservée  uux 
merciers  et  ceux-ci  ont  très  longtemps  conservé  ce  privilège. 

Au  seizième  siècle,  le  jeu  de  la  balle  était  un  des  exercices  les  plus 


LA  HALLE  AU  TAMIS  ET  LE  JEU  DU  TOTON 

DAPnÈS    UN    ALPHABET   ILLUSTllÉ    DU    COMMENCEMENT    DU    XIX"    SIÈCLE. 

rechercbés  par  les  adolescents  et,  dans  le  recueil  de  1587,  nous  trouvons 
deux  planches  indicpiant  les  diverses  manières  de  se  livrer  à  cet  exer- 
cice. Dans  l'une,  il  send)le  que  les  concurrents  manpient  leur  adresse  eu 
envoyant  la  balle  à  la  plus  grande  hauteur  ([u'il  soit  possible  d'atteindre;, 
c'est,  du  moins,  ce  que  laisse  sup|)oser  la  légende  qui  accompagne  cette 
image  : 

Cus  compagnons  onl  faicl  partie  égalle 

Pré.seiilement  pour  jouer  à  la  balle, 

Qu'ils  font  sauter  d'un  merveilleux  effort. 


Un  autre  jeu  de  balle  est  désigné  sous  le  nom  de  la  «  Boutte  hors  »  ; 
les  joueurs  lancent  une  balle  sur  un  petit  toit  incliné  et,  au  moment  où  elle 
ressaute,  ils  doivent  être  assez  habiles  pour  la  rattraper  d'un  coup  de 
battoir  et  la  renvoyer  à  nouveau.  Deux  joueurs  seulement  participent  à 
cet  exercice,  qui  est  ainsi  décrit  dans  la  légende  : 

Sans  espargner  l'atlresse  de  leurs  corps, 
Ceux-ci  gaillards  jouent  à  la  boutte  hors 
Dessus  ce  toict 


—  152  — 


IV.  —  ■^laiiicro  de  fabriquer  les  balles.  Leur  eoiiiposilioii. 

Au  c'omnu'uceinent  <lu  dix-iieuvièmo  siècle,  il  existait  des  balles  de 
toutes  sortes  de  qualités  et  uous  reproduisons  une  description  que  nous 
avons  relevée  dans  une  publication  intitulée  Les  Jeux  des  jeunes  (/arçons  : 
Les  balles  tlonl  les  unTanls  font  usage  sont  de  diverses  matières  et  faites  avec  plus  ou 
moins  de  soin  ;  les  plus  mauvaises  sont  celles  de  c/iiffe,  c'est-à-diie  composées  de  bandes  de 
chiffons  mises  les  unes  sur  les  autres  ;  on  en  fait  de  meilleures  avec  des  bandes  de  vieux 
drap  ou  de  lisières  coupées  fort  étroites;  les  meilleures  et  les  plus  usilées  consistent  en  fils 
de  laine  roulés  avec  soin  sur  un  bouchon  de  liège  taillé  en  boule  ;  dans  tous  les  cas,  on 
recouvre  les  balles  de  peau  fine  ;  celle  de  vieux  ganls  est  excellente  pour  cet  usage.  Ces  balles 


LE  JEU  DE  LA  BALLE  ET  LE  JEU  DU  BALLON 

d'amies     t'N     TABLEAU     Dlî    l/ÉCOLE    FLAMANDE,  XVH«    SIÈCLE. 


rebuudisscnt  fort  bien  et  ne  font  point  de  mal  à  la  main  des  joueurs.  Si  la  laine  tournée  autour 
du  liège  est  mouillée,  soit  dans  l'eau,  soit  dans  le  vinaigre,  en  se  séchant,  la  balle  alors 
devient  fort  dure,  a  d'excellents  rebonds  et  s'appelle  balle  à  l'eau.  On  appelle  balle  à  répélilion 
celle  où  l'on  a  introduit  dans  le  liège  arrondi,  qui  fait  le  fond  ordinaire  des  balles,  un  court 
tuyau  de  plumes,  dans  lequel  on  mel  quelques  grains  de  sable  el  dont  on  ferme  les  exlrémités 
avec  du  parchemin.  La  balle  ainsi  fabriquée  produit  un  léger  son.  On  ne  se  sert  guèi'e  des 
balles  de  chiffe  que  pour  le  jeu  de  la  balle  empoisonnée. 

Les  balles  de  gomme  élastique  ont  un  inconvénient  dans  leur  élasticité  même  :  elles 
font  des  bonds  réitérés,  sont  faciles  à  se  perdre,  et  occasionnent  d'ailleurs  beaucoup  de  mal 
de  main,  à  raison  de  leui' dureté. 


—  153 


V.  —  Dîirt'rentes  iiiniiiOros  «lt«  juikm-  à   la  balle. 

Nous  citerons  sinipleiuciit  pour  iiK-moii'i!  les  (litlereiits   modes  de 
de  balle,  et  il  suffira  d'une  simple  ('nu- 
mération  renvoyant    aux  manuels   spé- 
ciaux pour  les  règles  de  chaque  jeu. 

On  distingne  la  halle  mi  caiiip,  ou  bulle 
eoijjoiso/uic'c  ;  la  ùalle  cavalicre  ;  la  ùalle  ou 
cliasseur,  à  laquelle  tout  le  monde  a  plus 
ou  moins  joué  pendant  les  années  de 
collège  ;  la  balle  en  posture  ;  la  balle  à  la 
riposte  et  enfin  In  balle  au  pot,  qui  consis- 
tait à  lancer  la  balle  au  milieu  d'un  carré 
tracé  sur  le  sol  et  dans  lequel  on  a  creusé 
neuf  petits  trous.  Le  roideur,  c'est-à-dire 
celui  ipii  a  été  désigné  pour  servir  la 
balle,  lance  cette  balle  en  faisant  en  sorte 
qu'elle  aille  tomber  dans  un  des  trous. 
Le  propriétaire  d(!  ce  trou  la  ramasse 
aussitôt  pendant  que  tous  ses  camarades 
prennent  la  fuite,  et  il  cherche  à  en  frap- 
per un  de  ceu.K-ci;  s'il  réussit,  celui  qui 
se  trouve  avoir  été  atteint  est  marqué. 
Quand  un  des  joueurs  a   trois   marques 


jeu 


L\  DISTnmUTION   DES  JEUX 

5    U.\   FIIONTISl'TCE  ni!  DEHQUIN,  XYIlll^  S 


il    est   déclaré   hors    le   jeu. 


VI.  —  La  balle  empoisonnée. 

On  a  donné  dans  des  vers  d'une  poésie  plutôt  discutable  les  règles 
du  jeu  de  la  balle  empoisonnée.  Nous  les  reproduisons  ci-dessous  : 

Dix  ou  douze  marmots,  formés  en  deux  partis, 

Vont  à  la  balle  empoisonnée 

Voir  finir  gaîmenl  la  journée. 
Sur  les  quatre  coins,  marqués  par  les  liabils 

De  tous  nos  jeunes  étourdis 

Il  en  est  un  que  l'on  désigne  ; 
C'est  lecamp:  l'occuperesl  unbonheurinsigne. 


La  balle  à  mainte  autre  pareille 
Qui  fait  que  chaque  partenaire 
Te  maudit  de  belle  manière 
Et  quitte  en  enrageant, 
Le  camp, 
Celle  balle  est,  mon  cher  enfant 
L'image  de  la  calomnie. 


-    loi 


DEUXIEME    PARTIE 


LE  JEU    DU    BALLON 


I.  —  Di'Hiiilioii.  —  Son  oinpioi  eliez  les  Itoiiiniiis. 


Le  ballon  est  iino  sphère  creuse  d'assez  grandes  dimensions,  formée 
d'une  vessie  de  porc  ou  de  bœuf  recouverte  d'une  enveloppe  de  cuir 
destinée  à  la  protéger. 

Les  Grecs  ne  semblent  pas  avoir  connu  ce  que  nous  appelons  un 
ballon  ;  ils  en  apprii-ent  l'usage  des  Romains,  ainsi 
que  cela  jjaraît  ressortir  d'un  passage  intercalé 
dans  les  nouvelles  éditions  d'Athénée  :  <(  Ce  qu'on 
apnelle  petit  ballon  a  été  inventé  pour  Pompée 
le  Grand,  par  un  artiste  de  gymnase,  nommé 
Atticus,  de  Naples.  » 

Le  ballon    était  en  cuir  et   gonflé   d'air.  Pour 

le  lancer,   on   le   frapi)ait   avec   l'avant-bi-as  qui, 

à    cet  effet,   était   recouv^ert    d'uu     brassard.    Ce 

ballon  était  jjIus  gros  que  la  tète. 

Il  y  avait  aussi  une  autre  sorte  de  ballon  ([ui,  plus  petit,  était  appelé 

ballon  de  poing,    parce  qu'on   le    poussait  avec   le   poing  au  lieu  de   se 

servir  du  brassard. 


LE  JEU  DU  BALLON 

DAN^S      L'ANTIQUITÉ 

i,\\vm:s  MEliCVltlAUS 


II.  —  Le  jîeii  «le  la   «  soûle  »  nu  quatoiv.ii^ine  sit^ele. 


Au  Moyen  Age,  le  jeu  du  ballon  était  connu  et  pratiqué  sous  le  nom 
de  «  soûle  »  ou  »  choule  »  ;  il  consistait  à  se  disputer  un  ballon  lancé 
soit  avec  le  pied,  soit  avec  l'aide  d'un  brassard  ;  on  se  servait  aussi 
quelquefois  d'une  crosse,  ce  qui  a  fait  assimiler  ce  jeu,  par  plusieurs 
auteurs,  au  jeu  du  mail  ou  de  la  longue  paume  :  dans  l'ordonnance  de 
Charles  V,  de  1639,  il  est  interdit  à  l'égal  des  jeux  de  hasard  ou  d'adresse. 

Ce  jeu  de  la  soûle  ressendjie  en  tous  points  au  moderne  «  foot-ball  » , 
si  en  honneur  dans  les  Universités  anglaises. 

Une  gravure  tirée  du  Scoto  itincrurio  de  flul/a  montre  la  manièi'e  dont 
ce  jeu  était  prati([iu''  à  cette  époque  ;  ou  y  retrouve  tous  les  élénaents  de 
l'ancien  jeu  de  la  soûle,  dans  lequel  ni  les  coups  de  tète  ni  les  horions 
d'aucune  sorte  n'étaient  épargnés. 


!^»>>»^^^»^>'B'>^jSK^»44»4^'^ 


LIIOMJIE  AUX   BALLONS 

CABICATlIUi   POLITIQUE    PUIlLIliE  SOUS   LA  RESTAUllATIOS 

PAU  LEToriiMr,  A  iji\li';a.\s 


—  156  — 

Dans  lujc  lecture  faite  en  1889  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres,  par  M.  Siméon  Luce,  nous  trouvons  un  aperçu  curieux  sur  ce 
jeu  : 

((  La  soûle,  du  latin  solca,  sandale,  la  «  choule  »,  si  l'on  adopte  la 
prononciation  normande   et   picarde,  est  un  jeu  (pii   consiste  à  se  dis- 


UN'E  PARTIE  DE  BALLON   EN   ITALIE  AU   XV1«   SIÈCLE 

puter  un  ballon  ou  une  énorme  balle,  soit  en  la  poussant  du  pied,  soit 
en  la  lançant  à  l'aide  d'une  crosse.  Ce  genre  de  lutte  constituait,  au 
Moyen  Age,  le  plus  populaire  des  jeux  de  force  ou  d'exercice,  comme 
les  dés  étaient  le  plus  usuel  des  jeux  de  hasard.  La  soûle  avait,  de 
vieille  date,  de  trop  profondes  racines  dans  presque  toutes  les  parties 
du  royaume,  particulièrement  dans  les  campagnes,  pour  que  l'oixlon- 
uauce  de  Charles  V  put  la  détruire.  » 

Au  quatorzième  siècle,  ce  jeu,  qui  se  ressenlail  de  la  rudesse  des  mœurs,  n'allait  pas  sans 
plaies  ou  bosses,  et  ceux  qui  s'y  livraient  devaient  s'estimer  heureux  s'ils  n'avaient  ni  un  œil 
crevé,  ni  un  bras  rompu,  ni  uue  jambe  cassée.  C'est  qu'en  réalité,  dans  beaucoup  d'endroits, 
la  Soûle  perpétuait,  sous  la  forme  d'un  amusement  violent,  ici  des  haines  de  races  et  des 
luttes  locales  séculaires,  là  des  rivalités  inspirées  par  la  diiïérence  d'âge  et  de  situation  sociale. 

On  sera  frappé  de  cette  particularité  que  le  jeu  de  Soûle  n'était  nulle  part  plus  en  honneur 
qu'à  la  limite  des  petits  pays  de  l'ancienne  Gaule,  tels  que  le  Vermandois,  le  Bray,  le  Ve.xin,  le 
Meldois  ou  pays  de  Meaux,  la  Brie,  le  Gàlinais,  le  Beauvaisis,  l'Amiénois,  r.\rtois,  etc.. 
Gomment  l'ordonnance  de  IGIW  aurait-elle  pu  faire  disparaître  un  genre  de  lutte  qui  s'était 


—  lo8  — 

transmis  de  génération  imi  génération  à  travers  des  siècles  ?  Anssi  cette  ordonnance 
fut-elle  plus  impuissante  encore,  s'il  est  possible,  contre  la  Soûle  que  contre  les  autres  jeux. 
Dès  1374,  on  snnlnii  à  Cliauny,  et  la  lettre  de  grâce  où  il  est  fait  mention  de  ce  jeu  contient  le 
préambule  suivant  :  «  Comme,  en  icelni  pays  de  Vermandois,  spécialement  environ  les  dites 
villes  de  Ghauny  et  de  Caillouel,  il  soit  accoutumé,  de  si  long  temps,  qu'il  n'est  mémoire  du 
contraire,  faire  certaines  soûles  de  jeunes  hommes  et  enfants,  c'est  à  savoir  des  villes  contre 
autres,  esquelles  soûles  les  uns  rencontrent  aux  autres  des  poings  es  visages  ou  es  corps  et  si 
fort  et  si  durement  comme  ils  peuvent.  »  Nous  apprenons  par  un  acte  daté  de  1380  que  l'on 


LE  JEU  DU   BALLUA 

Ii'aI'UKS    une    LlTHOOliAl'IlIE     DU     XIX'^     SIÈi.LK. 


n'avait  pas  cessé  de  se  livi'er  à  ce  même  exercice  à  Neufcbàtel-en-Bray  :  c,  La  Soûle,  en  la 
manière  accoutumée,  se  fit  en  dehors  d'icelle  ville  de  Nenfchàlel,  et  certains  joueurs,  en 
soûlant,  férirenl  par  le  visage  à  effusion  de  sang  un  prêtre,  présent  le  dit  Perceval,  qui  leur  dit  : 
Soûlez  paisiblement  ou  vous  eu  allez  hors  de  la  Soûle.  » 

La  partie  se  jouait  souvent  entre  le  camp  des  hommes  mariés  et  le  camp  des  jeunes  gens  : 
«  En  Bourbonnais,  dans  le  bailliage  de  Cusset,  le  jour  fixé  pour  cette  lutte  des  maris  contre  les 
célibataires  de  chaque  localité  était  le  plus  souvent  la  fête  de  Noël,  et  dans  certains  villages  de 
ce  bailliage  on  n'appelait  pas  ce  jeu  la  Soûle,  mais  la  «  boule  de  Glialandas  ».  Des  prix  étaient 
décernes  aux  vainqueurs.  » 

(les  parties  de  soûle  ont  coiitimté  jusqu'à  la  fin  du  dix-lniitiènie 
siècle  à  être  jouées  aux  cnvii'ons  de  la  Noël  ;  on  trouve,  en  elîet,  un 
arrêt  du  Parlement,  en  date  de  1781,  dans  lequel  il  est  fait  défense  «  à 
toutes  personnes  de  jeter  aucunes  boules  de  cuir  le  jour  de  Noël,  ni 
aucun  autre  jour  ;  de  s'attrouj)er  pour  courir  la  boule  sous  quelque  pré- 
texte que  ce  soit,  à  peine  de  cinquante  livres  d'amende  ».  (Isambert, 
Ih'Ciieil  (jt'uu'val  des  uncimiies  Itiix  fraiiçidscs.,  t.  XXVII,  p.  3.) 


—    lo9 


III.  —  l,4>  joii  (lii   bnINtii  |>rali(|ii«'  pni'  les  rois  (l(>  l'i'iiiioc. 

Au  quatorzièiiK^  siècle,  nous  voyons  ([iio  rjiarles  VI,  voulant  avoir  un 
ballon,    on  fut    lui  imi   aclicfor  un   qui   était   fait    d'une    vossio  do  bœuf 


LE  JEU   DU  BALLON' 

d'après  l'NE  ciiavuhe  allemande  du  xvC!  siècle. 


(1383,  Douet  d'Arci,  Compte  de  fhôlel  des  rois  de  France,  p.  H 5  et  208). 
Louis  XIII,  enfant,  reçut  plusieurs  fois  en  cadeau  des  ballons  ;  une 
première  fois  en  1004  et  une  second(^  fois  en  1606.  Le  journal  d'Héroard 
mentionne  cet  événement  mémorable  en  ces  termes  :  «  Il  joue  du  bal- 
lou  de  poing,  que  M.  de  Bassompierre  lui  avait  donné.   » 


IV.  —  Mnnclioiis  ot  brassards  servant  à  laiieor  le  ballon. 


L'usage  de  lancer  le  ballon  avec  un  lu'assard  se  retrouve  en  France 
à  une  époque  assez  ancienne  ;  les  graveurs  du  douzième  siècle  qui  repré- 
sentent ce  jeu  semblent  indiquer  deux  espèces  de  brassards  :  l'un,  qui  est 
composé  d'un  treillis  de  lanières  de  cuir,  et  l'autre,  comme  nous  le  voyons 
dans  la  |.:,ravure  de  Stella,  ([ui  est  formé  d'une  sorte  de  manchon  d'osier 
tracé  de  manière  à  former  des  parties  saillantes  et  des  parties  creuses 
analogues  à  ce  que  nous  appelons  en  term(>s  de  tapisserie  le   «  capiton- 


—  IBO  — 

nage  »  ;  cette  disposition  empêchait  le  ballon  de  glisser  le  long  du  bras 
et  permettait  ainsi  de  le  renvoyer  avec  une  plus  grande  force. 

A  la  fin  du  dix-huitième  siècle,  Jaubert,  dans  son  Dictionnaire,  nous 
apprend  que  de  son  temps  les  manchons  en  osier  n'étaient  plus  en 
usage  ;  on   se  servait  alors   d'un  brassard  formé  d'une  douille  de  chêne 


iji  Balon 


DAI'llÈS  UNE  COMI'OSITION  l>E  CLAUDIMi   lidUZONiNKT    STKLLA,    XVII"    SIKCLE. 

assez  mince  et  de  la  longueur  de  l'avant-bras  qu'on  y  faisait  entrer  de 
force  avec  des  mouchoirs  ou  des  serviettes.  On  pouvait,  avec  le  bras 
ainsi  armé,  recevoir  le  ballon  et  le  pousser  aussi  fort  que  l'on  voulait 
sans  crainte  de  se  blesser. 

Le  jeu  du  ballon  est  toujours  pratiqué  avec  ferveur  dans  certaines 
parties  de  la  France  ;  il  passe,  dans  les  villages  des  Pyrénées,  pour  une 
institution  natioiuile  ;  on  le  joue  dans  un  emplacement  particulier  consis- 
tant en  un  vaste  terrain  clos  de  murs  et  à  ciel  ouvert.  Pour  lancer  et 
repousser  le  ballon,  les  joueurs  arment  la  main  et  le  poignet  d'un  gros 
gantelet  de  cuir  ou  de  bois.  Quelquefois,  ils  se  rangent  en  cercle  et 
chassent  le  ballon  au  hasard,  de  manière  que  chacun  le  reçoive  et  le 
renvoie  à  son  tour.  Le  plus  souvent,  ils  se  divisent  en  deux  camps 
opposés  et  jouent  une  partie  suivie  et  régulière  en  observant  des  règles 
qui  sont  à  peu  i)rès  les  mêmes  que  celles  de  la  longue  paume. 


—  Ifil  — 

V.  —  SlaiiiO'i'o  do  fabi'iqiioi'  los  ballons. 


Les  ballons  n'ont  iHô,  à  l'oi'iyino,  qn  une  simple  v(>ssio  dont  l'onlice 

était  formé  par  nno  cordelotle  : 

1337.  —  Prendras  premièrement  une  siringuc,  telle  qu'on  use  pour  cnller  les   grosses 
bnllcs  à  jouer.  {Sccre/  iFAIcris,  f"  partie,  livre  1",  p.  6,  vers  > 


LE  GONKLE.MENT  DU  15ALL0N 

d'aIMîÈS  DNE  OIIAVUHE    nE   MÉIIIAN,    DU    DÉDUl    DU  XVII»  SIÈCLE. 

Une  ciiriciiso  gravure  de  M.  Mérian  représente  deux  joueurs  se 
livrant  à  rexcrLàce  du  gonflement  du  ballon  ;  on  aperçoit  très  nettement 
le  bourrelet  de  cuir  recouvrant  l'orifice  de  la  vessie  qui,  l'opération  ter- 
minée, devait  être  assujetti  au  moyen  d'une  fine  cordelette  de  chanvre 
potu'  prévenir  les  accidents.  Un  peu  plus  tard,  on  recouvrit  ces  vessies 
d'une  peau  cousue  destinée  à  les  protéger  contre  les  chocs.  Dans  les  de- 
vises héroïques  deParadin,  1557,  on  voit  figurer  une  de  ces  grosses  balles 
avec  cette  légende  :  «  Battu,  je  rebondis.  »  La  mode  de  fabrication  du 
ballon  a  dû  varier  d'une  manière  sensible  ;  dans  le  jeu  représenté  par 
Stella,  nous  voyons  que  le  ballon  était  formé  de  matières  molles  con- 
tenues dans  une  enveloppe  plus  résistante,  le  tout  maintenu  par  des  cor- 

21 


—  162  — 


delottes  qui  lui  donnaient  plus  do  rij^idité  et  l'empêchaient  de  se  défor- 
mer. Une  autre  i^ravure  à  peu  près  de  la  même  époipie  montre  un  bal- 
lon complètement  lisse  et  orné  d'unt;  sorte  d'étoile. 


DALLON    FORME  DUNE  VESSIE 
h'atoès  un  TADLEAii  i)i;  riiNiEiis,  xvii"  sikci.i;. 


En  1822,  d'après  M.  Lefranc,  on  fait  des  ballons  avec  une  vessie  de 
porc  qu'où  choisit  parmi  celles  qui  sont  le  plus  arrondies  et  qu'on  pré- 
pare à  l'extérieur  avec  de  l'huile  pour  qu'elle  ne  se  dessèche  pas  ;  on 
enferme  cette  vessie  aplatie  dans  un  ballon  de  peau  destiné  à  la  recevoir; 
on  y  souffle  avec  un  tuyau  de  plume,  et,  quand  le  tout  est  suffisamment 


—   Ki'i   — 

f;uuflé,  on  hourlic  S()ii;iU'US('iuent  le  col  de  la  vessie  avec  une  licelle  ; 
l'euveloppe  de  peau  est  i;ai'nie  d'une  espèce  de  soupape  qui  referme  exac- 
tement l'ouverture. 

M.   Lefranc  cite  encore  un  ])assage  de  Feutry,  (]ui,  dans  son  poème, 
s'exprime  ainsi  sur  ce  jeu  : 


LE   JliU   DU    15ALL0N'   ALIX   CHAMPS-ELYSEES 

rilOJET   llE    M.    llKLA.NUy 

Regardez  cet  enfanl,  il  quille  la  prairie  aux  mugissemenls  aigus  d'un  laurcau  qu'on  égorge 
dans  la  ferme  prochaine,  qu'  'oparlienl  à  ses  parenls  ;  lout  son  empressement,  son  ardeur  ne 
tendent  qu'à  demander  la  vessie,  qu'il  obtient  et  que,  soudain,  il  remplit  de  vent  ;  Iransporlé 
d'allégresse  par  sa  grosseur,  par  sa  légèreté  et  par  sa  résonance,  il  la  fait  bondir  cent  fois. 
Mais  que  celte  joie  dure  peu  !  ce  ballon,  qu'il  croyait  devoir  faire  sa  félicité,  tombe  bientôt  sur 
quelque  pointe  qui,  dans  Tinstanl,  le  perce;  le  vent  s'échappe;  celle  grosseur  faclice  s'éva- 
nouit et  ne  laisse  qu'une  peau  llélrie  cl  di'goùlanle  ;  l'enfant  pleure  et  revient  Iristement 
raconter  son  infortune  à  ses  caninrades  qui  l'en  consolent  par  des  éclats  de  rire. 


VI.  —  Description   du  jeu  «lu  halluiii 

Le  mètne  auteur,  dans  un  [tetit  poème,  décrit  ainsi  le 
et  en  même  temps  donne  aux  joueurs  novices  le  conseil  de 
d'une  mauière  inconsidérée  : 

Voyons,  par  exemple,  à  (|uoi  bon 
Courir  au-devanl  d'un  ballon  ! 
Tranquillement,  à  celle  place. 
J'attends  le  bond,  et  de  ma  main 
Un  coup  le  remet  en  chemin  : 
Pour  l'arrclcr  au  vol,  faut-il  qu'on  se  harasse? 


jeu  tin 
ne  ]ias 


jjallou 
courir 


—    Itia  — 


Eli  1827,  Marlel  a  fait  ri^ahîmcut  une  cliariiiaiitc  litlioy-rapliie  i-opré- 
seiilaiit  lo  jou  du  ballon  :  un  aperçoit  de  peCils  jeunes  gens  (jui,  après 
avoir  ôté  leur  eas(|uette  ou  leur  chapeau  liant  de  foriue,  se  livrent  avec 
entrain  à  cet  exercice  salutaire. 

Disons,  en  terminant,  un  mot  d'un  projet  de  M.  Delanoy,  ([ui  avait 
voulu  installer  aux  Champs-Elysées  une  sorte  d'arène  pour  le  jeu  du 
ballon  ;  de  ce  projet,  il  ne  subsiste  (junne  gravure  assez  médiocre,  et 
il  est  peu  probable  (\yii\  l'avenir  cette  idée  soit  reprise  à  nouveau. 


TROISIEME     PARTIE 


LE  JEU    DE   PAUME 

I.   —  Origine   de   ee   nom. 

Le  jeu  de  paume  est  un  jeu  d'exercice  au(|uel  peuvent  prendre  part 
une  ou  plusieurs  personnes  qui  chassent  et  qui  renvoient  une  balle. 
A  l'origine,  on  se  servait  uniquement  de  la  paume  de  la  main  et  c'est 
de  cette  circonstance  que  le  jeu  a  tiré  sou  nom. 

II.  —  Le  jeu  de  paiiiue  eliez  les  Grecs  et  elie/.  les  Komaiiis. 

Cet  exercice  était  connu  dès  les  temps  homériques,  et  l'auteur  de 
VOdijssée  s'exprime  ainsi  au  VP  livre  de  son  œuvre  : 

Le  repas  fini,  la  princesse  Nausieaa  el  les  nymphes  qui  l'accompagnaienl  quillenl  leurs 
voiles  el  commencent  à  jouera  la  paume...  Quand  elle  fui  en  élal  de  s'en  relourner  au  palais  de 
son  père,  Minerve  songea  à  faire  qu'Ulysse  se  réveillât;  Nausicaa,  prenant  donc  la  balle,  voulut 
la  passer  à  une  de  ses  femmes,  mais  elle  la  manqua  et  la  balle  alla  lomber  dans  le  lleuve.  Les 
nymphes  jetlenl  aussitôt  un  grand  cri  :  Ulysse  se  réveille... 

Sophocle  lit  une  tragédie  en  prenant  comme  thème  ce  passage  d'Homère, 
et  son  œuvre,  malheureusement  [»erdue  pour  nous,  hit,  parait-il,  très 
goûtée  de  ses  contemporains. 

D'une  manière  générale,  les  Grecs  appelaient  sphéristiques  tous  les 
exercices  où  l'on  employait  une  Italie.  Les  lieux  consacrés  à  ce  divertis- 
semeut  se  nommaient  spheristeria  ou  jeu  de  paume. 

Chez  les  Romains,  il  existait  des  jeux  de  paume  dans  presque  tous 
les  établissements  de  bains  publics  ;  Pline  le  Jeune  uous  apprend  que  ces 


—  1b6  — 

exercices  étaient  ;:,oùtés  à  un  si  luuit  point  par  les  riches  citoyens,  qu'ils 
avaient  dans  leurs  maisons  de  ville  un  local  disposé  j)our  le  jeu  de  la  j)aunie. 
(i  Au-dessus  de  la  chambre  dans  la([uelle  on  (piitte  ses  habits  pour  le 
bain  est  un  jeu  de  paume,  où  Ton  peut  prendre  dilTérentes  sortes  d'exer- 
cices et  qui  pour  cela  se  partage  en  deux  i-éduits.  » 

Les  empereurs  romains  prati(piaient  ce  jeu  et  ils  ne  manquaient  pas 


L'ENTAI  CE 


d(>  l'aire  précéder  une  or!j,ie  de  tabl<>  d'une  partie  de  paume  destinée  à 
les  mettre  en  appétit.  Le  sévère  Caton  lui-même  tenait  ce  jeu  en  grande 
estime  et  on  raconte  qu'un  jour  où  il  avait  échoué  aux  élections  du 
Consulat,  au  lien  d'aller  se  renfermer  piteusement  dans  sa  uuiison,  connne 
faisaient  d'ordinaire  les  candidats  malheureux,  il  passa  bravement  le  rest(> 
du  jour  à  lancer  et  à  rejeter  la  balb."  <lans  le  Chanq)  de  Mars. 

Il  existe  plusieurs  manières  de  jouer  à  la  pamiK»  et  la  Pliuniiule  des 
Grecs  paraît  être  le  type  le  plus  ancienm'inent  connu  de  tous  les  jeux  de 
paume,  tels  que  les  pratiquent  les  modernes.  Dans  la  Plicciiinde,  le  camp 
de  celui  (pii  lance  la  balle  à  |)artir  d'un  emplacement  déterminé  s'etTorce 


—  107  — 

(lt>  la  l'aire  iiioiii'if  le  plus  loin  possible,  taudis  (|ue  le  caiii|)  de  son  adver- 
saire, au  eoulraire,  eherclie  à  la  reuvoyer  do  manière  à  la  faire  mourir  !(>■ 
plus  près  [)()ssible  de  sou  point  de  départ.  Lorscpi'uue  balle  est  laucèe, 
si  elle  n'(\st  pas  renvoyée  soit  avant  sa  eliute,  soit  an  pi-eniier  bond,  le 
jeu  s'arrête,    l'exlrèuie   liniile    ([u'elle   a   atleint  esl   niîU'ipiée  et  les  deux 


VAUGEOIS, 
Marchand    rue  des  Arcis,   près    Sainl    Merrj. 

\ind  Boiter  à cutù-illu  i/f  mrni'j-  J,'  lu  C/ii/ic ,  e/i  /luc/i:  de /Jurte.en  jfuuiiv  et  ^ii  h^ij-,  ffoah'S  en  c.iJiill"   crtj 
jjctiiiers  pour  le  OrelaitiJ  et  le  Tiy  ,fic/ii:s  et  JellonJ-  de  nacre  Je  /Jef/e  et^/voi/e,    Ti'ietraes  eti/foire  et  J'el>éiie 
et piectj'  et-portattfs-  ^1  g^nèrnicjuent  f'e'tl  ee  ^jtti  est  relat^^aux  fr,jtniux  e^i  u/nuj-e/ne/ilj-  *(ej-  Daines,  /vi^ne<i 
J'ecizilh  a  c/iiffnon  et  de  toilette  et^rulrej- .  Jeuocele  <ftull«j-  deJ  Indes  de  Caroyiiolles.  ùiMri/nof,  />ann'e/v,  Ecltec, 
Ba^ne/wdiers ,  Pa/i/iiet,  Solitaire,  Bille^r,  Billurjs,  Trou  lAidaine,  deux  co/ej-  sur  di-s   earto/ij-  ef  toutes  SOftes 
d^  Jeux /Jour  lu  lampa^ite  en  beau  et  en  eom/nim,  avec  tuie  lij  te  particulière   et  détaillée  des  di//éiviis  deux 
et  leurs  ■Px-plicjlions,  /Ires  et  Flèches  et  autres  .HarcÂandises  de  frame  et  etraiiijères ,  A  PARIS. 
t^/t  ne  t/oftiv  personne  tes  -Dmia/iett^'s  t-t  J'etea^, 

1 


CAUTE  DADIŒSSE  DU  MACASIiN  ..  AU  SINGE  VERlJ  .. 
ME.MioN.NK  DANS  LA  Grand'.  Encyclopédie  de  Diderot  et  d'alembeht,  xviii«  siècle. 


camps  changent  de  rôles  en  même  temps  que  de  position.  C'est  au  camp 
adverse  à  lancer  la  balle,  toujours  du  morne  point,  et  il  s'elTorcc  de  la 
faire  tomber  au  delà  de  la  première  marque. 

Les  médecins  de  ranti(iuité  ont  considéré  le  jeu  de  la  ])aume  comme 
un  des  meilleurs  exercices  et   ils    Font   même    qualifié   de  gynmastique 


—  1GS  — 

médicinale,  (ialicii  lui  a  consacre''  nn  article  curieux  dans  ses  écrits:  «Les 
inflexions  du  corps,  dit-il,  que  demande  cet  exercice,  les  mouvements 
alternatifs  des  extrémités,  les  iinjndsions  répétées  ipi'il  faut  n^cevoir  on 
conniniuiquer,  mettent  en  action  tous  les  nmscles,  l'animent  la  chaleur 
vitale  et  d(''l)arrassent  le  corps  des  humeurs  superflues.   » 

III.  —  I.o  jeu  <l<»  pitiiiiic  à   la  cour  «los  rois  do  Frsuico. 

Nous  ne  possédons  aucun  l'enseignement  sur  ce  (piil  advint  du  jeu 
de  paume  en  France  jusqu'à  la  fin  du  treizième  siècle. 

Dans  le  recueil  du  théâtre  français  au  Moyen  Age,  Miracle  de  Nostre 
Diiiiie  (j)aj;(>  537),  nous  trouvons  une  désignation  du  jeu  de  la  paume 
sous  le  nom  de  jeu  de  la  Bonde. 

1300.  —  Cuidi'z-vous  que  point  me  grcv.isl? 
Car  souvent  la  mer  par  mainte  onde 
Jouoil  de  moy  comme  à  la  bonde, 
Elle  me  jelloit  puis  çà,  puis  là 

Imitant  en  cela  les  enq>ereurs  romains,  les  rois  de  France  tinrent  en 
très  grand  honneur  le  jeu  de  la  paume  ;  on  sait,  en  elFet,  qu'en  1316, 
Louis  X,  dit  le  Ilutin,  s'élant  extrêmement  échauffé  à  jouer  à  la  paume 
dans  le  bois  de  Vincennes,  se  retira  dans  une  grotte  où  il  fut  saisi  par 
un  froid  (|ui  lui  donna  la  mort  : 

Si  but  trop  et  fi-oid  se  boula 
Là  il  perdit  plumes  et  pennes. 

En  135G,  on  se  servait  encore  de  la  paum;'  de  la  main  pour  renvoyer 
la  l)alle  :  ce  jeu  était  désigné  sous  le  nom  de  hisu><  pil;e  ckih  pulnia. 

Dans  la  Vie  de  Diif/i/esc/i/t,  nous  relevons  encore  cette  anecdote  sur  le 
jeu  de  paume  : 

jyilluslre  connétable  s'amusait  un  jour  à  regarder  une  partie  de  longue  paume  sur  la  place 
de  Dinnn  assiégée  par  les  Anglais,  lorsqu'on  vint  l'avertir  que  son  frère  avait  été  fait  pri- 
sonnier conire  les  lois  de  la  guerre;  Duguesclin  quille  aussilûl  1<'  jeu,  monte  à  cheval  et  va 
punir,  comme  il  le  mérilail,  l'insolent  ravisseur. 

Charles  V  aimait  beaucoup  à  jouer  à  la  paume,  et  il  possédait  au 
Louvre  une  salle  qui  occu})ait  deux  étages  de  hauteur.  Toutefois,  quand, 
au  mois  de  mai  13()9,  il  lit  un  édit  contre  les  jeux,  il  m^  manqua  pas 
de  proscrire  la  paume,  (pioicjn'il  eu  eût  été  un  des  fervents  amateurs. 
Heureusement  qu'à  cette  épo(pie  les  édits  royaux,  pas  plus  «jue  les 
arrêts  du  Parlement,  n'avaient  le  pouvoir  d'impi'essiminer  violemment 
les  habilanls  de  Paris.  Il  en  fut  de  cet  édit  comme  de  ceux  qui  l'avaient 


-   I6'J  — 


|)1V('('(U',  cl  les  îiiiiiileiirs  de  coi  exercice  n'en  continuèrent  |i;is  moins  à 
se  livi'er  à   leur  iinuisenient  l'îivori. 

Mu    1.')'.»'.),   an   nidiiicnl   de   la    Inlie  i\<'  Charles   \l,    ini   des  |>asst!-lcni|»s 


,  Rue  Saint  Antoine  ,  au  coin  de  la  rue  de  Jouy  , 
'vis'à-vis  l'Hôtel  de  la  Trinité. 

!  T  E  D  U  C ,  Marchand  Mercier  :  Vend  de 
^  J,^  très  -  beau  Papier  battu  ,  lavé  pour  dcflincr 
de  toute  grandeur  ,  Papier  d'Hollande  &  de 
France  battu  ,  verni  &  doré  pour  écrire  ;  toutes 
fortes  de  Papiers  pour  la  Mufique,  Plumes  d'Hol- 
lande taillées  &  non  taillées ,  Encre  double  & 
luifante  ,  Cire  d'Efpagne  ,  Pain  à  cacheter  de 
toute  couleur ,  Regiflres  réglés  &  non  réglés  de 
toute  grandeur  ,  Porte  -  feuilles  de  Maroquin  , 
EctJtoires  de  poche  &  de  Bureau  ,  Canifs ,  Gra- 
toirs ,  Poinçon  très  -  fin  de  Paris  ,  Raquettes  , 
I  Volais  de  toute  grandeur  ,  Crayons  de  toute  fa- 
ucon pour  defllner ,  Boëtes  de  Comptes  &  de  Bu- 
reau ,  &  toutes  fortes  de  Marchandifes  qui  con- 
cernent l'Ecriture. 

Il  vend  auffi  toutes  fortes  de  petite  Mercerie  ; 
le  tout  àjufte  prix.  A    PARIS» 


CAUTK    L)  AI)lti;SSK  DK  «  LEDLC  ..,   .MAUGHAM)  JH-UICIKU,  xyiii'  sjkci.k. 

du  inallieureux  roi  était  de  regarder  jouer  à  la  longue  paume  dans  les 
fossés  du  château  de  Creil-sur-Oise,  où  il  se  trousait  enfermé. 

Dans  les  anciennes  descriptions  de  Ihôtel  Saint-Paul  et  des  hôtels 
d'Etampes  et  de  la  Pissotte,  au  temps  de  Charles  VI,  on  comptait,  outre 
six  pi'éaux,  huit  jardins,  douze  galeries  et  uue  cour,  servant  aux  joutes 


—  170  - 

et  aux  tournois.  Le  logis  comprenait  une  antichambre,  une  salle  à 
manf^er,  diverses  pièces  d'un  usage  indéterminé,  et  enfin  la  chambre 
des  ua|>pes,  des  étuves  nommées  chaiijj'c-dwi.i-,  une  volière  et  im  jeu 
de  paume. 

IV.  —  Diverses  inlerdietioiis  du  jeu  «le  paume. 

Dans  son  volume  sur  la  passion  du  jeu,  Tliiers  déclare  cpie  la  courte 
et  la  longue  paume  ne  sont  pas  des  jeux  défendus  pour  une  infinité  de 
gens,  quoique  Charles  V  les  ait  interdits  à  tous  ses  sujets  par  son  ordon- 
nance de  1369.  Il  serait  néanmoins  messéant,  dit  cet  auteur,  à  une  femme 
ou  à  une  jeune  fille,  et  il  le  serait  encore  davantage  à  un  religieux  ou  à 
une  religieuse.  Un  magistrat  même  déshonorait  en  quehpie  sorte  son  étal 
s'il  en  jouait  publiquement  en  bonnet,  en  caleçon  et  en  chaussons  et  cami- 
sole comme  on  y  joue  d'ordinaire. 

Les  Statuts  si/nodint.r,  de  Pierre  de  Colimen,  archevècjue  de  Rouen 
en  1245,  défendent  le  jeu  de  paume  aux  prêtres.  Ceux  d'Etienne  de 
l'oucher,  évèque  de  Paris  en  1512,  l'interdisent  aussi. 

Dans  les  statuts  synodaux  du  diocèse  de  Soissons  en  1673,  nous 
lisons  : 

Nous  défendons  à  tous  les  ecclésinsliques  de  noire  diocèse  ];i  lianlise  cl  t'réiiucnlalion  des 
jeux  de  longue  et  courle  paume  cl  tous  aulres  qui  se  font  en  des  jardins  ul  lit'u\  puljlics. 

En  1 183,  le  concile  de  Sens  défendit  aux  religieux  de  jouer  à  la  paume, 
surtout  en  chemise  et  en  puldic. 

Saint  Charles  Borromée  permet  néanmoins  aux  jeunes  ecclésiastiques 
(pii  sont  élevés  dans  les  séminaires  de  jouer  à  la  courte  paume. 

V.  —  La  paume  au  qiiiii/.iOine  siOele. 

Dans  le  JokiikiI d'int  hmirgcois  de  Par/s,  sous  la  date  du  5  septembre  1427, 
le  narrateur  raconte  qu'il  a  vu  la  vaillante  paumière  du  tri[)ot  de  la 
rue  Grenier-Saint-Lazare,  où  elle  provoquait  l'admiration  unanime  : 

Alors  vinl  à  Paris  une  femme  nommée  Margol,  âgée  de  vingl-liuil  ans,  qu'esloit  du  pajs 
de  Hainaull,  laquelle  jouoil  mieux  à  la  paulme  qu'oncques  homme  eusl  vcu,  et  avec  ce  jouoit 
de  l'avanl  et  de  l'arrière-main  li'ès  puissamment,  très  malicieusement  et  très  liabilemenl, 
comme  pouvoit  l'aire  homme,  et  y  avoit  peu  d'hommes  qu'elle  ne  gagnast,  si  cen'estoil  les  plus 
puissants  joueurs,  et  estoitle  jeu  de  Paris,  où  le  mieux  jouoit,  en  la  rue  Grenier-Saint-Ladre, 
qui  éloil  nomn;é  le  Pelil-Temple. 

Le  célèbre  capitaine  La  Hire  s'adonnait  au  noh\o  jeu  de  la  paume 
quand  il  fut  fait  prisonnier  jiar  son  terrible  ennemi,  le  seigneur  d'Olle- 
mont  ;  c'est  en  vain  (pi'il  essaya  d'échapper  eu  se  cachant  siuis  la  nuui- 


171 


geoire    dos   elicvaiix;    on  no  tiU'dii   p; 
jxuir     Ini     nno     forlo     ranoon, 
qui    lui   i)orniit    Je     reprendre 
sa  place  au  milieu  des  siens. 

En  1498,  Charles  Ylil,  (pd 
résidait  alors  au  château  d'Ani- 
boise,  vint  avec  la  reine  regar- 
der une  partie  de  paume  qui  se 
jouait  dans  les  fossés  du  châ- 
teau ;  Commines ,  qui  nous 
donne  cette  anecdote,  nous 
laisse  des  détails  assez  cir- 
constanciés sur  cet  évéueinent  : 


à    ly  déc<»uvi-ir  et   on    dut  jtayor 


LE  JEU  DE  PAUME 
.   COMMEMUS,  xvi»  sikclf. 


il  partit  lie  la  chambre  de  la  roync,  i 

Anne  de  Brelaigne,  sa  femme,  et  la  mena 

avec  lui  pour  veoir  jouer  à  la  pauline  ceux  qui  jouoicnl  aux  fessez  du  chasleau,  oii  il  ne  l'avoit 
jamais  menée  que  celle  fois,  el  cnlrèrenl  ensemble  en  une  galerie  qu'on  appeloil  la  galerie 
Haquelebac...,  el  s'y  heurta  le  roi  du  front  contre  l'huis  combien  qu'il  fut  bien  petit  et  puis 
regarda  longtemps  les  joueurs  el  devisoit  à  tout  le  monde...  La  dernière  parole  qu'il  pro- 
nonça en  devisant  en  sanlé,  c'estoil  qu'il  dit  avoir  espérance  de  ne  faire  jamais  péché  mortel 
ni  véniel  s'il  pouvoil.  Et  en  disant  celle  parole,  il  cheul  à  l'envers  el  perdit  lu  parole. 


VI. 


La  paume  an  seizième  siècle. 


François  !"'  aimait  li^  jiMi  d^  paume  el  s'y  montrait  foi't  habile  joueur; 
Lois  Ciuyou  raconte  dans  ses  Diverse,^  krons  qu'un  jour  où  il  était  engagé 
dans  une  jjartie  contre  deux  seigneurs,  il  avait  comme  second  un  moine; 
ce  dernier,  par  un  coup  de  raquette  heureux,  fit  gagner  la  partie  au  roi  : 
«  Ah!  dit  celui-ci,  voici  un  bon  coup  de  moine.  —  Ce  sera  un  bon  coup 
d'abbé  quand  il  vous   plaira  »,  répondit  le  moine. 

Comme  il  se  trouvait  justement  une  abbaye  manquant  de  titulaire,  le 
roi  l'octroya  à  son  second,  autant  pour  son  beau  coup  de  raquette  que 
pour  son  ingénieuse  réponse. 

Brantôme,  dans  ses  Mémoires  (1),  donne  de  curieux  détails  sur  la  ma- 
nière dont  Henri  II  jouait  à  la  paume  : 

Le  roi  jouoil  h  la  paume  et  très  bien  ;  mais  jamais  il  ne  vonloil  tenir  le  jeu,  mais  secondoil 
ou  lierçoit,  qui  sont  les  deux  places  les  plus  difficiles  et  les  plus  dangereuses.  Aussi  estoil-il  le 
meilleur  tiers  ou  second  (mais  meilleur  liers)  de  son  royaume,  et  s'y  affeclionnoil  fort.  11  se 


(I)  Edition  de  1722,  W  volume. 


\7i  - 


plaisoil  fort  quand  la  reyiie  sa  femmi',  Madamp  sa  sœur  et  les  dames  le  venoicnl  voir  jouer, 
comuie  souvent  elles  y  venoienl,  et  qu'elles  donnassent  leur  sentence  comme  les  autres,  des 
feneslres  d'en  haut. 

Le  roi  Henri  II  était  un  joueur  éiuérite,  et,  quand  Rabelais  vante 
l'adresse  de  Pantagruel  à  la  paume,  il  est  évident  que  c'est  à  celle  de 
Henri  II  qu'il  veut  faire  allusion.  Ce  roi,   en  effet,  était  certainement   le 


^e(iadT/:npilulaynJimr^'lr c    /'  ohm'»-      J&mpihte/hturatr'akfr^nmcoi-p  u  vira 
Ex.Tc^  t  jr-  s  cor^  et  vyi.    Ma  Tbrpct  ni afsiduts oh)-uhi)wisJhàjs 


LE  JEU  DE  PAUME 

n'AniKS    UNE  ENCYCLOPÉDIF.   DU    XVI'    SIÈCLE. 


prototype  du  héros  de  Rabelais,  et  dans  certains  passages  le  fait  apparaît 
avec  certitude.  Henri  II  était  réellement  le  plus  habile  joueur  de  paume 
de  son  royaume,  et,  s'il  se  fût  mesuré  dans  les  concours  publics,  il  aurait 
certainement  mérité  un  des  fameux  ('Iou['h  iPargcitt  décernés  comme  prix 
aux  plus  habiles  joueurs. 

On  sait  qu'au  momeid  de  la  Saint-Rarthéleniy,  Nompar  de  Caumont, 
qui  devint  plus  tard  maréchal  et  duc  de  la  Force,  ayant  été  laissé  pour 
mort  au  moment  du  massacre,  fut  sauvé  par  un  paumier  qui  le  conduisit 
à  l'Arsenal,  où  il  le  soigna  et  le  rendit  à  la  santé. 

Henri  IV  se  plaisait  beaucoup  au  jeu  de  |)aume,  et,  dans  l(>  Joiinwl 
de  Pierre  de  l'Estoilc,  nous  trouvons  une  j)einture  saisissante  de  l'impor- 
tance que  ce  jeu  avait  prise  à  la  cour  : 


—  l-.i  — 

Le  samedi  24  septembre  lô'J't,  le  roi  J(jiia  loul  le  Idii,';-  du  jour  à  la  |)auine  dans  le  jeu  i\v  la 
Sphère.  Il  esloil  en  ehemise,  encore  esloll-ello  déchirée  sur  le  dos,  el  avoit  des  chausses  grises 
à  jambes  de  chien,  qu'on  appelé,  ne  pouvant  bien  aller  à  l'esteuf  parce  qu'il  estoit  las,  et,  dit-il, 
qu'il  ressembloit  aux  asnes  qui  l'aillent  par  le  pied;  puis,  à  l'instigation  de  l'avocat  Durel,  qui 
dit  à  Sa  Majesté  que,  si  elle  vouloit  avoir  du  plaisir,  elle  fît  fouiller  un  nacquet  qui  faisoil  le 
initouard  sous  la  galerie  et  qu'on  lui  ôtàt  son  manteau,  on  lui  Irouveroit  une  grosse  de  balles 
qu'il  avoit  dérol)ées,  commanda  M.  d'O.  de  ce  faire,  et  lui  ayant  été  trouvé  ce  qu'il  avoit  dit,  le 
roi  en  rit  bien  et  fort,  et  ayant  fait  venir  le  nacquet,  l'arraisonna  assez  longtemps  el  en  lira  du 
plaisir. 

Le  jeudi  :27  octobre,  même  année,  le  roi  ayant  gagné  quatre  cents  écus  à  la  paume,  qui 
estoienl  sous  la  corde,  les  fil  ramasser  par  les  nacquels  et  les  mettre  dans  son  chapeau,  puis  dit 
tout  haut  :  «  Je  liens  bien  ceux-ci,  on  ne  me  les  dérobera  pas,  car  ils  ne  passeront  pas  par  les 
mains  de  mes  trésoriers.  » 

Ou  se  plaisait  à  venir  voir  jouer  le  roi,  et  Pierre  de  l'Estoile  rapporte 
qu'en  1597,  parmi  les  nombreuses  dames  qui  venai(Mit  admirer  son 
adresse,  il  en  était  une  dont  il  aimait  tout  particulièrement  à  obtenir 
les  suflPrages  :  c'était  M""  de  Mousseaux,  plus  connue  sous  le  nom  de 
Gabrielle  d'Estrées. 


VII. 


L'équipe  du  jeu  de  paume  ro.^al  sous  Louis  XIW 


Louis  XIV  ne  dédaigiuiit  pas  de  jouer  à  la  paume,  et,  dans  sa  maison, 
il   existait   tout  un   état-major 


qui  n'avait  d'autres  fonctions 
que  de  s'occuper  de  prépa- 
rer   ce    divertissement   royal. 

Le  maître  pauinier,  au- 
quel revenait  l'bonneur  de 
présenter  la  raquette  au  roi, 
jouissait  d'une  pension  de 
1  200  livides,  et  il  toucbait,  en 
outre,  une  i»rime  de  50  livres 
cba(pie  fois  que  le  roi  prenail 
sa  raquette. 

Le  personnel  attaché  à  la 
partie   royale   comprenait,   eu 
outre,  six  marqueurs  de  cour,   recevant   chacun   10  h-aucs  poiu'  chaque 
partie. 

Le  roi  possédait  un  jeu  de  paume  dans  chacune  de  ses  principales 
résidences  :  à  Compiègne,  Saint-Germain,  Fontainebleau  et  enfin  Ver- 
sailles, et  l'on  sait  (\no  ce  dernier  existe   encore  aujourd'hui. 


U.NE  l^Ain'lli  UE  PAU.ME 

u'aIMIKS  une   VIGXlîlTK   IIU    XVI1°  SIÈCLE. 


—  174  — 


La  paume  eon.sidérée  comme  jeu  cl'ai'gont. 


Lo  jeu  de  paume  n'était  |)as  soulenient  un  exercice  physique,  dans 
lequel  le  joueur  cherchait  à  montrer  sa  stipériorité  sur  ses  partenaires, 
simplement  pour  l'honneur  de  remporter  la  victoire.  Au  temps  de 
HcMiri  II  et  de  Charles  IX,  les  enjeux  d'une  parti(»  de  paume  étaient 
couramment  de  300  à  400  écus. 

Les  sommes  qui  avaient  été  perdues  par  le  roi  dans  les  parties  qu'il 


Quittance  d'une  somme  de  lois  livres  \'j  sols  tournois  payée  pai'  le  roi  de   France 
à  François  Goufficr,  10  mai    1518. 


jouait  étaient  l'ohjet  d'un  ordonnancement  spécial  de  la  part  des  tré- 
soriers royaux;  nous  avons  eu  la  bonne  fortune  de  retrouver  une  de  ces 
quittances  délivrée  par  «  François  GouCfier,  chevalier,  seigneur  de  Bou- 
uivet,  colonnelle  des  gens  de  pied  français  estans  en  Piémont».  Par  cet 
acte,  Gouflier  donne  quittance  au  trésorier  de  l'épargne  «  de  1.^18  livres 
li)  sols  tournois  que  le  roi  lui  fait  remettre  parce  qu'il  les  avait  perdus 
au  jeu  de  la  paume  à  Troyes,  le  dix  de  ce  mois  de  may,  contre  monsei- 
gneur de  Guise.  » 

Gette  mode  de  jouer  de  l'argent  ne  fit  qu'augmenter,  et,  à  la  lin  du 
seizième  siècle,  Bourdeilles  nous  apprend  que,  de  son  temps,  on  risquait 
souvent  en  une  seule  partie  un  enjeu  de  4000  à  6000  écus  et  quel(|uefois 
même  une  somme  deux  fois  plus  forte. 

Dans    la  seconde    moitié    du   dix-septième    siècle,    nous  voyons   que 


17'i 


(Ml  [),irc()iii';iiil    les  Icllrcs  de  ("iiiy- 


celte  h;i])iliule  s'est  conservée:  niiisi 
Patin,  docteur  en  méde- 
cine de  la  Faculté  de 
Paris,  professeui'  au 
Collège  royal,  nous 
voyons  qu'il  écrivait 
en  1648  : 

On  ne  parle  ici  que  de 
M.  le  duc  de  Beauforl,  pont- 
qui  les  Parisiens,  et  purticu- 
liirement  les  femmes  de  la 
Halle,  ont  une  dévotion  toute 
pai'liculière.  Comme  il  jouait  à 
la  paume  dans  un  tripot  du  Ma- 
rais du  Temple,  il  y  a  quatre 
jours,  la  plupart  des  femmes 
de  la  Halle  s'en  alloienl  par 
pelotons  le  voir  jouer,  et  lui 
faire  des  vœux  de  prospérili'. 
Comme  elles  faisoient  du  tu- 
multe pour  entrer,  et  que  ceux 
du  logis  s'en    plaignoient,    il 

fallut  qu'il  quitlAl  le  jeu  et  qu'il 

vînt  lui-même  à  la  porte  mettre 
le  liolà;  ce  qu'il  ne   put  faire 

sans  que  ces  femmes  entrassent 

en  petit  nombre,  les  unes  après 

les  autres,  pour  le  voir  jouer; 

et  s'apercovant  qu'une  de  ces 

femmes  le  regardoil  de   bon 

œil,  il  lui  dit  :   «  Hé  bien  !  ma 

commère,  vous  avez  voulu  en- 
trer :  quel  plaisir  avez-vous  à 

me  voir  perdre  mon  argent?  » 

Elle  répondit  aussitôt  :  «  Mon- 
sieur de  BeauforI,  jouez  liar- 

diment,    vous    ne   manquercî! 

pas    d'argent;    ma    commère 

que  voilà  et  moi,  nous  avons 

apporté  deux  cents  écus,  et,  s'il  en  faut  davantage,  je  suis  prèle  d'en  retourner 

tanl.  »  Toutes  les  femmes  commencèrent  à  ciier  qu'elles  en  avoieni  à  son  service 

les  remercia.  Il  fut  visité  ce  jour-là  pir  plus  di'  deux  mille  femmes. 


Fronlispicc  du  Irailé  intilulo  De  i'ulililé  r/iii  jirmii'i 
paume,  imljlii!' à  Paris  chez  Charles  Uiilpeau:  par  1" 
maistrc  en  cesle  exercice,  1623. 


ilii  jeu  lie  la 
rliei't  l'aisnc, 


(|uei'n'  au- 
ce  il.. ni  il 


IX.  —  Le  jeu  «le  pniiiiic  dovenii  an  »lîx-.septîOino  sîùele 
un  ispt'fincle  public. 

Sous  Louis  XIV,  le  jeu  de  pauni<>  se  transforma,  ci  devint  plutôt  une 
sorte  de   spectacle  (jue  les  amatem-s  allaient  contemplei-,  sans  cependant 


—    I7(i  — 

iiilci'venii'  dans  le  jou.  Daiigcuu  cite  le  fait  de  joueurs  de  [U'ofcssioii  qui, 
ayant  allii'é  l'atlentiou  du  roi  à  Fontainebleau  j)ar  leur  adresse  merveil- 
leuse, ohtini-ent  la  permission  de  jouer  i)nl)li(|uement  ou  plulôl  (l(>  donner 
des  reju'ésenlalions  dans  un  des  jeux  de  ])aume  de  Paris  : 

Lo  roi,  (■■ci'il-il  sous  la  date  tiiiiti  oclobru  iCtHl,  h  Fontainebleau  vil  jouer  les  bons  joueurs 
de  paume  et  leur  aixorda  le  privilège  qu'ils  demaiulaieiil.  Ils  joueront  deux  fois  la  semaine  à 
Paris  el  feront  afliclier  comme  les  comédiens.  Ils  sont  cinq  :  les  deux  Jourdain,  Le  Pape, 
Clei'gé  et  Servo. 

X.  —  Usages  et  (M>iiluiiu-s  «Isiiis  It-s  jeux  «le  paume 
lY  la  lin  (lu  <li\-huili<'nie  sit^cle. 

Un  auteur,  «[ui  a  eu  partie  gardé  l'anonyme,  M.  de  Man..enx,  publia 


JOUEURS  DE  PAUME  EN  COSTUME 
l'uis  IN  niAiiK  INTITULÉ  l'Utilile  qui  provient  du  jeu  de  la  paume,  Ui-23. 


eu  I7<s:>  lui  hailé  sur  la  connaissance  du  jeu  royal  de  paume,  qu'il  dédia 
au  coude  dArlois.  Ce  recueil  est  intéressant  à  plusieurs  titres,  et  il 
présente,  sur  les  oiivrai;es  similaires,  l'avantafie  de  nous  initier  à  (piebpies 
détails  prarupies  que  l'on  chercberait  vaiiu'ment  dans  les  auteurs  (|ui 
ont  traité  le  même  sujet. 


—    177  — 

Tout  d'alxti-il,  |);u'l;iiit  dv  la  coiistniclion  du  ])àUineiit,  il  déclare  (iiic 
les  jru\  de  paume,  ([uoique  assez  variaMes  dans  leurs  dimensions,  doiveiil 
tonner  un  carré  loug  entouré  de  nnu's  en  pierres  de  taille  de  20  h  22  pieds 
de  hauteur.  La  longueur  d'un  beau  jeu  de  paume  doit  être  de  •)()  pieds 
sui'  27  à  28  de  large  ;  il  faut  (pi'il  soit  pavé  (M1  carreau  uni  de  pierre  d(> 
taille  de  la  grandeur  d'un  i»ied  et  demi,  et  le  sol  ainsi  disposé  doit  être 
iréipiemment  rougi  au  sang  de  lioMif.  Les  murs  de  la  salle  sont  |)eints  en 


LA  SAINT-NICOLAS 

d'ai'uks  une  GHAV\iiiK   sru  e.uiviiK  i)i'  xvm*  sikoi.i;. 


noir  au  moins  deux  l'ois  par  an,  et  cette  disposition  est  indispeiisalile  iioni- 
]>ermeltre  aux  joueurs  de  distinguer  plus  lacilement  la  halle  (pii  arrive 
SIU'  eux. 

Les  l)alles,  (jue  l'on  désigne  aussi  sous  le  nom  de  pelotes,  sont  de 
la  grosseur  d'une  pomme  et  t'ahri(piées  avec  des  bandes  de  drap  enrou- 
lées ;  elles  sont  blanches  et,  pour  leur  conserver  leur  couleur,  le  garçon 
paumier  doit,  avant  chaque  partie,  les  faire  rouler  dans  un  sac  de  peau 
garni  de  son. 

il  était  coutume,  alors,  de  louer  aux  maitres  jiaumiers  des  chemises, 
di's  l>as  et  même  des  souliers,  de  l'açon  <pu>  les  joui'Ui's,  en  se  rhabillant, 


23 


—   178  — 

pussent  revêtir  des  vètemeuts  parfaitement  secs.  L'auteur  du  traité,  pré- 
voyant tous  les  inconvénients  qui  peuvent  résulter  pour  les  joueurs  de 
ces  linges  qui  n'étaient  que  peu,  ou  même  pas  du  tout,  nettoyés,  recom- 
mande aux  amateurs  de  ce  genre  de  sport  d'avoir  des  vêtements  spéciaux 
leur  appartenant  en  propre  et,  à  l'issue  de  la  partie,  de  se  faire  essuyer 
et  frictionner  par  les  valets  paumiers  avant  de  revêtir  leurs  habits,  que 
l'on  devait  conserver  dans  un  (Midroit  sec,  ])0ur  éviter  toute  cause  de 
refroidissement. 

Au  point  de  vue  du  prix  à  payer  à  l'entrepreneur  du  jeu,  il  est 
ordinairement,  à  Paris,  d'une  livre  cinq  sols  pour  une  partie  comprenant 
huit  jeux.  En  province,  la  partie  n'a  que  six  jeux  et  se  paye  une  livre. 
Pour  remédier  à  la  modicité  de  cette  redevance,  les  maîtres  paumiers 
avaient  coutume  de  réclamer,  outi-e  le  prix  de  la  partie,  le  prix  des 
rafraîchissements,  la  location  des  chemises  ou  auh'cs  vêtements,  la  four- 
niture du  bois  de  chauffage  ou  la  lumière. 

A  ces  frais,  il  ne  fallait  pas  manquer  d'ajouter  les  revenants-bons 
des  garçons  marqueiu's  conaus  sous  le  nom  de  «  uacquets  »  et  enfin  les 
dépenses  extraordinaires  destinées  à  arrondir  le  chiffre  de  la  note. 

Parmi  les  joueurs  de  paume  les  plus  fameux,  on  remarquait  aloi's 
Mgr  le  comte  d'Artois,  Mgr  le  duc  d'Orléans,  Mgr  le  prince  de  Coudé, 
Mgr  le  duc  d'Ausson,  le  chevalier  de  JMaupeou,  etc..  On  comptait  peu 
de  dames  se  livrant  à  cet  exercice  ;  il  convient,  cependant,  de  citer 
M"°  Funel  qui  faisait  la  partie  avec  Mgr  le  prince  do  Coudé.  Il  y  avait 
aussi  quel([ues  professionnelles  et  entre  autres  M""  Masson,  maîtresse 
du  jeu  de  paume  de  la  rue  de  Grenelle-Saint-Honoré,  à  Paris. 

XI.  —  Uiverses  espOces  de  jeu  de  paume» 

On  distingue  deux  manières  de  se  livrer  à  ce  jeu  suivant  l'emplace- 
ment dont  on  dispose  :  h*  Jeu  de  la  courte  puiiiiie  et  le  jeu  de  la  longue 
paume. 

Le  jeu  de  la  courte  paume  se  joue  dans  un  lieu  fermé  et  borné  de 
murailles  ;  il  est  tantôt  couvert,  tantôt  découvert.  On  joue  avec  des 
raquettes,  des  battoirs,  des  petits  bâtons  et  un  panier.  Pour  y  bien  jouer, 
outre  l'agilité  du  corps  qu'il  convient  d'avoir  pour  courir  à  la  balle,  il 
faut  aussi  beaucoup  d'adresse,  de  la  nuiin  et  de  la  f(U'ce  de  bras. 

11  faut,  avant  de  commencer  le  jeu,  tendre  une  corde  à  telle  hauteur 
qu'on  puisse  voir  le  pied  du  dessus  du  mur  du  côté  où  est  l'adversaire, 
et,  le  long  de  cette  corde,  on  attache  un  filet  dans  lequel  les  balles 
donnent  souvent. 


179 


La  longuo  paume  ne  diflëre  de  la  précédente  (jue  parce  (jiie  ce  jeu 
se  joue  sur  un  champ  plat  à  ciid  ouvert  et  sans  être  limité  par  aucune 
muraille. 

A  Paris,  l'emplacement  ([ui   était  réservé  pour  le  jeu   de    |)aumc  se 


LA    PaVME 

IiAI'liÈS    l'NE  COMPOSITION   DE  CLAII>1NE    IIOIZONNET    STELLA,    XVll"    SIKCLE. 


trouvait  aux  Champs-Elysées,   à  l'endroit  même  où  s'élevait  naguère   le 
Palais  de  l'Industrie. 

En  1833,  lors  de  la  construction  de  cet  édifice,  le  jeu  de  paume  fut 
porté  au  Luxembour;;,  où  il  est  encore  fort  en  honneur. 


XII.  —  Les  tripots  ou  jeux  do  pnunie  si  l'aris. 

Le  jeu  de  paume  fut  touj(Jurs  considéré  comme  l'apanage  d(»  la  noblesse 
et  il  était  interdit,  sous  des  peines  très  sévères,  aux  roturiers  de  prendre 
part  à  cet  exercice.  Cette  prohibition  resta  probablement  lettre  morte, 
car,  dès  le  seizième  siècle,  Paris  comptait  un  grand  nombre  de  jeux  de 
paume  qui  n'étaient  pas  uniquement  fréquentés  par  les  représentants  des 
vieilles  familles  de  France. 

Dans  une  relation  duu  voyage  fait  à   Paris   )>ar  Francesco  Grégory 


—  180  — 

lerni,  il  est  fait  mention  de  deux  cent  cinquante  jeux  de  paume,  «  tous 
jeux  beaux  et  bien  installés  qui  comportaient  un  personnel  considérable 
de  gardiens  et  de  niaitres  de  jeu,  sans  compter  les  marqueurs  dont  la 
mission  consistait,  en  dehors  de  leurs  fonctions,  à  masser  les  joueurs 
et  à  les  soigner  après  chaque  partie  » . 

Dans  une  antre  relation,  faite  par  Robert  Dallington,  qui  voyagea  en 


ii'ai'kès   une  G];AVinuî    dp;  ouiuiï,    .wiii*  siècle. 

France  sous  Henri  IV,  on  voit  que  ce  divertissement  jouissait  d'une  aussi 
grande  faveur  qu'à  l'époque  précédente  ;  le  narrateur  trouve  que  le  pays 
est  couvert  de  jeux  de  paume,  qui  sont  plus  nombreux  même  que  les 
églises  et,  chose  à  peine  croyable,  il  déclare  qu'il  y  a  plus  de  joueurs  de 
paume  en  France  que  d'ivrognes  en  Angleterre. 

En  1657,  il  y  avait  encore  à  Paris  114  jeux  de  paume  et  au  milieu 
du  dix-huitième  siècle  il  existait  70  maîtres  paulmiers,  dont  13  tenaient 
des  jeux  de  paume  et  les  o7  autres  des  jeux  de  billard. 

Les  plus  célèbres  de  ces  établissements  furent  ceux  de  la  rue  de  la 
Perle-au-Marais  et  de  la  rue  Mazarine.  Ce  dei-nier  ne  fut  fermé  qu'en  1826, 
sous  le  gouvernement  de  Juillet.  Après  la  fermeture  de  cet  établissement. 


—  181  — 

il  ne  sultsista  }(lus  à  Paris  (in'un  seul  jt'u  de  |i;uiinL',  celui  du  passage 
Saiulrié.  Un  des  derniers  renscigneniouts  que  nous  ayons  sur  lui  est  un 
extrait  du  Journal  des  Dôbats  du  mois  de  mai  1842,  dans  UmjucI  on  doime 
le  compte  rendu  dune  partie  mémorable  qui  venait  justement  de  s'y 
disputer. 

Vers  le  mois  de  mai  1842,  lisons-nous,  une  parlie  de  paume  des  plus  intéressantes  avait 
réuni  au  jeu  de  paume  du  passage  Sandrié,  à  Pai-is,  l'élile  de  la  fasliion  parisienne.  L'on 


INTÉRIEUR  U  UN  JEU  DE  PAU.ME 

APnÈs  LA  Grande  Encyclripédie  de  diuehot  et  dalemdeut. 


remarquait  parmi  les  speclaleurs  :  MM.  les  ducs  de  Valencey,  de  Maillé  et  de  Moucliy,  les 
marquis  de  Lavalette  et  deConlades,  le  capitaine  Ferey  et  M.  Hubard.  Les  joueurs  ont  excité 
au  plus  haut  degré  l'attention  des  amateurs.  M.  de  la  Noirville  s'est  montré  digne  de  sa  répu- 
tation d'amateur,  et  le  célèbre  paumier  Barre  a  enlevé,  par  son  jeu  plein  de  grâce  et  de  finesse, 
le  suffrage  de  toute  l'assemblée. 

Le  second  Empire,  sous  prétexte  de  i^yninastique,  voidut  ressusciter 
le  jeu  de  paume,  et  Napoléon  III  fit  construire  au  Jardin  des  Tuileries, 
H  Textrémité  orientale  de  la  terrasse  des  Feuillants,  un  gracieux  édifice 
où  ce  jeu  fut  logé  de  la  manière  la  plus  parfaite.  La  Ville  de  Paris,  de  son 
côté,  voulut  créer  un  jeu  de  paume  à  fangle  de  l'avenue  d'Antin  et  du 
Cours-la-Reine  ;  les  travaux  furent  même  commencés,  mais  on  ne  donna 
pas  suite  à  ce  projet  et  bientôt  les  fondations  de  ce  jeu  de  paume  tom- 
bèrent sous  la  pioche  des  démolisseurs. 


MU. 


—   182  — 


Le  serinent  du  jjeu  «le  paume. 


La  plus  célèbre  sallo  do  jeu  do  paume  est  évidemment  celle  de  Ver- 
sailles, qui  subsiste  encore  aujourd'hui  ;  elle  fut  installée  par  Bazin, 
maître  paumier  du  roi,  Nicolas  Cretté,  le  i^endre  de  Bazin,  et  Davesne, 
garde  officiel  du  roi,  qui  s'associa  avec  eux  pour  cette  entreprise. 

L'édifice  fut  achevé  en  1686  et  coûta  45503  livres  ;  cet  établissement 


LNE  PAItTIC  DEPMJMC  \L   Wlll-  blt(  LE 
d'ai'Iiès  l\  Grande  Eiirt/rlnjtnti'^  i>F.  rmiKriOT  et  h'alembeiit. 

comprenait,  outr(^  la  salle  de  jeu,  une  sorte  d'étuve  où  les  joueurs  allaient 
se  sécher  et  se  faisaient  masser  par  les  «  naccjuets  ». 

Eu  1787,  deux  architectes  furent  cbar{j,és  de  faire  une  description  de 
ce  hâtiment  et  d'en  donner  une  estimation  ;  ou  voit,  dans  ce  document, 
que  sur  trois  côtés  s'étendait  une  f^alerie  large  do  cin(i  pieds  et  haute  de 
huit;  elle  était  munie  de  haies  permettant  aux  spectateurs  de  suivre  la 
partie.  Des  filets  étaient  disposés  pour  empêcher  la  halle  de  venir  s'égarer 
dans  les  galeries.  La  salle  était  revêtue  d'une  décoration  sombre  permet- 
tant de  distinguer  plus  facilement  la  balle,  le  plafond  était  jieiut  en  bleu 
semé  de  fleurs  de  lis  d'or  et  au  centre  étaient  h^s  armes  de  France. 

11  est  à  peine  besoin  de  rappebn-  ici  que  c'est  dans  cette  salle  du  jeu 
de  paume  que,  le  20  juin  1789,  les  députés  du  Tiers  État  se  réunirent, 
après  s'être  vu  refuser  l'entrée  de  la  salle  de  l'Assemblée,  à  cause  des 
préparatifs  qui  s'y  faisaient  pour  la  séance  royale.  Ce  fut  là  que  fut  pro- 
noncé le  fameux  serment  par  lequel  les  députés  jurèrent  de  se  réunir 
jusqu'à  ce  que  la  Constitution  du  royaume  fût  établie. 

Cette  salle  du  jeu  de  paume  subit  les  destinées  les  plus  diverses.  Un 


183 


(lôcrot  delà  CouvtMition  décida  (luV-lle  serait  ac([uise  pai-  la   Nation  r[  clli; 
fut  payée  avec  les  biens  de  l'émij^Té  Grimaud  d'Orsay. 

Sous  le  premier  Empire,  ou  oublia  l'intérêt  histori([iie  <|ui  s'attachait 
à  cette  salle  et  le  célèbre  ijeiutre  Gi'os  y  iustalla  sou  atelier;  c'est  là  que 
lut  peinte  la  célèbre  toile  des  »  Pestiférés  de  Jaffa  ».   De    1830  à  18'i8, 


LUGGIA   DES  SPECTATEUnS  U'LNE  PAKTIE  DE  PALME 

ii'Ai'iiÈs   LA  Grande  Encyclopédie    de    dideuot    et    d'à  i.em  deht. 

la  salle  du  jeu  de  paume  servit  d'atelier  au  peintre  Horace  Vernet  et, 
le  14  mars  1848,  eut  lieu  dans  son  enceinte  un  banquet  politique. 

Sous  le  second  Empire,  la  salle  fut  affermée  pour  y  installer  un  jeu 
de  paume  public,  qui  ne  réussit  pas,  et  l'entrepreneur  se  trouva  ruiné. 

Depuis  une  vingtaine  d'années,  ce  monument  historique  a  été  complè- 
tement restauré  et  transformé  en  musée. 

XIV.  —  Le  jeu  de  paume  et  le  lawn-leiiiiis. 

Le  jeu  de  paume  est  maintenant  plus  en  honneur  que  jamais  chez  nous, 
mais  on  a  changé  son  nom  en  celui  de  <<  lawn-tennis  »,  et  notre  manie 
d'accepter  tout  ce  qui  vient  de  l'autre  côté  de  la  Manche  nous  a  fait  oublier 
que  le  jeu  de  paume  avait  été  pendant  bien  des  siècles  la  distraction 
favorite  de  la  partie  la  plus  intelligente  de  la  nation  française. 

Les  Anglais  ont  été  obligés  de  reconnaître  que  le  fameux  lawn-tennis 
a  une  parenté  très  étroite  avec  notre  ancien  jeu  de  paume  et,  dans  un 
Ijrevet  qui  fut  pris  eu  1874  par  le  major  Wingfield  pour  une  invention 
nouvelle  à  laquelle  il  avait  donné  le  nom  de  Sphairistike,  nous  voyous  que 
la  demande  de  brevet  d'invention  définit  son  jeu  sous  la  désignation  de 
CoKi'   tramporlabk  nouvelle  et  iierfeclionnée  pour  Jouer  l' ancien  jeu  de  paume. 


—  184 


XV 


,a  corporalioii  dois  paiiliiiîers-raquettîers. 


Otte  industrie  remonte  au  treizième  siècle,  puisque  dans  les  rôles 
de  la  taille  de  Paris,  publiés  en  1292,  on  voit  qu'il  y  avait  alors  treize 
paulmiers  fabriquant  des  balles  ;  on  mentionne  aussi  deux  valets  paul- 
miers  qui  servaient  d'aides  aux  patrons. 

Au  dix-septième  siècle,  les  paulmiers  formaient  à  eux  seuls  une  cor- 
poration indépendante  des  métiers  similaires;  ils  s'intitulaient  :  Commu- 
nauté des  maîtres  pa>//m/ers,  raquettiers,  faiseurs  d'es- 
leufs,  jieloli's  et  bulles.  Leurs  statuts  avaient  été 
eiu'es'istrés  au  Chàtelet,  le  13  novend)re  1610;  seuls, 
les  maîtres  de  cette  corporation  avaient  le  droit  de 
faljriqner  et  de  vendre  les  raquettes  et  les  balles. 
La  corporation  était  régie  par  quatre  jurés  qui 
veillaient  aux  intérêts  communs  et  empêchaient 
les  industj'ies   voisines  d'empiéter    sur  leur    privi- 

Pour  devenir  maître,  il  fallait  faire  un   ai)pren- 

ARMOIUIES  l)i:S. MAITRES  .  .  i      .>   i - 

PAL'LMiEiis-UAQUETïiEHs  tissagcdc  trois  aus  et  accompur  un  chet-d  œuvre. 
Le  brevet  valait  30  livres  et  la  maîtrise  600. 

Les  armoiries  de  la  corporation  étaient  conqjosées  d'un  écu,  dont  le 
fond  était  de  sable,  sur  le(]uel  se  détacjiaient  quatre  boules  probablement 
d'argent  et  au  centre  une  raquette. 

Otte  corporation  suivit  le  sort  de  toutes  les  maîtrises  et  jurandes, 
et  disparut  au  moment  de  la  Révolution. 


xvi. 


Desfi'îptîoii  du  iiiétioi-  do  paiilniicr  au  di\-liiiiliôiiie  siôclo, 


Le  métier,  ou  ]»our  parler  plus  exactement,  l'art  du  paulmier  raquet- 
tier  a  été  décrit  d'une  manière  très  remarquable  par  M.  Garsault  dans 
son  excellent  traité.  Ce  membre  de  l'Académie  des  sciences  ne  craignit 
pas  de  faire  une  longue  dissertation  sur  les  outils  et  instruments  propres 
à  la  fabrication  de  la  raquette;  et  sur  les  procédés  <pje  l'on  emploie 
pour  la  former,  la  percer,  la  brunir  et  enfin  la  corder.  L'ouvrage  de 
M.  Garsault  a  été  entièrement  reproduit  dans  la  Graudr  Etiri/rlitpédii-, 
dans  laquelle  il  n'occupe  pas  moins  de  neuf  planches.  La  première 
gravure  nous  montre  l'intérieur  d'un  jeu  de  paume  avec  les  joueurs 
occupés  à  se  livrer  un  combat  des  plus  palpitants;  nous  voyous  ensuite 
les  différentes  formes  <le  raquettes,  droites  ou  cintrées,  ainsi  que  les 
divers  battoirs  garnis  de    juirchemin;  les  deux  planches  suivantes  rejtre- 


J77ancâand  de  ^a^aeltes 

/,'2//w  ^rosseà  manche  d'ûs.^^ne^fvsse/ioï/andaiseà/iaôùls^ 
3,i/ne ëèrosse ordùiai/r  à Âabi/Sj  //^,^ùie  ù/usse  à  Ô^iapeau^, 
âS^'z/iœaiix,  ô\&nœau  d  ôlanc/un 7,Q/amcaii,  S.é^a^ueUe. 
9,  Sale  àe  cochon ,70,  Stresse  à  veloiu:s  J/,<£êrosse  à  ha^^n 
'/^S^aùu  poiir/c  ùuffoù^oupatirlepùj/icher.  /J,  £è/DSse  à/risefy 
//fySahii  àa/mz/nee^,  hSfBwsse  à  cheœiLr,/(pj>  %i  Q^aniasse-imissiêœ, 


—    IS:i 


soiitfiit    les  divers    iuslruniciils    servant    ;i    la   fahricaliuii    dos    ia([iiL'tlos; 
la  ([uatrièiiio  planche  nous  iiuliqnt!  connuent  (■tait  cordée  une  raquette, 


lABlUCATIOX  DES  KAnUKTTES  SEKVA.NT  AU  JEU  DE  PAUME 
d'aphks  la  Gramle  Encyrlopédie  de  diiiehot  et  d'ai.embeht. 

et  de  quelle  manière  était  l'ahri(|U(''e  la  balle;  la  cin([uièiiie  planche  donne 
la  représentation  d'un  jeu  de  billard  et  les  quatre  dernières  pages 
présentent  le  [)lan  et  les  divers  détails  de  construction  d'un  jeu  de 
paume  carré. 

XVII.  —  Les  balles  du  jeu  «le  paume. 

Les  balles  du  jeu  de  paume  n'ont  pas  sensiblement  varié  depuis 
l'origine  de  ce  jeu;  à  répo([ue  romaine,  elles  étaient  composées  de  plu- 
sieurs   espèces   de    peaux,    simples    et    corroyées,  ou  d'étoffes    cousues 


FABUICATION  DES  BALLES  UU  JEU  DE  PAUME 

h'apiiks  la  Grande  Encyclopédie  de  diueuot  et  ij'alembeut. 

ensemble  en  manière  de  sacs  que  l'on  rem])lissait,  tantôt  de  plume 
ou  de  laine,  tantôt,  quand  on  voulait  rendre  la  balle  plus  lourde,  de 
farine,   de  grain   ou  de  salde.  Ou  donnait  à  ces  balles  ditlerentes  gros- 

2t 


—   18(1  - 

snirs;  il  y  ru  avait  de  très  jx^'tites,  de  iiioyeimes  et  de  très  grosses,  ce 
(lui  établissait  dilléreiites  sortes  de   sphéristiques. 

Au  Moyeu  Age,  les  balles  dont  on  se  servait  le  plus  coiumuuénient 
étaicut  les  esleiif.s.  i)\\  a  prétendu  que  ce  nom  leur  avait  été  donné  parce 
(prelles  étaient  bourrées  d'estouffes  ou  d'estoupes,  ou  bien  encore  do 
laine  provenant  du  nom  latin  stapa.  Cette  origine  est  assez  difficile  à 
établir,  mais  ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  (jue  les  maîtres  ra<{uettiers, 
trouvant  la  laine  trop  chère,  ne  se  gênaient  pas  pour  la  renq^lacer  par 
d'antres  matières.  Souvent,  ils  remplaçaient  les  bonnes  étoupes  de  laine 
par  du  son;  une  ordonnance  royale  intervint  même  à  ce  propos,  ([ui  leur 
rappela  la  stricte  observance  de  leur  métier,  et  les  engageait  de  ne 
mettre  en  vente  que  des  esteufs  couverts  de  bon  cuir  et  rem|)lis  de 
Itonue  bourre. 

Dans  le  Recueil  des  ardonnaneex  des  rois  de  Fr/aice,  tome  XVI il,  on  ti'oux'e 
un  document  (jui  luontre  avec  cpiel  soin  était  réglementé  cet  accessoire 
du  jeu  de  paume.  Connue  les  maîtres  |)aulmiers  de  Rouen  s'étaient  plaints 
à  Louis  XI  de  ce  que  certaines  gens  sans  aveu  lem-  taisaient  concurrence 
et  fabriquaient  des  l)alles  dangereuses  pour  les  joueurs,  (.  emplissent 
iceux  esteufs  de  chaux,  sablons  et  antres  choses  qui  ne  sont  bonnes  et 
à  l'occasion  de  <pioi  plusieurs  ont  en  les  bras  et  les  mains  fêb's  et 
blessés.  » 

Par  son  ordonnance  du  24  juin  ticSO,  le  roi,  reconnaissant  (pie  cet 
état  de  choses  pouvait  être  préjudiciable  pour  le  public,   déclare  : 

A  l'avonir  seront  Ions  les  maîtres  ilu  ilil  niiHier  tenus  de  fiiirc  bons  esleufs  h'wn  garnis  et 
(Mofftis,  (le  bon  cuir  et  bonne  l)ourre,  sans  y  mettre  sablon,  craie,  baUie  (rognures  de  métaux), 
ciiaux,  son,  reslure  (rebut),  de  peau  nomni(^e  resur,  sciure  d'ais  (de  bois)  cendre,  mousse,  poudre 
ou  terre,  sous  peine  d'amende  et  de  saisie  de  tous  mauvais  esteufs  qui  seront  «  ars  et  bridt^s 
a'iii  (jue  aucun  n'eu  soit  incuiivt-iiienltj  ». 

La  fabrication  des  balles  avait  été  réglementée  à  Paris  d'une  manière 
toute  particulière,  et  clans  les  statuts  des  panlmiers  de  la  ca[)ital(!  un 
article  était  spécialement  consacré  à  ce  sujet  : 

l.')()'(.  —  Ne  pourront  faire  ni  Faire  l'aire  aucuns  eslœufs  s'ilz  ne  sont  pesanlz  de  17  eslellins, 
laits  et  duuljl(^'S  de  bon  cuir  de  moulons,  plains  de  bourre  de  tondeur  aux  grands  forces  sui' 
peine  de  confiscation 

//.  lesd.  jun''s  et  gai'des  d'icelluy,  faisans  leur  visitations,  seront  tenuz  et  leur  est  cnjoincl 
visiter  les  eslœufs,  pelottes  et  balles  si  elles  sont  eslon'(''es  comme  il  appartient,  assavoir  que  le 
plolon  soit  bien  rond,  fait  de  morceaux  et  rogneures  de  drap,  avec  une  bande  de  thoille  seul- 
lemont  sern'-,  bien  feriiiii  de  bonne  fisselle  et  couverte  de  bon  drap  blanc  tout  neuf,  pesant  en 
tout  ic(d!e  balle  le  poiz  de  19  eslellins  (33  grammes).  (Statuts  des  paulmiers  de  Paris,  An/i., 
Y,  ]'(,  t.  .\,  l"(il.) 

.Nous  trou\(iiis,    pour   le  seizième  siècle,  un  docinnent  assez   curieux 


—   187  — 

iiHMilidiniaiit  le  hail  (riiiic  maison  servant  de  jeu  de  paume,   passé  par 
lia  niai'eliand   l'aiseui'  d'esleiirs  à  un  de  ses  confrères  : 

l.'i '(.';.  —  Cliuulc  Dupi'c,  marcliiincl  faiseur  d'cslciil's,  chh  ;i  Thihaiil  Tiiihaidcl,  aussi  faiseur 
d'csteufs,  le  ilroil  au  l)aii  <rune  maison,  jeu  de  pauhne  et  jardin  faisant  h  coin  di's  rues  de 
Paradis  et  Porte  du  Cliantier,  appelé  le  jeu  de  paulnie  du  Tabourin,  pour  trois  ans  et  trois  mois 
Unissant  à  la  saint  lîemy,  loW,  à  la  charge  de  payer  à  Jehan  Bouyn,  marchand  liourgeois  de 
Paris,  Gristolle  Ilénon,  barbier  cirurgien,  et  aultres  le  loyer  de  132  1.  10  s...  (>  douzaines 
d'esteufs  aux  propriél aires  et  6  douzaines  de  raquettes.  (iVlinules  de  M"  Iluillier,  notaire  à 
Paris,  extrait  J.  Piclion,  p.  170.) 

A  une  épo([ue  ]»lus  moderne,  les  amateurs  du  jeu  de  paume  ont 
étahli  nue  distinction   entre  les  esteufs,  les  ballons  et  la  halle;   les  pre- 


■fait  par  JPereilt  CUi.ec  Truiit^ediLRi^ 

UNE   l'.UtTlE  DE  PAU.ME  JOUÉE  AVEC   DES  BAÏTOIIIS 

n'APnÉS  UNE  OR.WflŒ  DE  PÉHEf.LC.   XVII»   SIÈCLE. 


S^laapiat  al 


niiers  sont  faits  de  bourre  recouverte  de  peau  de  mouton  ;  on  joue 
avec  les  esteufs  sans  raquettes  ni  battoirs,  mais  simplement  avec  la 
jtanme  de  la  main;  les  pelotes  sont  des  balles  toutes  ficelées,  mais  <jui 
n'ont  pas  encore  été  recouvertes;  quand  cette  dernière  opération  a  été 
faite,  et  que  les  pelotes  ont  été  garnies  de  drap  blanc,  elles  prennent 
le    nom  de   lialles. 


188  — 


XVIII.  —  RaqiK'Iles  el  halloirs. 


Pendant  toute  la  période  romaine,  il  ne  semble  pas  que  l'on  ait 
connu,  poni'  renvoyer  la  balle,  autre  chose  que  la  paume  de  la  main; 
un  pou  plus  tard,  les  joueurs  se  servirent  d'un  f;ant  de  cuir  ou  s'entou- 


mmm» 


i)ii-'i''i-:iiic.\Ti:s  sniri'Es  di:  uaqukites  kt  de  UArruiiis 

n'APiuis   I.A    Griindf   Encijc/npérliP   nE    didduot    et    n'Ai.EMDEiiT. 


rèrent  le  poignet  et  la  main  de  lanières  de  cuir,  ce  qui  permettait  di; 
renvoyer  la  balle  avec  une  plus  i^rande  force. 

Le  plus  ancien  instrument  dont  on  se  soit  servi  pour  renvoyer  la 
balle  est  le  battoir  composé  d'un  cadre  en  bois  recouvert  de  parchemin. 

Au  seizième  siècle,  on  a  beaucoup  fabriqué  de  ces  instruments,  mais 
comme  à  c(^tte  époque  le  parchemin  était  rare,  et  par  suite  fort  cher,  on 
a   détruil    des   rpiantités   de    manuscrits   précieux   pour   en    couvrir   des 


180  — 


battoirs  dostiués  ;ï  raimistMiiciit  des  jcuiiil's  f^i'iis.  Siii'  ce  l'ail,  nous 
citerons  un  passage  do  ('olomiès  rclalit'à  la  dostnii'tidn  d'iiiic  des  copies 
do  Titc-Livc. 

J';ii  ouï  dire  ;i  M.  (^liapt'Uii,  dil  cet  auteur,  qu'un  de  ses  iiniis,  Iiouiuil'  de  letlccs,  ;ivoiL  jnui'' 
à  l:i  longue  paume  avec  un  balloir,  sur  lequel  se  voyolent  des  fragments  de  (juelques  déeades  de 
Tile-Live  que  nous  n'avons  point,  et  que  ces  fragments  venoient  d'un  apothicaire  qui,  ayant  eu 
en  don  des  religieuses  de  Fontevrault  plusieurs  volumes  en  parchemin  du  même  auteur,  les 
avoil  vendus  par  ignorance  à  un  faiseur  de  battoirs. 

Les  [dus  célèbres  joueurs  de  paume  étaieut,  à  lu  lin  du  dixdiiiitième 
siècle,  originaires  de  la  Bcauce  ;  dans  ce  pays,  les  joueurs  venaient  de 
plusieurs  lieues  à  la  ronde,  ac- 
compagnés de  leurs  parents  et 
amis  pour  disputer  la  palme  à 
tel  village  renommé  par  l'adresse 
et  la  vigueur  de  ses  habitants. 
Là,  se  bâtissaient  de  hautes  répu- 
tations basées  sur  de  longs  suc- 
cès, et  qui  ne  faisaient  place  à 
d'autres  que  lorsque  l'âge  atfai- 
blissait  la  vue  et  diminuait  les 
forces.  Ces  athlètes  méprisaient 
la  raquette  ;  c'était  avec  la  batte 
ou  le  battoir  qu'ils  prenaient  des 
volées  superbes,  étonnantes,  et 
qu'ils  lançaient  la  paume  avec 
une  force  inconnue  dans  les  par- 
ties de  raquette  ;  cet  instrument 
ne  doit  cependant  pas  être  dé- 
daigné, car  il  est  plus  facile, 
plus  maniable,  et  l'on  ne  risque 
pas,  avec  sou  aide,  de  jeter 
raide  mort  |)ar  terre  le  specta- 
teur inattentif',  comme  cela  n'avait  (|ue  tro[>  souvent  lieu  lors  des  beaux 
coups  de   battoirs   que   la  Beauce  voyait  donner. 

Au  dix-huitième  siècle,  le  jeu  du  battoir  consiste,  dit  VEnnjclojKklie, 
((  ;i  chasser  avec  une  palette  à  long  manche  une  balle  dure  de  chiffons 
bien  ficelés,  et  couverte  d'une  étoffe,  que  les  joueurs  doivent  tâcher  de 
renvoyer  en  la  reprenant  à  la  volée,  ou  au  premier  liond.  On  joue  en 
partie  au  battoir;  la  moitié  des  joueurs  se  mettent  à  ini  bout  d'une 
longue  allée  et  l'autre  moitié  à  l'opposite.  » 


S2!^uy0a//t^ 


-    190  — 

Le  traité  publié,  en  17cS3,  ])ai'  M.  de  Mau...eux,  nous  apprend  qu'à 
cette  époque  les  habitants  du  Midi,  tels  que  les  Espagnols,  les  Langue- 
dociens et  les  Provençaux,  se  servent  le  plus  souvent,  pour  jouer  à  la 
paume,  du  battoir  : 

C'esl  un  inslrumeiU  f;iil  en  buis  mince,  qui  ;i  lu  forme  d'une  pelile  raquelle;  ceux  qui  se 
sont  adonnés  à  celle  manière  de  jouer  onl  raffiné  sur  sa  conslruclion,  ils  ont  fait  construire  des 
batloirs  creux  en  dedans,  collés  el  nervés  de  tous  côlés  ;  cette  invention  leur  donne  plus  d'élas- 
ticité, de  sorte  que  les  joueurs  renvoient  la  balle  plus  vivement.  L'on  pense  que  ce  battoir  de 
bois  ne  peut  avoir  l'élasticité  des  cordes  à  boyaux,  néanmoins,  ceux  qui  en  font  usage  parent 
la  balle  de  volée,  le  relèvent  et  la  renvoient  avec  autant  d'aisance  qu'avec  une  raquette. 

l'outefois,  la  raquette  remonte  à  nue  origiue  assez  ancienne,  on  en 
trouve  la  trace  dès  le  commencement  du  seizième  siècle.  En  effet,  dans 
le  livre  intitulé  le  Colloque  iVEnifimc,  imprimé  à  Bàle  en  152S,  on  trouv(» 
la  raquette  désignée  sous  le  nom  de  retkuhim^  qui  signifie  un  petit  filet. 

La  raquette  est,  en  effet,  un  lacis  de  cordes  croisées  l'une  sur  l'autre, 
en  façon  de  mailles  et  de  rets;  le  tout  était  maintenu  dans  uu  cadre 
de  bois,  qui  s'emmanchait  lui-même  dans  un  bâton  court  et  fort.  Ces 
croisillons  de  cordelettes  furent  copiés  pai'  la  mode  pour  en  faire  une 
parure.  Les  dames  de  la  cour,  au  temps  de  Catherine  de  Médicis,  arran- 
geaient leurs  cheveux  en  les  croisant  par  liaudes  comme  les  raquettiers 
disposaient  leurs  cordes  :  c'était  ce  que  l'on  appelait  les  coiffur'es  eu 
ra([uettes. 

Les  raquettes,  «u  dix-septième  siècle,  étaient  également  ajqx'lées  rdinon- 
iieUcs ;  le  manche  était  couvert  de  peau  de  mouton  et  les  ])lus  réputées 
venaient  de  Rouen;  elles  se  fabriquaient  en  Normandie.  Cette  spécialité 
s'est  du  reste  conservée  longtemps  dans  ce  pays,  puisque  nous  voyons 
qu'à  l'Exposition  de  1855,  un  artisan  de  Gouruay-sur-Aronde,  M.  Hricad, 
avait  exposé  des  raquettes  de  païune  «  fabriquées,  dit  le  rappdi't  du 
Jury,  avec  le  plus  grand  soin  et  des  préparations  longues  et  minu- 
tieuses pour  réunir  les  conditions  de  force  et  de  souplesse  et  d'élas- 
ticité ». 

XIX.  —  .Xrrèts  el  règlements  eoiieernanJ  le  jeu  de  paiiine. 

I>e  jeu  de  paume  a  été  réglementé  par  un  très  grand  nondtre  d'ari'èts 
de  la  (^our  et  d'ordonnances  royales. 

Dans  le  fameux  traité  de  la  police  de  Delaniarre.  on  trouve,  à  la 
date  du  22  juin  1397,  une  ordonnance  rendue  par  le  prévôt  de  Paris, 
qui  défend  de  jouer  à  la  paume  les  autres  jours  que  le  Dinumche,  parce 
(pie  H  ])lusieurs  gens  de  métier  et   autres    du  petit  peu|)le  (piittaient  leur 


/l   cUqne    ci^Jti^é    J^d.    bien.    a.   lav    Sei^tie^i^ 
^our   ejccit^    ^    Orrjts ,  poio-    Ire^tta^rver    L'cirdeur, 

a>ont  son  ftcperbe-    (Cspr^  doùr   brtUcr  cLms    U    o'^Und^  ; 
Xa.    daupUûe    est-    cherve-    aux     Cours   dss-  (Jouvercun , 
éh   foitJe^  le.   ^o7tAa^-   d^end  set4   de^   rios   cMuws 

%■  /int,    yuc    tmtt  che^   ncrus  trançuiU&menir    al»>7vtù--    ,  - 


192 


«  ouvrage  et  leur   famille  pendant   les  jours  ouvrables,    ce  (|ui  était  fort 
»  préjudiciable  pour  le  bon  ordre  public  ». 

Au  seizième  siècle,    François    I",    dans  sa   lettre   patente   du    9   no- 


SENTENCE 

DU   CHASTELET. 

PORTANT  homologation  de  la  Délibération  de  la  Com- 
munauté des  Mairtres  Vergettiers ,  Brofliers  &  Raquettiers, 
de  la  Ville  de  Paris,  du  24.  Mars  175^.  contenant  cinq 
Articles  y  le  premier  pour  la  reddition  des  comptes  des  Juréî 
fortans  de  Charge  j  le  deuxième  pour  la  fomme  qui  fera 
remife  au  Juré  qui  entrera  Comptable  ;  le  troiCéme  pour 
les  AiTemblées  qui  fe  feront  dans  la  Mail'on  du  nouveau 
Juré  ,  ou  fera  établi  le  Bureau ,  &  dépofé  le  CoflFre  de  la 
Communauté  j  le  quatrième  pour  les  fômmes  qoi  feront 
payées  par  les  Afpirans^lelqueJJes  feront  miies  dans  le  Coffre 
delà  Communauté  enprefence  des  Anciens}&  lecinquiéme 
pour  empêcher  qu'aucun  Marftre  ou  Veuve j  n'acheté  des 
Marchandifes  dudifc  Métier  aux  Ouvriers  fans  qualité,  & 
ne  colporte  aucuns  Houfloirs  ni  Balays ,  &c. 


TITRE  DUNE  SENTENCE  CONCEUNANT  LES   RAQUETTIERS 

vembre  1527,  déclare  que  l'argent  qui  servira  d'enjeu  pour  la  paume 
sera  considéré  pour  celui  qui  l'aura  gagné  comme  une  dette  raisonnable 
et  acquise  par  son  travail,  et,  eu  conséquence,  on  ne  pourra  lui  opposer 
l'exception  de  jeu. 

XX.  —  Ciravures  représeiitanl  le  jeu  de  paume. 

Au  point  de  vue  de  la  représentation  figurée,  le  jeu  de  paume  a 
donné  lieu  à  de  très  nombreuses  compositions;  l'une  des  plus  intéres- 
santes, (jui  date  du  dix-septième  siècle,  nous  montre  un  amateur  de 
paume,  la  raquette  à  la  main,  (jui  regarde  une  partie  qui  se  joue  sous 
ses  yeux. 

Un  graveur  du  dix-septième  siècle,  Pérelle,  représente  une  partie  de 
battoir,  jouée  par  des  paysans  auprès  d'une  ferme.  On  voit,  par  ce 
document,  que  le  battoir  est  d'une  forme  tout  à  fait  différente  de  la 
raquette;  le  manche  est  ^jeaucoup  plus  long,  tandis  que  la  partie  recou- 
verte de  parchemin  est  presque   ronde  et  de  petite  dimension. 

Au  commencement  du  dix-neuvième  siècle,  dans    la  série  des  carica- 


m 


—  Itli  — 

turos  du  Bon  Gc/ire,  ou  a  représenté  une  antre  partie  de  battoir,  uù  des 
élé}:,ants  de  répoqne  mettent  habit  bas  et  se  mesurent  courageusement 
pour  obtenir  nu  signe  d'approbation  de  la  belle  venue  |)ourles  contempler. 

Le  jeu  de  la  longue  paunu'  avait  souvent  pour  théâtre  ces  niagnifi(pies 
terrasses  que  le  siècle  de  Louis  XIV  a  su  ménager  dans  la  plupart  des 
jardins  et  dont  l'habile  conception  est  encore  pom-  nous  aujourd'hui  un 
sujet  d'admiration. 

Nous  reproduisons  ici  un  jeu  de  longue  paume  dessiné  et  gravé  par 
Israël  Silvestre,  qui  donne  une  idée  de  la  manière  dont  cet  exercice 
était  alors  pratiqué. 

XXI.  —  l'oésîos  siii*  If  joii  «le  paiiiiii'. 

Le  jeu  de  paume  a  eu,  lui  aussi,  ses  poètes,  et  le  meilleur  ouvrage  (|ui 
ait  été  l'ait  sur  ce  sujet  a  été  écrit  en  1800  par  M.  Hajot,  qui  lit  paraître 
cette  anné(!  un  poème  en  deux  parties,  la  première  de  trois  cent  ciiupuinlc 
vers  et  la  seconde  de  deux  cent  soixante-quinze.  Cette  œuvre  fut  fort  ap- 
préciée du  public  et  mérita  trois  éditions  qui  se  succédèrent  à  de  longs 
intervalles  :  en  1806,  en  1824  et  en  1854.  Nous  en  citerons  seulement  les 
vers  suivants,  en  éprouvant  un  vif  regret  de  ne  pouvoir  reproduire  plus  au 
long  cette  œuvre  vraiment  remarquable  : 

l'ourquoi  clianler  l;i  Paume  el  parlei'  tic  combals? 

A  des  joueurs  pourquoi  coinpiirer  des  soldais?... 

Non,  ne  me  Volez  point,  celle  imago  m'esl  chère  ! 

Eli  !  mon  jeu  n'esl-il  pas  l'école  de  la  guerre  ? 

De  cenl  soixante  pas  sa  longueur  se  compose  : 

Dans  un  moins  vasle  champ,  voire  bras  raccourci 

Lancerait  à  regret  un  coup  trop  rétréci  : 

Un  champ  plus  spacieux  sérail  peu  nécessaire; 

Notre  force  est  bornée;  el,  pour  la  satisfaire, 

11  faut  qu'on  lui  présente  el  qu'elle  atteigne  un  but  ; 

Qu'un  joueur  s'encourage  à  son  premier  di'bul. 

Que  de  chaque  côté,  laissant  vingt  pas  enti'e  elles, 

Celte  largeur  suffit,  rè'gnenl  deux  parallèles, 

Légers  sillons  Iracés  pour  former  le  pourtour 

De  l'enceinte  sacrée  objet  de  votre  amour. 

De  l'une  à  l'autre  au  centre  i-lablissez  la  ligne. 

Qui  sépare  les  camps  et  tour  à  tour  désigne 

Les  coups  qui,  se  portant  ou  dessus  ou  dessous, 

Sonl  jugés  aussitôt  ou  bons  ou  mauvais  coups. 

Les  postes  sonl  marqués  ;  on  voit  six  combat tanls. 

Avec  ordre  rangés;  trois  gardent  les  devants. 

Marchent  de  front,  bravant  le  sifllemenl  des  balles  ; 

Au  centre  sonl  plac(''s,  à  dislances  égales. 

Deux  voltigeurs  :  leui'  bras,  aussi  prompt  que  l'i'clair, 

Sans  attendre  le  bond  prend  la  balle  dans  l'air; 

Le  coupon  osl  plus  fort,  la  chance  plus  certaine, 

La  bulle  perce  et  rond  la  résistance  vaine. 


Lie  lu  niatn   du  petit  ^act^u 
Ce  Gioèe  va  partir     tut  autre  mfimt  j-'appri 


V   LE    JEU   DE    LA.  CROSSE 


A  le.euter    Jti    ênit  ^iuun  (lu/i,f  tnvt proiet 
X  finrvent  noc^  a^rauvi^nj  tui  cAûe  ifui  runjj  iirrùe 


QUATRIt:ME    PARTIE 


LE  JEU    DU   MAIL,   DE   LA   CROSSE   ET  DU   CROQUET 

I.  —  Définilion.  —  Le  jeu  du  mail   dans    ranti<iuilé,  d'après  le  poi^le  latin 
Quiiitiis  Knniiis. 

Lo  joii  du  mail  se  ilistingiie  du  jeu  de  Ijalle  ordiuairo  en. ce  que  la 
boule,  au  lieu  d'être  lancée  avec  la  main,  est  chassée  avec  un  instrument 
de  formes  variées. 

Les  Romains  ont  connu  et  i»ratiqué  le  jeu  du  mail,  et  le  poète  latin 
Quintus  Ennius,  qui  était  né  deux  cents  ans  avant  Jésus-Christ,  parle 
dans  ses  œuvres  de  cette  pratique.  Il  raconte  que  les  jeunes  f^ens  de 
son  temps  jouaient  aux  boules  en  les  chassant  devant  eux  avec  une 
grande  violence;  pour  désigner  cette  action,  il  se  sert  du  mot  latin  tudi- 
tantes,  qui  signifie,  à  proprement  parler  :  poussant  avec  un  maillet.  Nous 
n'avons,  malheureusement,  aucune  donnée  certaine  sur  la  forme  de  ce 
maillet,  ni  sur  la  manière  dont  ce  jeu  était  pratiqué. 


II.  —  Les  divers  jeux  du  mail  établis  dans  Paris. 

Le  jeu  du  mail  a  été  universellement  répandu  en  France,  et  toutes  les 
grandes  villes  possédaient  plusieurs  emplacements  qui  étaient  spéciale- 
ment affectés  à  ce  jeu. 

Tout  près  de  l'Arsenal,  dans  l'île  Saint-Louis,  il  existait  un  jeu  de  mail 
où  Henri  IV  s'arrêtait  quelquefois  quand  il  venait  de  rendre  visite  à  sou 
ministre.  Ce  jeu  de  mail  était  très  nettement  désigné  sur  le  plan  de  Paris 
gravé  par  Vassalieu  en  1609  :  on  y  voit  une  allée  plantée  d'arbres;  des 
joueurs  s'y  promènent,  tenant  à  la  main  leur  instrument,  et  s'apprêtent 
à  pousser  devant  eux  la  houle. 


.H 

«^ 
cd 


1118 


11  existait  un  ti-ôs  Ix'au  jeu  de  mail  dans  le  jai'din  des  Tuileries,  ([ui 
fut  agrandi  parée   que  le  roi  se  plaisait  à  y  venir  fréquemment. 

Nous  trouvons  de  fort  eurieux  renseignements  sur  ce  jeu  dans  une 
remarquable  étude  que  vient  de  publier  M.   Albert  Babeau  (1);  parlant 


ATTITUDES  DU  JOUEUIl 

n'APBKS  LES  Nouvelles  rir/les  pour  le  jeu  du  Mail,  publiées  chez  chaules  [iui;ieh,  ni7. 

des  travaux  qui   furent  exécutés   dans  le  jardin  des  Tuileries  en    1722, 
l'auteur  s'exprime  ainsi  : 

«  En  attendant  qu'on  arrachât  les  charmilles  des  ltos([uets  en  partie 
détruites  par  le  grand  hiver  de  1709,  on  démolit  un  théâtre  de  verdure 
construit  sous  Louis  XIV  et  sur  les  gradins  duquel  pouvaient  tenir  des 
milliers   de  spectateurs,  pour  y   établir  le  mail  du   roi    et   construire  à 


(I)  Le  Jai-Jiji  di-s  TuilL'i'ics  an  tlix-sopliùiiie  cl  an  (liv-liuiliùnio  sicl'oK-s,  lecture  l'aile  à  l'assemblée 
fîénéi'-ale  annuelle  de  rilisloli-e  de  Paris,  par  M.  AIIktI  li^ibean,  mendiie  de  l'Inslilnl.  (Exti-ail  dos  .1/e- 
iiiuires  de  Ui  Sociélé  de  niisloire  de  l'uris  el  de  VUe-de-rr:iine.    Innie  XXVIll,  l'Jdl. 


I!)!l  — 


IV'\ti'('iiiik''   un   h'f^ci'  ouri>s  de  liàliiiiciil   pciiil   ru   ini\v\)iv  qui  lut  (Icsiiiié 
à    alti'itcr  un  billnrd    pour   S;i 
Majesté.  »  (1721.) 

Un  autre  jeu  de  mail,  «[ui 
l'ut  1res  célèl>re,  était  situé 
dans  le  plein  centre  de  Paris, 
entre  les  faubourj^s  Montmartre 
et  Saint-Honoré;  il  subsista 
jus(|u'en  1()33,  et  c'est  pour 
en  conserver  le  souvenir  qu'on 
a  donné  le  nom  de  la  rue  du 
Mail  à  la  voie  qui  arrive  main- 
tenant sur  la  place  des  Petits- 
Pères,  près  celle  des  Victoires. 

Enfin,  il  faut  sipiUaler  le  j(>u 
du  mail  dans  le  jardin  du  Pa- 
lais-Royal, qui  était  IVécpieuté 
])ar  la  cour  et  par'  la  noblesse. 

Le  jeu  du  mail  a,  dans  une 
foule  de  villes  de  province, 
donné  son  nom  à  la  prome- 
nade sur  la<]uelle  il  était  éta- 
bli. .\  Versailles,  au  dix-bui- 
tième  siècle,   il  (existait  encore 

un  jeu  de  mail.  Dan^eau  écrit  à  la  date  du  12  août  1704  :  'i  Sur  les  six 
heures,  le  roi  et  la  reine  d'Augleterre  arrivèrent;  le  roi  les  reçut  dans 
le  jardin  et  les  mena  d'abord  dans  un  endroit  auprès  du  mail,  où  l'on 
avait  préparé  une  collation  magnifique.   » 

m.  —  Des  <|iia(rt'  iiiaiii«>i'es  de  joiior  au  mail. 

Le  jeu  du  mail  peut  être  joué  de  quatre  manières  difr(''rentes  :  T  le 
rouet^  oii  chacun  joue  pour  son  compte  ;  2°  la  |)asse,  où  les  joueurs  se 
groupent  par  camps;  3°  les  grands  coups,  où  deux  seuls  concurrents  sont 
en  présence  et  s'escriment  sur  la  même  boule  ;  4°  la  chicane,  qui  ne 
ditïère  des  précédentes  (ju'en  ce  (ju'elle  se  jou(!  en  plein  champ,  sur  un 
sol  non  préparé. 

Le  jeu  du  mail  présente  une  certaine  analogie  avec  le  jeu  de  la 
paume  et  il  existait,  au  dix-huitième  siècle,  de  véritables  académies 
dans  lesquelles  on  se  livrait  à  cet  exercice.  Dans  un  recueil  (1)  du  début 


(Il  .Ic.a/emi'e  iiniiersellc  des  jetir.  Lynn,  ISOi. 


200 


du  dix-neuvième  siècle,  nous  trouvons  une  sorte  de  code  indiquant  la 
manière  dont  ce  jeu  devait  être  pratiqué  et  relatant  les  principaux 
usages  qui  avaient  force  de  loi.  (le  règlement  est  promulgué  presque 
dans  les  mêmes  termes  que  les  statuts  des  corporations  d'arts  et  métiers, 
ce  (jui  laisse  entrevoir  la  haute  estime  que  l'on  avait  pour  ce  jeu  : 


RÈGLES  l'ARTICrUKRES  CONCERNANT  LE  MAITRE  DU  MAIL   OU   SON  COMMIS  OU  LES  PORTE-LEVES. 

Quiconque  voudra  jouer  sera  lenu  de  venir  à  la  loge  du  maître,  ou  de  celui  qui  tiendra  sa 
place,  pour  y  prendre  un  mail  el  des  boules  ;  el,  s'il  en  emporle,  il  n'entrera  point  au  jeu  sans 
avoir  averti  ou  faire  avertir  le  maître  ou  le  commis  pour  lui  payer  le  droit  de  son  jeu,  suivant 
ce  qu'on  a  coutume  de  donner. 

Le  maître  fournira  des  boules,  des  mails  et  des  lèves  à  ceux  qui  n'en  auront  point  moyen- 


Ze^  ôiijlc^  qu^€^  c^^cu  jfou^^eavec  tant  ete^irrc 

LE  JEU  DU  MAIL 

Ii'aI'IIÈS   une  GllAVUUF.   I>E  N.    aUliUAIin,    XVIir  SIÈCLE. 


Ctpa^san£ par   Ui-  pas^c 

VtttEinpj'  tpu  tûuj'^urv  Cvurc  nous  vre^eme-  la,  &ace  , 


nant  dix  sous  pour  tout,  depuis  six  heures  du  matin  jusqu'à  midi  el  depuis  une  heure  jusqu'au 
soir,  mais  ceux  qui  ont  leur  équipage  de  mail  ne  devraient  payer  que  la  moitié,  ou  tout  au 
plus  les  deux  tiers  ;  et,  en  ce  dernier  cas,  le  droit  pour  le  porte-lève  y  doit  être  compris. 

Si  l'on  casse  un  manche  du  jeu,  on  payera  vingt  sous  ;  si  l'on  perd  ou  si  l'on  casse  une  boule, 
dix  sous;  si  l'on  perd  la  boule  de  passe,  vingt  sous;  si  l'on  perd  ou  si  l'on  casse  la  lève, 
trente  sous;  et,  si  l'on  casse  la  tête  du  mail,  on  ne  payera  rien  pourvu  qu'on  en  rapporte  les 
morceaux,  faute  de  quoi  on  payera  trente  sous;  et  pour  louer  une  lève  et  une  boule  de  passe, 
cinq  sous. 

Les  porte-lèves  doivent  aller  toujours  devant  le  coup,  autant  qu'il  est  possible,  pour  crier 
gare,  prendre  garde  aux  boules,  empêcher  qu'on  ne  les  change  ni  qu'on  les  perde,  el  les 
remettre  dans  le  jeu  quand  elles  sont  sorties,  vis-à-vis  leiidroit  où  elles  se  trouvent. 


201 


l\'.  —  Oriçhie  byzantine  <Iii  joii  «lo   polo. 

Lo  jeu  (lu  mail  i)cut  (''f;alemcnt  ètro  joué  à  cheval  et  |)ron(l  alors  le 
nom  tle  /iiilo.  Vn  historien  i;rec  du  douzième  sièeh»,  Ciunamus,  nous 
apprend  qu'à  eetle  ép0(|ue  ce  jeu  était  fort  apprécié-  de  la  jeunesse  ; 
dans  son  Hislairc  (livi'e  VI,  ehap.  v),  il  nous  dit  : 


LE  JEU  DU  MAIL 

d'APUÈS  van   LOCHOM,    XVir   SIÈCLE. 


Poiii-  se  livrer  à  net  exercice,  quelques  jeunes  gens,  parlagés  en  deux  camps,  cliassenl  de 
l'un  à  l'autre  une  boule  faite  de  cuir,  grosse  comme  une  pomme,  sur  un  terrain  liien  uni,  ou 
du  moins  qui  a  paru  convenable  aux  joueurs.  Sur  celte  balle  qui  est  comme  le  prix  de  la  lutte, 
et  qu'on  place  au  milieu,  ils  courent  au  galop,  chacun  tenant  à  la  main  une  baguette  de 
moyenne  longueur  terminée  par  une  large  courbure  dont  le  milieu  est  fait  de  cordes  à  boyaux 
dessécliés  et  entrelacés  comme  un  fdet.  Chacun  cherche  à  dépasser  les  autres  et  s'acharne  à 
conduire  cette  Ijalle  à  un  but  qui  a  été  désigné  d'avance  ;  car,  lorsque  poussée  d'un  côté  el 
d'aulre  elle  a  nlteinl  le  but,  la  victoire  appartient  à  celui  qui  l'y  a  menée  (i). 

Le  jeu  de  polo  a  été  particulièrement  eu  honneur  chez  les  Persans, 
qui  y  voyaient  un  moyen  de  se  perfectionner  dans  l'art  de  monter  à 
cheval,  et  ou  trouve  dans  les  manuscrits  orientaux  de  fréquentes  repré- 
sentations de  ce  jeu.  En  Angleterre,  et  particulièrement  en  Ecosse,  on 
joue  beaucoup  à  la  crosse,  qui  est  sensiblement  le  même  jeu,  à  cette 
différence  près  que  le  maillet,  au  lieu  d'être  droit,  est  léi^èremeut 
recourbé. 


(1)  Quatrcmore,  Histoire  ilex  SiilLins  imimloiilis  iVEinnde,  ISiJ",  in-l°,  l.  I".  l'i-c 


•e  parlie.  pa^c  122. 

2n 


202  


V.  —  \,o  jou  do  la  «"rosso  au  ti'<M/îf'ine  sièelo. 

Le  jou  de  la  crosse  remonte,  en  France,  à  une  épo([ue  très  ancienne, 
puisqu(>,  dans  les  rôles  de  la  taille  de  1292,  on  voit  fi|;,urer  deux  mar- 
chands crossetiers  qui  payaient  l'impôt  ;  au  surplus,  l'abbé  Lebœuf,  dans 
son  Histoire  du  diocèse  de  Paris,  rapporte  une  tradition  très  ancienne 
suivant    laquelle   le  voyai^our  arrivant  dans   la    capitale   rencontrait    un 


ATTITL-UES  DE  JOUEUR 
d'apuks  les  XouwUes  règles  pour  le  jru  du  Mnil,  i'I'hlikes  chez  ciiap.lks  mr.iEii,  nO. 

grand  nombre  de  Parisiens  occu[)és  à  jouer  à  la  crosse  sur  les  remparts. 
Dans  la  ville  d'Avranches,  au  quinzième  siècle,  la  crosserie  se  prati- 
quait avec  un  véritable  cérémonial  :  au  jour  fixé,  tous  les  liabilants  se 
rendaient  sur  la  grève  de  la  Saudière,  non  loin  du  pont  Gilbert,  et  l'évècpie 
lui-même  donnait  le  signal  en  frappant  la  boule  avec  un  maillet  en  forme» 
de  crosse;  au  même  instant,   les  cloches  de   la   catlu-drab»  sonnaient    à 


—  -2()[i  — 

t(Hit('  voire  et  les  liahilaiils  [)assaiL'iil  lout  le  reste  du  jour  à  se  livi'er 
à  leur  plaisir  l'avori. 

Ce  jeu  s'est  uièiue  maiuteuu  jus(Ju'h  nos  jovu's  dans  l'Avrauehaiu, 
uiilauiiueul  à  (leuets  et  sur  tovile  la  f;rève  de  la  l)aie  du  Mcuit-Saiut- 
Mieliel  ;  il  u'a  disparu  couiplèteiueut  que  vers  18iO(l). 

Les  boules  qui  étaieut  enq)loyées  pour  le  jeu  du  luail  devaient  être 
d'une  nature  toute  particulière;  nous  trouvons,  à  ce  sujet,  dans  VAca- 


LES  ATTUIBUTS  DU  JEU  DU  MAIL 

d'à  pu  1:3     LE      LIVIl  K     11  K     KATZ     «     K  [  N  D  E  [\  S  P  E  E  I. 


demie  des  jeux  (2),    quelcpies  détails    et  anecdotes   véritablement   dignes 
d'être  cités  : 

I.cs  boules,  lisons-nous,  sont  île  racines  île  buis,  les  meilleures  viinnenl  des  pays  eliauds, 
on  les  trouve  dans  les  fentes  ou  petits  creux  de  rochers,  où  il  fait  des  nœuds.  On  les  coupe  et 
on  les  laisse  sécher  un  certain  temps  ;  après  quoi,  les  ayant  lait  tourner  et  battre  à  grain 
d'orge,  on  ne  joue  qu'à  petits  coups  de  mail  sur  un  terrain  graveleux;  on  les  joue  ensuite 
plus  fort,  on  les  fait  frotter  avec  de  la  pariétaire  toutes  les  fois  qu'on  les  accommode  après 
qu'on  s'en  est  servi  ;  enfin,  h  force  de  coups  de  mail  et  de  les  faire  rouler,  elles  deviennent 
dures. 


,1     I,'al)h.-  K.  l'ii;con,  U-  Diocdse  (lAvninchcf,  loiiic  I-',  pilles  ll,i-lll. 
(2)  Edilidii  (II-  I8I1;.,  loiiic  II,  |uif,'e  ii.'i. 


—  20'i  — 

Un  iiuirchand  (.le  boules  de  Provence  en  appoi'l.'i  un  gros  Siic  h  Aix  ;  les  joueurs,  qui 
élaienl  en  grand  nombre  dans  cette  ville,  les  aclietèrenl  toutes  trente  sous  la  pièce,  h  la  réserve 
d'une  seule,  qui,  étant  moins  belle  que  les  autres,  fut  rejetée.  Un  bon  joueur,  nommé  Bernard, 
vint  le  dernier,  il  acheta  cette  boule  de  rebut,  dont  il  ne  voulut  donner  que  quinze  sous  ;  elle 
pesait  sept  onces  deux  gros  et  était  d'un  vilain  bois  à  moitié  rougeâtre;  illajoua  longtemps, 
la  fit  et  elle  devint  si  excellente,  que,  quand  il  avait  un  grand  coup  à  faire,  elle  ne  lui  manquait 
jamais  au  besoin  et  lui  faisait  immanquablement  gagner  la  partie  ;  elle  fut  appelée  :  la 
Bernarde. 

Le  président  de  Lamanon,  qui  l'a  eue,  depuis,  en  a  refusé  plusieurs  fois  cent  pistoles. 

Louis  Le  Brun,  un  des  plus  grands  joueurs  de  mail  qu'il  y  ait  eus  en  Provence,  qui,  dans 
un  jeu  uni,  sans  vent  et  sans  descente,  faisait  jusqu'à  quatre  cent  cinq  pas  d'étendue,  voulut 
faire  une  expérience  avec  la  Bernarde  :  il  la  joua  diverses  fois  avec  six  autres  boules  de 
même  poids  et  de  même  grosseur  ;  son  coup  était  si  égal,  que  les  cinq  autres  boules  étaient 
presque  toutes  ensemble  à  un  pied  ou  deux  de  différence  ;  pour  la  Bernarde,  on  la  tiouvait 
toujours  à  cinquante  pas  plus  loin  que  les  autres;  ce  qui  lui  fil  dire  un  jour  plaisamment 
qu'avec  la  Bernarde  il  jouerait  aux  grands  coups  avec  le  diable. 

Dans  le  rt'cueil  des  Trente-six  fifjw'es  contenant  tous  les  jeiix^  etc...^ 
publié  eu  1587,  le  jeu  de  crosse  est  désigné  ])ar  un  vers  : 

Et  cependant  tous  les  autres  se  plaisent 
Au  jeu  de  croce 

L'auteui'  qui  a  ptiblic''  ce  cui-ieux  volume  cite  comme  analogues  les 
jeux  de   »  <|uilles  là  »,  du  <(  cochonnet  vu  devant  »   et  de  <<  la  truie  ». 


\\.  —  I.c  jieii  do  la  Iriiic  et  «les  quatre  aveiiglesi 

Au  sujet  du  jeu  de  la  truie,  nous  avons  trouvé  une  anecdote  assez 
curieuse  racontant  comment  ce  jeu  avait  été  pratiqué  à  Paris  au  mois 
d'août  t'i2.'S  : 

Devant  l'hùtel  d'Armagnac,  situé  rue  Sainl-Honoré,  et  sur  une  partie  de  l'emplacement  des 
bâtiments  du  Palais-Royal,  on  avait  fait  dresser  un  champ  clos,  où  l'on  enferma  quatre 
aveugles  armés  de  gros  bâtons  et  couverts  d'une  armure.  Avec  eux  se  trouvait  également  un 
cochon  destiné  à  celui  des  quatre  combattants  qui  viendrait  à  bout  de  le  tuer. 

L'historien  contemporain  tpii  a  conservé  ces  détails,  et  (jui  était  un 
riche  et  considérable  bourgeois  de  Paris,  assistait  sans  doute  à  cetle 
fête,  qu'il  appelle  une  «  bataille  étrange,  et  qui  réjouit  fort  les  assis- 
tants » . 

A  nn  signal  doimé,  les  quatre  aveugles,  agitant  en  l'air  leurs  unisses 
ou  Initons  noueux,  s'avancèrent  au  hasard  pour  Irapper  l'animal,  dont 
la  mort  seule  d(nait  finir  le  combat.  Aux  grognements  répétés  de  la 
victime,  cliatpie  fois  (ju'ils  s'approchaient  du  côté  oii  ils  avaient  entendu 
sa  voix,  chacun  d'eux,  accourant  à  Ut  fois  et  h-appant  au  hasard,  portait 


—  206  — 


de  nulcs  eoiips,  recevait  tour  ;i  tour  et  faisait  des  Idessiires  d'autant  i»lus 

terribles  (lu'il  était 
iiu[»ossible  de  les  pa- 
l'er. 

Si  l'on  en  croit 
l'auteur  du  .Journal d'un 
h<tur(jeois  do  Paris  ^  sous 
Cliarles  VI,  ce  jeu  ne 
fit  pas  fortune.  Cette 
lutte  d'aveufi,les,  où  ni 
la  force  ni  l'adresse 
ne  pouvaient  trouvei' 
[dace,  et  qui  semblait 
moins  un  combat 
(pi'nn  massacre,  ré- 
volta bien  i>lus  (ju'elle 
n'amusa,  bien  (pi'à 
cette  époque  on  ne  se 
montrât  pas  bien  dé- 
licat au  sujet  de  ces 
amusements  popu- 
laires. 

Qiianl  aux  aveugles,  ils 
se  donnèrent,  clil  l'auteur, 
de  si  grands  coups  de  bâ- 
ton que  dépit  leur  en  fut  ;  car,  quand  le  mieulx  cnidoienl  (croyaient)  frapper  le  pourcel,  ils 
frappaient  l'un  sur  l'autre  ;  s'ils  eussent  élé  armés  pour  vrai,  ils  se  fussent  tués  l'un  l'autre. 


LE  JEU  DE  LA  TltUlK  ET  DES  AVElIfiLES 

d'aPHÈS     une      GRAVUBE      ITAIJENNK     DU      XVI»      SIÈCLE. 


VII.  —  Le  paille-maille,  aiieêlre  du  jeu  tle  eroquel. 

De  nos  jours,  le  jeu  du  mail  et  le  jeu  de  la  crosse  ne  sont  plus 
pratiqués,  du  moins  sous  ce  nom.  Nous  avons,  toutefois,  le  jeu  du  cro- 
quet, ([ui  offre  une  grande  analoj:,ie  avec  ceux  dont  nous  venons  de 
parler. 

Au  seizième  siècle,  le  croijutd  était  connu  cliez  nous  sous  le  nom  de 
«  Paille-maille  »  ou  <(  Pèle-mèle  »  et  était  l'amusement  favori  de  la 
noblesse  française.  On  le  trouve  aussi  niejitionné  vers  cette  époque,  à 
Florence,  sous  le  nom  de  «  Palamaglio  »  ;  il  était  réservé  aux  diver- 
tissements du  carnaval.  Plus  tard,  sous  le  nom  de  «  Paill-maillet  » ,  ce 
jeu  passa  en  Angleterre,  on  il  obtint  une  grande  faveur,  à  Londres  sur- 
tout, et  il  donna  nu^me  son  nom  à  im  ipiartier  de  la  ville.    Plus  récem- 


—  207  — 

nionl,  le  nom  »lo  co  jeu  a  (''li''  chauffé  en  celui  de  «  ('i'(ik<>ll  ";  l'aneieu 
«  Paille-maille  »  a  l'ait  ainsi  chez  nous  sa  réapitarition  sous  un  nouveau 
nom. 

La  principale  modification   cpie  1(>  Paille-maille  reçut,  en  Anp,leterre, 


/éy  ôrt^^-iùet 


consista  dans  l'adjonction  d'arceaux  qui  auii,nientai(^nt  la  difficulté  du 
jeu,  tout  en  exigeant  une  moins  i^rande  dépense  de  forces,  et  c'est  proba- 
blement pour  cette  raison  qu'il  a  été  adopté  anjourd'bui  }tar  tout  le 
monde. 

VIII.  —  Le  jeu  do  la  crosse,  d'aprf's  8(ella. 

Autrefois,  les  joueurs  étaient  moins  délicats  (;t  pi'éférai(>nt  l'exercice 
sensiblement  i)lus  rude  de  la  crosse,  qui  entretenait  la  .souplesse  des 
muscles  et  donnait  au  corps  une  chaleur  salutaire  ;  c'est,  du  moins,  ce 
que  Claudine  Stella  se  donne  la  peine  d<>  nous  apprendre  dans  les  vei'S 
qu'elle  a  inscrits  sous  son  estampe  du  jeu  de  la  crosse  : 

Malgré  It;  temps  et  la  saison. 
Ceux  cy  sortent  de  la  maison, 
Et  s'en  vont  crosser  par  caprice  ; 
Et  là  chacun  pour  le  Degot 
S'escliaufTe,  et,  ilans  cet  exercice, 
La  crosse  Ifur  vaut  un  fagot. 


208 


LA   Crosse 

d'aPIIÈS   une  CO.MI'OSITION    IJK    CLAUDINE   BOUZONNET  STELLA,  XVII"    SIÈCLE. 


IX.  —  Le  jeii  ro.val  de  la  passe. 

An  <lél)ut  (lu  (lix-lniitième  siècle,  un  certain  Desporte.s  avait  imagine 
nu  jeu  ({u'il  avait  dénummé  lo  Jeu  royal  do  la  passe.  C'était  une  com- 
binaison du  j(>u  dn  mail,  du  jeu  du  trou-madame  et  du  jeu  de  billard. 

Par  sa  dimension,  il  se  rapprochait  du  jeu  du  mail  puisqu'il  mesu- 
rait en  longueur  uu  peu  plus  de  dix  toises,  soit  environ  vingt  mètres, 
et  en  largeur  de  douze  à  treize  mètres;  on  voit  j»ar  ces  données  (pie 
c'était  un  véritable  jeu  d'exercice. 

Le  jeu  royal  de  la  passe  se  ra[)procbait  du  jeu  du  trou-nuidame,  eu 
ce  que  les  joueurs  devaient  faire  passer  la  boule  sous  l'un  des  treize 
arceaux  à  chacun  des(piels  était  attribuée  une  valeur  nunu''ri(pie,  difîé- 
reute,  constituant  le  point  que  devait  enregisti'er  le  marqueur. 

Enlin,  ce  jeu  tenait  du  jeu  de  billard  parce  qu'il  se  jouait  avec  des 
blouses  et  que  l'on  devait  obtenir  également  certains  efl'ets  en  poussant 
la  bille  de  son  adversaire.  Pour  compléter  la  ressemblauce,  il  est  bon 
de  signaler  le  coup  qui  était  compté  comme  bricole,  c'est-à-dire  aju-ès 
que  la  boule  était  venue  frapper  contre  la  pierre  de  reitroi  jouant  ici  le 
rôle  des  bandes  de  ]>illard. 


LE  JEU   HOYAL  DE  LA  PASSE 

DUES3É  POUR     SA     MAJESTÉ,    PAU     DESPORTES,     1717. 


—  210  — 

L'auteur  a  pris  soiu,  dans  le  fascicule  (jui  accompaj^ne  la  j^ravure, 
d'indiquer  la  manière  dont  il  entendait  que  ce  jeu  fût  pratiqué  et  nous 
en  donnons  ici  un  rapide  aperçu  : 

«  Ce  jeu  se  joue  à  deux  contre  deux  ou  trois  contre  trois,  n'ayant 
»  chacun  qu'une  boule  marquée  et  numérotée  pour  la  distinguer  de 
»  celles  des  autres  joueurs. 

»  Les  parties  se  font  i:,éuéralement  eu  100  points  et,  lorsqu'un  joueur 
»  fait  plus  de  points  que  le  nombre  convenu,  il  perd  la  partie.  (Chacun 
»  joue  suivant  son  ranj;;  et  le  numéro  de  sa  boule. 

)i  Pour  commencer  la  partie,  tous  les  joueurs  se  placent  sur  la  raie 
»  marquée  (Ubul  et  chacun,  à  tour  de  rôle,  tire  aux  passes,  composées 
»   de  treize  arceaux  de  f(M'  placés  à  une  certaine  distance. 

»  Les  joueurs,  |Jour  lancer  la  boule,  se  servent  d'un  instrument 
»  nommé  Ihe;  ils  lancent  la  boule  soit  à  la  volée,  soit  en  la  roulant,  et 
»  peuvent,  au  lieu  de  tirer  directement  à  la  passe,  s'ajuster  sur  la  ligne 
»   de   passe  placée  à  trois  pieds  en  deçà  des  fers. 

»  Une  boule  faisant  bricole  et  passant  par  hasard  dans  l'anneau  des 
»  fers  gagne  la  partie.  On  compte  les  points  faits  par  toute  boule  ren- 
»  contrée  à  laquelle  on  fait  franchir  les  passes.  Quand  la  boule  s'arrête. 
»   dans  les  fers,  celui  à  qui  elle  appartient  peut  la  faire  passer  en  jouant 
»  du  manche  de  la  U'i^e  comme  au  billard. 

»  Tous  les  coups  décisifs  des  parties  ne  sont  comptés  au  joueur  qu'au- 
»  tant  qu'ils  ont  été  annoncés  avant  de  frapper  la  boule.  Les  principaux 
»  coups  sont  :  Tirer  à  la  bricole;  tirer  à  la  passe;  tirer  à  l'anneau,  et 
»   tirer  à  la  planche.  » 


CINQUIEME    PARTIE 


LE  JEU    DU    VOLANT 


VjC  jeu  ne  semble  pas  reuionter  à  une  bien  haute  antiquité,  et  quoique 
certains  auteurs  prétendent  en  avoir  vu  la  représentation  dans  uu 
manuscrit  du  seizième  siècle,  manuscrit  qu'ils  se  gardent  bien  de 
désigner  d'une  manière  plus  précise,  nous  ne  pensons  pas  qu'il 
remonte  à  une  date  antérieure  à  celle  de  l'invention  des  raquettes  de 
paume. 


^11  — 


I.  —  Le  jeu  du  volant  <le  la  reine  t  lirisCiiie  de  Suè<le. 

iNous  ne  trouvons  do  renseignements  précis  sur  ce  sujet  qu'un  dix- 
septième  siècle  :  on  dit,  en  effet,  que  Christine,  rillustre  reine  de  Suède, 
aimait  avec  passion  ce  jeu 
et  ([u'elle  forçait  les  plus 
grands  persoiniages  à  s'en 
amuser  comme  elle  ;  c'est 
ainsi  qu'elle  proposa  à 
l'illustre  savant  Bochart, 
de  jouer  avec  elle  au  ao- 
lant.  Une  pareille  invita- 
tion équivalait  à  un  ordre 
et  Bochart  dut  accéder 
au  désir  de  la  reine  ;  ses 
amis  et  ses  admirateurs 
le  blâmèrent  de  cette  fai- 
blesse, ce  en  (juoi  ils 
eurent  grandement  tort. 
Peu  soucieuse  des  rè- 
gles du  protocole,  la  reine  Christine  obligeait  les  grands  seigneurs  de  sa 
cour  à  quitter  leur  manteau  et  [eur  perruque,  et,  tant  bien  ([ue  mal,  le 
volant  était  poussé  d'une  raquette  à  l'autre,  et  voltigeait  dans  les  airs 
à  la  grande  satisfaction  de  la  reine. 


LE  JCU    m    C(inlA\Tl.\ 

d'aI'IIKS   ^J■^E  CI1AVI.'1IE   nOLl.AMlAISli   DU    XVII"   SIÉr.LK. 


II. 


Le  volant  de   Frédéric   de  Prusse. 


Bochart  ne  fut,  du  reste,  pas  le  seul  à  subir  les  fantaisies  de  la  reiue, 
et  on  comprend  facilement  qu'à  une  époque  où  l'on  ne  badinait  pas  avec 
l'étiquette,    cet    exercice,   plutôt    violent,   s'harmoni- 
sait   mal  avec    le  port    des    énormes   p(MTui[ues  qui 
étaient  alors  à   la  mode. 

On  cite  encore,  sur  le  jeu  du  volant,  une  anec- 
dote qui  a  été  rapportée  de  différentes  manières 
par  plusieurs  auteurs  mais  dont  le  fond  reste  tou- 
jours le  même.  Le  Journal  de  Bmiilhnt^  à  la  date 
de  1787,  raconte  que  le  jeune  Frédéric  de  Prusse 
s'amusait  nn  jour  à  jouer  au  volant  dans  le  cabinet 
de  travail  de  son  graml-oncle  Frédéric  II.  .Après 
quelques  coups  jilus    ou   moins    adroits,    le  jeune  Frédéric   envoie  son 


LE  VOLANT 

D'APIIKS     VICTOIl     ADAM 


212 


volant   sur  le  bureau  du  roi  ;    colui-ci  le  prend   et  le    rend  aussitôt,    la 
partie    continue  et  le  volant  ne  tarde  pas  à  retomber  une  second(!  Cois 

au  milieu  des  papiers 
de  Frédéric  H.  Ce 
dernier  restitue  en- 
core au  joueur  mala- 
droit son  jouet,  non 
sans  lui  adresser  (piel- 
que  réprimande  ;  la 
partie  reprend  son 
cours,  mais  une  troi- 
sième fois  le  joueur 
inalliabile  envoie  sa 
balle  juste  sur  le  pa- 
pier que  le  roi  était 
occupé  à  couvrir  d'une 
écriture  fine  et  ser- 
rée. La  mesure  était 
comble  et  Frédéric  If, 
saisissant  le  volant, 
le  fait  disparaître  dans 
les  ju'ofondenrs  de 
sa  poche  ;  l'enfant  de- 
mande qu'on  lui 
rende  son  jouet  et, 
sur  la  réponse  néga- 
tive du  roi,  il  réitère 
sa  demande  mais  n'es- 
suie qu'un  nouveau 
refus.  Se  campant 
alors  résolument  devant  son  grand-oncle,  le  jeune  Frédéric  lui  dit  : 
.(  Plaira-t-il  bientôt  à  Votre  Majesté  de  me  rendre  mon  volant?  Répon- 
dez oui  ou  non.  »  La  légende  ra|)porte  (pie  le  roi,  enchanté  de  la  fer- 
meté de  langage  de  son  i)etit-neveu,  qui  devait  lui  succéder  sur  le 
trône,  lui  rendit  l'objet  de  ses  désirs  en  lui  disant  :  «Tiens,  le  voila 
ton  volant,  je  vois  que  tu  es  un  bi'ave  garçon  et  que  les  Allemands  ne  te 
reprendront  pas  la  Silésie.  »  On  pourrait  dire  que  le  jeu  du  volant  est 
une  excellente  épreuve  p(jur  façonner  la  jeunesse  et  lui  donner  à  la  fois 
l'habitude  du  calme  et  de  la  décision,  car,  pour  réussir  dans  ce  jeu,  i\  con- 
vient de  saisir  le  moment  propice,  sans  courir  et  sans  s'agiter  mal  à  propos. 


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LEJCL  Ub  VOL\Nr  A  ULU\  UA(JLCTlEs 

LAi'llIb     U\r      OIIWCIII       AIlIMiNUI      I>b     \\II«     Ml  (  I  I 


—  'il3 


lit.  —  niirërciils  noms  du  \oli)n(  ■■«'■siillanl  do  son  modo  <l<'  riibi-ioiilioii. 

A  l'oi'ii^iuo,  le  volant  so  coiupusail  siiii|iI('iiiLMil  (ruiic  sorte  de  houclion 
lie    lièi;e    ne    portant    ([ue  deux  plinnes.    Dans  le  ti'ajet   d'une    ra([iu'ltc  à 


J.\'  éca  dtL  Jôlaiit 

On  voit  Jouv/in  viu  C^jtutU,     F.cliaujlW  rliu  uiijfuiie  Ain.jiH 
PoJ- un  mr  ^,ott  et  charr,<^U.      Ûut  l/PiLiiic  rt  U  Ra^iielU    .  .. 


l'autre,   le  volant  tournait  censénieut  sur  lui-uièuie  et  de  là   lui  vient  le 
nom  de  iiilcoliau,  sous  leijuel  il  est  désigné  par  les  Champenois. 

On  se  servait  généralement,  pour  garnir  le  volant,  de  deux  longues 
plumes  de  coq  et  c'est  assurément  à  cette  habitude  que  l'on  doit  le 
nom  de  coquanliii^  sous  lequel  ce  jeu  était  connu  dès  le  règue  de 
François  I". 


—  214 


Dans  (|iiel({U('s  pays,  et  iioturament  dans  l'Anjou,  le  volant  est  appelé 
(jrwdio,  parce  qu'il  était  garni  avec   des  ])]unies  de  pie-grièche,   ou  bien 


UNE  PARTIE  DE  VOLANT  A   LA  .MAISON 
ii'ai'Iiks  i;xK  GiuvuivE  TiHKE  DU  l^eciicil  de  dessus  de  labaticres,  xvii"  sikc.le. 

encore  parce  que  la  disposition  des  plumes  ressemblait  pbis  ou  moins  à 
cet  oiseau. 

Dans  le  Lyonnais,  le  volant  est  appelé  iiicaiulcuu,  parce  qu'il  est 
orné  de  plumes  de  pie,  dont  les  couleurs  blanche  et  noire  sont  placées 
alternativement. 

I\'.  —  Définîlîon  du  jcii  de  vulnnl. 

Dans  VEncyclopéilie  iiiêthodi(jue\  nous  trouvons  la  défmition  suivante  du 
volant  :  »  C'est  un  petit  peloton  de  liège  rond  en  dessous  et  plat  en  des- 
sus. Il  y  a  sur  le  plat  de  petits  trous,  dans  lesquels  ou  fiche  des  bouts  de 
plumes,  disposés  en  pointe  par  le  haut.  » 

Les  règles  du  jeu  ne  sont  pas  laites,  ajoute  l'auteur  d(^  cette  note, 
et  les  joueurs  en  commençant   leur  partie  en  établissent  à  leur  choix. 

Le  jeu  du  volant  présente  cette  particularité  qu'il  est  admis  un  peu 
par  tous  les  gens.  Les  tout  jeunes  enfants  s'exercent  à  faire  sauter  le 
volant  sur  la  raquette,  et  c'est  là  im  excellent  exercice  (jui  les  oblige  à 
conq)ter  le  nombre  de  coups  qu'ils  peuvent  recevoir  la  balle  empennée 
sans  la  laisser  miséral)lement  retomber  sur  le  sol. 

Un  peu  plus  tard,  au  moment  de  l'adobiscence,  les  jeunes  tilles  jouent 
entre  elles  au  volant  et  la  grande  habileté  consiste  à  rester  le  plus  long- 


t(Mii[ts  possiMc  (Ml  |»lac('   cl  .'i   l'ccovoir  le  volniil   soil   en    t''l»;iul;iiil   le  lirns 
s'il  t'sl   l;iiic(''  1111   |)«'u  loin,   soit,  au  cdiilrain',  en   le  ronvoyant  vivcmoiil 


LA  GOUVEPvNAXTE 

Al~ll<frc' /f    IIH/IOW    htpccn-U  Ir  ijaqrrcus   ,fu.'U  prrmttlite 

à    CAu-  .!^„,niy    ?^  r.-c  P.iifaiil  ?e  r.lmnur  ,>  .fou   Volant 


r  A^.:.  .,.,  .r'  /... 


P  D  P. 


d'un  rcvci's  de  main  si!  nienaco  de  passer  pai'-dessus  la  tète  de  celle  tiid 
lient  la  racjuetle. 

Los  «Mdants  particulièrement  habiles  se  servent  de  deux  volants  à  la 
fois  et  les  lancent  en  lair,  de  façon  qu'ils  se  croiseul  au  moment  où  ils 
arrivent  au  |)lus  haut  point  de  leur  course. 

Ce  jeu  est  fort  élégant,  mais  il  exif>e  une  î^rande  habileté,  ce  qui  n'est 
pas  à  la  portée  de  tous  ceux  qui  veulent  se  livrera  cet  innocent  exercice. 


—  216  — 


\  .  —  I.e  volant  an  eorneC. 

Au    commonccmeut    du    dix-noiivième    siècle,    on    inveiitii   le    volnnt 

assis  ou  au  cornet;  ce  jeu 
n'eut  pas  une  bien  lonyiie 
durée,  puisque  dans  dans  un 
recueil  de  182G  il  est  déjà 
considéré  comme  démodé  : 

Dans  cel  amusemont,  on  substitue 
;ï  la  raquette  un  cornet  de  cuir  ou  de 
carton  fixé  au  bout  d'une  baguette  de 
.10  centimètres  de  longueur  environ. 
On  reçoit  le  volant  dans  le  cornet  et  on 
le  l.ince  à  son  vis-à-vis  qui  le  reçoit  de 
la  même  manière.  Ce  jeu  n'est  pas 
aussi  facile  que  le  volant  ordinaire,  il 
est  aussi  moins  répandu. 

On  raconte  (ju'en  1829  la 
duchesse  de  Berry  était  en- 
core une  joueuse  de  volant 
très  distiuf^uée;  elle  comptait 
aisément  jusqu'à  deux  cents 
points  sans  que  le  A'olant 
(ju'elle  recevait  manquât  une 
seule  fois  1  entrée  du  cornet. 
11  existe  encore  une  autre  variété  de  ce  jeu,  moins  connue  que  la 
précédente;  ce  n'est  pins  un  cornet  dont  on  se  sert  pour  recevoir  le 
volant,  c'est  un  bâ- 
tonnet qui  se  ter- 
mine par  une 
pointe,  comme  le 
côté  pointu  du  bil- 
boquet. A  trois  pou- 
ces de  la  pointe  est 
une  embase  ou  ar- 
rêt qui  sert  à  rete- 
nir le  volant  et  à 
l'empêcher  de  glis- 
ser le  long  du  bâton. 
Le  volant,  dans 
cette  variété,  afïecte  une  forme  spéciale,  (l'est  un  anneau  de  bois  dur 
sur  lequel  sont  implantées  des  plumes. 


LE   JEU     UU    VOLANT 

n'APUKS     INR     KSTAMr-l-;     IlK    GIIAVIÎLOT,    XVIII';    SIIXI.K . 


L'NK  PARTIE  DE  VOLANT 

ii'apiiks  unk  LiTiiocmpiiiE  nu   six'  siècle. 


—  217 


\\    —  Avaiilaaos  «lu  j|«mi  <Iii  volaiil  poiii'  la  jciiik'sso. 

L'autour  de  la   Cijiiimdxtiqiic  de  la  jntncxsc.  en  1803,  reconimaiult'  ce  jeu 

CORVÉES   ENFANTIINES 


aux  jeunes  filles;  il  estime  que,  pour  elles,  ce  passe-temps  est  non  seu- 
lement une  agréable  occupation,  niais  un  des  exercices  les  plus  hygié- 
ni(iues  qu'on  puisse  leur  recommander  : 


CAliTE  1>'.U)1U:SSE  UXN  PAPETIEli,  MARCHAND  DE  VOLANTS,  xix»  sikcle. 

Pourquoi  négliger  ce  joli  jeu,  mesdemoiselles,  dil-il;  tout  ce  qui  tlemiinde  de  la  grâce  el  de. 
1,1  légèreté  vousappartienl  si  irilurellemenl  1  Cel exercice  n'a  rien  que  d'aimable;  il  s'accommode 

2^1 


—  2IS  — 
h  tous  les  âges,  à  tous  les  temps  et  à  tous  les  lieux.  Fait-il  beau?  on  s'exerce  en  pleine  cam- 


I.E  VOLANT  Al!  CORNRT,  h'apiik^  unk  i.iTiiiniiupiiiE   i.i;  i.k  I'Iiinck,  1823. 

pagne.  Le  temps  esL-il  mauvais?  un  salon,  un  portique  remplacent  lacampagne,  elles  avantages 


LE  VOLANT  AU  CORNET,  d'aimiks  iwe  kstami'E  dkstimîk  au  jku  iik  la  famasmaoouik,  xix"  sikci.i:. 
sont  les  mêmes,  par  rapport  à  la  salubrité  de  l'exercice,  ce  qui  est  loin  d'èlre  à  dédaigner. 


-  ^il9  — 

Un  autre  agréiiifiit  cncoi'c  de  cet  exercice,  c'est  que  ses  insiruments  ne  sont  ni  difficiles,  ni 
dispendieux  à  se  procurer.  Mais  un  volant  est  bien  fragile,  sa  légèreté  l'emporte  et  l'égaré  quel- 
quefois ;  le  plus  petit  accident  le  froisse,  le  gâte  et  le  rend  incapable  de  servir  une  nouvelle  fois. 
Eli  bien,  on  a  le  plaisir  d'en  f.tire  un  autre  :  le  premier  sera  mal,  très  mal;  on  recommence,  on 
réussit  mieux;  on  réussit  complètement,  et  c'est  un  petit  succès  qui  a  son  mérite  et  sa  gloire. 
Il  n'est  pas  très  difficile,  d'ailleurs,  détailler  un  petit  morceau  de  liège  en  forme  de  cône  obtus, 
de  le  couvrir  par-dessus  d'un  morceau  de  velours  ou  d'autre  étoffe,  de  le  percer  en  dessus  d'une 
douzaine  de  petits  trous,  dans  lesquels  on  dispose,  en  calice,  un  pareil  nombre  de  plumes  uni- 
formes, et  proportionnées  à  la  grosseur  du  cône? 


^  ^a/a.n^. 


En  parcourant  le  recueil  de  M.  de  la  Mésangère,  on  voit  qu'en  1824, 
le  jeu  du  volant  était  revenu  eu  honneur  dans  la  plupart  des  intérieurs 
parisiens  : 

Depuis  quelques  semaines,  on  a  repris  le  jeu  du  volant  dans  les  salons,  on  y  joue  des  heures 
entières,  le  soir  aux  bougies.  Mais  il  faut  des  étages  élevés  et  les  petits  ménages,  qui  veulent 
imiter  les  grands,  jouent  de  côté,  ce  qui  rend  le  jeu  plus  difficile  et  moins  amusant. 

\'1I.  —  Gravures  représentant  le  jeu  du  volant. 


Le  volant  se  joue  ordinairement  avec  une  raquette.  En  étudiant  le  jeu 
de  i)aume,  nous  avons  déjà  parlé  de  cet  accessoire  du  jeu  et  nous  n'y 
reviendrons  pas  ici. 


2:20  — 


On  s'est   servi  ])ieii   plus  fré(|ueiiiineiit  du  battoir  (1)  pour  renvoyer 

le  volant,  surtout  an  sei- 
zième et  au  dix-septième 
siècle;  c'est  un  instru- 
ment de  ce  genre  qui 
est  re])résenté  dans  la 
gravure  de  Stella,  où 
deux  enfants  se  ren- 
voient le  Coc/,anfin,  pen- 
dant que  leurs  petits 
camarades  sont  attelés 
à  un  char  minuscule 
(ju'ils  traînent  conscien- 
cieusement ,  comme  si 
c'était  un  devoir  qui 
leur  incombait.  La  lé- 
gende de  cette  gravure 
dépeint  très  exactement 
la  situation  : 


LE  JEU  DU  VOLANT 

(  Jeudis  de  ma   lanle,  \i\'  sikcle. 


Si  ces  joueurs  n'adressent  bien. 
C'est  que  le  volant  ne  vaut  rien 
Ou  que  la  palette  est  perci-e  : 
Mais  qui  ne  riroit  des  Irav.iux 
Que  soulFrent  ces  petits  chevaux, 
Pour  traîner  cette  carossée. 

Sous  Louis  XIV,  le  volant  était  déjà    garni  d'un  jikis  grand  nombre 
de  plumes,  et  un  graveur  de 

ce    temps    nous    fait    assister  -  ^ 

à  une  partie  de  volant  à  trois, 
où  un  jeune  chevalier  semble 
avoir  bien  de  la  peine  à 
tenir  tète  à  deux  dames. 

Le  jeu  du  volant  se  pra- 
tique généralement  en  plein 
air  ;  toutefois ,  les  joueurs 
adroits,  qui  sont  sûrs  de  leur 
adresse  et   ne   craignent  pas     J'-u  i^es  gu.vces,  dapiiks  um;  litiiugiiaimue  he  victou  adam. 


!l)  C'est  prubublciuent  à  ccUe  nianiùre  de  jouer  au  volant  qu'il  est  l'ait  allusion  dans  les  HislorieKes 
de  Tallenianl  des  Réaux  tome  U,  pape  78,  :  ce  Un  jour  Notent  Hautru,  capitaine  de  la  Porte,  en  jouant  à 
la  paume  ou  au  pros  volant,  avec  le  roy,  luy  cria  :  «  A  vous,  Sire.  "  Le  loy  manqua  :  '  .\li  !  Mainienl. 
dit  Nogenl,  voylà  un  beau  Louis  le  Juste.  »  H  ne  s'en  fascha  point.  ■> 


±21  — 


d'ouvoyer  leur  balle  dans  les  glaces  ou  au   milieu  de  (piel(|uc   étagère, 
peuvent   fort   bieu   faire    une    })arlie    dans    <juel([uo    grande    galerie  ou 
même  dans  un   salon.  C'est  une  scène  de 
ce  genre  que  représente  la  gravure  tirée  de 
la  suite  de  modèles  |)our  tabatières,  qui  a 
été  exécutée  au  dix-sep.tième  siècle,  et  qui 
contient    toute    une    série   de   su,iets    gra- 
cieux. Cbardin,  dans  sa  jolie  gravure  cou-  ..M^W^  ■   > 
nue  sous  le   nom  de   /«   Gouvernante,    nous                       sSbI*!®? 
donne  à  penser  qu'à   son    épo([ue  les  en- 
fants avaient  infaiiment  plus  de  goût  pour 
le  volant  que  pour  l'étude  : 

Malgré  le  minois  liypocrile 
Ell'air  soumis  (11-  cel  enfant, 
Je  jugerais  qu'il  prémédite 
De  retourner  à  son  volant. 

En  1818  on  a  publié  dans  la  série  des 
caricatures  du  Bon  Genre,  qui  était  une  sorte 
d'annexé  de  la  publication  de  M.  de  la  Mé- 
sangère,  une  planclie  intitulée  le  jeu  de  la 
bague  volante  qui  est  également  intéressante 
pour  l'histoire  du  costume  à  cette  époque. 

Le  Journal  des  dames  et  des  nmdes,  pidîlié 
en  1820,  prend  prétexte  d'une  partie  de 
volant  pour  nous  donner  la  représentation 
d'une  élégante  toilette  de  jeune  fdle,  qui 
est  ainsi  désignée  :  «  Ruban  de  satin 
»  dans  les  cheveux;  robe  mousseline  à 
»  côtes  garnie  de  volants  pareils  et  fron- 
»  ces;  canezou  de  mousseline;  teinture  de 
»  velours  sans  bouts.  »  Une  autre  gravure 
de  la  même  époque  nous  représente  deux 
jeunes  filles  dans  un  élégant  costume,  qui 
semblent  fort  occupées  à  ffiire  voler  le 
volant  d'une    raquette    sin*   l'autre.    Enfin, 

vers  1835,  Deveria  a  consacré  une  de  ses  charmantes  lithographies  au  jeu 
du  volant,  et,  dans  cette  image,  les  pantalons  portés  par  le  petit  garçon 
et  la  petite  fille  semblent  taillés  sur  le  même  modèle,  ce  qui  était,  paraît- 
il,  le  dernier  mot  de  l'élégance. 


LA  .lOUF.USE  1)K  VOI,\NT 
i;s  iJNK  unAvi;iiii:  I'UDi.iiciî  dans  i.e  Journal 
des  dames  et  des  modes,  1820. 


222  

^  III.  —  Poésie  sur  le  jeu  du  volanl. 

On  a  fait,  sui'  le  jeu  du   volant,    un  certain  nombre  de  fables,   dont 


m^^ 


LliS   AMUSEMENTS    DE   LA  JtLNESsE 
d'aPIIÈS   une  LITHOGnAPHlE  DE  1850. 


la   moralité,  quelque  peu  puérile,  n'en  est  pas  moins  absolument  recom- 
mandable  : 

Monsieur  F.aiifan  sait  prendre  un  papillon, 
El  croit  n'ignorer  nulle  chose; 
A  l'entendre  surtout,  c'(^stau  jeu  de  volant 
Qu'il  est  savant. 
«  Voyons  un  peu  celte  haute  science,  » 
Dit  le  grand-père  finjoueur. 
Une  salle  est  choisie  ;  en  place  est  chaque  acleur, 
Et  la  partie  enfin  commence. 
Au  premier  coup  le  volant  est  à  bas  : 
C'est  qu'il  faut  être  prêt;  Fanfan  ne  l'était  pas  : 

Au  second  tour  le  jour  l'incommode. 
«  Changeons.  »  Même  succès.  <■  D'après  votre  méthode 
J'ai  voulu  jouer,  voyez-vous; 
Je  le  ferai,  s'il  vous  plaît,  à  ma  mode, 
.    El  je  suis  sûr  de  tous  mes  coups.  » 
Au  liège  épais  un  plus  léger  succède. 
La  raquette  est  bien  lourde  à  présent.  «  Qu'on  me  cède 
Celle-ci.  —  Quoi?  —  La  vôtre,  et  je  vais  vous  lasser. 
—  La  voici.  »  De  son  mieux  il  guette 


224 


Le  volant  qui  s'en  vîlmiI  passer 

Au  beau  milieu  île  sa  raquelle. 
11  regarde,  ô  surprise!  et  ne  voit  au  cerceau 

Pas  un  cordeau. 
«  Quoi,  c'est  avec  ce  bois...  —  Hé  oui  vraiment!  Ecoule. 

De  son  talent  joueur  qui  doute, 

Ne  donne  pas  dans  le  panneau.  » 

IX.  —  I.o  jou  des  grâces. 

Une  dos  variétés  du  volant  est  le  «jeu  des  ji,Tàces  »,   qui  porte  divei>s 

noms;  certains  auteurs  l'ont 
désigné  sous  le  nom  de 
(I  cerceau  volant  »  et,  dans 
la  série  des  images  du  Bon 
Genre,  il  est,  avons-nous  vu, 
(jualifié  de  <i  jeu  de  bagne 
volante  » . 

De  toute  façon,  ce  jeu 
est  d'une  invention  relati- 
vement récente,  puisque 
M.  Paulin  Desornieaux, 
qui  en  a  donné  une  des- 
cription dans  son  recueil 
en  1820,  en  parle  comme 
d'un  jeu  tout  à  fait  nou- 
veau, et  il  ajoute  :  «  nous 
croyons  que  ce  jeu  pren- 
dra faveur.  » 

La  manière  la  plus 
simple  et  la  [dus  habi- 
tuelle de  prati([uer  cet 
exei^ice  comprend  deux 
joueurs  ;  chacun  est  muni 
de  deux  baguettes  de  bois 
léger,  longues  de  deux 
pieds  environ.  La  bague 
ou  ceiceau  volant  est  for- 
mée d'un  petit  cercle  d'osier 
d'un  diamètre  de  15  à  18  pouces.  Le  bois  de  ce  cerceau  est  entoni'é  d'un 
ruban  ou,  ce  qui  est  mieux  encoi^e,  recouvert  d'une  fine  peau  de  cha- 
mois, dont  la  coulure  est  i)lacée  en  dehors. 


UNE  P.VRTIE  DE  GlUCES 

Il'Al'IlKS    UN    UKCUEII.    riE    JKUX    DU     rilHMIKIl    EMI'llli:. 


—  ^23 


La  hH^iic  est  plaiM'o  ;i  r<'xliriiiitù  des  hagueltrs  et  les  joueurs  la 
laucent  en  l'air  ou  levaut  les  liras.  Celui  (\u\  la  reçoit  doit  être  assez 
habile  pour  l'at- 
traper au  vol  et 
l'arrêter  au  moyen 
d'uu  croisement  de 
ses  baguettes. 

Le  jeu  tiic  son 
uoni  des  attitudes 
gracieuses  qu'il 
donne  au  corps , 
mais  il  faut  pour 
cela  que  le  joueur 
soit  d'une  habileté 
consommée,  car, 
s'il  est  mal  joué, 
rien  n'est  moins 
i;racieux  <pie  cet 
e.vercice  et  c'est 
dans  la  manière  de 
recevoir  et  de  lancer 
ce  projectile  que  réside  toute  la  grâce  du  jeu.  Le  plus  souvent  on  joiu'  aux 
grâces   à  deux  personnes   avec   un    seul   cercciui   volant,  mais   on   peut 


LE  JEU   DU   VOLANT 

ij'amu^s  iNi!  Lnriofii'.M'iiii;  hk  hkvkuia,  1S;J2 


UIVEKS  ACCESSOUÎES  DU  JEU  DU  VOLANT  ET  DU  JEU  DES  GRACES 

u'aIMIKS     l'album     U'I'N    FABIUCAM'    DU    l'ULMlliU    EMI'llli:. 

rendre  la   partie  phis  animée  en  em|>loyant  deux  cercles,  de  façon  que 

29 


—  226  — 

chaque  joueur  ait  le  sien;  il  faut  alors  fîiire  preuve  d'uue  grande  habi- 
leté, parce  que  le  cerceau  vohiut  arrive  presque  au  uioment  où  l'on 
vient  de  lancer  celui  que  l'on  avait  entre  les  mains.  Les  joueurs  doivent 
également  prêter  attention  à  ce  que  chacune  des  bagues  volantes  passe 
l'une  au-dessus  de  l'autre  sans  se  rencontrer  en  l'air,  car  alors  elles  tom- 
beraient immédiatement  sur  le  sol  et  la  partie  serait  iuterronquie. 

Lorsque  ce  jeu  n'est  pas  contrarié  par  le  veut  et  ({ue  les  joueurs 
sont  animés  d'un  mouvement  bien  régulier,  on  peut  jouer  (juatre  per- 
sonnes à  la  fois  en  se  plaçant  en  croix. 

C'est,  eu  réalité,  un  jeu  qui  présente  d'assez  grandes  difficultés,  et 
qui  semble  réservé  plutôt  à  radolescence  ;  c'est  ce  qui  expli([ue  probable- 
ment le  peu  de  durée  de  son  existence  et  la  mince  faveur  dont  il  a 
joui  auprès  de  la  jeunesse. 


CHAPITRE    V 


JEUX    DE   BOULES 


Les  billes.  —  i.  Doiinilion. - 
ou  jeu   de  la  fossette.  —  ^i 


•2.  Le  jeu  de  la  dispersion  ou  du  cliastelet.  —  .'i.  I,a  c  Iropa  » 
La  rangelte.  —  5.  Les  f^obilles  au  dix-huitième  siècle.  — 
(').  Dillereiils  jeux  de  billes.  —  7.  Importation  des  billes  étranf^ères.  —  8.  Fabrication  des 
billes  à  Strasl)ourj;.  —  t).  Diverses  représentations  du  jeu  de  billes. 
Le  jeu  de  boules.  —  1.  Délînition.  —  9.  Le  jeu  de  boules  chez,  les  anciens.  —  3.  Inter- 
diction du  jeu  de  boules,  par  l'ordonnance  de  Charles  Y  en  i30i).  — 4-  Anecdote  sur 
Turenne  pris  comme  arbitre  dans  une  partie  de  boules.  —  5.  Les  boulingrins  au  dix- 
huitième  siècle  en  .Angleterre.  —  G.  Le  cochonnet.  —  7.  Le  jeu  de  boules  d'après  les 
estampes  des  dix-septième  et  dix-neuvième  siècles.  —  8.  Le  jeu  du  clos-porte.  — - 
9.  Poésies  sur  le  jeu  de  boules.  —  10.  Tableaux  célèbres  représentant  le  jeu  de  boules. 

Le  jeu  de  billard.  —  1.  Origine  commune  du  jeu  de  mail  et  du  jeu  de  billard.  — •  2.  Le 
jeu  de  billard  au  seizième  siècle.  —  3.  l.,ouis  XIII  et  le  jeu  de  billard.  —  /j.  Définition  du 
jeu  de  billanl  au  dix-septième  siècle.  —  5.  Louis  XI\'  et  Chamillard.  —  ('>.  Le  billard  de 
Louis  XI\',  d'après  une  estampe  de  Trouvain.  —  7.  Formes  et  matières  diverses  du 
bâton  ser\ant  à  pousser  les  billes.  —  8.  Le  jeu  de  billard,  d'après  ^'an  Lochom.  —  9.  Les 
billards  publics  au  dix-septième  siècle.  —  10.  La  salle  de  billard  du  château  des  Tuile- 
ries au  moment  de  la  Révolution.  —  1 1 .  Le  billard  allégorique  de  M.  de  La  Fontaine.  — 
12.  Le  jeu  de  la  poule  au  billard.  —  i3.  Le  jeu  de  la  Montoison  en  i8t>i.  —  14.  Billards 
à  musique.  —  l5.  lîillards  à  bandes  mobiles.  —  ifi.  Diverses  matières  servant  à  former 
les  tables  de  billard.  —  17.  Représentations  artistiques  du  jeu  de  billard.  —  18.  Les 
règles  du  jeu  de  billard  mises  en  vers. 

Les  quilles.  —  1.  Le  jeu  des  piquets  chez  les  Romains.  —  2.  Le  jeu  des  couteaux.  — 
3.  Les  squils  à  l'époque  carolingienne.  —  4-  L^s  quilles  au  quatorzième  siècle.  ■ —  5.  Les 
quilles  à  pirouette.  —  (').  Roileau  réputé  un  habile  joueur  de  quilles.  —  7.  De  l'utilité 
du  jeu  de  quilles  pour  développer  l'adresse  des  enfants.  —  8.  Le  jeu  des  quilles  suspen- 
dues. —  9.  Diverses  représentations  du  jeu  de  quilles.  —  10.  Poésie  sur  le  jeu  de  quilles. 

Le  jeu  de  Siam.  —  1.  Disposition  de  ce  jeu.  —  2.  Supériorité  du  jeu  de  Siani  sur  le  jeu 
de  quilles.  —  3.  Origine  tlu  nom  donné  à  ce  jeu. 


PREMIERE    PARTIE 


LES   BILLES 

I.   —  Déflnilioii. 

OLK  désii!,ner  les  billes,  telles  que  nous  les  connais- 
sons actuellement,  on  employait  autrefois  le  nom  de 
«  gobilles  »  ;  ce  sont,  dit  l'auteui-  de  V Encyclopédie , 
de  petites  boules  de  pierre  ou  tXi^  marbre  qu'on 
lance  violemment  avec  le  pouce  en  les  ajustant  contre 
une  autre  gobille  ;  l'adresse  consiste  à  frapper  de 
et    à    cliasser    la   bille    de    son    adversaire. 


228  


II.  —  Le  joii  «le  la  «lispersioii  ou  du  eliaslelel. 

Le  jeu  (le  l)ilk'S  est  loin  d'être  nouveau  ;  il  était  très  counu  des 
aneiens,  et  Ovide,  dans  le  Nn//ei\  donne  la  description  d'un  amusement 

appelé  ((  jeu  de  la  dis- 
persion »  ,  (pii  est  la 
véritajjle  repi'ésentation  du 
jeu  du  c//a.sfekt. 

Une  des  formes  les 
plus  connues  du  jeu  de 
billt's ,  au  dix-septième 
siècle,  était  ce  jeu  du 
clnixlelcl  :  un  enfant,  de- 
bout, disperse  -les  noix 
d'un  coup  bien  ajusté  ou 
penché  et,  jouant  avec 
les  doigts,  les  gagne  en 
deux  ou  trois  coups. 
Onatre  noix  suffisent  à 
ce  jeu,  la  quatrième  étant 
superposée  aux  trois 
autres. 

Les  auteurs  ne  sont 
pas  d'accoi'd  pour  savoir 
si  les  Romains  ont  connu 
les  billes  taillées  et  façonnées  telles  que  nous  nous  en  servons  aujour- 
d'hui. M.  Bec(j  de  Fou(]uières  incline  à  croire  cpie  les  anciens  ont  comiu 
les  véritables  billes. 

Lorsqu'elles  cunsislaicnl  siinplcnienl  en  pdiles  pierres  de  peu  de  valeur,  dil-il,  ils  ne  lui 
donnaient  pas  de  nom  particulier  el  se  conientuient  de  les  appeler  de  petites  pierres  rondes 
polies  ;  mais  lorsque  Fart  y  ajoutait  son  travail,  comme  on  se  servait  sans  doute  de  matit'i'es 
plus  prr'cieuses,  telles  que  l'onyx,  l'ag^ati',  le  marbre  veiné,  on  les  nommait  ocellala. 

Suétone  dit  que  l'empereur  Auguste,  pour  se  délasser  l'esprit,  s'amu- 
sait à  jouer  aux  osselets  et  aux  noix  avec  de  jeunes  enfants. 


m.  —  I,a  «  Irupa  »  on  jeu  de  la  fossette. 


LE  JEU  DE  UILLES  AU  CEliCLE 
fi'Ai'HKs  LE  Kindempeel,  de  katz,  xvi|0  sifxi.E. 


Les  anciens  Grecs  prati({uaient  le  jeu  de  la  «  tropa  »,  ([ui  consiste,  dit 
Pollux,    à  atteiiidi'e  une  petite  fosse  au  moyen    de  glands   ou    de   chà- 


Li:s  nivEiiS  JEUX  ue  billes 

u'ai'Uès  les  coMi'OsmoNs  dk  claiiiinf,  BorzoxxEi-  stella,  xyiiiî  siècle 


—  230  — 

taigues  contenues  dans  la  main  et  de  faire  enti-er  dans  cette  petite  exca- 
vation le  plus  grand  nombre  de  fruits  possible. 

A  Athènes,  les  représentations  des  pièces  avaient  lieu  aux  Diony- 
siaques, épcxjue  de  joie  et  de  liberté  pendant  laquelle  on  se  livrait  à 
tous  les  jeux  ([ue  Ton  pouvait  imaginer  pour  se  divertir.  La  représen- 
tation dramatique  avait,   par  elle-même,    quelque  chose  d'une  solennité 


LL  JLL   UL  LA  13L0(JLE11E 

ri'Ai'IlKS  l'.MÎ    lillAVUllK   D1-:  C.    KlinAll,    X\n<^    SIIXLE. 


religieuse,  et,  en  sortant,  on  éprouvait  le  besoin  de  se  délasser  l'esprit. 
On  jouait  alors  sur  les  promenades,  sur  les  places  publiques,  autour  des 
temples  même  à  tous  les  jeux  connus,  d'adresse  et  surtout  de  hasard. 
Dans  un  fragment  tiré  des  Séiipliiens,  de  Cratius,  il  est  dit  :  «  A  ceux 
qui  sortent  du  théâtre,  il  est  permis  d'envoyer  dans  la  fossette.  »  Ceci 
donne  à  supposer  que  ce  jiui  était  en  grande  faveur  auprès  des  Athé- 
niens. 

Nous  man([uous  com[)lètement  de  renseignements  sur  l'fMnploi  des 
billes  pendant  tout  le  Moyen  Age. 

Le  nom  de  bille  ou  billette  existe  cep(!iidant,  mais,  avant  le  seizième 
siècle,  il  désignait  spécialement  le  jeu  de  quilles  qui  présentait  une  grande 
analogie  avec  le  primitif  liillar-d  en  terre.   Lr  mot  bille  (h'rive  de  billette, 


—  231 


mut  (jiii  servait  aiitix-lViis  à  (l('sii;iiei'  iiu  Iruur  (m  une  ti!j,c  (h;  bois  (tu  d{\ 
inctal  de  diflercnte  grnssour. 

Dans  les  inventaires  du  (juinziènie  el  du  seizième  siècle,  il  est'souv(M)t 
([uestion  de   nienl)les  exécutés 
pour  jouer  aux  Idlles,  mais  il 
faut   évidennueut    voir   par  là 
des  espèces  de  billards  : 

1492.  —  2  aulnes  3  quarts 
drap  vert-gay  pour  faire  bu- 
reau et  celui  atacher  et  cbjuer 
sur  une  table  en  la  cluunbre 
dud.  Sgr.  à  jouer  aux  billes, 
4  I.  IG  s.  3  d.  t. 

3  aulnes  drap  vert-gay 
pour  couvrir  une  table  d'en- 
viron 10  piez  pour  servir  en  la 
cliaudjre  dud.  Sgr  à  jouer  aux  M 
billes,  103  s.  t.  (10  Cpte  roy. 
de  P.  Briconnet,  f.  29  et 
30.) 

1500.  —  Une  table  pour 
jouer  à  la  bille,  couverte  de 
veloux  tanné  dont,  du  vivant 
du  feu  roy  (Chai'les  VIII),  en 
fut  robbé  bien  la  tierce  partie.  (luven.  d'Anne  de  Bretagne,  189.) 

1550.  —  A  Marcel  Frérot,  menuisier,  pour  un  jeu  de  bille  quil  a  faict 
en  la  salle  du  bal  an  chasteau  d(»  Blois.  (Cpte  roy.,  cit.  Laborde,  Glossaire.) 

1\',  —  La  raiig-elte. 

En  arrivant  au  dix-septième  siècle,  nous  voyons  dans  la  suite  des 
gravures  des  quatre  âges  de  Ibomnie,  dues  au  burin  d'Abraham  Bosc,  ({ue 
le  jeu  de  billes  était  considéré  comme  un  des  principaux  jeux  de  l'en- 
fauce  ;  d'autre  part,  dans  la  série  des  jeux  publiés  par  Stella,  se  trouve 
une  planche  spéciale  consacrée  au  jeu  de  la  »  rangette  »;  les  six  vers  pla- 
cés au-dessous  de  l'image  nous  expli(pient  ce  genre  d'exei'cice  d'adresse. 

Ils  visent  tuus  à  ces  monceaux, 

Qu'entre  eux  ilz  noment  des  cliaste.'iux 

Pour  en  jelter  quelqu'un  par  terre  ; 

Quel  qu'il  soil  il  n'importe  pas, 

Car  tout  est  pris  de  lione  guerre 

Pourveu  qu'(in  rn  nielle  un  à  bas. 


LEJKU  Dli  LA  GODILLE 
i:ne  estami'K  de  ouavelot,  wm'^  siècle. 


—  232  — 

La  même  îirlistc  a  consacré  au  jeu  de  Ijilles  deux  autres  planches  : 
la  fossette  (ma:  tioi/aii.r,  (jui  est,  en  réalité,  le  jeu  de  la  bloquette  ou  de 
la  tropa  grecque,  et  le  jeu  île  la  fossette  ahnple^  qui  est  joué  avec  neuf 
pots  et  présente,  p;ir  sa  disposition,  une  grande  analogie  avec  la  balle 
au  pot. 

V.  —  I>es  g-obilles  au  <li.\-Iiuitit>uic  .siècle. 

Sous  Louis  XV,  le  jeu  de  billes  continue  à  être  très  en  faveur  sous 
le  nom  de   «  jeu  de  la  gobille  »  ;  c'est,  en  effet,  par  abréviation  du  mot 


LA  SORTIE  DE  L'ECOiE  . 

rr.VI'KK.S    UNE  GIIAVCIIH    Dl-     I.'kCOLE    AN'C.HISE,  XV[H"  SIÈCLE. 


fjobille  i[ue  nous  avons  fait  le   mot  hille.  Le  mot  ijulnlle  venait  lui-même 
du  mot  f/lohilles^  signifiant  petit  r/lolie. 

Les  billes,  telles  qu'elles  sont  manufacturées,  sont  de  petites  boules 
de  terre  cuite,  de  pierre  ou  de  marbre  parfaitement  rondes. 


Z^  FOSSETTE  cni  le  Jew  d&  NOYjLUX.  . 

n'APUÈS   UNE  OUAVUIIE   IlE  Alii.   W.  SAlNT-Al  IllN  TlllÉE   DE   LA  SCIÏE  (Us  }lHHs  l'olisson^  de  PoriS,  XVTIie   SIÈCLE. 

30 


234 


VI.  —  Diirôrenls  jeux  de  billes. 


La  règle  du  jeu  de  billes  est  des  plus  simples  :  il  s'af^it  de  faire 
sortir  du  cercle  une  ou  plusieurs  billes  au  moyen  d'une  autre  bille 
chassée  violemment  à  l'aide  des  deux  premiers  doigts  de  la  main. 

Les  billes  sont  le  billard  des  enfants  :  il  y  a  une  seule  blouse,  qu'on 
appelle  le  pot  ;   c'est  une  petite  excavation   creusée  en  terre  ;    un    des 


Uly     ^^MA^/^. 


joueurs,  placé  à  une  distance  convenue  du  pot,  tâche  d'y  l'aire  entrer 
sa  bille,  en  la  roulant. 

Il  existe  un  grand  nombre  de  manières  de  jouer  aux  billes,  et  l'un  des 
modes  les  plus  attrayants  est  désigné  sous  le  nom  àçr pont  des  neuf  arches  ; 
c'est  une  sorte  de  jeu  du  trou-madame,  puisque  le  joueur  doit  faire 
passer  sa  bille  sous  de  petits  arceaux  numérotés,  et  qu'il  paye  une 
redevance  au  péager  chaque  fois  qu'il  touche  une  des  arciies  du  pont. 

On  joue  aussi  au  biit^  c'est-à-dire  à  frapper  une  bille  placée  à  une 
certaine  distance.  Dans  le  jeu  de  la  poursuite,  les  deux  adversaires 
cherchent  à  atteindre  leurs  billes  en  marchant  toujours  en  avant.  Le 
jeu  du  cei'cle  et  celui  du  triangle  sont  la  manière  la  plus  habituelle  de 


pratiijiic'i"  lo  jeu;  [loiir  i^agncr  1rs  Itillcs  phicrcs  au  ceulre  de  la  ligiu'i; 
géoméh'iquo,  lo  joueur  doit  les  l'aire  sortir  en  les  frap|)€Uit  avec  eclle  qu'il 
lance  avec  les  doigts.  On  joue  aussi  au  jeu  des  fortilicatious,  ([ui  est 
composé  de  plusieurs  cercles  concentriques.  Notons,  enfin,  les  jeux  de 
la  ])l(t([ueUe,  du  |)ot  ci  de  la  tapette. 

VII.  —  Iiiiporinluui  «les  billes  éCraiig'èrcs. 

Autrel'ois,  la  Hollande  avait  la  s[)écialité  de  la  fabrication  des  billes, 
où  elles  étaient  confectionnées  avec  des  fragments  d'albâtre,  de  marbre 
ou  de  i»ierre   au  moyen  d'une  sorte  de  moulin  de  fer  dans  lequel  elles 


UNE  l'AUTlE  DE  BLOQUETTE 

i>'ai'iii':.s  uni;  i.niiOGiiAi'iiiE  ije  I'Igai.,  .vix=   siècle. 


s'arrondissaient  ;  elles  étaient  ensuite  projetées  à  travers  des  trous  d'un 
diamètre  différent. 

Des  cargaisons  de  ces  billes  étaient  expédiées  dans  toutes  les  villes 
d'Europe. 

Dans  un  journal  de  182(j,  le  Bon  Génie ^  on  nous  dit  que  les  billes 
de  marbre  viennent  d'Alleiuagne  ;  elles  sont  taillées  dans  le  marbre  de 
Steinbacb  ;  les  billes  en  agate  sortent  de  la  manufacture  d'Obersteiu, 
dans  le  Palatiuat. 


—  ^3U  — 


VIII.  —  Fabrication  des  billes  à  Strasbourg;. 

Nos  industriels  français  ont  fait  de  sérieux  efforts  pour  ramener  en 
France  ce  genre  de  fabrication  ;  nous  trouvons,  en  effet,  dans  les  bre- 
vets d'invention  à  la  date  du  11  mai  1840,  la  description  des  procédés 
employés  pour  la  fabrication  des  billes  par  M.  Enghelbardt,  à  Stras- 
bourg. Ces  billes,  dont  quelques-unes  étaient  en  marbre,  étaient  dési- 
gnées sous  le  nom  de  cliigues  ;  pour  arriver  à  fournir  aux  enfants  ces 
petites  splières  si  utiles  à  leurs  amusements,  il  fallait  faire  subir  à  la 
matière  première  cinq  opérations  successives  : 


PnEMMiliE     OPÉIUTION    :    LE    CASSAGE. 


—  Consiste  à  casser  les  gros  mor- 
ceaux de  minéraux  calcaires  en 
petits  morceaux  d'une  grosseur  telle 
que  cliacun  d'eux,  après  sa  ré- 
duction en  globe,  peut  donner  le 
diamètre  désiré. 

Cette  opération  est  exécutée 
sur  les  lieux  mêmes  de  la  carrière, 
avec  des  marteaux-masses  à  l'ins- 
tar de  ceux  dont  se  servent  les 
cantonniers  sur  les  routes. 


Deuxième  opéhation  :  décapage. 
—  Consiste  à  enlever  les  plus 
fortes  aspérités  des  morceaux  pré- 
parés, à  leur  donner  un  commen- 
cement de  forme  ronde. 

Cette  opération  est  exécutée  au 
moyen  d'une  pierre  meulière  mise 
en  mouvement  par  un  moteur  ({uel- 
conque. 

Tiu)isiEJiE  oPEUATio.v  '.  DÉGUossissAGE.  —  Cousistc  à  donucr  un  conmieu- 
cement  de  rondeiu'  aux  calcaires  par  le  moyen  du  frôlement  sur  eux- 
mêmes  et  encore  contre  des  cylindres  en  pierre  dure. 

OuATitiEME  opÉiiATioN  :  AiuîoNDissAGE.  —  Cousistc  l\  arrondir  complète- 
ment les  calcaires  par  le  frôlement  sur  eux-mêmes.  On  opère  pendant 
quebpie  tem[ts  l'arrondissage  par  le  frôlement  seul  ;  alors,  après  avoir 
extrait  du  tonneau  toute  la  poussière  qui  s'est  détachée  des  calcaires, 
on  y  introduit  une  petite  quantité  démeri  en  petits  morceaux  de  la  gros- 


;;;;^.^  i\ÉiJtm§^^'^^gi> 


LA  PAIiTlU  DE  BILLES 

d'aIMIÈS  U.NE   LlrHOGllAIMIIli   DE  LOUIS  LASSAI.I.K,  XIX"  SIKCLF 


—  238  — 

seiir  d'une  lentille,  ce  qui  achève  précipitîiinnient  i'arrondissaf:,e  et  donne 
le  «poli  mat. 

CiNouiÊME  opÉnATioN  :  Pour  le  poli  luisant,  le  cylindre  en  jtierre  est 
remplacé  par  un  cylindre  en  bois  couvert  de  zinc.  Si  ce  sont  des  fi,lobes 
en  marbre  blanc,  on  introduit  dans  l'appareil  une  petite  quantité  de 
poussière  d'émeri.  Si  ce  sont  des  globes  en  autre  marbre  ou  eu  pierre 
calcaire  nuancée,  on  met  une  petite  quantité   de  poussière  d'étain. 

IX.  —  Diverses  représentations  du  jeu  de  billes. 

Au  point  de  vue  de  la  représentation  artistique  du  jeu  de  billes,  nous 
pouvons  signaler,  en  dehors  de  la  planche  de  Stella,  qui  représente  le 
jeu  de  la  rangette,  une  fort  belle  gravure  d'Errar  où  sont  représentés 
six   enfants,  sur  une  terrasse,   jouant  à  la  bloquette. 

Un  graveur  du  dix-huitième  siècle,  Auguste  de  Saint-Aubin,  a  consacré 
une  des  planches  de  la  suite  des  jeux,  intitulée  :  les  Jeux  des  petits  polissons 
(le  Paris,  au  jeu  de  la  fossette  ou  jeu  des  noyaux;  il  a  placé  la  scène  vrai- 
semblablement au  pied  de  l'observatoire  de  Catherine  de  Médicis,  qui  était 
appuyé  contre  l'ancienne  halle  aux  blés,  et  l'on  aperçoit  trois  jeunes 
bambins  discutant  gravement  un  coup  de  bloquette,  tandis  qu'un  peu 
plus  loin  deux  de  leurs  petits  camarades  emploient,  pour  se  convaincre, 
des  arguments  infiniment  moins  ])arlementaires. 

Au  dix-neuvième  siècle,  Pigal  a  reproduit  également  le  jeu  de  la 
bloquette  dans  une  gravure  intitulée  :  x  Mon  apprentissage  ».  On  aper- 
çoit trois  gamins  et  une  fillette  qui,  au  lieu  de  prendre  le  chemin  de 
l'atelier,  préfèrent  exercer  leur  adresse  au  jeu  de  billes. 

La  représentation  de  ce  jeu  a  tenté  quelques  artistes  et  on  put  voir, 
au  Salon  de  1843,  un  groupe  de  marbre  de  M.  A.  l-'amin  ;  ini  tableau 
de  Jean  Fezons  a  figuré  au  Salon  de  t85U. 


LE  JEL  DES  blLLES 

UAI'llÉS  VICTOU   AtlAM,  XIX*  SIKCLt. 


—  ^39  — 


DEUXIEME   PARTIE 


LE   JEU    DE    BOULES 


I.  —  Définition. 

Co  jeu  se  joue  ù  terre  avec  des  boules  qu'on  tâche  de  pousser  le  plus 
près  possible  d'uu  but  déterminé  :  c'est  le  jeu  des  f>rosses  boules. 

Une  autre  manière  de  se  livrer  à  ce  divertissement  est  le  jeu  du 
«  cochonnet  »,  ainsi  noniiné  du  nom  d(^  h»  petite  boul(>  qui  doit  servir 
de  but. 

II.  —  Le  jiou  de  boules  chez  les  nneiens. 

Le  jeu  de  boules  a  été  connu  des  Grecs  et  pratiqué  chez  eux  comme 
im  des  exercices  les  plus  salutaires  parmi  ceux  en  usage  dans  h>s  gymnases. 

Nous  trouvons  (|ucl(|ues  renseignements  sur  ce  jeu  dans  un  écrit 
d'Oribase,  médecin 
grec ,  qui  naquit 
vers  Tan  325  après 
Jésus-Christ.  Il  dis- 
tingue plusieurs 
espèces  de  boules  : 
une  petite  ,  une 
moyenne,  une 
grosse  et  encore 
vnie  plus  grosse,  et 
enfin  une  ]>oul<^ 
creuse.  La  grosse 
boule  était  portée 
au-dessus  de  la  tête 
et  le  joueur  devait  parfois  marcher  sur  la  pointe  des  pieds  ;  dans  d'autres 
circonstances,  il  sautait  en  lançant  la  boule,  de  façon  à  produire  une 
force  plus  considérable. 

il  semble  qu'à  cette  époque  primitive,  le  jet  de  la  boule  a  été  considéré 
simplement  comme  une  manifestation  plus  ou  moins  brutale  de  la  force; 
il  s'agissait  uniquement  d'envoyer  la  boule  le  plus  loin  possible  de  son 
point  de  départ;  c'était,  en  somme,  quelque  chose  d'analogue  au  jet  du 
disque. 

Plus  tard,  vers  l'époipie  romaine,  le  jeu  se- transforma  ;  on  cherchait 


LEJIiU  UE  BULLES 
Fi'.M'iiÈs  OLAW^  MAGMIS,  wi'  sikcle. 


—  240  — 

moins  la  force  (Jik»  l'adresse  et  pour  être  déclaré  vainqueur,  dans  ce  jeu,  il 
fallait,  à  l'aide  d'une  boule,  arriver  le  plus  près  possible  d'un  but  déterminé. 

III.  —  Iiitcrdielîoii  du  jeu  <1o  boules  pai-  rordoiiuaiico 
de  Charles  \'  en   i:t(>9. 

En  France,  le  jeu  de  boules  fut  très  en  honneur  pendant  tout  le  Moyen 
Age;  le  public  s'y  adonnait  même  avec  tant  de  ferveur-  qu'une  ordon- 
nance fut  rendue  à  ce  sujet.  Le  23  mai  t369,  Charles  V  fit  défense  à  ses 
sujets  de  continuer  à  se  livrer  au  jeu  des  boules;  il  ordonnait  aux  séné- 


UNE  PAliTIE  DE  I{(jULES 

l'IlK!?  l'NE   GIIAVUIIE    DE  VAN   I.OCHOM,   XVII"   SIÈCLE. 


chaux  et  aux  baillis  de  faire  renq)]acer,  dans  toute  l'étendue  de  leiu' 
juridiction,  les  jeux  de  boules  par  des  tirs  h  l'arc  et  à  l'arbalète,  qui 
avaient  l'avantage  d'exercer  les  jeunes  gens  au  métier  de  la  guerre.  Des 
récompenses  étaient  données  comme  encouragement  aux  plus  habiles 
tireurs,  tandis  qu'une  amende  de  40  sous  parisis  frappait  les  amateurs 
récalcitrants  de  l'ancien  jeu  de  boules. 

Malgré  tous  les  édits  royaux,  il  est  à  supposer  que  le  jeu  de  boules 
continua  à  être  pratiqué  dans  toutes  les  gi-andes  villes,  et  les  vastes  espaces 
situés  {très  des  remparts  étaient  particulièrement  pro[)res  à  ce  genre 
d'exercice. 

Plusieurs  étymologistes  ont  voulu  proliter  de  cette  coïncidence  jtour 
trouver  là  l'étymologie  si  contestée  du  mot  bovlevanl ;  ils  l'ont  fait  venir 
de  la  juxtaposition  des  deux  mots  «  boule  vert  >>  ou  »  verds  »,  mais  cette 
opinion  nous  paraît  bien  contestable. 


—  i'il  — 

I\  .  —  Aiic<mI4>I<>  sni*  ■l'iii-ciiiif  pris  «•oiniiic  nrbid'C 
«liiiis  iin<>  psirtic  <lf  boules. 

On    ne    |>('iit    nianqiici'  ;iu    sujet    du  jeu   de   ])onles   de    rapiioi-lei"   \a 


TLRENNE  PIUS  COMME  AlililTUE  DANS  L.NE  PARTIE  !JE  liOLLES 

(XVII"    SIÈCLE.) 


fanieuso    anecdote    d'une   partie,    dans   la(|uelle   Turenue     joua    le    rôle 

d'arbitre  : 

Il  passail  un  juiir  près  d'une  compagnie  d'arlisans  qui  jouaient  à  la  boule  el  il  s'arrèla  pour 
les  regarder.  Sui'vint  un  coup  difficile  qui  mil  toute  la  bande  en  émoi  et  en  contestation.  Le 
vicomte,  speclaleur  désinléresfi',  fut  pris  pour  juge.  11  y  consenlil  sans  façon,  mit  un  genou  en 


—  ^'rl  — 

liM're,  mesura  1rs  ilislniicos  avec  sa  canne  cl.  prononça.  Celui  conlre  qui  il  avail  prononcé  se 
fàclia,  au  poiul  de  lui  dice  quelques  injures.  Turenne  ne  dil  rien,  cl,  croyant  même  s'èlre  trompé, 
il  se  remettait  bonnement  à  mesurer  une  seconde  fois,  quand  des  officiers  (jui  le  cherchaient 
l'ahordèient,  lcmoi,i,'nant  leur  surprise  do  trouver  Monseigneur  dans  cette  posture.  Ce  mol 
ouvrit  les  yeux  des  joueurs,  el  celui  qui  l'avait  injurié  se  jeta  aux  pieds  de  Turenne  :  «  Ah  1  si 


On  vint  Ivy  Ca'vaJt^r^  fj-a7woù- 


e  quille 


•'Et  jmrrnpU  et  i-ejii 


j'avais  su,  disait-il,  en  implorant  son  pardon,  si  j'avais  su  que  c'était  vous  Mouseiu'iieur! 
—  Eh!  mon  ami,  dit  Turenne  en  le  relevant,  vous  deviez  être  poli  envers  qui  que  ce  rùl,el 
surtout  à  l'égard  d'un  juge  que  vous  aviez  choisi,  cl  qui,  croyez-moi,  ne  voulait  pas  vous 
tromper  (1).  » 


(1,1  Kilniinnl  l'^ 


I-,  Ilinli,irc(U':i  Jiiiiftx  cl  (Icsjeiii-  ircnf.inis.  pA'^r  170.  l'ai-is,  Dcnlii,  tSS'.'. 


X 
O 

h 


e/5 


8 

a 
"3 

o 


—  2i;]  — 

V.  —  I,es  l>oiiliii»riiis  nii  iliv-hiiili^inc  siOc-le  en  Aiiah^U'iTt-. 

Le  JLMi  (le  ])onlos  iMait  très  en  r.-ivoni'  en  Aiiglotoi-re  ù  la  fin  du  dix- 
huitième  sièel(>,  et  les  mémoires  d'Hamillou  donnent  à  te  sujet  quelques 
renseignements  curieux  : 

Le  jeu  ili"  boules,  en  Angleten-e,  n'esl  d'usage  que  iliins  les  belles  saisons  et  les  lieux  où  on  le 
joue  sont  des  promena  les  délieieuses.  On  les  appelle  boulingrins;  ce  sont  de  petits  prés  en  carré, 
dont  le  gazon  n'esl  guère  moins  uni  que  le  lapis  d'un  billard. 


VI.  —  I,e  coclioiiiiet. 

Le  jeu  du  cochonnet  n'est  qu'une  variété  du  jeu  d(.'  boules,  puisqu'au 


LZ  Jeu  de  Cochonet 

Craue  à  après  te  Tablediu  Orini/iol  c)e  même  oronàeur  Peint  par  Dauii)  Teniers . 

lien  d'atteindre  nu  but  fixé,  il  consiste  à  .se  rapprocher  le  pins  près  pos- 
sible dune  boule  plus  petite,  toute  clouée  de  fer  et  facilement  recon- 
iiaissable  à  cette  sorte  de  cuirasse  qui  la  recouvre. 

Le  jeu  du  cochonnet  a  été  reproduit  dans  un  fort  beau  tableau  de 
D.  Téniers,  qui  a  été  i^ravé  plusieurs  fois,  et  surtout  par  Angèle  Moitte,  qui 
l'a  représenté  d'une  manière  fort  intéressante. 

Dans  une  espèce  de  jeu  d'oie,  publié  en  1784  sous  le  nom  de  :  iSun- 


—  244  — 

veau  jeu  chi  Jiiif\  on  trouve  la  reproduction  du  jeu  du  cochonnet,  dont  les 
règles  sont  ainsi  formulées  : 

Près  dp  CPlle  petite  boule 
Fort  doucement  la  grosse  roule. 
A  sa  marche  on  est  attentif, 
Petit  cochon  vaut  tout  le  niif. 

VII   —  Lt'  joii  de  boules  «Papri^s  les  eslainpos  ilii  t1i.\-.septit>inc 
au  <li\-ii<Mivi(^ino  siOele. 

Van  Lochoin,  dans  sa  suite  Dos  hcaiix  et  q/en  adroits  joueurs  <Jo  toutes 


LE  BEAU  SEJOUR  DES  JOUEURS  l)E  BOULES 

d'après  une   estampe  du   XVII»  SIKCLE. 


sortes  (le  jeux,  a  donné  la  n'présentation    d'un   jeu  de  houles,  (|ui  devait 
être  évideiunient  le  jeu  du  cochonnet  :  des  personnages  grotesques  dans 


—  245  — 

I(>  i;tMii'e  (IcHlalldt  sont  occupés  ù  liincer  des  lunules  dans  une  sorte  de  petit 
olos  et  ch(>rehent  à  atteindre  le  hut  qui  est  figuré  par  une  boule  d'un  [»his 
]»etit  diamètre,  placé(>  à  l'autre  extrémité  du  jeu. 

Uu  peu  plus  tard,  un  graveur,  Lenfant,  a  donné  une  intéressante 
composition  intitulée  :  Le  beau  srjour  des  joueurs  de  houles  :  deux  camps 
sont  divisés  pai'  une  balustrade;  au  premier  plan,  on  aperçoit  un  gen- 
tilhomme occupé  à  vérifier  un  coup  douteux;  le  second  camp,  placé  dans 
le  lointain,    présente,    à  côté  des  jcjueurs,    une    collation   abondamment 


servie  qui  ne  devait  pas  être  une  des  moindres  attractions  de  la  partie. 

En  1G89,  Arnoult  a  ]»ublié,  chez  Bonnard,  une  estampe  intitulée  :  Le 
jeu  de  bhule,  qui  représente  un  jeune  seigneur  et  deux  fdles  de  noble 
maison  qui  semblent  bien  plus  préoccupées  de  leur  toilette  et  de  leur 
coifTure  que  du  jeu  qui  a   été  le  prétexte  de  cette  composition. 

A  la  fin  du  dix-septième  siècle,  ou  a  fait  une  caricature  intitulée  :  Le 
Jeu  de  boules  de  la  Chicane,  qui  représente  tous  les  avocats  fameux  de 
répo([ue  jouant  au  cochonnet,  tandis  qu'un  de  leurs  confrères,  se  dissi- 
mulant dans  un  coin,  renouvelle  un  des  incidents  fréquents  dans  les 
tableaux  de  Téniers. 

Il  doit  y  avoir  évidemment  un  rapport  entre  cette  estampe  et  le  pro- 


—  a'io  — 

loj;ue  (lu  I)ii'iirri\   do   R«'<;n!ir(l,   jouô   on    dOHS,    »l;iiis   lo(|iu'l   Ju[»itor   se 
plaint  davoii'  étô  dôponillo  par  (|iiatro  piwtcin'oni's  : 

AnLLiijL'iN.  —  Ah  !  monsieur  Jupiler,  un  gentilhomme  comme  vous  aux  troisièmes  loges? 

JiTiïEa.  —  Je  me  suis  amusé  en  venant  à  jouer  à  lu  boule  aux  Pelils-Carreaux  contre  quaire 
procureurs  qui  ne  m'ont  laissé  que  trente  sous. 

Arleouin.  —  Oii  diable  vous  cles-vous  fourré  là?  Ces  messieurs  savent  aussi  bien  rouler  le 
bois  que  ruiner  une  famille. 

Dans   les   derniôi-es   annôos   dn   dix-hiiitiôino   siècle,   (lai-lo   Vornet  a 


publié  un  cliarniant  dessin,  qui  a  été  i'e|n'oduit  p.U'  Dehucouit,  et  qui  est 
un  véritable  tableau  de  f;eiu'e  :  il  représente  un  jeu  de  boules,  dont  les 
acteurs  suivent  avec  intérêt  les  émouvantes  péripéties;  le  cliien  lui-même, 
le  museau  allongé  et  le  regard  obstinément  tourné  vers  le  but,  sendjle 
comprendre  toute  la  gravité  de  la  situation.  Carlo  Vernet  ne  se  con- 
tentait pas  d'avoir  de  l'esprit  avec  son  crayon,  il  savait  fort  bien  observer 
et  traduisait  élégamment  ce  qu'il  avait  vu;  à  ce  sujet  on  rapporte  sur 
lui  ranecdole  suivante  : 

Deux  iKjmmes  se  rcneontraient  presque  tous  l 's  jours,  depuis  plusieurs  années,  au  même 
jeu  (le  boules;  mais  c'était  là  seulement  qu'ils  avaient  occasion  de  se  voir. 


:>i7  — 


Ccjicndiinl  il  (Hiiil  facile  de  r('in;ii(|ii(T  ([iic  quelqu'un  numquiiit  à  l'un  des  deux  ([uand  l'aulre, 
fureément  retenu  chez  lui,  ne  venait  passe  mêler  à  la  partie. 

■  L'un  d'eux  mourut  subitement;  le  joueur  qui  apporljiit  celte  triste  nouvelle  an  rendez-vous 
accoutumé  s'estima  heureux  d'être  ari'ivi''  avant  l'ami  supposi'  du  diMuiil  :  il  pouvait  se  con- 


-  Frj-rM/:  dure  J^rtiiil/V n  :ii Rijy  ^iT.2rir  c.'lctj  ^' dcFinlli/ ru^  S^ Ijrxpitir  a  itS  Ittu^^c 

LIi  JEU  DE  BOULES 

o'AlMir.S   U.NF.    laiAVUllE    DIÎ    PEREI.LE,    XVIIl'  SIÈCLE. 


ccrler  avec  les  aulres  pour  préparer  le  survivant  au  coup  terrible  que  ce  malheur  n'aurait  pu 
manquer  de  lui  porter  s'il  lui  eût  été  annoncé  sans  ménagements. 

On  délibéra  longtemps,  et,  quand  on  eut  suffisamment  pesé  les  mots  et  mesuré  les  phrases, 
le  plus  habile  à  bien  dire,  s'élanl  chargé  de  la  douloureuse  mission,  alla  .à la  rencontre  de  l'homme 
qui  arrivait,  cherchant  déjià  des  yeux  son  partenaire  pour  toujours  absent. 

De  quelque  artilice  qu'il  usât,  l'orateur  fui  forcé  d'arriver  à  cette  conclusion  :  »  Celui  que 
vous  cherchez  est  mort.  —  Il  est  morl!  répéta  l'autre  sans  sourciller;  eu  ce  cas,  cela  fait  un 
vii'il  imbécile  de  moins.  ■> 

Au  conimeiicemeut  du  dix-neuvième  siècle,  daus  la  série  de  ces  cari- 
catures parisiennes  publiées  chez  Martinet,  lijjraire,  rue  du  Coq-Saiut- 
Honoré,  le  jeu  de  ])Oides  est  désigné  sous  le  nom  deyVv/  (1rs  xagrs,  pro- 
bablement eu  raison  de  quelque  allusion  politicjue. 

C-liarlet  a  fait  un  joli  croquis  du  joueur  de  boules  daus  W  volume 
intitulé  :  les  Frauntis  pr/nts  pur  viu-ihcdics  (tome  II,  page  290).  Nous  ne 
suivrons  pas  l'auteur  de  cet  articb\  M.  Durand,    (pii  veut    v(dr  dans  les 


248 


Ixiiilcs  le  in'ololypc  et  l'osseiicc  de  toutes  choses;  toutefois,  son  enlliou- 
siasiiK;  [loiii'  ce  jeu  est  respectable,  et  nous  croyons  devoir  re]»ro(luire 
ici  un  Inhleau  niouveuienté  qu'il  a  fait  des  parties  de  boules  ([ui  se 
jouaient  ordinairement  sur  la  promenade  chérie  de  tous  les  Parisiens  : 


Le    Cocliojincl   , 

d'aimiks  un  c.mit(].n  iiu  Souvenu  jeu  du  Juif,  xviu'  siki;i.i:. 

l'ciil-(Miv  ;ivez-voas  remarqué  quelquefois,  sous  les  ombrages  soi-clisanl  iVa's  des  Cliainps- 
Eiysécs,  au  milieu  des  solitudes  de  FObservatoire  ou  de  la  barrière  du  Trùne,  deux  lignes 
parallèles  de  spcclaleurs,  lignes  mouvantes  qui  s'allongent  dans  toutes  les  directions,  qui 
serpentent  dans  la  plaine,  qui  sï'carlenl  et  se  rapprochent,  qui  se  dissipent  et  se  reforment 
incessanmient,  et  au-dessus  desquelles  on  voit  s'élever,  par  intervalles,  de  petits  globes  noirs 
pareils  à  des  bombes,  mais  à  des  bombes  qui  n'éclatent  jamais;  tandis  que,  a.  travers  les  pii'ds 
des  spectateurs,  d'autres  globes  semblables  roulent,  se  précipileni  rt  jillriit  partout  le  désordre 
et  lii  confusion? 

Approchez-vous  avec  précaution  et  mesure.  La  précaution  n'est  pas  pour  vous  :  elle  est 
pour  ces  globes  vagabonds.  Qu'il  vous  arrive  d'en  heurter  quelqu'un  au  grand  détriment  de 
vus  jambes  !  .vous  recueillerez,  pour  excuses  et  pour  marques  de  compassion,  mille  reproches, 
mille  malédictions,  mille  injures.  Oserez-vous  bien  vous  plaindre  du  coup  que  vous  avez  reçu  ? 
Votre  coup!  eh,  malheureux  1  il  ne  s'agit  que  de  celui  que  vous  avez  fait  manquer. 


;>50  — 


En  manière  ilc  dédomniagremenl  el  do  consolation,  éludiez  le  tableau  que  vous  avez  sous 
les  yeux.  Les  bonnes  figures!  les  honnêtes  et  placides  physionomies  de  rentiers!  Car  il  n'est 

pas  permis  de  s'y  tromper  :  ce 
sont,  pour  la  plupart,  d'anciens 
négociants  qui  ont  passé  par 
toutes  les  tribulations  des  fins 
de  mois,  et  qui,  retirés  dans  leur 
revenu  comme  le  rat  dans  son 
fromage,  n'ont  d'autre  souci 
que  les  prédictions  du  baromètre 
el  le  cours  de  la  rente.  Les  voilà 
le  corps  penché  en  avant,  le 
cou  tendu.  Le  soleil  brûle  leurs 
tôles.  Le  froid  rougil  leur  nez  et 
bleuit  leur  visage;  ils  s'in- 
quièlenl  bien  du  froid  ou  du 
soleil  !  IVop  long  !  disent-ils 
gravement.  J'rop  covil.'  disent- 
ils  encore  d'un  Ion  doctoral,  el 
ils  restent  là  se  passionnant 
pour  telle  ou  telle  boule,  et  sui- 
vant d'un  œil  exercé  les  diverses 
chances  du  jeu,  jusqu'à  ce  que 
le  jour  baisse  et  que  l'heure  du 
dîner  approche.  Alors  vous  ver- 
rez le  cercle  se  dissiper  avec  re- 
gret :  ces  braves  citadins  s'en 
retourneront  lentement  à  leur 
faubourg,  emportant  des  émo- 
tions, des  souvenirs,  un  fonds 
inépuisable  de  conversation  el 
un  violent  appétit.  Voilà  une 
journée  bien  employée. 

Les  joueurs  sont  dignes  des 
spectateurs.  Examinez  celui  que 
Charlet  a  placé  sous  nos  yeux. 
'Vous  le  voyez  :  le  joueur  de 
boules  doit  avoir  de  quarante- 
cinq  à  cinquante  ans;  c'est  pour  lui  la  belle  saison  de  la  vie,  l'âge  de  la  perfection  ;  il  a  con- 
servé la  force  qui  exécute,  il  a  acquis  l'expérience  qui  dirige.  Car  ne  vous  y  trompez  pas, 
vingt  ans  d'études  et  d'exercices  assidus  ne  suffisent  pas  toujours  pour  former  un  joueur  de 
boules  de  quelque  distinction.  Regardez  bien  celui-ci  :  vous  lirez  sur  son  visage,  dans  son 
attitude  même,  toutes  les  tribulations  auxquelles  son  àme  est  en  proie;  il  est  sous  l'influence 
simultanée  des  deux  plus  puissants  mobiles  du  cœur  humain  :  la  crainte  et  l'espérance.  Il 
vient  de  lancer  sa  dernière  bouh^  :  elle  roule  devant  lui,  et  vous  pouvez  en  suivre  le  mouve- 
ment sur  sa  physionomie;  il  la  couve,  il  la  protège  du  regard;  il  la  conseille,  il  voudrait  lavoir 
obéissante  à  sa  voix  ;  il  en  hâte  ou  bien  il  en  ralentit  la  marche,  selon  qu'une  ravine  ou  un  mon- 
ticule l'arrête  au  passage  ou  la  précipite  à  une  descente  ;  il  l'encourage  du  geste,  il  la  pousse 
de  l'épaule,  il  la  tempère  de  la  main  ;  suspendu  sur  la  pointe  du  pied,  le  bras  tendu,  le  visage 
animé  par  une  foule  d'émotions  diverses,  il  imprime  à  son  corps  les  ondulations  les  plus 
bizarris  :  on  dirait  quv  son  àme  a  passé  dans  sa  boule. 


LE  «  JOUEUll  t)E  liOULES 

XIX'    SifXLE. 


DE  CIIAliLET 


—  2.Ï2  — 


VI 11.   —  Le  jeu  du   elos-porte. 

Il  existe  une  autre  manière  de  jouer  aux  boules  qui  porte  un  nom 
particulier  :  il  est  désij;né  sous  le  nom  de  Jeu  du  dos-porte,  dans  une  gra- 
vure du  tableau  de  Van  Breughel,  intitulé  :  La  rjrandc  fesle  de  nostre  village. 
Ce  jen  se  pratiquait,  au  seizième  siècle,  au  moyen  d'une  lève  munie  d'un 
manche  fort  court,  à  l'aide  de  lai[uelle  les  joueurs  devaient  faire  passer 
une  boule  d'un  diamètre  assez  considérable  dans  un  anneau  fixé  en  terre  : 


LE  JEU  UE  BOULES  SOUS  LE  l'REMlEU  EMPIUE 

d'a['hès   une   suite   de   gravures    représentant   les    jeux 


ce  jeu  semble  avoir  été  surtout  en  honneur  dans  les  Flandres,  car  la 
plupart  des  gravures  qui  le  représentent  reproduisent  des  tableaux  de 
peintres  hollandais. 

Une  intéressante  conqjosition  de  David  Ténicrs  montre  également  ce 
jeu  de  clos-porte  joué  dans  la  cour  d'une  auberge;  les  joneurs  sont 
armés  d'une  lève  de  dimensions  beaucoup  plus  considérables  et  munie 
d'un  long  manche;  au  surplus,  ces  instruments  semblent  être  de 
formes  assez  variées  et  quelques-uns  sont  coudés  :  ils  présentent  en 
cela  une  certaine  analogie  avec  les  maillets  qui  servent  au  moderne  jeu 
du  Uulf. 

Le  même  exercice  se  trouve  représenté  dans  une  gravure  liollandaise 
du  dix-septième  siècle  qui  caractérise  les  occupations  dos  différents  âges 
de  la  vie.  On  aperçoit  deux  joueurs  munis  l'un  d'une  lève  droite,  tandis 
que  l'autre  tient  à  la  main  un  instrument  analogue  dont  la   spatule  est 


LE  JEU  UL"  CLOS-POUTE  AU  XV1<=  SlECLt 

DAI'IIÈS   «    LA  GH.\>DE  FESTE   DE  .NOSTHE  VILLAGE  »  DE  VAN  BIIEUliHtL. 


montée  perpendiculairement  au  nianch(\  Celui  ipii  s'apprête  à  jouer  semble 
viser  une  boule  surmontée  d'une  croix  destinée,  dans  la  |)ensée  du  graveur, 
à  figm-er  quelque  attribut  allégorique. 


LE  JEU  DU  CLOS-PORTE  EX  ITALIE  AU  XIX'^  SIÈCLE 

Le  jeu  du  clos-porte  a  été  aussi  reproduit  dans  une  lithographie  du  com- 
mencement du  dix-neuvième  siècle,  où  Ion  voit  des  Napolitains  jouant  sur 
la  grève  :  ils  se  servent  d'une  lève  à  manche  court,  de  même  forme  ([uc 
celle  qui  est  indiquée  dans  le  tableau  de  Van  Breughel. 

1\.  —  l'oésies  sur  le  ioii  de  boules. 


Addison  a  fait  sur  le  jeu  de  boules  une  fort  jolie  poésie  latine,  dont 
M.  Bajot,  l'auteur  du  poème  sur  la  paum(\  a  donné  cette  élégante  ti-aduction. 

Daiii  un  cli.imp  spacifux  el  libre,  donl  le  sol  aplani  cl  coiiverl  de  gazon  s'élcnd  au  loin, 
ronlenl  sur  une  arène  lisse  une  infinité  de  globes  en  bois  bien  luisant,  auxquels  un  fer  artis- 
lemenl  employé  a  donné  cette  forme  ronde  pour  les  rendre  plus  mobiles.  Les  joueurs  gravent 
sur  leurs  boules  une  marque  particulière,  pour  ne  pas  les  confondre. 

Dès  que,  par  convention  ou  en  tirant  au  sort,  on  s'est  di^isé  en  deux  nombres  égaux,  chacun 
prend  ses  armes.  En  avant,  vole  au  hasard  une  bille  pour  servir  de  but.  Celui  qui  doit  com- 
mencer la  partie  obsc'rve  attentivement  quelle  direction  elle  prend,  pour  la  sui\rc,  et  le  premier 
pousse  sa  boule.  Mollement  balancée,  elle  s'échappe  de  ses  mains,  décrit  un  petit  cercle  et  par- 
court légèrement  sa  route  jusqu'à  ce  que,  son  permier  essor  venant  peu  à  peu  à  se  ralentir,  elle 
s'arrête  :  aussitnt  chaque  autre  lui  succède. 


Oii:uiil  un  1,'i'aiHl  noiiibri'  de  limilcs  onldurpiil  le  l)iit,  et  lui  l'ont,  poiii'  ainsi  ilire,  un  l'cnip.iil 
en  rendant  les  appi'ociies  plus  difliciles,  il  faut  alors  plus  de  pn'caution  pour  s'introduire  dou- 
cement auprès  de  lui. 

Un  joueur  voit-il  sa  boule  se  traîner  languissamment  et  ralentir  tout  à  coup  le  mouvement 
qu'il  lui  a  imprimé,  il  la  suit  pas  à  pas,  s'agite 
autour  d'elle,  lui  reproclie  sa  lenteur,  et  voudrait 
par  ses  menaces  liàler  sa  marche  tardive;  pour 
sauver  son  honneur,  il  accuse  les  inégalités  du 
terrain  et  les  monticuliis  qui  se  sont  renconliés. 

On  entend  rire,  lorsqu'une  boule  reste  lion- 
leusement  en  route,  ou  qu'entraînée  par  son 
propre  poids  elle  prend  une  fausse  direction. 
Celui  qui  Ta  poussée  se  répand  bruyamment  en 
vaines  plaintes,  fait  mille  contorsions,  peste  après 
les  écarts  de  sa  boule  et  l'accable  d'injures.  Au 
mépi'is  de  ce  courroux,  la  boule  poursuit  le  chemin 
qu'elle  a  pris,  sourde  à  toute  lamentation. 

Mais  les  éloges  et  la  gloire  sont  réservés  à  celé 
qui,  sans  se  déranger  ni  se  ralentir,  passe  à  tra- 
vers toutes  les  autres,  achève  victorieusement  sa 
course  et  vient  se  reposer  sur  le  but.  Vite  un 
adversaire  se  dispose  à  l'en  chasser  de  force  ;  des 
yeux  il  mesure  l'espace,  calcule  ses  efforts  et  saisit 
fortement  sa  boule.  Elle  vole,  lancée  par  un  bras 

vigoureux.  Tel,  en  Elide,  un  Automédon  s'élançait  delà  barrière,  emporté  rapidement  sur  son 
char,  et  voyait  tout  fuir,  tout  disparaître  à  ses  yeux.  Si,  au  lieu  de  la  boule  ennemie  qu'il 
ajustait,  le  joueur  attrape  celle  de  ses  adversaires,  et  occasionne  un  dérangement  désavan- 
tageux, il  entre  en  colère,  crie  au  malheur,  et  s'en  prend  à  la  nature  entière.  Mais,  s'il  réussit 
el  trouve  le  moyen  d'enlever  h  la  partie  adverse  la  gloire  qu'elle  s'était  acquise,  un  murmure 
d'approbation  se  fait  entendre  ;  on  applaudit:  Draoo  !  disent  ses  compagnons,  et  toute  la 
galerie  de  faire  chorus. 

Le  jeu  de  Ijoiiles  a  eu  aussi  son  «  barde  »  ;  M.  Blanc  de  Fiigeret,   dans 
V Echo  des  Alpes  de  1817,  lui  a  consacré  ces  quelques  vers  : 

Le  jeu  d'échecs  est  trop  savant  ; 
Je  fuis  un  plaisir  qui  m'occupe  ; 
Aux  jeux  de  cartes  bien  souvent 
L'homme  devient  fripon  on  dupe  : 
En  vain  le  billard  tant  vanté 
Vient  ui 'offrir  sa  queue  et  ses  poules  ; 
Pour  le  plaisir  el  la  santé. 
Vive  le  noble  jeu  de  boules  ! 

X.  —  Tablonii-v  célèbres  roprésentanJ  le  jeu  de  boules. 


LE  JEf  ALLEGOItlQUE  DU  CLOS-PUllTE 

XVII"    SIÈCLE. 


Deux  peintres  célèbres  ont  pris  le  jeu  de  boules  comme  sujet  de  leurs 
tableau.K  :  M.  Meissonnier,  on  1848,  avait  exposé  deux  joueurs  de  boules 
d'une  perfection   et  d'un  coloris  remarquables;  à  peu  près  trois  années 


2oG  — 


plus  tard,  M.  N.  Diaz  composa  un  tableau  repri'sentant  une  partie  de 
])oules,  et  cette  œuvre  d'art,  qui  figura  à  la  vente  de  Michel  de  Trétaigue, 
en  1872,   fut  adjugée  au  prix  de  rjoOO  francs. 


Ui  .lEi:  uv:  m.iULKs 

ii'aimii'S  i.a  llijmiiaslii/iie  de  la  jpiinesxi'.  an  xi,  lXU:i. 


TUOISIKME    PARTIE 


LE  JEU    DE   BILLARD 

I.  —  Orig-iiio  cuiiiiiiiiiic  du  joii  de   ninil  el  du  ji<>ii  de  billard. 

L'Académie  universelle  des  jeux  domie  im(>  descrijjtion  foi't  exacte  de 
ce  que  l'on  entendait  autrel'ois  par  jeu  de  liillard  :  n  On  sait,  lisons-nous 
dans  ce  recueil,  que  ce  jeu  fait  le  divertissement  de  tout  ce  qu'il  y  a  de  gens 
de  distinction,  ainsi  (]ue  de  bien  d'antres;  il  demande,  pour  y  jouer,  une 
certaine  adresse  que  tout  le  monde  n'a  pas.  Le  mot  de  billard  a  trois  signi- 
fications différentes.  La  première  signifie  un  jeu  honnête  et  d'adresse  qu'on 
joue  sur  une  table  où  l'on  pousse  des  boules  dans  des  blouses,  avec  des 
bâtons  faits  exprès,  et  selon  certaines  lois  et  conditions  du  jeu  :  telle  est  la 
définition  du  billard.  11  signifie,  eu  second  lieu,  la  grande  table  couverte 
d'étoffe  verte  sur  laquelle  on  joue  et  on  pousse  les  billes  dans  les  l)lonses 
qui  sont  sur  les  coins  et  sur  le  milieu  des  bords.  Il  y  a  pour  l'ordinaire  six 
blouses.  Le  mot  de  billard,  en  troisième  Heu,  s'entend  du  bâton  recourbé 
avec  lequel  on  |)ousse  les  billes;  il  est  ordinairement  de  bois  de  gaïac  ou  de- 


'.-s^ 


—  ^r,H 


cormioi-,  garni  par  lo  groslioiit,  on  (rivoiro  ou  d'os  simplement.  Il  y  en  a 

aussi  dont  on  se  sert  sans  ces 
garnitnres.  Les  Itilies  sont  des 
boules  d'ivoire  ou  de  bois  avec 
lesquelles  on  joue  au  billard. 
Les  billes  ont  souvent  varié 
comme  i^rosscur  et  comme 
nombre;  autrefois  elles  étaient 
beaucoup  plus  petites  et 
étaient  teintes  de  couleurs 
variées  pour  permettre  aux 
joueurs  de  les  reconnaître. 

L'étymologie  du  nom  de 
ce  jeu  est  assez  simple  ponr 
qu'il  ne  soit  pas  nécessaire 
de  chercher  une  origine  plus  compliquée  que  celle  du  mot  ùi//e,  dési- 
gnant la   petite  sphère  qui   est   lancée   à   l'aide  d'un  instrument  appelé 


LE   JKU    DU    BILLARD 

sEiivAM'   i>F,   iiiiMONsTHATioN   (le    1(1   force  des   corps 

d'.M'IIKS    U.NK    VIGNKTTi;  DL'    XVI|i'    SIÈCLE. 


UNK  l'AIlTlE  AU  XVII'>  SIIXLE  SUK  U.N  IflLLAUl)  JIUM  DE  BLOUSES  EN  FILET 

d'aPHICS  l'NE  GHAVIUE  DE  L'ÉEdLE  ALLEMANIlE. 

h'iUoucr  on  hillart ;   c'était   un  bâton  gros   et   court,   recourbé  parfois    en 
façon  de  crosse,  dont  on  se  servait  jiour  cliasser  la  bille. 


Au  sujet  de  ce  jeu,  M.  Siiuéou  J.iiee,  (l.ins  son  ti'UViiil  sur  I Ordiuiimuee 
de  (lharles  V,  de  1369,  sij^nale  une  dizaine  de  lettres  de  rémission, 
datant  de  1369  à  1380,  où  il  est  question  de  querelles  ayant  pris  nais- 
sance au  jeu  de  billes  on  de  billard  : 

Deux  compagnons,  allublés  dans  une  lavornc,  se  ilisaicnl  volunlitTHriin  àraulrc  :  «Allons 
faire  ceUe  quarte  île  vin  au  jeu  des  billes.  »  El  quand  on  en  venait  dans  une  dispute  aux  i^ros 
mots  et  aux  voies  de  fait,  on  se  cassait  la  tète  à  coups  de  «  billart  ».  On  ne  connaissait  alors 
que  le  billard  en  terre,  analogue  au  croquet,  qui  se  jouait  en  plein  air  et  nu  ras  du  sol. 

Dans  le  renuuvjuable  travail  de  M.  GuiHVey  (1)  sur  fev  Amours  de  Goin- 


LE  JEL:  de  liILLMU>  AU  .Wlli"  SIÈCLE 
d'apuks   une   iihavciik    iif.   i.' école   ali,i;ma> 


ôai//t  et  (le  Marée,  on  trouve  une  intéressante  reproduction  du  l»illard  en 
terre,  tel  qu'il  se  pratiquait  autrefois  en  France.  Les  joueurs  sont  placés 
dans  une  sorte  d'enclos  formé  par  des  fascines  et  ils  tiennent  à  la  maiu 
une  longue  crosse  analogue  à  celle  qui  est  employée  dans  le  jeu  du  mais- 
on voit  qu'à  cette  époque  les  quilles  figuraient  parmi  les  accessoires  ser- 
vant au  jeu  de  billard. 


(I)  La  jiravurc  ci-conlrc  a  été  reproduite  d'après  l'exemplaire  de  la  BiblioUièquc  nationale  con- 
servé au  cabinet  des  estampes,  mais  le  sujet  existe  sur  une  tapisserie  à  la  Manufacture  des  Gobelins 
et  se  trouve  exposé  dans  le  Musée.  Quoique  cette  lenture  ne  soit  que  du  commencement  du  dix-septième 
siècle,  nous  pensons,  avec  M.  GuilVroy,  que  le  sujet  représente  est  beaucoup  ])Uis  ancien  et  remonte  à 
la  (in  du  ipiin/.iènie.  C'est  un  document  des  plus  précieux  pour  l'histoire  de  ce  jeu  qui  doit  certaine- 
menl  être  cumpté  |)armi  les  plus  piipulaii'cs. 


—  200  — 

Ainsi  pr;iti(|iu'',  le  jeu  de  J)illai'<l  en  terre  n'est,  en  somme,  «{u'un  jeu 
de  mail  de  moindre  dimension. 

Les  articles  d'inventaires  (|ue  nous  trouvons  sur  le  jeu  de  Idllard  au 
quinzième  siècle  ne  permettent  pas  de  déclarer  d'une  manière  positive  si, 
à  cette  é|)0(jue,  on  connaissait  déjà  le  billard  monté  sur  pieds. 

Dans  un  inventaire  du  CompU-  roi/al  de  Louis  XI  (1),  nous  trouvons,  à 
la  date  de  1170,  la  mention  d'un  billard  acbeté  pour  le  roi  : 

A  Meliun-sur-Loiro,  pour  ['nhv  urlieclci'  des  billes  et  billars  pour  le  plaisir  ot  csLat  dud. 
Sgr.  un  l'scu. 

1480. —  l'our  deux  jeux  de  billes  ganiJz  de  billars  et  deux  jeux  de  boulles  qu'il  a  aclielez 
pour  servir  au  Plesseis  dud.  seigneur.  (D.  D'Arcq,  Comptes  de  Vliôlel,  p.  387.) 

II.  —  I.e  jeu  de  l»ills)r<l  au  seî/îOine  sîOele. 

A  l'orij^ine,  le  mot  billard  désij;nait  le  jeu  et  non  pas  le  meuble  dont 
on  se  servait  ;  les  accessoii-es  du  billard  ont,  du  l'cste,  beaucoup  varié  ; 


Le5  Be^fx 

Et  hicTL  a 

droits  tiouciirs  de  tontte JhiTcs 

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•  LE  JEU  DU  llILLAUl)  AU  XVIl'^  SlÉfXE,  n'u'nHSVAN  luciimm. 

on  jouait,  en  effet,  à  C(!  jeu,  tantôt  sur  une  plandietle  ou  sur  une  table 
garnie  de  drap. 

1520. —  i  aulnes  drap  vorl-gay...  pour  couvrir  un  .trrand  jmi  de  billes  faicl  de  boys  de 
cbesne,  7  livres  lournûis. 

i.")o'i.  —  Une  table  servant  de  jeu  de  billes,  bordée  de  drap  vcri.  —  2  Ircsieaux  à  pailes... 


(1)  liil,lH.llir(|,R'   iiali.HKiK',  iiianuscnl  C.i.jll.  fcli,.  18. 


—  261 


1558.  —  Uiii;  jcLi  (le  bill.'irl  cuaiiily,  assavuir  la  purlu  la  (iiiiUi',  les  ilcux  hitullel/  cl  les  driiv 
billarls,  pes.  escarcemenl  1  o.  ;î  est. 

D'autre  part,  on  sait  (juc  le  fameux  joiif  Je  la  Sainl-HartlK-lemy,  le 
jeuue  roi  Charles  IX  était  occupé  à   jouer  au  billard  daus  la  stillc  ([iii  est 


ArtM/  pren^'i  jarx>c  a,  loy  bcLoii^t- 

aujourd'hui  la  !.;raude  galerie  d'Apollon,  au  Louvre,  ([iiiiiid  ou  vint  lui 
annoncer  qu'un  certain  nombre  de  huguenots  traversaient  la  Seine  à  la 
nage  pour  s'échapper;  le  roi,  interrompant  alors  sa  partie  de  billard, 
courut  au  balcon  devenu  historique  et,  prenant  son  arquelnise,  tira  sur 
ses  hérétiques  sujets. 

m.  —  Louis  XIII  et  le  jeu  tie  billard. 

Au  commencement  du  règne  de  Louis  XIII,  le  jeu  de  billard  lut  plus 
répandu  et  le  roi  fit  installer  au  palais  de  Fontainebleau  une  salle  de 
billard,  que  l'on  peut  voir  encore  aujourd'hui.  Au  surplus,  nous  pouvons 
juger,  d'après  les  inventaires  des  premières  années  du  dix-seplièuie  siècle, 
du  peu  de  perfectionnements  ([ui  ont  été  apportés  à  ce  jeu  depuis  son 
origine. 

1617.  —  UiK'  graïKlu  lablc  du  bois  du  sapin  d.'  9  piedz  de  longueur  l't  de  -4  pledz  1/2  de 
largeur  avec  deux  Iracteaulx  pleniers,  servant  ladile  table  cà  faire  uiig  jeu  de  billiard,  demy 
neufve.  [Invculairc  du  c/uileau  de  Vai/rcs.) 

IV.  —  Définilion  du  jeu  do  billard  au  div-sopliènio  isiècle. 

Dans  le  Dictionnaire  de  Furetière  ligure  une  ex|)licaliou  1res  com- 
plète de  ce  ([ue  l'on  euleudait   alors  par  le  mol  li/lhail  : 


—  i()i  — 

C'ost,  dil  cel  iiiilt'iir,  un  jeu  lioiinùli'  l't  d'udressL'  qu'on  joue  sur  une  Uible  où  l'un  poussodos 
boules  avec  dos  basions  faits  eNprès  el  selon  ceiinines  loix  et  condilions  du  jeu. 

Billard  est  aussi  la  grande  lable  d'éstoffe,  sur  la  quelle  on  joue  el  on  pousse  les  billes  dans  les 
blouses  qui  sont  sur  les  coins  et  sur  les  bords.  On  fait  aussi  des  billards  dans  des  places  qu'on 
prépare  exprès  dans  les  jardins.  Billard  est  aussi  le  baslon  recourbé  avec  le  (juel  on  pousse  les 
boules Bille  est  une  boule  d'yvoire  ou  de  bois  avec  la  quelle  on  joue  au  billard. 


/cr  InllAf   qu£  àt^  Vtnf  Se  rurycr 


TaptrrcnetU  que.   Strwvent  IX^/mt  htuna 

Ij^j-  ^««  Unk  du.  milieu  doJ^e  Seqartr  SeiimfT^  . 


U.N'E  ACADE.MIE  ÛE  WLL.UID  AU   XVilI-  SIKCLE 

U'Al-nÈS  UNE  GHAVUliE  DE  N.   GUÉBAim. 


DfiDS  son  ouvrage  si  curieux,  intitulé  :  Méluiujes  tirés  d'i/nc  ijrande  bihlio- 
thèqiie^  M.  de  Pauhny,  faisant  allusion  à  un  volume  publié  en  1B68,  donne, 
en  ces  ternies,  son  opinion  sur  le  billard,  qui,  avons-nous  dit,  n'est  qu'une 
réduction  du  jeu  du  mail  : 


LLs  PLIII^  JULl  Llis  1)L  LU  L\lil) 

Il     ^IILS      IM      \IGNCnL     nu     \\lll°      MI(LE. 


C'est  nue  es|irce  de  jeu  de  mail  ou  pail-niail,  sui'  une  table  tendue  d'un  Inpis,  où  les  boules, 
au  lieu  d'èlre  poussées  dans  la  même  direction  par  un  ninillel,  sont  poussées  dans  la  même 
direction  l'une  contre  l'aulie  parle  bout  d'un  bâton  appelé  billard. 


JLeJlayal  leitoej  To^tificatianj' 

L.  ej     ti-oT<}     Jr  l'oued}     JLouan.^      a     ce  leu    ae   la     Ci  iLCrr^ 

NeriiJ  .  vrejanent    qu'un  Jtnir  par   ieiWJ  J^cuta    Inoiua  ^ 

IL/  ^er-ant     a  il/tu  er     an     jrcjte     Ae  In    Terr^  ,  _ 

QliÇilj  Jo-nt    lej    Atnnej  Jt-Ij    lie   JMtrna.rejue     AuCTlLLé   - 

Vendent  AFai-ij     Ckt^    LU^irv  Ulr^c  rue  J^Ia^.^c  nL  vUUD^(oLjn 


—  2G4  — 


Au  surplus,  le  mol  hillunl  servait  déjà  auci(Minemcnt  à  désif>,ner  un 
(les  maillets  emi>loyés  pour  le  jeu  du  mail.  Vallon  dit,  en  elTet,  dans  son 
testament  :  »  ...  Et  un  billard  de  quoi  on  crosse.  » 

V.  —  Louis  \l\'  o)  (liainillnrd. 

Le  jeu  de  billard  fut  très  en  honneur  sous  Louis  XIV^  car  les  méde- 
cins avaient  ordonné  au 
i;rand  roi  de  se  livrer 
chaque  jour,  après  son 
dîner,  à  cet  exercice  hy- 
giénique ;  le  roi  lit  alors 
dresser  à  Versailles  un 
somptueux  billard  dans 
la  pièce  près  de  la  cha- 
pelle et  <le  la  tour  de 
marbre.  Le  grand  roi  pi'e- 
nait  grand  plaisir  à  ce  jeu, 
où  il  était  d'une  force 
remarquable;  il  arrivait  à 
gagner  tous  les  soirs  ses 
familiers,  et  il  avait 
comme  partenaires  habi- 
tuels MM.  de  Vendôme, 
de  Villeroy  et  de  Gram- 
mont. 

Saint-Simon  raconte 
([ue  ce  joueur  éraérite,  fa- 
tigué de  lutter  contre  de  si 
piètres  adversaires,  ht  ve- 
nir Chamillard,  conseiller 
au  Parlement,  qui  était  à 
ce  jeu  d'une  force  peu 
commune.  Sa  bonne  grâce, 
autant  que  son  adresse, 
plurent  infinijnent  au  roi  qui  ue  sut  plus  se  passer  de  sa  compagnie,  et  du 
même  coup  la  fortune  du  conseiller  au  Parlement  se  trouva  assurée. 

Cette  faveur  ne  fut  pas  sans  susciter  des  envieux  et  on  écrivit  contre 
lui  cette  épigramme  sous  forme  d'épitaphe  : 

Ci  gU  le  fameux  Clinmillard,  Qui  fut  un  liéros  nu  billard. 

De  son  roi  le  pMrU'iiaiir,  U"  ziiro  daiis  le  minisli;re, 


UNE  l'AliTIE  DE  BILLARD  DANS  IN  TIIIPOT 

ii'apiiks  umî  GUAvriiE  mi  xviii"  siiCL';. 


266  — 


VI.  —  Le  bilhifd  de  Loiiiis  \l\    d'aprO^s  une  estampe  de  Trouvain. 

Dans  la  curieuse  suite  de  six  estampes  représentant  les  appartements 
de  Louis  XIV,  et  qu'Antoine  Trouvain  a  gravée  de  1694  à  1698,  on  peut 
voir  les  divers  plaisirs  auxquels  le  roi  se  livrait  les  jours  où  il  ouvrait 
ses  appartements  à  (juclques  invités  de  marque. 

Le  troisième  appartement  nous  montre  un  jeu  de  billard  formé  d'une 


LE  JEU  UU  BILLARD 

u'APnÉs  la  Oijinnastifjue  de  la  jeunesse,  an  xi,  1803. 


grande  table,  sur  laquelle  on  poussait  une  ])oule  d'ivoire  qui  devait  passer 
sous  une  petite  arcatle  appelée  passe. 

Dans  la  suite  des  gravures  <jiii  ont  été  publiées  dans  les  dernières 
années  du  dix-septième  siècle  chez  Bonnard,  on  trouve  une  estampe  : 
«  le  royal  jeu  des  fortifications  »  et  où  Ton  représente  le  duc  de  Bour- 
gogne, le  duc  d'Anjou  et  le  duc  de  Berry,  petits-fils  de  Louis  XIV, 
occupés  à  un  jeu  tout  à  fait  spécial.  Il  semble  que  cet  amusement  puisse 
être  comparé  au  jeu  du  trou-madame  ;  il  s'agissait,  en  effet,  d'envoyer 
de  petites  billes  dans  la  porte  d'une  forteix\sse,  d'où  elles  ressortaient  peu 
après  pour  venir  s'arrêter  contre  le  mur  d'une  place  fortifiée  figurée  par 
une  sorte  de  pian  en  relief  posé  sur  le  billard. 

Cette  manière  de  se  servir  du  billard  doit  être  considérée  comme 
tout  à  fait  exceptionnelle  et  analogue  un  peu  à  ce  qu'est  notre  croquet 
de  billard.  Il  ne  faut  pas  oublier,  toutefois,  qu'aux  dix-septième  et  dix- 
huitième  siècles  la  manière  de  jouer  au  billard  était  le  jeu  de  la  bourse 
ou  de  la  blouse.  L'habileté  du  joueur  consistait  alors  à  envoyer  la  bille 
de  son  adversaire  dans  des  trous  disposés  aux  angles  et  au  milieu  de 


267  — 


chacun   des  grands  côtés  de  la  tahh»  ;   ces  oi-ilices  ont  conservé  jusqu'à 
nos  jours  le  nom  d(^  blmise  (1). 

Les  gens  du  dix-septième  siècle,  qui  aimaient  bien  les  j<Hix  de  mots, 


FRONTISPICE  DU  Manuel  de  famaleur  de  billard 
PAU  LOUIS  BÉnoc,  xix''  sièclf.. 


n'ont  pas  manqué  une  si  belle  occasion  de  se  livrer  à  leur  passe-temps 
favori  ;  c'est  ainsi  que  nous  trouvons  ces  deux  vers  placés  comme  iiégende 
au-dessous  d'une  gravure  de  ce  temps  : 

Amy,  prens  garde  à  lal)elouse, 
Qui  veut  brouser,  souvent  se  brouse. 

Dangeau,  dans  son  Journal  à  la  date  du  20  juin  1701,  faisant  allusion 
à  la  scène  qui  est  représejitée  dans  une  gravure  publiée  chez  Bonnard, 
raconte  que  Louis  XIV,  à  son  i^etour  de  la  chasse,  trouva  M""  la  duchesse 
de  Bourgogne  qui  jouait  au  billard. 

VII.  —  Fornios  ot  niatîôrcs  diverses  du  bâton 
servant  à  pousser  les  billes. 

Les  premiers  instruments  qui  ont  servi  à  pousser  les  billes,  dans  le 
primitif  billard  en  terre,  étaient  évidemment  en  bois  et  analogues  en 
tous  points  à  la  crosse  servant  au  jeu  du  mail.  Un  peu  plus  tard,  au 
seizième  siècle,  on  a  fait  des  billards  tout  en  ivoire  ;  c'est  évidemment  à 

(1)  La  blouse  portait  aussi  le   nnm   de  bmrse,  parce   qu'elle  était   en    lilel  et  allectait  la  l'orme  d'une 
bourse  servant  à  mettre  de  l'argent. 


—  268  — 

un  de  CCS  accessoires  de  jeu  que  se  rapporte  la  inoiition  tirée  de  l'inven- 
taire du  château  de  Nérac,  1598  :  «  Un  petit  billiard  d'yvoire  d'un  pied 
de  long.  » 

Ces  sortes  de  crosses  atteignaient  au  dix-septième  siècle  des  dimen- 
sions beaucoup  plus  considérables  ;  dans  une  gravure  du  temps  de 
Louis  XIV,  éditée  chez  Bonnard,  on  voit  la  suivante,  qui  accompagne 
M""  la  duchesse  de  Bom-gogne,  ]iorter  sur  son  bras  tout  un  faisceau  de 
queues  de  billard  qui  devaient  bien  avoir  de  trois  à  quatre  pieds  de  long. 


LE  JEU  DU  BILLARD  AU  XVIII=  SIECLE 

AVEC  LES  QUEUES  IlllOITES  EFFILÉES  DU  BOUT,  d'aI'HÈS  L'.NE    GHAVUIIE   DE    l' ÉCOLE   ANGLAISE. 

Au  dix-huitième  siècle,  dans  les  enseignes  de  tablctier  et  autres  mar- 
chands de  jouets,  on  trouve  encore  la  représentation  de  ces  ipieues,  qui 
atteignent  d'assez  grandes  proportions. 

Dans  les  caricatures  anglaises  du  connuencemeut  du  dix-neuvième 
siècle,  on  commence  à  trouver  les  queues  de  billard  de  forme  conique  très 
eflilées  vers  le  bout.  On  se  servait  encore,  à  cette  époque,  d'un  certain 
nombre  d'engins,  qui  sont  tombés  en  désuétude  aujourd'hui  ;  c'était 
d'abord  le  i^àteau,  sorte  de  foui'chette  à  long  manche  (pii  servait  à  guider 
l'extrémité  de  la  jjetite  (pieue  lorsque  la  bille  se  trouvait  un  peu  trop 
loin  du  joueur.  On  avait  aussi  quelquefois  recours  à  la  grande  queue 
longue  de  près  de  six  jiieds,  dont  on  retrouve   quelques   spécimens  dans 


W'eé'eiL  Du  ÇBïliai^ 


—  270  — 

les  salles  de  billard  de  (juelques  châteaux  de  province.  Enfin,  la  houlette 
était  une  palette  creuse  garnie  d'ivoire  à  son  extrémité  et  servant  à 
pousser  la  bille  quand  elle  se  trouvait  trop  loin  du  joueur.  Parfois  encore 
on  employait  la  queue  cadette  qui  tenait  le  milieu  entre  la  grande  queue 
et  la  queue  ordinaire. 

VIII.  —  Le  jeu  de  billard,  d'aprOs  \aii  Loehoin. 

Dans  une  suite  de  planches  gravées  par   un  imitateiu*  de  Callot,  Van 
Lochom,  on  voit  la  représentation  du  jeu   de   billard  tel  qu'il  se   prati- 


TABLEAU  DES  MARQUES  pour  i£  JEU  m:  BILLARD 


!Vi\RgUE  BEi  PARTIES  FAITES 
POUR  LES  JQIIEURS  . 


MARQUE  GE\ER.\LE  des  POINTS  a  compteii rot rtouks i.EsVSmm'^ 


MARQUE  DES  PARTIES  R^ITE S /-o ra /,/;  MAITRE  y>/^;  BILLARD 


^HJsj^l^^SîàiÉaê^ÉSSiÉFf^ÉÈiiÉiÉ^ 


quait  à  cette  époque  ;  les  joueurs  se  servent,  pour  pousser  la  bille,  d'un 
bâton  un  peu  plus  gros  à  l'une  de  ses  extrémités  et  légèrement  recourbé. 
De  ce  gros  bout,  ils  frappaient  la  boule  et  la  poussaient  vers  la  passe  ou 
arcade,  qu'elle  devait  franchir  ;  on  pouvait  jouer  soit  directement,  soit 
en  frappant  d'abord  contre  la  bande  du  bas. 


IX.  —  Les  billards  publies  au  dix-sepliOnie  sîùcle. 

Dès  l'année  1610,  on  institua  des  billards  publics,   et  le  privilège  de 
tenir  ce  jeu   était  accordé  aux  <(  billardiers  paulmiers».  Quelques-uns  de 


3  Q 

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oc  < 

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—  ^271 


ces  (''tablisscnionts  (levoiiaieiit  un  véritable  centre  où  les  amateurs  de  ce 
jeu  se  plaisaient  à  veuir  deviser  entre  eux. 

Un  de  ces  étaldissenients  était  particulièrement  célèbre  au  dix-huitième 
siècle,  c'était  celui  de  la  veuve  Laurent.  Cette  dame  tenait  rue  Daupliiuc 


LE  JEU  DU  BILLAUD  CHEZ  U.N  .MAITRE  PAULMIER 

n'Ai'iiÈs  LA  Grande   Encyclopédie   de  uidehot  eï  u'alemqebt. 

lin  café  avec  billard,  et  là  se  réunissaient  les  plus  habiles  joueurs,  entre 
autres  le  fameux  chevalier  de  Saint-Georges  et  le  célèbre  violon  Jarnovick, 
le  même  qui,  plus  qu'octogéuaire,  mais  toujours  bon  joueur,  mourut 
en  1804  à  Saint-Pétersbourg  en  faisant  une  partie  de  billard  :  c'était 
mourir  au  champ  d'honneur. 


X.  —  La  salle  île  bîllai'd  du  eliàteaii  des  Tuileries 
au  nionieiit  de  la  Itëvolulioii. 

Dans  une  description  du  château  des  Tuileries,  qui  est  conune  une 
sorte  de  procès-verbal  de  la  visite  faite  par  ordre  du  tribunal  révolution- 
naire, on  rencontre  une  anecdote  assez  curieuse  sur  la  salle  de  billai'd 
du  roi  : 

La  salle  de  billard  dans  laquelle  nous  passâmes  n'offrait  rien  de  curieux  qu'un  petit  livret 
servant  à  écrire  les  parties  (jue  le  roi  faisait  avec  son  épouse.  En  l'examinant,  nous  nous  aper- 
çûmes que  la  reine  avoit  gagné  plus  souvent  que  le  roi,  et  que  l'avant-veille  de  leur  chute,  ils 


.avoienl  encore  joué  onsoraLle  dix  parties,  dont  la  reine  en  nvoit  gagné  sept.  Vous  m'avez  dit, 
il  y  a  quelques  jours,  que  le  roi  éloil  mauvais  joueur.  C'est  sur  le  rapport  de  tous  ceux  qui 
l'ont  vu  livré  h  cet  exercice  ;  car  je  vous  observe  qu'il  n'avoit  aucune  passion  pour  le  jeu.  Il 


LE  JEU  bV  BlLLAlil)  AU  .\V1II«  SIÈCLE  AVEC  QUEUES  lîECOUHBEES 

I>'AI>liKS  UNE  CyiAVURE    TE  L  ÉCOLE  ANGLAISK. 

connaissoit  tellement  son  défaut,  que,  plus  dune  fois,  il  se  priva  de  ce  délassement,  eu  disant  : 
Je  m'emporterois  infailliblement.  Lorsque  la  veille  il  s'étoit  livré  à  quelque  emportement  au 
jeu,  il  refusoil  le  lendemain  de  faire  une  partie.  On  m'a  raconté  qu'il  résista  huit  jours  de  suite 
aux  sollicitations,  qu'il  s'interdit  même  pendant  ce  temps  l'entrée  d;ins  In  salle  de  billard,  par 
la  seule  raison  qu'il  avoit  été  mallionncle  envers  M.  de  La  Tour  du  Pin. 


M.  —  Le  billard  allégorique  de  i»I.  de  La  Fontaine. 

Le  jeu  de  billard  a  tenté  ]>ien  des  poètes,  et  La  Fontaine  lui-même, 
qui  se  piquait  d'être  très  liabile  à  ce  jeu,  envoyait  à  M"'  de  La  Fayette  un 
petit  billai'd  avec  ces  vers  : 

Ce  billard  est  petit,  ne  t'en  prive  pas  moins. 

Je  prouverai  par  bous  témoins 

Qu'autrefois  Vénus  en  fit  faire 

Un  tout  semblable  pour  son  fils. 
Ce  plaisir  occupait  les  Amours  et  les  Ris, 


TABLEAU   DE    LA    POULE   AU    lilLLAIiD 

bAPKÈS  UNE  OlIAVUnli  DE    LA   IIESTAUIIATION  CO.NSEIIVÉE    AL    CADl.NtT   DES  ESTAMPES   DE    EA  BlULIOTIlÈijL'E   NALlONAr.E. 


—  27't  — 

Tout  le  peuple  enlîii  de  CytlièrP. 
Au  joli  jeu  d'aimer,  je  pourrais  aisément 
Comparer  après  tout  ce  diverlisscmeni, 
El  doiuier  au  billard  un  sons  allégorique  : 
Le  but  est  un  cœur  fier  :  la  bille  un  pauvre  amant. 
La  passe  et  les  billards,  c'est  ce  que  l'on  pratique 
Pour  toucher  au  plus  tôt  l'objet  de  son  amour  ; 
Les  belouses,  ce  sont  maints  périlleux  détours, 
Force  pas  dangereux  où  souvent,  de  soi-même, 

On  s'en  va  se  précipiter, 
Où  souvent  un  rival  s'en  vient  nous  y  jeter, 

Par  adresse  ou  par  stratagème. 

Ml.  —  !.«'  jeu  <lc  la  poiilo  au  billai-di 

Sous  rEiiipiiT,   on  jouait   à  la    poule  et  le    publie  parisien  (Mail  très 
amateur  de    ce    jeu.    «  Ici   un   /duc  à   la  poule  »,    lisait-on    eu  très  gros 


UNE  PAliTlIi  DE  BILLARD  SOLS  LA  UESTALRATIO.N 

caractèi'es  sur  la  devanture  de  tons  les  cafés,  et  u  l'on  jonc  ai/ssi  au  hillard  » , 
ce  ipii  annonce  que  la  poide  était  l'objet  le  plus  intéressant  du  jeu. 

Les  parties  de  ce  genre  se  divisent  en  plusieurs  espèces  :  les  unes  se 
jouent  seulement  avec  deux  billes,  bien  que  les  joueurs  soient  plus  nom- 
])reux  ;  les  autres  se  jouent  avec  une  bille  pour  cha(|ue  jonciu*  et  ces 
dernières  parties  se  distinguent  par  la  dénomination  de  ((  guerre  »,  juste 
dénomination,  car  elles  en  sont  ri]nag(\ 


Mil    — l.o  M'u   «U'   la   ^louCoisoii  <'ii    1821 


En  1821,  nous  trouvons  dans  les  brevets  d'invention,  à  la  date  du 
31  décembre,  la  descrijttion  d'un  nouveau  jeu  d'adresse,  dit  Jeu  de  la 
Montoison,  inventé  [lar  un  sieur  Regnanlt,  ([ui  en  l'ait  la  relation  suivante  : 


2§(o 


ii 


—  276  — 

C'est  1111  jeu  où  11'  biiliirtl  cl  les  caries  se  li'ouvenl  combinés  ;  de  cliaque  côlé  des  bniides 
sonl  pruliquées  vingl-six  bluuses,  soit  en  loul  cinquante-deux  ;  au-dessus  de  chaque  ouverture 
se  trouve  placée  là  découvert  et  dans  un  tableau  à  coulisse  une  des  cinquante-deux  caries  qui 
composent  un  jeu  complet  de  boston.  Par  suite  d'une  disposition  spéciale,  quand  les  billes 
tombent  au  fond  de  la  blouse  elle  fait  agir  un  déclic  qui  découvre  la  carie  et  donne  le  point 
et  la  couleur  que  l'on  a  voulu  jouer. 

Ce  jeu,  fort  iiif^éiiieiix,  avait  rincouvôiiieut  d'ètfe  vraiment  trop  com- 
pliqué, et  il  ne  semble  pas  avoir  été  fort  goûté   du  public. 

Dans  le  Joiinuil  îles  dûmes  de  1823,  on  signale  que  la  mode  est  alors 
de  jouer  avec  six  billes  :  deux  jaunes,  deux  rouges  et  deux  blanches  ; 
ces  dernières  sont  celles  des  joueurs,  les  rouges  se  placent  sur  les  mouches 
en  face  des  blouses  d'en  haut  et  les  jaunes  sont  placées  sur  l'alignement 
des  blouses  du  milieu  et  des  billes  rouges. 

XIV.  —  nillards  si  iniisK|iie> 

Au  moment  de  l'Exposition  de  l'Industrie  de  t827,  on  s'appliqua  à 
fabricpier  des  billards  très  luxueux;  nous  voyons,  en  effet,  qu'un 
M.  (Ihéreaii  a  présenté  un  billard  en  bois  indigène  l'ichement  orné  de 
bronzes  ciselés  et  dorés.  A  chacun  des  angles,  au-dessous  de  la  blouse  et 
en  dehors,  se  trouve  une  gueule  de  lion  dont  la  mâchoire  inférieure,  dis- 
posée à  charnière,  permet  de  retirer  la  bille  en  dehors.  Un  orgue  placé 
dans  l'intérieur  joue  un  air  différent  pour  chaque  blouse  dans  la(|uelle  la 
bille  est  venue  tomber. 

.\V.  —  Itillarcis  à  bandes  niobilcsi 

La  même  année,  dans  le  recueil  de  M.  de  la  Mésangère,  nous  trouvons 
l'indication  d'un  perfectionnement  singulier  apporté  au  billard  :  <(  En 
»  faveur  des  dames  et  des  messieurs  qui  ne  sont  pas  de  haute  taille,  on 
»  fabrique  aujourd'hui  des  billards  dont  les  bandes  se  baissent  et  se  relè- 
»  vent  à  volonté.  Ainsi  l'on  n'est  jamais  collé  pour  jouer;  ces  mêmes 
»  billards  ont  des  blouses  qui  s'ouvrent  en  dehors  au  moyen  d'une  petite 
»   porte  à  charnière.  » 

Un  ne  savait  alors  comment  s'ingénier  pour  enrichir  les  billards  on  leurs 
accessoires  et  créer  un  modèle  qui  fut  d'un  goût  irréprochable  ;  c'est  ainsi 
qu'en  1828,  nous  trouvons  dans  le  même  recueil  cette  petite  note  :  «  Dans 
»  quehiiies  maisons  élégantes  où  les  billards  ont  suivi  la  progression  du 
»  luxe,  ou  a  admiré  des  encadrements  qui,  destinés  à  recevoir  les  queues, 
»  ont  la  forme  d'une  lyre  ;  chacun  est  combiné  de  manière  à  soutenir  six 
»  queues  qui  représentent  les  coi'des.  » 


XVI. 


Diverses  iiintîères  servaiil  ù  rorm<>r  les  tables  «le  billard. 


Nous  voyons,  à  l'Exposition  de  1814,  un  M.  Bouhardet  exposer  un  billard 
construit  d'une  manière  assez  singulière.  '(  Il  est,  dit  le  rapport  du  jury,  en 
bois  de  noyer  avec  ornements  sculptés  en  acajou.  La  table  est  eu  <'ai'ton 
de  poupée  rapproché  et  sans  colle  et  pressé  à  la  presse  hydraulicpie.  Cette 
matière  d'une  dureté  remarquable,  ne  faisant  pas  de  copeaux,  doit  être  bieu 
difficile  H  planer.  L'inventeur  assure  qu'elle  ne  sera  point  accessible  à 
l'humidité.  » 

A  la  même  Exposition,  d'autres  fabricants  proposent  une  invention  dont 
ils  pronosti([uent  le  plus  grand  bien  :  ils  ont,  disent-ils,  fait  l'essai  d'une 


BILLARD  INCltUSTÉ,  EXECUTE  PAR  M.  COSSON  EN  1839. 


table  eu  foute  de  fer  composée  de  huit  parties  qui  se  rapprochent  d'onglet 
sans  qu'on  puisse  voir  les  points  de  jonction.  La  table  en  fonte  est  ainsi 
posée  sur  un  parquet  en  chêne.  Ils  prétendent  que  ce  procédé  obtient  l'as- 
sentiment des  joueurs  les  plus  exigeants. 

Cependant,  si  ingénieuses  que  fussent  toutes  ces  tentatives,  aucune  ne 
semble  avoir  donné  de  résultat  satisfaisant,  et  le  meilleur  système  semble 
être  la  table  d'ardoise  en  trois  morceaux  dont  un  fabricant  avait  déjà  eu 
l'idée;  à  cette  môme  Exposition  de  1844,  M.  Barthélémy,  à  Paris,  avait 
pi'ésenté  un  billard  en  acajou  exécuté  par  les  procédés  ordinaires  ;  la  table 
seule  était  en  ardoise,  en  trois  morceaux  de  20  millimètres  d'épaisseur. 
Ces  tables,  offrant  plus  d'égalité  et  de  justesse  sur  toute  leur  surface,  sont 
relevées  moius  souvent,  car  l'ardoise  dévie  peu  de  la  régularité  de  son 
niveau. 

XVII.  —  Représentations  artistiques  «lu  jeu  «le  billard. 

Le  jeu  de  billard  a  été  reproduit  plusieurs  fois  parles  peintres  et  par  les 
graveurs  ;  en  dehors  de  l'œuvre  de  Van  Lochom,  dont  nous  parlions  tout  à 
l'heure,  un  autre  graveur  du  dix-septième  siècle,  Nicolas  Arnoult,  a  gravé 
mie  planche  représentant  le  jeu  du  billard  ;  enfin,  à  une  époque  relative- 


278 


ment  récente,  M.  V.  (Iharvet  avait  envoyé  à  l'Exposition  de  peinture 
de  1857  im  tableau  représentant  une  partie  de  i)illard  :  cette  peinture  fut 
fort  appréciée  du  public. 

XVIII.  —  I,es  repaies  du  joii  de  billard  mises  en  vers. 

On  a  mis  en  vers  la  (!lonstitution  française,  il  n'y  a  donc  point  lieu  do 
s'étonner  de  trouver  une  poésie  indiquaut  les  règles  du  jeu  de  billard.  L'au- 
teur a  même  soin  d'indicfucr  qu'elle  se  chante  sur  l'air  de  «  Monse'gneur 
le  duc  d'Orléans  ».  {Coi/parf,  Chansdiis  d'un  emjildi/r,  1830.) 


Pour  jouer  au  billard, 
11  vous  faul  beaucoup  d'arl, 
Avoir  surtout  un  bien  juste  regard 
Ce  jeu  n'admet  aucun  retard, 
El  semble  exclure  le  vieillard  ; 
Aussi  ne  voyons-nous  céans 
De  joueurs  que  des  jeunes  gens. 
La  table  est  devant  vous, 
Elle  contient  six  trous; 
Le  tout  est  recouvert 
D'un  large  tapis  vert; 
Trois  billes  roulent  dessus, 
Trois,  dont  une  rouge  et  pas  plu? 
Un  bâton 
Bien  doux  et  bien  rond 
Nous  sert  en  cette  occasion. 


De  ce  léger  bàlon, 
Sacliez  que  la  queue  est  le  nom; 
Vous  la  prenez  et  cliaque  fois 
Vous  la  mettez  entre  vos  doigts. 
Il  faut  tout  près  vous  approcher 
Et  tâcher 
Surtout  de  toucher; 
Car,  en  jouant,  si  vous  ne  loutliez  point 
On  vous  marque  pour  un  point. 
Mais  on  doit  s'arrCler  sans  queuter. 
La  poule  est  un  plus  simple  jeu  ; 
On  joue  à  la  russe  fort  peu. 
Suivez  mon  avis  et  jamais 
Ne  jouez  que  le  jeu  français  ; 
l'ourlant  vous  pouvez  tout  oser 
Mais  craignez  de  vous  blouser. 


D'tme  Pnif/r  ftjiere  Brauie 
liutjounr  pftnr  rfty^ife tfatme çui/Zc, 


LK    JEU   DE    QUILLES 


metffx  à  âof  ùz^/ùctc  ^ 


QUATRIEME    PARTIE 


LES    QUILLES 

1.  —  l^e  ieii  tics  piqucls  clic/.  Vvs  Uoiiiaiiis. 

Tel  que  uoiis  le  pratii|Uons  actuelleraeut,  ce  jeu  ne  sem])le  pas  avoir 

été  counu  Jesancieus  ;  mais,  dans  son  recneil,  M.  Becq  de  Fouquicrcs  nous 

donne  une  description  détaillée 

du  jeu  des  piquets  qui  ont  avec 

les  quilles  une  étroite  parenté. 

Ce  jt'U  consiste  non  seulement  à  fielier 
un  piquet  dans  la  terre  liumiile,  mais 
encore  à  renverser  en  même  temps  un 
de  ceux  déjà  ficljés  en  terre,  en  le  frap- 
pant vers  la  Icle.  (Pollux,  IX,  120.) 

PoUux  dit  également  qu'on 
rencontre  chez  quelques  poètes 
doriens  l'expression  de  jaucr  au 
Itiquct. 

Ce  jeu  s'est  conservé  jusfpi'à 
nos  jours;  la  manière  dont  les 
enfants  s'y  prennent  aujour- 
d'hui doit  être  la  même  <[ue  celle  des  Grecs.  (3n  prépare  d'abord  la 
terre  en  la  renuiant  et  en  la  mouillant.  Chaque  joueur  s'arme  d'un  long 
piquet  d'un  mètre  environ,  et,  quand  vient  son  toiu-,  le  fiche  dans  la  terre 
en  le  lançant  d'une  main  vigoureuse  de  manière  à  le  faire  pénétrer  le  plus 
profondément  possible;  or  l'haliileté  consiste  à  lancer  son  piquet  de 
façon  t(u'avaut  de  se  planter  en  terre  il  chasse  en  le  frappant  celui  d'un 
autre  joueur. 


LES  PLAlSUiS  DE  LA  JEUNESSE 

ll'.iPHK.S   UXK   GIIAVUHE  SUR  DOIS    DU    .\VI»  SIÈCLE 
EXTIIAITE  DE  l'oUVIUGE  DE  CnMEMUâ  :   OI\B[S   SENSUALIS 

l'icruit.i 


^80 


Le  jeu  des  couteaux. 


Un  jeu  d'adresse  se  rapprocliaut  de  celui  des  piquets  consiste  à  i»lauter 
des  couteaux  dans  une  planclie  ou  dans  une  pièce  de  bois  quelcon([ue,  au 
centre  de  laquelle  est  un  point  dont  il  s'agit  d'approcher  le  plus  possible. 

Une  fi,ravure  italienne  nous  a  conservé  la  représentation  du  jeu  des  cou- 


le JEU  DES  couteaux 

Il  '  A  P  II  K  s      C  A  II  A  C  C  I  ,      X  V  U  °     SIÈCLE. 


teaux,  dans  laquelle  l'arme,  au  lieu  d'être  projetée  horizontalement,  est 
simplement  fichée  eu  terre  et  jetée  à  hauteur  d'homme. 

Ce  jeu  est  représenté  dans  les  peintures  égyptiennes,  et  il  est  fort  pro- 
bable que  les  Grecs  l'avaient  adopté. 


m.  —  Les  squils  à  l'époque  carolingienne. 

U-e  jeu  des  picpiets  a  été  connu  eu  France  à  l'époque  carolingienne, 
et  on  prétend  même  que  le  nom  du  jeu  vient  justement  de  ces  primitifs 
piquets  qui  remplaçaient  les  quilles.  Il  existe  en  effet  dans  la  langue  cel- 
tique le  mot  squil,  (pii  signifie  éclat  de  l)ois;  c'est  donc  bien  à  ces  piquets 
que  l'on  veut  faire  allusion,  ils  devaient  même  être  assez  semblables  aux 
échalas  (pie  l'on  place  au  pied  des  vignes  pour  les  étayer. 


-2H\  — 


\\.  —  Los  quilles  au  qiialor/.it'iiic  si«^<'l<v 


Au  ([iiatdi'zit'iuc  sic'cle,  on  trouve  assez  frcqnemmeiif  le  inol  hillf  ou 
billclli'  (jui,  avons-nous  vu,  désigne  tour  à  tour  un  troiu-  ou  une  tigo  de 
bois  ou  (le  métal  do  i;rosseur  et  de  hauteur  variables  : 

i37o.  —  Ciiiu  liulereiit  ad  quilli.'is  qiui;  in  parlibiis  illis  (Bapalmis)  vocanliii' gallicc  t/illi's. 
{Air/i. ,JJ.  104,  pii'ce  loi.) 

l.'iOl.  —  Ainsi  (jiic  les  cumpaigiioiis  s'c'sl)aloii.'nl  à  un  jeu  appolé  la  Ijillcllc.  {/l/ld.,  1 '.(), 
pit-ce  223.) 

Tbiers,  dans  son  volume  sur  la  passion  du  jeu,  raj)i)orte  une  anecdote 


LE  JEU   DE  QUILLES 

n'.M'llKS     VAN     I.OCIIOM,   XVII»   SIÈCLE. 


quehiue  peu  fabuleuse  sur  le  jeu  de  quilles  ;  il  raconte  que  saint  Jean- 
Benoît,  ù  qui  on  doit  le  fameux  pont  d'Avignon,  ((ayant  aperçu  des  gens 
qui  jouaient  aux  (piilles  proche  d'une  des  anciennes  portes  de  la  ville 
d'Avignon  et  qui  blasphémaient  le  nom  de  Dieu,  il  renversa  les  quilles  de 
sou  bâton,  ce  qui  irrita  si  fort  l'un  des  joueurs  qu'il  donna  un  soufllet  au 
saint;  mais  Dieu  vengea  sur-le-champ  l'injure  faite  à  son  serviteur,  ayant 
tourné  la  tète  à  ce  joueur  en  sorte  qu'il  avait  le  devant  derrière.  » 

Le  jeu  de  quilles  a  été  fort  en  faveur  chez  les  plus  grands  seigneurs,  et 

30 


—  282  — 

(l;iiis  los  dépenses  du  roi  Jeun  d'Angleterre,  13.")0-13()0,  nous  trouvons 
la  mention  d'une  somme  de  8  sols  7  deniers  payée  à  nu  nommé  Tas- 
sin,  «  pour  une  petite  table  pour  maître  Jehau  le  Fol,  pour  (juatre 
chaières,  onze  formes  et  onze  quilles,  achetées  du  commandement  du 
roi  » . 

En  1309,  le  jeu  de  quilles  fut  défendu  ]»arune  ordonnance  de  Charles  V, 
non   seulement    aux  ecclésiastiques,    mais   même   aux  lanjues.    Dans   le 


LE  JEU  DE  QUUXES  A  LA  BOULE  ET  LE  JEU   DE  QUU.LES  AU  BATON 

d'aPIIKS    une   OnAVURE    DE   L.   CAnACCI,   XVIl"     SIKOLK. 

Recueil  ties  jeux  publié  en  15(S7,  l'auteur  n'a  consacré  ([ii'uu   vers  au  jeu 
de  quilles  : 

A  quille  l;i  aussi  pareillciiieiil. 


Le  commentateur  de  cet  ouvrage  fait  observer  que  ce  jeu  était  aussi 
connu  sous  le  nom  de  «  quille  rapeau  »   ou  «  ram})eau  »  . 

A  cette  époque  on  se  servait  seulement  de  trois  quilles  mises  en  ligne 
droite  et  le  joueiu^  devait  à  chaque  coup  abattre  au  moins  l'une  d'elles  ;  s'il 
y  manquait,  il  était  mis  hors  le  jeu  et,  pour  pouvoir  continuer  la  partie, 
il  devait  payer  à  nouveau  le  montant  complet  de  l'enjeu  :  payer  cette 
amende  était  désigné  par  le  mot  rempk/\  (\m  signifie  vraisemblaldement 
qu'après  avoir  acquitté  sa  dette  le  joueur  était  rappelé  an  jeu. 

C'est  probablement  à  ce  jeu  qu'il  était  permis  de  se  livrer  certain 
jour  iUi  la  semaine,  si  nous  eu  croyons  Noël  du  Fiiit  dans  ses  Propos 
/■usi/(/ues  et  facétieux  (1585);  il  dit,  en  effet,  que  l'on  ne  doit  «  ne 
|)rendre  chemise  blanche,  ne  danser,  ne  chanter,  au  vendredi,  ne  filei' 
an  samedi,  n'étudier  aux  fêtes;  mais  loisible  jouer  aux  quilles,  aux 
bibelots  on  ;ui  coclion  va  devnnt  ». 


—  28 't 


V.  —  Les  quilles  à  pîroiieHei 


Au  seizième  siècle,  Clément  Marot  a  fait,   dans  ses  vers,  allusion  aux 
fjuilles  : 

Morl  csl  un  jeu  pire  qu'aux  quilles  A  ce  méclianl  jeu  Goquillîird 

Ni  qu'aux  échecs,  ni  qu'au  quillard.  Perdit  sa  vie  et  ses  coquilles. 

Si  anodin  (jue  cet  exercice  paraisse,  il  fut,  eu  1604,  défendu  aux  ecclé- 


LES    QVLLI^ES 

d'apuès  uni:  composition  de  Claudine  bouzo^net  steli.a,  xvii'  siècle. 

siastiques  de  se  livrer  à  ce  jeu  ainsi  qu'au  jeu  de  billard.  Le  Synode 
de  Langres,  (|ui  a  édicté  cette  défense,  est  très  explicite  à  ce  sujet. 

En  lOO."},  Louis  XIII  enfant  s'amusait  avec  des  quilles  minuscules 
délicatement  travaillées  au  tour  :  c'est  ce  qu'Héroard  a  qualifié  dans 
ses  Mémoires  de  «  petites  quilles  à  pirouette  »  . 

Delille,  si  justement  appelé  «  le  Virgile  français  »,  a  donné  une 
bonne  description  du  jeu  des  quilles  dans  son  Ho)nme  des  cliamps  : 

Un  bois  roulant  de  la  main  qui  le  guide 
S'élance,  elierclic,  alleint  dans  sa  course  raiiido 
Ces  cônes  alignés  qu'il  renverse  en  son  cours 
El  qui  toujours  lombnnl  se  relèvent  loujoiu's. 


'js:;  — 


VI.  —  ItoilcMiii   ■■«■piilt-  un  habile  joiiciii*  <le  qiiillos. 

L'art  de  lùcii  jouor  aux  ([uilles  a  été  cous'uléré  par  des  yeiis  d'es- 
prit comme  un  des  talents  dont  ils  avaient  le  plus  à  av  p,loi'ifiei'.  Racine  le 
jeune,  dans  ses  Mémoires  sur  la  vie  de  son  père,  dit  ([iic  Hoileau  <;.\c('llait 
à  ce  jeu  : 

Jf  l'ai  souvcnl  vu  (ibiillrc  loulcs  les  neuf  d'un  seul  coup  de  boule.  Il  faut  avouer,  disail-il 
à  ce  sujet,  que  j'ai  deux  grands  lalenls  aussi  ulilesl'un  que  l'autre  à  la  soci('ti''  et  à  i'ELat  :  l'un 
de  bien  jouer  aux  quilles,  el  l'autre  de  bien  Faire  des  vers. 


\II.  —  l>c  l'ulilitc'  du  jeu  de  quilles  pour  développer 
l'adresse  des  enfants. 

Au   connuencenieut  du  dix-neuvième    siècle,    le  jeu  de  quilles   était 


LtPeUtJoL-dc  Qmlle^) 
u'aimiks  U.N  TAULHAU  1)1-;  david  ténieus,  .\vu«  mèci.e. 


complètement  passé  de;  mode  et  l'auteur  de  la  Vijjiniutstiquc  de  lu  jeu- 
nesse^ M.  Durivier,  dont  le  manuel  parut  en  1803,  s'exprime  ainsi  au 
sujet  du  jeu  de  quilles  dont  il  déplore  l'abandon  par  la  jeunesse    : 


Ce  Jou  lie  nous  pnriiît  p;is  iurfiler  l'espèce  de  mépris  dons  lequel  il  esl  lumbé.  11  n'ii  rien  de 
l)i('n  i'uliganl,  cl  exi.ce   assez  d'adresse,  piiur  exei'CiM'  de  lein[is  en  leiiips  celle  de  nos  jeunes 


LE  JEU  DE  QUILLES 

d'aimiès  /('.v  proverbes  de  lagnet,  svii'  sikci.e. 

gens.  Il  a  d'ailleurs  un  avantage  qui  u'esl  pas  à  négliger,  c'est  de  pouvoir  s'accommoder  <-i  la 
force  proportionnelle  des  différents  âges,  par  la  facilité  de  varier  à  volonté  le  calibre  des  quilles 
el  de  la  boule. 

Pour  jouer  coinmodéuicnt  à  ce  jeu,  il  faut  |)ré|);u'er  un  emplacement 
di.sposé  (le  façon  à  donner  toutes   facilitt's  au.x  joueurs  qui  se  livrent  à 


-  287  — 


cel  oxercico.   Nous  trouvons  sur  ce  sujet  ([uclqucs  (MUiseils  |U';iru|ues  dans 
un  licciiril  (les  (imiisciiionts  de  lu  raiiipagiie,  |nil)lié  <mi  ■182()  : 


Ln  bouU  est  tm  feu  danjereiuK      Ccn^  fin  ne  se  conte/Ue  dvJtc  ■ 
i  vtirjUsetu  lej  coifvs  divhirui^  et  dejarbaie;    Risifue  SouveîU  d'en  ver-dre  cUu 


ICttJ 


La  place  «la  juii  était  liien  salpètrée  et  bien  unie;  des  pieux,  enfoncés  en  terre  jusqu'au 
nivenu  (tu  sol,  iiiiliquaienl  la  place  des  quilles  ;  celle  du  milieu,  qu'on  nommait  le  colas, 
était  plus  haute  que  les  autres,  et  le  joueur  qui  la  faisait  tomber  seule  gagnait  neuf  points. 
Comme  les  quilles  se  placent  sur  trois  rangs  de  trois,  il  est  avantageux  d'attaquer  le  carré 
qu'elles  forment  par  sa  diagonale,  attendu  qu'alors  la  chance  de  rencontre  est  comme  cinq  à 
trois,  et  qu'elle  n'est  que  de  trois  lorsque  le  joueur  se  place  vis-à-vis  de  l'une  des  faces  du  carré. 
La  forme  des  quilles  varie  autant  que  leur  grandeur;  on  doit  veiller  à  ce  qu'elles aientbeaucoup 
d'assiette  en  creusant  le  dessous  du  pied.  Les  meilleures  quilles  se  font  en  frêne  ou  en  orme  ; 
les  petites  peuvent  être  faites  en  acacia. 


288 


\  III.  —  l.o  j«Mi  des  quilles  sirspeiuliies. 

Un  autre  jpu,    qui   présente  avec  les  quilles   une  certaine  analogie, 


LE  JEU  DE  QUILLES  AU  XVIII»  SIECLE 

Ii'aP^^KS     U.NE     C  h  a  vu  HE     DE     I.' ECO  LE     ALLEMANDE. 


est  le  "  jeu  des  quilles  suspendues  »;  un  de  ses  pi'inci|iaux  avantai;(>s  est 
de  n'occuper  qu'un  enqdacement  restreint  et  de  ne  pas  exiger  uno  force 


J^u  h^ndc   aiL'auJrajverj-  d&  Ces  atuJI^s  anjeUs 
fUyus  e^t  une  imat^S'  vai^faùt^ 


Laisse  iaru^rer  <:x   niy  auvaat^ refier  a£.b£ntJ^ 


musculaire  bien  considéraltle,  ce  (pii  j)ei'niet  aux  daines  de  |)reiulre  jiart 
à  ce  divertissement  : 


Mu 

< 
p«4 


—  -2H9  — 

On  trace  sur  lu  Ipri'.'iiii,  à  l'iiulc  d'un  ((H'iIlmii  ut  d'uii  pi(iut'l,  un  i^'rand  cercle  de  treize 
à  quatorze  mètres  de  diamètre,  cl  un  second  concentri(iue  de  neuf  pieds  de  diamèli'c,  puis 
encreuse  à  un  pied  do  profondeur  l'espace  compris  entre  ces  deux  cercles.  Au  centre  de  ces 
cercles  est  un  arbre  autour  et  près  du  pied  duquel  on  atlaclie  une  lanière  de  cuir  portant  neuf 
anneaux.  Ceci  fait,  on  plante  hors  de  renceinte  du  cercle  neuf  piquets  correspondant  aux  neuf 
anneaux  cl  reliés  à  eux  par  un  fil  de  fer  ;  c'est  h  cliacim  de  ces  llls  que  sont  suspendues  les 


LES  QUILLKS 

D  AI'RKS    UNK    LITHOOIl  VPHIE    1)K   I.ASSAl.l.K,   XIX"  SIKCl.E. 


quilles  au  moyen  d'un  crochet.  Par  leur  base,  ces  quilles  arrivent  jusiiu'à  terre  et  elles  sont 
placées  nu  nriilieu  de  l'espace  creusé  dans  lequel  doit  courir  la  boule.  (Jlette  boule  a  un  diamètre 
tel  qu'elle  puisse  facilement  passer  de  l'un  ou  de  l'autre  côté  des  quilles  sans  les  ébranler. 
.\près  la  dernière  quille,  et  à  un  espace  égal  à  celui  que  les  quilles  ont  entre  elles,  on  plante  en 
terre  une  arcade.  Chacune  des  quilles  est  numérotée  et  sa  valeur  correspond  au  numéro 
d'ordre  qu'elle  porte.  L'avantage  du  joueur  est  de  chercher  h.  ce  que  sa  boule  n'ébranle  que  les 
dernières  quilles  et  qu'elle  ait  assez  de  force  pour  pouvoir  franchir  l'arcade  qui  termine  le  jeu, 
ce  qui  augmente  son  gain  de  dix  points. 

Ce  jeu  occupe  peu  de  place  et  est  très  amusant  ;  il  a  sur  les  autres  jeux  de  quilles  l'avan- 
tage de  dispenser  les  joueurs  de  ramasser  les  quilles  après  chaque  coup.  L'ébranlement  de  la 
quille  sufllt  poui'  qu'il  soit  visible  que  la  boule  l'a  loucliée. 


I\.  —  Diverses  ropréseiilalioiis  <lii  jeu  <le  «iiiilloSt 

Le  jeu  de  «{uilles  a  Joiiné  lieu  à  des  représentations  fort  nombreuses; 
un  disciple  de  (lallot,  Van  Lochoni,  dans  son  recueil  intitulé  :  /rs  Dcaur 
et  bien  Adroits  Jniicuvs  do  tmiles  sniics  de  jeux,  a  représenté  (|uatre  person- 
nages grotesques  jouant  aux  quilles.  Otte  curieuse  gravure  a  été,  paraît- 


—  -2'M\ 


il,  iiis[)irét'  |»;u' les  célèbres  liyiu'cs  dr  l{al>el<iis.  Dans  un  ;;t'iiiT  tlili'éi'L'nf, 
le  lableau  de  Téniers,  coiimi  sous  le  nom  de  :  /r  Petit  Jeu  de  (/iiillcs^  est 
une  intéressante  i'('|>réseutali(jn  de  ce  divertissement;   le  sujet  représente 


LK  ,\VX    l)K   nl'ILLES,  n'APiiiis  l'nk   cAiiicAiinK  m.   l'èpoulu;  liiivoLinioNNAiiiK  (1). 

la  ('((ur  d'une  ferme  où,  près  d'une  rivière,  des  paysans  réunis  en  i;roupe 
se  livrent  à  ce  plaisir  ehani|iètre  en  vidant  de  noiuln-euscs  chopes  de  bière. 


LK  JEU    DE   (JlilLLES,  h'aimiks    un:-,   (juvmiie   m     i'i;i;viii:i;   kmi'IUI': 

Stella  a  i^ravé  deux  planches  relatives  au  jeu  de  (piilles;  la  première 
l'ait   ])artie  de  sa    suite  des  jeux  :  tandis  ((u'im  des  joueurs  s'apprête  à 


(1)  Cette  Rraviire  l'ail  partie  de  tou(e  la  séiic  des  |iam|ililc(s  ([ui  furent  publiés  au  nioiiu-nt  de  la  liévn- 
lution  et  dont  la  dispersion  dans  le  p\d)lic  eontiibua  beaueciup  à  la  fermentation  des  esprits  qui  devait 
aboutir  aux  sanî,'lantes  périodes  de  l'époque  révolutionnaire.  Les  trois  personnages  qui  sont  représentes 
ici  lin'urent  la  noblesse,  le  eler}?é  et  les  paj'sans.  C'est  un  de  ees  derniers  qui  vient  d'envoyer  sa  boule 
dans  le  jeu  de  (piilles.  La  gravure  ori;j;inalc  portait  coninic  légende  :  «  Je  pur'u'  M.  l':i}ihé  que  j':ii  m:in<iiiè 
iiiiin  cil»/).  —  l'diir  iiiiii  je  iic  Ir  iii:iii<iiie  jiax.  .1 


LI-:  JEU  DES  QUILLES  ET  LE  JEU  DU  SL\M 
r>'AÉi\KS  LES  LiTHOGiiAi'Hii>  iiK  LE  l'iuNCE.  HXTiiAiTEs  DES  .7c».r  flrs  Jcunc!  filli's  dc  loHf  les  pcn/f,  1823. 


—  292  — 


lancer  la  boule,  ses  camarades  regardent  et  l'un  d'eux  éci'it  sur  le  mur 

le  nombre  de  quilles  abattues. 

Le  même  artiste,   dans   une  autre  suite    de  planches   intitulée  :    les 

Quatre  Ages  de  la  vie,  n'a 
pas  cru  trouver  un  meil- 
leur sujet  pour  caracté- 
riser les  plaisirs  de  la 
jeunesse,  que  de  repré- 
senter des  adolescents 
jouant  aux  quilles.  Dans 
le  précieux  recueil  des 
Modes  et  Costumes  dit  dix- 
st'iilihiie  sièc/e,  qui  fut  pu- 
blié chez  Bonnard  et  (jui 
se  compose  d(;  plus  de 
vini!,t  volinues,  nous  trou- 
vons la  représentation 
d'une  partie  de  cpiilles 
|)()ur  bnjuelle  se  pas- 
sionne un  brillant  cava- 
lier français  ((ui  relève 
galarnuK^nt     les     (juilles 

abattues  par  nue  jeune  personne  avec  laquelle  il  se  livre  à  ce  divertissement. 


LE  JEU  DES  QUILLES 
ri'Ai'iiEs  les  .Jeudis  de  ma  lanle,  xix"  sikci.k. 


LE  JEU  DE  QUILLES  ET  LE  JEU  DU  SIA.M,  d'aimiès  la  Gymnastique  de  la  jeunesse,  an  xi,  1.S03. 

Au  second  plan,  deux  dames   élégamment  vêtues  semblent  se  faire 
d'im|)ortantes  coiilidcnces  sans  se  préoccuper  de  ces  jeux  d'enfants. 


C3     g 

ui      a 
Q       2 


i 


—  -2[)3  — 

Un  gi'av(Mir  italioii,  L.  (lai-i'acoi,  nous  a  tlonnr  une  donltlc  li-^nratiou 
(lu  jeu  (le  quilles;  il  a  d'abord  dépeint  le  jini  qui  se  joue  avec  une  liouii; 
cl  neuC  ([uilles  dans  un  einplaoeraent  garni  de  })lanches  tout  au  pour- 
tour, et,  au  second  plan,  il  nous  a  montré  comment  se  praticjue  le  jeu 
de   quilles   au  bâton. 

Sous  Louis  XV,  à  une  époipie  où  la  mode  était  au  cbimiis,  ou  a  repré- 


_b^  Qiu/-éca 


I)  APKKS   L'NH   LITIKIGIIAI'HIK   1)K    CHAIII.KT.    XIX'    SIKCI.E. 


sente  un  i^roupe  de  jeunes  haltitaiits  du  Céleste  FJrapire  faisant  une  partie 
av(M'  quatre  ([uilles  seulement;  c'est  là  uue  fantaisie  de  {.graveur  à  laquelle 
il  lie  faut  pas  attacher  autrement  d'importance.  L'ami  des  enfants,  Ber- 
quiu,  dans  un  d<»  ses  frontispices,  a  représenté  une  partie  de  quilles 
à  laquelle  semblent  prendre  grand  plaisir  quatre  petits  garçons,  tandis 
que  leurs  jeunes  camarades  font  gravement  rouler  leur  cerceau. 

En  1822,  Charlet  a  pris  pour  sujet  d'une  de  ses  lithographies  une 
partie  de  quilles  dans  uu  cabaret;  au  premier  plan  un  vieux  grognard 
vient  imprudemnuMit  placer  sa  jambe  au  milieu  du  jeu,  ce  qui  lui  vaut 
de  la  part  des  joueurs  un  compliment  peu  flatteur. 


—  -IQi  — 


•oésîo  sur  le  jeu  de  quilles. 


Lo  jeu  do  quilles  a  aussi  eu  sou  poète  et  nous  citons  qnekjues  vers 
e\\vi\\{%AG?,  Jeux  des  jeunes  garçons,  qui  résument  assez  élégannuent  le  jeu  : 

Eli  bien  !  Prosper,  redresse  donc  les  quilles, 

Yeux-lu  gager  que  je  gagne  d'un  coup  ? 

Il  ne  me  faut  que  trois  points.  —  C'est  beauc(nip.  — 

Mais  convenons  ;  je  laisse  là  ces  billes  ; 

Je  pi'endrai,  moi,  la  boule  que  voici.  — 

C'est  convenu.  Jean  s'élait  dit  ceci  : 

J'ai  fait  denx  points  avec  petite  boule, 

Avec  la  grosse  au  moins  j'en  ferai  trois. 

Jusques  au  bout,  tout  joyux  il  la  roule, 

El  la  soulève  et  la  trouve  de  poids. 

Pour  mieux  jouer,  il  s'urc -boule,  il  s'efforcH, 

I.ajelle  enfin à  ses  pieds.  —  Tu  le  vois, 

Lui  dit  Prosper  qui  ril,  entre  ses  doigts, 
Il  faut  d'abord  bien  connaître  sa  force. 


LE  .\VX   DlilS  QUILLi:S  CIII.NOISES 

D'Arri-S  i'IM.RMLNT,   XVIIl'    SIÈCI.F. 


Hlne     ootcrriease . 

^TlarcAanJi'  de/ûoets  d  âejeiiœ 

/fUnelske  à  aœom/noi)erlesp(Tm^uei9.2,'^/û^Serde.l'iù?e  trompe/te  àeôoùs, 
4^^ûuiss sortes àe fà'des,.5,(^useaaa^ à  àealelles.d<9j'ûideaa  deùoi'S\ 
7,^wusse/on,S,'l/nœufen ôû/s.-9.'îln ^oâ/ef  ùe èoisJûJïïouân à  café- 
//,  21/w  cAasse,  /£.  %u'  / 'oiw  <- V  /our  à  filer,  /3,S5ou/es  et  auittcs , 
/4f^aâtetle  à  serairteai/(\/ô,'^asses  et  soucoupes  à.  cafe\ 
/6,  ïtn  ÇDamien  /7ê/^tUer,  /S.^arreauœ pour  te  dos  D'ime  câaise. 


—  :>!)a 


CINQUIEME    PARTIE 


LE   JEU    DU    SIAM 

I.  —  l>is|>o.sili«>ii  «le  «'c  jeu. 

Le  jeu  tlu  Siain  ditlère  peu  du  jeu  de  quilles;  il  u'est  cepeiidMut  |)as 


Le     Si  arcL  , 
ylvce   CjoUB'   b/<uÂ&  (Xpji-LitLe  v\      Parw  le  vlusT  ri^aicrsLuc  aes  TTlms  , 

VOn  ne  pactjaipter    ^îj-^/XTâi.  Game  i  Jettou  111      Si  lanà  trop   or-anil^frai/lauœ  dotatr  , 


LE  ,)I:L  UU  blAM 
d'ai'Iils  lx  c.AhriiN  hi'  youieait  ji'U  du  juif,  xviii'  sekci.k. 

absolument   identique,  car  on  emploie  treize  quilles  dont  neuf  forment  le 
cercle  tandis   que   la  dixième  est  |)lacée  au  centre;  sur  le  front  du  jeu 


—  2!)6  — 

et  en  une  seule  ligne  sont  plaeées  les  trois  dernières  ([uilles,  ee  <[ui  doiuio 
à  l'ensemble  nne  disposition  assez  irrégulière.  La  boule  est  remplacée 
par  nne  sorte  de  disque  dont  la  tranche  est  taillée  en  biseau,  ce  qui  l'oblige, 
en  roulant,  à  former  des  cercles  conceutri(jues.  Quand  ce  disque  est 
lancé  d'une  main  habile,  on  peut  prévoir  dune  manière  à  peu  près 
certaine  quelle  sera  l'étendue  des  ravages  occasionnés  dans  le  jeu  par 
ce  projectile. 

L'habileté  de  celui  (jui  lance  le  dis([ue  peut,  dans  ce  jeu,  maîtriser  le 
hasard,  à  condition  (ju'il  connaisse  bien  le  terrain  sur  lecpiel  il  joue, 
l'inclinaison   (pi'il   doit   donner  à   sou    projectile,    ainsi   (pie  la  Force  avec 


^-^l=S^i^. 


LE  Ji;U  DU  SIAM 

u'aI'RKS  U.\K.   vignette   du  PIIKMIKU     KMPIIIi:. 


laipielle  il  duil  èlre  lauc(''  :   le  moindre  obstacle,  la  plus  petite  ii'r(''gularil( 
dans  le  terrain  |)eut,  en  ell'et,  déconcerter  le  coup  le  mieux  combiné. 


11.  —  !.«>  joli  <l<>  la   l»oiil<>  |)l«l«»  au  soizîôiiu»  sît'elf. 

Le  jeu  du  Siani  devait  être  connu  au  seizième  siècle,  puisque,  dans 
son  énnmératiou  des  jeux,  Rabelais  mentionne  le  jeu  de  la  boule  plate, 
et  il  ne  semble  pas  que  cette  dénomination  puisse  s'appliquer  à  un  autre 
jeu  (pi'au  jeu  du  Siam. 


m. 


—  298  — 


Siipérioi'ilô  «lu  j<Mi  du  Siam  sur  le  jeu  cle  quilles. 


M.  Durivior,  que  nous  citions  plus  haut,  tient  ce  jeu  en  grande  estime  : 

Cel  exercice  suppose  plus  de  calcul  el  demande  plus  d'adresse  que  le  jeu  de  quilles  ordi- 
naire. 11  faul  qu'à  la  justesse  du  coup  d'œil,  le  joueur  unisse  la  précision  du  mouvement  qu'il 
veut  imprimer  à  sa  roulelle  ;  qu'il  mesure  la  totalité  de  sa  révolution  sur  l'espace^  qu'elle  doit 
parcourir,  afin  de  la  faire  entrer  à  propos,  el  abattre  seulement  li-  nombre  de  quilles  désiré.  On 
a  vu  des  joueurs  abattre  au  choix  des  spectateurs  telle  ou  telle  quille  indiquée,  el  manquer 
rarement  leur  coup.  Sans  doute,  il  y  a  dans  tout  cela  plus  de  routine  et  d'habitude  que  d'autre 
chose,  surtout  dans  la  très  grande  majorité  des  joueurs,  qui  sont  bien  loin  dn  problème  de 
mécani(jue  qu'ils  résolvent  sans  s'en  cire  doutés  ;  mais  le  temps  de  loisir  employé  à  acquérir 
cette  habileté,  fruit  d  une  longue  habitude,  leur  a  épargné  des  écarts  de  conduite  nombreux, 
peut-être  même  des  crimes,  ou  au  moins  des  désordres  à  la  société!  Depuis  que  le  goùl  de  ces 
sortes  d'amusements  a  passé,  il  a  fallu  nécessairement  les  remplacer  par  d'autres,  car  il  faut  à 
tous  les  hommes  un  délassement  quelconque.  Les  mœurs  ont-elles  gagné  au  change? 


IV.  —  Oi'ifi,ine  du  nom  donné  st  ee  jeu. 

Le  jeu  (lu  Siam  était  le  passe-temps  favori  des  soldats  retraités  aux 
Invaliiles;  sous  Louis  XIV,  les  ambassadeurs  de  Siam  qui  vinrent  à  cette 

époque  mar([uèrent 
un  vif  intérêt  pour 
ces  parties  et  pas- 
saient de  Ioniques 
heures  à  regarder 
k's  vieux  soldats  se 
livrer  à  cet  exer- 
cice :  ce  fut  en  leur 
honneur  et  en  sou- 
venir de  leurs  fré- 
quentes visites  «jue 
l'on  donna  le  nom 
de  «  jeu  du  Siam  » 
à  cette  variété  du 
jeu  de  quilles. 

Dans  les  cartons 
du  nouveau  j(ni  du 
juif,  auquel  nous  avons  eu  déjà  plusieurs  fois  recours,  nous  trouvons 
la  reproduction  d'une  parti(^  de  jeu  du  Siam  à  la  porte  d'une  auberge  où, 
malgré  son  enseigne  :  A  la  grapite  de  Canti/ia/i,  on  promet  simplement 
aux  consonmiateurs  de  leur  servir  de  la  bonne  bière.  Suivan'^f^  la  règle, 
neuf  quilles  sont  disposées  en  cercle  autour  d'ime  (piilbî  ceiilrale,  tandis 
que  les  trois  quilles  <jui  doivent  former  le  front  se  trouveu!  du  côté 
opposé  au  joueur. 


LE   JEU   DU    SIA.M   AU    XVIt=    SIECLE 

APIIÉS     LNK    COMT.EFAÇON     ÉTHANGÉnE     DES     COMPOSITIONS 
DE  CLAI'UINE  DOIZONNEI  STEI.I.A. 


CHAPITRE  VI 


JEUX   CyMNASTigUES 

Le  saut.  —  i.  Les  nxerciccs  du  saut  aux  temps  homériques.  —  2.  Les  plus  illustres 
sauteurs  yrecs.  —  3.  Diverses  espèces  de  sauts.  —  4-  ''^^  exercices  du  saut  au  seizième 
siècle.  —  5.  Le  plus  illustre  sauteur  à  la  foire  de  Saint-Germain,  au  dix-huitième  siècle. 

—  G.  Rapport  du  colonel  .Amoros  sur  le  saut.  —  7.  Diverses  espèces  de  sauts  pratiqués 
dans  les  jeux  d'enfants.  —  8.  Le  saut  dans  le  cerceau.  —  9.  Le  saut  à  la  corde.  — 
10.  Poème  de  Katz  sur  le  jeu  du  saut  à  la  corde.  —  11.  Gravures  diverses  sur  le  jeu  de 
la  corde. 

Le  saut  à  cloche-pied.  —  1.  .Analogie  du  saut  à  cloche-pied  cl  de  la  danse.  —  2.  .Vsco- 
liasmus  ou  le  jeu  des  outres  enllèes,  en  Grèce.  —  3.  Les  jeux  à  clociie-picd  chez  les  P>o- 
mains.  d'après  Pollux.  —  (\.  La  mérelle  à  cloche-pied  au  seizième  siècle.  —  5.  La  marelle 
à  cloche  pied,  d'après  Stella. 

Coupe-tête  et  saute-mouton.  —  1.  Représentation  antique   du  jeu  de  saute-mouton. 

—  2.  Le  jeu  du  coupe-teste  et  du' passavant  au  seizième  siècle. — 3.  Le  jeu  de  la  poste 
au  dix-septième  siècle. 

Le  cheval  fondu.  —    i.  Ktymologic  de  ce  mot.  —  2.  De  la  manière  do  pratiquer  ce  jeu. 

—  3.  Faveur  de  ce  jeu  au  seizième  siècle.  - —  [\.  Le  cheval  fondu,  d'après  les  anciennes 
f,'ravures. 

La  culbute,  le  pète  en  gueule  et  le  monde  renversé.  —  1.  Le  jeu  du  0  calampo  »  dans 
l'antiquité.  —  2  La  roue  animée  ou  le  jeu  du  pète  en  gueule.  —  3.  He[)résentation  de  ce 
jeu,  d'après  Breuyhel.  —  t\.  Graveurs  des  dix-septième  et  dix-huitième  siècles  ayant 
représenté  ce  jeu.  —  5.  Le  monde  renversé. 

La  lutte.  —  1.  Définition.  —  2.  La  lutte  aux  temps  préhistoriques.  —  3.  La  lulle  dans 
l'antiquité.  —  4-  ^^  jeu  de  la  résistance  ou  l'assaut  du  château.  —  5.  Le  puyilat.  La 
boxe.  — 6.  Les  jeux  de  la  lutte,  d'après  Stella. 

La  danse.  —  1.  La  danse  considérée  comme  jeu  d'enfant. —  2.  Le  jeu  de  laf;rue  et  du  laby- 
rinthe. —  3.  Danses  sacrées  et  danses  j^uerrières  chez  les  Romains.  —  \.  Interdiction 
des  danses  chez  les  chrétiens.  —  5.  Les  danses  au  Moyen  Age  considérées  comme  spec- 
tacles. —  6.  Persistance  des  danses  ecclésiastiques  en  France  et  en  Ralie.  —  7.  Rais  et 
ballets  au  commencement  du  dix-septième  siècle.  —  8.   Les  danses  enfantines,  d'après 


anciennes  i;''avurcs. 


La  gymnastique.  —  1.  Son  origine  grecque.  —  2.  Les  exercices  de  gymnastique  faisant 
partie  de  l'éducation  des  jeunes  gens,  d'après  Rabelais.  —  3.  Instituts  de  gymnastique 
étrangers.  —  4-  Méthode  amorosienne.  — ■  5.  Gymnastique  scolaire  et  gymnastique 
médicale. 

L'escrime.  —  1 .  L'  «  armatura  »  chez  les  Romains.  —  2.  L'escrime  au  Moyen  .Vge  en  France. 

—  3.  L'escrime  au  dix-septième  siècle,  d'après  Stella.  —  4-  Lî'"'  salle  d'armes  pour  les 
enfants  en  1829.  —  5.  Pièce  de  vers  sur  l'emploi  de  l'épée. 

Patinage  et  glissade.  —  1.  .Avantages  du  patinage.  —  2.  Comment  on  apprenti  à  patiner. 

—  3.    De  la  fabrication  des  patins.  —  4-  '-^^s  Skies  norvégiens.    —  5.    La   glissoire  au 
seizième  siècle. 

Les  petits  feux.  —  1.  Leur  origine  antique.  — •  2.  Signification  de  cette  coulumo.  —  3.  Les 

feux  de  joie  à  l'époque  chrétienne. 
Le  jeu  de  la  pendaison. 


uoo  — 


PREMIERE    PARTIE 


LE  SAUT 


faire 
les  c 


1    —  Les  exercices  dii  saut  aux  Iciiips  lioiiiéi'iqiics. 

A.MAis  on  n'a  reuconti'i''  une  inanifustation  de  la  force  el  île 
raj:,ilité  humaine  plus  ancienne  que  l'exercice  du  saut.  Les 
anciens  Grecs  considéraient  cet  art  comme  un  des  prin- 
cipes les  plus  imiiortants  à  apprendre  à  la  jeunesse,  et  il 
figure  parmi  les  jeux  mentionnés  dans  les  poèmes  liomé- 
riques.  Déjà,  à  cette  époque,  il  formait  l'objet  d'un  prix 
s|>écial.  Un  ])eu  plus  tard,  quand  les  Grecs  instituèrent  le 
jiciikitlilon  ou  concours  quintuple,  ils  ne  manquèrent  pas  de 
rentrer  le  saut  dans  cette  sorte  de  programme  au  même  titre  que 
)urses  à  pied,  le  jet  du  dis(|ue,   celui  du  javelot  et  enfin  la  lutte. 


II.  —  Les  plus  illustres  sauteurs  grecs. 

Le  SMut  était  considéré  comme  une  des  meilleures  preuves  des 
qualités  physiques  des  athlètes;  les  auciens  auteurs  nous  ont  conservé 
le  souvenir  d(>  sauteurs  éinérites,  et  on  retrouve  le  nom  d'un  certain 
Pliayllius  (pu  pouvait  franchir  d'un  seul  bond 
une  distance  de  54  à  56  pieds.  Ce  personnage 
était,  au  surplus,  un  coureur  infatigable,  et  ses 
deux  performances,  pour  employer  le  mot  mo- 
derne, s'allient  admirablement,  car  la  course 
n'est  qu'une  succession  de  sauts  plus  ou  moins 
ra|)procbés  et  plus  ou  moins  étendus. 


III    —  Diverses  espèces  de  sauCs. 

On  distingue  deux  sortes  de  sauts  :  le  saut  en 
LE  SAUT  A  LA  l'EiiciiE        hautcur  et  le  saut  en  largeur;  les  anciens,   pour 

D  ACUÈS  imriGnAVlIUK  ALLEMANDE  ,      .  ,  T  p  '  i 

acqueru"  une  plus  grande  torce  a  cet  exercice,  se 

XVlll"    SIECLE.  1  1  O  ' 

chargeaient  de  masses  de  jnétal  nonnnées  haltères, 
dont  la  forme  a  varié,  mais  dont  le  nom  est  resté  intact  jusqu'à  nos 
jours.    Les    Grecs   utilisèrent  le    saut   connue   exercice   d'endurance,    et 


LA  CORDS.  . 

u'ArJIÉS   UNK  GHAVLBK  UE  ÀVG.   DE  SAINT-AUBI.N    liiUiK  I)K   LA   SllïK  DLS   l'eUls  poUssCIIS  de  l'aiis,   XVlirsiÉCLE. 


—  3Ui  — 

ratlilctc  qui  (xnivait  sauter  longtemps  chargé  du  fardeau  le  plus  i)esant 
était  déclaré  vainqueur.  Un  des  meilleurs  moyens  de  se  préparer  au 
saut  consiste  à  marcher  à  cloche-pied  pendant  un  laps  de  temps  presque 
sans  limite.  Cette  manœuvre,  exigeant  un  très  grand  etrort,  augmente 
dans  ime  notable  proportion  les  forces  et  la  souplesse;  des  muscles. 


i 


IV.  —  l.fs  oxoroîccs  <lii  saiil  au  st>î/.i<'ino  siOele. 

Dans   les  dernières  années   du   seizième  siècle,   ce   genre   d'exercice 

était  vraisemblablement  très  en  hon- 
neur, puisqu'un  auteur  contemporain  a 
écrit  sur  ce  sujet  un  traité  complet,  qui 
ne  contient  pas  moins  de  deux  cents 
pages;  il  est  intitulé  :  l'Exercice  de  muter 
et  de  vohiçjer  en  l'air.  L'auteur,  Archange 
Tuccaro,  était  un  Napolitain,  et  il  a 
dédié  son  travail  au  roi  de   France. 

Dans  sa  jiréface,  il  se  plait  à  montrer 
le  goût  que  le  roi  Charles  IX  témoi- 
gnait pour  tous  les  exercices  du  corps  : 

ïoulesfois,  je  reprûsonleray  icy  ce  magna- 
nime Roy  el  qui  jamais  ne  sera  assez  loue, 
Ciharles  IX  du  nom,  lequel  eu  quelque  exercice  du 
corps  que  ç'eusl  esté  s'exerciloit  de  grande  alTeclion 
avec  certaines  règles  et  mesures  :  Il  domptoil  le 
cheval  le  plus  fier  el  rebours  qui  eust  peu  esire,  avec 
telle  prudence  que  l'art  el  son  bon  jugement  luy 
enseignoienl  :  11  s'esprouvoil  contre  le  plus  fort  et 
robuste  luictcur  qui  fust.  Il  s'esludioit  à  la  course  :  Il  s'adonnoil  à  toute  espèce  de  saut,  s'y 
nionstrant  fort  adexlre  et  dispos  :  Il  tiroit  i'ort  proprement  des  armes  avec  les  plus  grands 
maistres  d'escrime  :  Il  esloit  merveilleusement  agile  à  se  manier  et  voltiger  sur  un  cheval 
de  bois,  il  estimoit  eslre  chose  très  honorable  de  sç.avoir  toutes  sortes  de  bals  el  de  danses, 
esquels  par  dessus  tout  la  mesure  el  cadence  est  nécessaire.  Il  esloit  désireux  au  possible 
de  s'exercer  à  ces  sauts  périlleux,  esquels  j'avois  cest  honneur  de  luy  servir  de  maisire  :  Il 
prenoil  à  grand  plaisir  tous  les  jeux  de  bals  :  Il  ressembloil  un  nouveau  Mars  en  toute  manière 
de  tournoy  :  Il  esloit  cliasseur  infatigable  et  y  esloit  très  expert. 

Le  même  auteur  a  fait  précéder  ces  dialogues  sur  Part  de  sauter  et 
voltiger  eu  l'air  d'un  sonnet  fort  bien  tourné,  dans  lequel  les  éloges  ne  lui 
sont  du  reste  pas  ménagés  : 

Se  lancer  dedans  l'air,  dans  son  vuide  azuré 
Voltigeant  y  tracer  d'un  corps  prompt  et  agile 
Mille  tours  el  retours  :  puis  se  trouver  habile 
A  terre,  d'un  plein  saul,  sur  ses  pieds  assuré. 


LA  non    \  I  \  Mtiaiii  1 

Ii'aI'IIÈS     AllCH\\(h      IKUl    1        t      M 


LE  SAIT  DIT  ..  SAIT  lH'  CHAT  ..  (Jl'ON  l'AIT  AU  Slfce.K  i:T  AU  HANC 

Ii'aI'IIÈS    AllCHANGF.    TLCCAIIO,    U'i'JO. 


—  304  — 

Faicl  croiiT  à  l'ignorant  que  ce  vol  aéré 
N'est  seulement  conduicl  que  de  la  main  subtile 
D'un  démon  imposteur  :  pauvre  sot  et  déljile, 
Qui  voudrois  que  tout  fusl  par  Ion  œil  mesuré. 

Arcliange  docle,  expert,  par  son  discours  le  monstre 
Qu'en  cest  art  ne  se  fait  de  cliarme  aucun  rencontre 
El  que  la  seule  cause  est  la  dextérité. 

11  mérite  eiilre  Inus  une  double  louange, 

Ki  qu'on  sacre  son  nom  à  la  postérité. 

Car,  bien  dire  et  sauter,  sont  les  faicts  d'un  Arcliange. 

BlCAUYOlS  nie  CtlAUVINCOURT,  .\NGKV1N. 

Les  diverses  liji^ures  du  livre  d'Archanj^e  Tiiccaro  iudiqueut  com- 
ment on  doit  procéder  par  assouplissement  j^raduel  pour  obtenir  l'agi- 
lité nécessaire  afin  de  bien  sauter;  il  nous  montre  successivement  le 
saut  sur  un  tréteau  à  différentes  liauteurs,  le  saut  sur  un  tremplin,  et, 
en  dernier  lieu,  le  saut  péi'illeux  exécuté  au  moyeu  de  planclies  ados- 
sées contre  im  nuir. 


V.  _  i,e  plus  illiisiro  saiiloiii-  à  la  foii'e  «lo  Saiiil-dierinain 
au  «li.v-luiilièiiie  si<>cle. 

On  a   conservé  le   souvenir,    dans  les  temps   modernes,   de  saut(Hirs 
vraiment  extraordinaires  ;    c'est  ainsi  qu'on  racout(^  cpi'à  la  fameuse  foire 


LES   DIVERSES  MAN'IÈtiES    DE    SAUTER  A   LA   COliDE 
h'aI'Iiks  1(1  Giinmaslique  de  id  jeunesse,  an  xi,  IHIC!. 

de  Saint-Germain,   qui  se   tenait  chaque  année  à  la  veille  des  Rameaux, 
on  vil  apparaître,  en  t742,  un  certain  Grimaldi  ([ui  avait  été  surnommé 


^ 


,....-p..V 


i.t:  SALT  EN  AHiiii:ni-;  I!i:t()L1!Xe  i:sli;vi-:  suk  lks  inax  TiiEï.ïi;Ai  \ 

I>  AIMIKS    AliClUNCK  TUOnAIIO,    l.'i!l9. 


30(> 


«  la  Jambe    de  fer  »  ;  au  cours    d'un  divertissenieiit  iiouiuié    les  prix  de 
Cjjlhèro,  il  fit  le  pari  d(;  hondir  jus([u'au  lustre  (jui,  suivant  la  mode  de 

l'époque,  était  placé  au- 
dessus  de  la  scène  et  ser- 
vait à  l'éclairer.  Le  dan- 
seur tint  parole  et  il  avait 
pris  même  un  élan  si  fu- 
rieux, que  de  la  ])ointe  de 
sou  pied  il  détacha  un  des 
cristaux  formant  les  garni- 
tures du  chandelier  suspen- 
du, et  il  envoya  ce  projectile 
d'un  nouveau  genre  dans  la 
barbe  de  Méhémet-Etfendi, 
ambassadeur- de  la  Sublime- 
Porte.  Ouand,  après  la  fin 
du  spectacle,  (îrimaldi  se 
pr(''seuta  pour  obtenir  les 
félicitations  et  la  récom- 
pense que  méritait,  à  sou 
avis,  cet  exploit,  il  ne  hit 
pas  peu  étonné  de  rece- 
voir, au  lieu  du  cadeau, 
une  volée  de  bois  vert  qui 
lui  hit  administrée  par  un  esclave  de  l'ambassadeur,  sous  le  fallacieux 
prétexte  qu'il  avait  manqué  de  respect  à  l'envoyé  ottoman  eu  lui  pro- 
jetant ainsi  une  pierre  au  visage.  L'histoire  raconte  que  (îrimaldi  s'en 
consola  en  déclarant,  à  qui  voulait  l'entendre,  que  les  Turcs  étaient 
trop  barbares  pour  comprendre  la  sublimité  d(^   son  art. 

VI.  —  Kapporl  tlii  colonel  .Vinoros  hxiv  le  ssiiil. 


LE  SAUT  A  LA  C0tU)E 
D'ArnKS  LE  Kinderspeel  de  katz. 


Au  sujet  des  sauteurs  célèbres,  nous  avons  ro])inion  du  colonel  Amoros 
qui  a  été  le  promoteur  des  exercices  physiipies  pour  la  jeunesse.  Amoros 
était  un  colonel  espagnol,  qui  avait  été  précepteur  de  l'Infant  Dom  Fran- 
çois de  Paule,  mais  il  se  rallia  à  la  France  lors  de  l'invasion  des  armées 
de  Napoléon,  et  gouverna  plusieurs  provinces  au  nom  du  roi  .Joseph. 
Réhigié  en  France  en  1814,  il  fut  nommé,  en  1831,  directeui' du  Gym- 
nase militaire.   Un  certain  nombre  d'exercices  de  gymnastique  ont  gai'dé 


—  ;iu7 


s(tii  nom  :  tels,  le  «  saut  iiinorosicii  » ,  la  »  porche  aiiiorosieune  ».  Cm  (•(•loue 


LE  JEU  DE  LA  COUDE  A  SALTEU 

d'aPHÈS  une   estampe  destinée  au   jeu   de    la    FA.NTASMAGOIUE,   XIX'  SrÉCLE. 

assure  avoir  vu  un  Anolais  franchir  un  fossé  de  dix  mètres  de   lari^eur, 


LA  GRANDE  COUDE  A  SAUTEU  ET  LE  JEU  DE  LA  PETITE  COUDE 

d'après  UiNE  GKAVL'RE  DU    PHEMIEli   EMI'IllK. 

Citons   également  un  autre  sauteur  du  nom  d'irland,  né  dans  le  comté 
d'York,  qui,  à  l'Age  de  dix-huit  ans,  en  1799,  était  capable  de  sauter  par- 


—  aos  — 

dessus  dix  clicviuix  placés  côte  à  côte   ou  d'aller,    d"uu  cuu|)  de    talon, 
crever  uue  vessie  placée  à  plus  de  cinq  mètres  au-dessus  du  sol. 

vu.  —  Divcivsos  espèces  de  sauls  pratiqués  dans  les  jeux  trenfaiils. 

Eu  dehors  de  ces  exercices,  qui  rentreut  plutôt  dans  le  doiuaiue  de 
Tacrohatie,  le  saut  est  une  des  récréations  les  plus  recherchées  par  les 


LES  PLAISUJS  DE  L.\  CORDE  A  SAUÏEU 
d'apiiks    umî     i.itiioo  n  a  I'HIe    iik    lk    pu  in  ce,     1S23. 

jeunes  gens  des  deux  sexes;  pour  le  rendre  plus  attrayant,  on  pralicpie 
cet  exercice  tantôt  avec  (pielques  accessoires,  comme  le  saut  à  la  corde, 
tantôt  en  le  soumetlant  à  une  refile  fixe,  connue  le  «  saule-mouton  >-  ou 
le  «  cheval  fondu  ". 

VJU.  —  Le  sau(  dans  le  eereeaiit 

Dans  aucun  des  documents  relatifs  à  des  jeux  d'enfants,  nous  ne 
trouvons  la  relation  du  saut  à  la  corde  antérieurement  au  <lix-huitième 
siècle.  En  effet,  au  seizième  siècle,  et  prohablement  à  une  époque  anté- 
rieure, on  se  servait,  pour  ce  genre  d'exercice,  de  cerceaux  en  bois, 
analogues  à  ceux  (pie  les    enfants   font   rouler  eu   h^s  frai>pant  avec  un 


;!0!l 


lȈloii.  Olaiiis  Magnas,  daus  son  J/is/a/rc  t/cs  pci//i/cs  scptt'ntr/niKai.i.,  nuintrc 
des  jeunes  gens  sautant  à  travers  des  cerceaux  garnis  de  grelots.  De  même, 
dans  le  recueil  de  1587,  des  Trrntc-si.r  figtircs  coittenaiit  tous  1rs  Jrii.i\.., 
on  le  trouve  représeuté  au  second  plan  de  la  gravnr(>  de  la  »  Boutte 
hors  (l)  »  et  il  est  intitulé  «  Sauter  daus  le  cerceau  ».  La  légende  (pii 
accompagne  la  planche  ne  laisse,  du  reste,  aucuu  doute  sur  ce  délas- 
sement juvénile  : 

Autre  qui  soiil  d'ingéniciiN  cerveaux, 

A  qui  mieux,  saullcnl  dans  le  cerceau, 

El  ce  plaisir  merveilleusement  louent. 

Stella,  (pii  a  également  représenté  ce  jeu,  semble  considérer  le  cerceau 


1, K     S  A  V:  T     A      I,  A     11  1!  A  N  U  !■:    C  0  H  I)  K 
d'apiiks  um-:  ciiAvuiiE  nu  svii'=  siÉcxii. 


beaucoup  plus   connue    un  accessoire  destiné  à  sauter,   cpie   comme   un 
cercle  servant  danmsement  aux  jeimes  enfants  : 


Et  j'aime  bien  mieux  les  postules 
De  ces  sauteurs  dans  le  cerceau  ; 
Quand  ilz  prcnenl  mieux  leurs  mesures 
(Jue  le  beau  meusnicr  à  l'Aneau. 

l.\.  —  l.c  saut  à   la   cordo. 


Le  saut  à  la  corde  est  un  des  exercices  les  plus  violents  pour  les 
enfants,  et  il  est  loin  de  pouvoir  être  pratiqué  sans  une  direction  sérieuse. 
Le  jeu  de  la  corde  peut  se  jouer  de  difTérentes  manières;  daus  le  saut  à 
la  petite  corde,  on  joue  seul  et  on  exécute  différents  mouvements.  Les 

(1)  Voir  la  rc'jjivscnt.iliiiii  de  ce  jeu  à  la  |)a^e  11)1. 


—  310  — 

cul'aiits  l'ont  aussi   de    petits  jtas,    <{ui    ressemblent    assez    aux    anti(|nes 
pas  (le  si-Sdl  dans  les   contredanses.   La  croix  de   clicvulicr  est  un  pas  de 

corde  f<jrt  élégant;  il  consiste  à 
croiser  les  deux  bras  sur  la  i)oi- 
trine  dans  le  moment  où  la 
corde  passe  sous  les  pieds,  à  les 
développer  et  à  les  renfermer 
avec  vitesse;  la  corde  [)rend  un 
mouvement  oscillatoii'e  cpii  la 
fait  croiser  tantôt  dans  un  sens, 
tantôt  dans  un  autre;  le  specta- 
teur lui  voit  prendre  une  forme 
tantôt  circulaire,  tantôt  a})pro- 
chant  de  la  croix  de  Malte. 

Pour  bien  jouer  ù  la  corde,  il 
faut  pouvoir  disposer  d'un  par- 
quet bien  planchéié,  ou  tout  au 
moins  d'un  terrain  uni;  on  doit 
prendre  garde  ([u'il  ne  s'y  trouve 
des  cailloux  ;  le  mouvement  ra- 
pide de  la  corde  pourrait  lancer 
au  loin  ces  objets  et  occasionner 
des  accidents. 

A  la  grande  corde,  on  admet 
un  nombre  indéiiui  de  joueurs; 
deux  enfants  tournent  la  corde  pendant  que  leurs  camarades  passent 
successivement  !Ui  milieu;  quand  les  joueurs  sont  babiles,  trois  ou  quatre 
écoliers  peuvent  sauter  ensemble  au  centre  de  la  corde;  mais  le  moindre 
faux  pas  fait  manquer  le  jeu  :  on  proportionne  la  rapidité  du  mouve- 
ment à  l'adresse  des  sauteurs.  Les  écoliers  appellent  donner  du  rinaif/re 
l'action  de  faire  tourner  la  corde  avec  beaucoup  de  vivacité. 


•oéiiic  de  liai!/,  sviv  le  jeu  du  saul  à  la  eorde. 


iy<2a^  a  c/ïcû^  c/ot^TZÙ . 


IIEUIIKIL    bE   JI!i:X    DU   XIX"   SIKCLE. 


Lhi  ingénieux  Hollandais,  .lacques  Katz,  vivant  au  temps  de  Louis  XIV, 
a  composé  un  recueil  considérable  de  poésies  latines  et  hollandaises, 
a  célébré  les  jeux  de  l'enfance  dans  un  poème  intitulé  Kinder-Speel  : 
on  pense  bien  que  celui  de  la  corde  n'y  a  pas  été  oublié;  voici  en 
quels    termes    il    en    fait   la    description,    et    la    morale   qu'il    en   tire   : 


-  ;tii 


Deux  piifanls,  tiloisnés  d'une  vingliiiiie  de  pas,  liennenl  une  corde  un  peu  h\d\p  qu'ils  funl 
tourner  en  effleurant  la  terre;  un  li'oisième  di)il  passer  enli'e  eux  sans  tonrher  ce  coi'ilcan 


LES  DOUBLES  ET  LES  CROISES 

nimcuuKs  m;  l\  coude  a  sauter,  d'apkês  une  gravure  de  momes  nu  xix' 


mobile,  ou  mieux  encore  danser  el  sauter  au  milieu  avec  légèreté,  sans  que  sa  corde  ou  ses 
pieds  ne  l'arrêtent  ou  le  louchent  en  aucune  façon;  sans  quoi  il  est  puni  de  sa  maladresse,  et 
obligé  de  prendre  à  son  tour  la  place  de  l'un  de  ceux  qui  agitent  le  petit  cible  :  c'est  ainsi  que 
les  fiuiles  de  l'un  servent  de  soulagement  k  un  autre. 

Etudiez  les  mouvements,  les  regards  de  cet  écolier;  voyez  comme  il  épie  le  moment  d'entrer: 
dès  que  la  corde,  courbée  en  demi-cercle,  est  au  point  le  plus 
favorable  à  son  dessein,  il  part  comme  un  trait,  ni  trop  tôt  ni 
trop  tard,  sans  lenteur  el  sans  vitesse  intempestive,  mais  à 
l'inslant  rigoureux;  parvenu  au  centre,  il  saute  avec  autant  de 
souplesse  que  de  gaieté,  et  fatigue  ses  camarades,  qui  envient 
son  adresse  et  son  bonheur. 

Que  d'instructions  utiles  ne  peut-on  pas  trouver  dans  cet 
amusement  puéril!  11  vous  apprend  que  si  vous  manquez  l'oc- 
casion, la  minute,  la  fortune  vous  échappe;  vous  perdez  le  fruit 
de  vos  soins;  et  rarement  l'instant  perdu  se  retrouve. 

11  ne  semble  pas  que  le  jeu  d(>  la   corde  ait     la  petite  corde  a:,sal;ti:i{ 

'  .  Ii'API;HS    VICTOR  ADAM,  X1X«    SIÈCLE. 

été   pratique    a   une    époque    hieu    ancienne    en 

France,   car  Rabelais  n'en  fait    pas  mention  dans  sa  nomenclature  des 

jeux  de  l'enfance  an  seizième  siècle,  qui  est  cependant  des  plus  complètes. 


—  312  — 


XI.  —  (liraviiiT.s  diverses  sur  le  jeu  de  In  e«>rde. 

En  delioi's  des  exercices  du  cerceau,  nous  avons,  pour  le  tlix-scptième 
siècle,  une  gi'avure  représentant  deux  petits  enfants  faisant  sauter  à  la 
grande  corde  un  de  leurs  petits  camarades. 

Au  dix-huitième  siècle,  Auguste  de  Saiut-Aubin,  dans  sa  suite  des 
Ji'Kx  (les  petits  po/isso/is  de  Paris,  représente  l'un  et  l'autre  des  ieux    de 


LA  COUDE  A  SAUTEH,  d"apiiès  une  lithographie  nu  xix"  sièclk. 

corde;  au  premier  plan  est  un  petit  garçonnet  qui  j  jue  à  la  petite 
corde,  tandis  (]ue  derrière  lui  d'autres  bambins  tiennent  un;*  grande 
conle  qu'un  jeune  sauteur  semble  avoir  bien  de  la  peine  à  franchir.  La 
légende  de  cette   planche  tire   cette   morale  : 

Celle  corde  lournanle,  insirumeiil  de  plaisir, 
Accroche  mon  joueur,  dans  son  orbe  l'enliaîne. 
Ainsi  l'objel  de  nos  désirs 
Cause  bien  souvent  noire  peine. 

Le  Prince,  en  1823,  nous  montre  de  petits  collégiens  pratiquant  ce 
double  jeu  avec  entrain.  Enfin,  une  lithographie  du  temps  de  Louis- 
Philippe  représente  trois  fillettes  s'apprètant  à  sauter  ensemble  à  la 
grande  corde. 


t 


—  ;u;} 


DEUXIEME   PAiniE 


LE    SAUT   A    CLOCHE-PIED 
I.  —  Analogie  du  saut  à  cloche-pîecl  e(  de  la  danse. 

Les  différentes  sortes  de  jeux  dans  lesquels  on  doit  se  juouvoir  sur 
un  seul  pied  étaient  très  en  usage  chez  les  anciens,  et,  dans  certains 
cas,  ces  derniers  avaient  fait  de  cet  exercice  une  sorte  de  danse  plus  ou 
moins  sacrée. 


11.  —   «  AMColiaisiniis  »  ou  le  jeu  des  outres  enflées,  eu  (lirOee. 

Un  des  divertissements  qui  avaient  le  plus  de  succès  était  le  «  jeu 
des  outres  enflées  »  ;  à 
Athènes  comme  à  Sparte, 
les  jeunes  gens  se  li- 
vraient à  cet  exercice  cpii 
était  connu  sous  le  nom 
A' Ascoliasiinis ;  il  fallait  que 
les  concurrents  fussent 
assez  hahiles  pour  pou- 
voir danser  à  cloche-pied 
sur  une  outre  remplie  de 
vin  et  frottée  d'huihv  Les 
joueurs  essayaient  de  se 
maintenir  sur  un  seul  pied 
au  centre  de  ce  l>allon 
glissant  et  de  tenir  l'autre 
jambe  élevée  en  l'air  ; 
leur  chute  était  naturel- 
lement le  signal  des  rires 
de  la  multitude. 

Ce  jeu  revenait  pério - 
di(piement  au   moment  de 
la  saison  d'automne;  après 
les  vendanges,  pour  se  reposer  des  durs  labeurs,  les  ouvriers  iuriuaieut 
un  cercle  et  l'on  apportait  au  milieu  d'eux  une  outre  gonllée  de  vent. 


LA  MAnELLK  A  CLOCHE-PIEI) 

ii'ai'iiès  le  Kindersprcl  uv.  kaiz,  xviii'-'  isiiici.i:. 


—  :ii4  — 

Cette  outre    était  faite  de  la  peau  d  un    jjoue  et    euduite    dune    é|)aissc 

couche  de  graisse;  chacun  des  joueurs 
devait  sauter  à  cloche-pied  sur  ce  cous- 
sin mouvant  et  la  j)lnpart  roulaient  à  terre 
pour  la  plus  grande  joie  de  l'assistance. 
JMistral,  dans  ce  chef-d'œuvre  qui  a  nom 
Mireille^  rappelle  cette  coutume  qui  n'est 
pas  encore  disparue  chez  les  liahitants  du 
midi  de  la  France  : 

El  dans  la  foLili,"  qui  se  prcssu,  Irisle  comme  un  long 
fi'ène  que  l'on  a  écimé,  disparut  le  grand  coureur.  Ni  à  la  Sainl-Jean,  ni  à  la  Sainl-Pierre,  nulle 
part  jamais  plus  il  ne  s'esl  montré  pour  courir  ou  sauter  sur  l'outre  enflée. 


LE  ji:l;  di;s  oltues  enklees 

u'ATÉlts     INK    rlEllllE     GKAVÉK     ANÏlgLlî. 


111.  —  Les  jeii.v  à  cloclie-piocl  elioz  les  Koiiiaiii$«,  d'après  l'ollii.v. 

l'ollux  <Iécrit  trois  jeux  qui  se  jouent  également  à  cloche-pied;  dans 


LA   MasELI^E    a     Cl^OCHE-PlÈ 

Ii'aI'UKS  INK   COMPOSITION   IIK  CLAIIHMÎ   UOl'ZONNKT  STKU.A ,    XVII'"  SIKDLK. 


le  premier,  un  seul  joueur  armé  d'une  baguette  poursuit  son  partenaire; 
dans  le  second,  qui  était  plus  spécialement  désigné  sous  le  uom  d'e//ipi/se, 
les  joueurs  se   livraient  à  une  sorte  de  mimi(pie  destinée  à  rappeler  les 


—  310  — 

danses  des  féeries;  ciiliu  le  troisième  jeu  consistait  ;i  compter  les  sauts,  et  à 
celui  qui  en  avait  fait  le  plus  i;rand  nombre  revenait  la  palme  d(^  la  victoire. 

I\'.  —  La  inéi-elle  à  eloche-pîed  au  seizièn»e  si^clet 

Tous  ces  différents  exercices  nous  amènent  à  parler  de  la  «  mérelle 
à  cloche-pied  »,  jeu  qui  était  connu  et  pratiqué  au  seizième  siècle,  ainsi 


Jajtpar  FertlU  Ouec  Trimle^tJji.Ro^ 


t-âParù  Ata^JTjUPirUijf  fui  Snaju/uM  a.  laBcUiiIm^t 

LE  SAUT  A  CLOCHE-PIEU 

1)'a[m;è<  r.NK  GiiAVURK  HE  pÉuiaLK,  xvii"  ^^Il;cI.^:. 


que~nous  le  montre  le  recueil  d(>  1587.  Dans  cet  ouvrage,  ce  jeu  est 
désigné  sous  le  nom  de  «  franc  du  carreau  )-  et  servait  alors  de  passe- 
temps  aux  larpiais  désœuvrés  : 

Cepremier  jeu  est  du  franc  du  carreau, 
Que  les  laquets  ont  touiours  au  cerveau 
Pour  y  jouer  en  attendant  leur  maisirc  ; 
L'autre,  le  rond,  fréquenté  volontiers... 

Dans  un  ouvrage  de  la  même  époque,  intitulé  :  le  L'mre  ilc  la  diuhhrie, 

nous  trouvons  encore  mentionné  ce  môme  jeu  : 

Ils  se  hobent  (bougent)  de  leurs  maisons  ; 

Là  jouant  en  toutes  saisons 

Aux  quilles,  au  franc  du  carreau... 

Ce  jeu  du  carreau  n'est  auti-c  ((ue  le  jeu  de  la  marelle    ou   mérelle, 


—  ;!17  — 

où  l'on  trace  avec  la  craie  une  sorte  d'échelle  et  où  les  eiiCaiits  sautent 
dans  les  intervalles  à  cloche-pied  (ou  à  pied-hot,  ])il)ot),  jtour  chasser 
avec  le  pied  le  palet. 

V.  —  I.a  marelle  s»  eloelie-pîed,  d'apri^s  Stella. 

Au  dix-septièiue  siècle,  Stella,   dans    sa  représentation  du   jeu  de  la 
marelle   à  cloche-pied,  senihle    indiquer   qu'on    se    coidcntait    alors    de 


^/uz^^^e/cc^. 


marquer  sur  le  sol  des  raies  parallèles;  l'explication  qui  nous  en  est 
donnée  par  l'artiste  est  plutôt  vague  et  ne  nous  apprend  rien  de  nouveau 
sur  la  règle  de  ce  jeu  : 


Cet  enfant  saule  à  cloclio-ijit 
Contrefaisanl  l'eslropit'', 
Par-dessus  ceUe  tablalure. 


Peul-eslre  qu'il  travaille  en  vain, 
Car,  s'il  passe  outre  la  mesure, 
Son  en-jeu  changera  de  main. 


Ce  jeu,  qui  est  encore  pratiqué  de  nos  jours,  est  considéré  comme 
très  favorable  aux  mouvements  du  corps  et  il  exerce  les  muscles  de  la 
janil)e  et  du  jarret;  il  a  un  double  avantage,  c'est  d'obliger  d'abord  le 
joueur  à  bi(ni  conserver  son  équilibre  et  ensuite  de  lui  donner  l'adresse 
et  le  coup  d'œil  poui'  qu'il  sache  jeter  habilement  la  pierre  dans  la  case 


—  318 


LE  JEU  DE  LA  MARELLE  A  CLOCHE-PIED,  i.apuks  une  mthoghaphif,  de  i.e  imiince,  1823. 

déterminée  ;  ces  exercices  étaient,  au  coinraenccment  du  dix-neuvième 
siècle,  recommandés  comme  un  des  éléments  de  gymuasticjue  les  |dus 
favorables  à  la  jeunesse. 


LA  MARELLE  A  CLOCIIE-I'IED,  h'apiiks  i.\  suite  des  jeux  chinois  de  wllement,  1759. 


31U 


TUOISIIIME    PARTIE 


COUPE-TÊTE    ET    SAUTE-MOUTON 
1.  —  Itopi'rsoiiliilioii  aiiti<nio  du  jon  do  nsiii(o-iii<miIoii. 

Le  sautc-inoutoii  consiste!  à  franchir  d'un  bond  rapide  le  dos  de  l'un 
des  joueurs  qui  s'est  légèrement  incliné  et  a  afî'ermi  sa  position  en  tenant 
ses  mains  appuyées  sur  ses  genoux.  Pour  franchir  cet  obstacle,  le  sauteur 
doit,  après  avoir  pris  son  éiau,  trouver  un  point  d'appui  à  l'aide  de  ses 
mains  (pi'il  pose  sur  les  épaules  du  patient. 


JLA  Poste 


u'aIMIÈS    L'Nli  OIIMPCISIIION  UE  <;i.AUUINE  BOLIZO^NET  STELLA,    XVU"  SlliCLE. 

Ce  gein-e  d'exercic»'  a  du  être  connu  des  anciens,  quoicpie  dans  les 
auteurs  grecs  et  latins  n(jus  ne  trouvions  pas  de  passages  désignant  ce 
jeu  d'une  manière  spéciale. 

Au  point  de  vue  de  la  représentation  figurée,  M.  Becq  de  FoU(piières 
signale,  dans  l'ancien  et  célèbre  cabinet  Durand,  un  cylix  sur  lequel  une 
petite  scène  rappelait  d'assez  près  notre  saute-mouton;  ou  voit,  en  effet, 
un  enfant  accroupi  par-dessus  la  tète  duquel  s'élance  un  de  ses  camarades. 


—  320  — 
II.  —  Le  jtMi  <lii  coiipe-tefitc  et  du  passavant  an  sei/iènic  sièfle. 

Dans  le  recueil  des   TretUc-six  figures  contenant  Unis  les  Jeua\  etc.. 


.,    ck 


LE  JEU  DE  SAUTE-MOL'TOM 

d'à  ni  lis     BEniALL,    xi.\<'   sikc  l[ 


1587,  011  trouve  trois  vers  qui  sont  consacrés  à  ce  tliverlissemeut  (1)  : 

Ils  saillent  tous  en  ci'iant  :  coiippe  leste, 
L'un  par  sus  l'aulro,  est-ce  pas  jeu  lionnesle  ? 
Jouëul  aussi  afin  d'eux  escliaulfer. 

On   trouve  quelques   variantes   du  mot  «  coupe  teste  » ,  et  il  s'écrit 
K  croupe  teste  »  et  »  croque  teste  » . 


III. 


I.e  jeu  de  la  poste  au  di.v-septième  siècle. 


Au  seizième  siècle  le  jeu  de  saute-mouton  se  nommait  passen'ant,  et, 
pour  comprendre  cette  désif:,natiou,  il  suffit  de  rappeler  le  passage  des 
œuvres  de  Rabelais  où  se  trouve  raconté  un  des  exploits  de  l'illustre 
personnage  tlu  roman  de  Pantar/ruel  : 

<<  Paniu'ge  se  rendait  un  jour  par  mer  au  pays  de  Lanternoys;  ayant 
eu  maille  à  partir  avec  \\\\  certain  Dindonnault,  mai'chand  de  moutons, 
qui  faisait  route  avec  lui,  Panurge,  pour  se  venger  de  son  compagnon. 


(I)  Voir  la  rc])i-csenUliuii  de  ce  jeu  à  rarticlc' consacré  aux  barres,  pa^je  .'JO. 


LM  COUPE-TETE  . 

l>Al-lltS  U.NE  (ill.VVlllE  Illi   AUO.   \>ï.  SUM-.UblX,   -llRl'.E  IIK  LA   SUITE   hKS   t'ClHs  l'ollSSUIlS  df  Pcilh,   XYlll''  SIÈCLE. 


■ô±2  — 


Lie  JKU  MF.  SALiTr.-MOLi'roN,  [i'aimiks   im-;  r.nwriΠ w.  jonMimi,  skcumi   i;mi'1iik. 


cul  l'ecuiu's  ù  un  tour  <Ui  su  Iîk'oii.  Il  propcisu  ù  Diudoiiiiaull  de  lui 
acheter  uu  de  ses  moutons  à  un  Iton  prix;  aussitôt  le  marché  conclu, 
Panurge,  après  avoir  choisi  dans  le  troupeau  la 
l)ète  la  |dus  helle,  la  saisit  dans  ses  l»ras  vigou- 
reux et  trampiillemeni  la  jeta  par-dessus  Itord. 
Ij's  antres  montons,  voyant  le  chemin  pris 
pnr  lenr  camai'ade,  se  précipitèrent  par-des- 
sus ](!  liastingage  du  Italeau  et  en  (pielqnes 
secondes   tout  le  troupeau    ('-tait  à  la  mer.  » 

C'est  prol)al)lement  à  ce  haut  l'ail  ([ue  l'on 
doit  la  locution  :  «  b'aire  comme  les  mouhms 
de  Fanurge.  » 

On  peut  s'expliquer  l'acilenienl  la  sinn- 
litnde  qui  existe  entre  le  passavuitt  et  le  .suutc- 
moi//o/i,  ]niis(pie  aussitôt  qu'un  jruienr  a  santé 
par-dessus  son  camarade  il  doit  comme  lui 
l'aire   le  jnouton. 

Au  dix-septième  siècle,  le  jeu  de  saule- 
mout(Mi,  tel  (ju'il  est  pratifpn/  maintenant  pai'  les  jeunes  gens,  était 
connu  sous  le  nom  de  la  /ms/r.  Stella  m)us  a  représenté  neuf  garçons 
jouant  à  la  //wA-,    (prclle  assimile   à  la  voltige  : 


ij:.ii;u  du  sautk-mouïox 

i)'.\]'iii':s    r.NK    Giiwimiî    allkmandi': 
mi  xviii»  siKci.iî 


Ainsi  r;inj,'ez  d'un  air  li'gor. 

Ils  s'exercent  à  voUigcr 

Kl  \(inl  p;ir  voltos  et  courbelles  ; 


Que  si  qnelqu'iin  est  curieux 
De  .juïci'  qui  s.'uiie  le  mieux, 
Il  n'ii  pas  uiiin(iué  de  luni'Ucs. 


—  a2:(  — 

Sniiit-Aul)iii,    dans    sa    sc'^i'ic    ilos    Jeux  des  pc/i/s 

/)()//sfi()iis  de  Paris,  au  dix-liuiliènie  siècle,  donno,  au 

suj(^t  (lu  jeu  (le  saule-uKtulou,  une  petite  le('(»u  de 

morale  (|ui  ue  laisse  i)as  (jue  d^Mi'c  nu  [xîu  piu'teii- 

tieuse  : 

Bon  courage  !  ouliliez  les  soucis  île  l'école  ; 
Sautez,  fendez  les  airs,  retombez  aussil(M, 
De  nos  ambilieux  vous  êtes  le  symbole  : 
Ils  veulent  s'i-lever  et  tombent  ilc  plus  iiaut. 


LlCIlit!  DKSAUTK-JIOUl'ON 

ll'Al'niiS    VlCÏOll     All.Ul, 


OUATlUEMi:    PARTIE 


LE  CHEVAL  FONDU 


I      —    FJyiiiol<>;;'io    cl«'    e«'    mol. 

Un  autre  jeu  (jiii  |ii'('seute  avec  le  saute-uioutou  une  i;rau(le  analogie, 


LK.JKU  DU  C1U-;VAL  FONDU 

J)'a|'I1KS     lINli     GIIAYIIIIK     Dlî    CAnBACCI     (1),     XVII'^     SIKCLK. 


;1)  Nous  avons  à  plusieurs  reprises  reprocluil  des  leiivres  de  cet  ai'Uste  qui  a  iîiavé  (mile  une  série  de 
planches  relatives  an  jen.  Au^'ustin  Cai'racci  était  le  cousin  du  célèbre  peintre  de  lîol(i(;ne.  plus  connu 
siius  le  nom  de  Carraclie:  comme  lui.  il  était  né  il  Dolo^ne  en  t537,  et  il  mourut  à  Parme  dans  les  pre- 
mières années  du  dix-septième  siècle.  Pour  la  peinture,  il  eut  comme  maîtres  Fonlane  et  Passeroti,  mais 
il  s'appliqua  beaucoup  plutôt  à  la  [gravure  qu'à  la  peinture.  Pour  la  gravure  il  avait  eu  comme  maitre  le 
célèbre  graveur  hollandais.  (Corneille  Corl.  Il  aida  aussi  son  frère,  l'illusli-e  .\nuibal  Carrache,  à  la  galerie 
Parnèse,  où  toute  la  fable  de  Cépliale  cl  l'.alatliée  est  de  sa  composition.  On  lui  doit  également  un  Trailé 
de  ijersiieclive  et  d'urchileclure. 


—  324  — 

mais  qui    cependant   ne  doit  jias  être  confondu  avec  Ini,  est   le  jeu  du 
<i  clieval  fondu  ». 

Tout  d'abord  ce  nom  demande  quelques  explications  :  fnndu  est  uii 
tenue  de  marine,  et  signifie  coulé  à  fond,  enfoncé,  abaissi"  ;  iiiusi,  jouer 
au  '<  cheval  fondu  »,  c'est  jouer  à  faire  enfoncer,  abaisser  nu  on  plusieurs 
écoliers  (|ui  fout  le  péuil»]e  métier  de  chevaux. 

II.   —  De  la  inaniiTo  de  pratiquer  ee  jeu. 

(kî  jeu  ne  laisse  pas  que  de  présenter  cpielque  danger;  les  parents 
et  les  maîti-es  ne  doivent  le  permettre  qu'aux  jeunes  gens  qui  sont  assez 
vigoureux  pour  le  supporter  et  assez  prudents  pnui'  n'en  point  abuser. 


J.E    Che.vai.  Fondv 


u  APiii;s  UMî  ciiMrosiTiiiN  m;  ci.aiidink  bouzo.nm-t  stki.la.  xvii"  sew.li:. 


Les  écoliers  qui  jouent  au  cheval  fondu  se  divisent  en  deux  troupes  de 
quatre,  cinq  ou  six  joueurs  chacune;  ces  deux  troupes  jouent  alternative- 
ment le  rôle  de  «  chevaux  » ,  et  celui  de  «  cavaliers  »  ou  sauteurs  ;  ceu.x: 
([lie  le  sort  a  désignés  pour  remplir  les  premiers  les  fonctions  de  che- 
vaux se  rangent  de  Ole,  l'un  au  bout  de  l'autre;  le  premier  a  les  mains 
appuyées  sur  une  table,  sur  une  fenêtre  de  rez-de-chaussée,  ou  tout  autre 


ih    ^    <\ 

en    ra    Π


-5         H 


—  3;26  — 


appui  solide;  le  second  lui  serre  les  reins  avec  les  bras,  ainsi  de  suite. 

Le  premier  cavalier  prend  sou  élan,  appuie  ses  mains  sur  le  dos  du 

dernier  cheval,  et  saute  le  plus  loin  que   ses  forces   le  permettent;  le 

second  sauteur  se  place  immédiatement  derrière  lui;  si  les  derniers  n'ont 


Ll-2  JICU  DU  CHEVAL  FON'DL',  b'Ai'iiiis  une  i;iiavii;i:    ih;  im;ui:i.li:.  \\\i   >iiaax. 

pas  assez  de  place,  il  faut  ([u'ils  sautent  par-dessus  la  tête  des  autres, 
et  c'est  alors  que  le  jeu  devient  dangereux;  le  dernier  arrivé  frappe 
trois  fois  dans  ses  mains,  afin  de  signaler  l'adresse  de  son  parti;  dans 
ce  cas  les  cavaliers  continuent  à  sauter,  et  les  autres  continuent  à  les 
recevoir  sur  les  épaules.  Si  le  jeu  manque  par  la  faute  des  sauteurs, 
et  si  ces  derniers  se  laissent  tondter  de  côté,  ils  deviennent  patients  à 
leur  tour. 

III.  —  l'aveiir  «le  et»  jjou  nii  sei/.îf'iiic  •sii'el*'. 

Ce  jeu  a  été,  au  seizième  siècle,  adopté  quehiuefois  par  les  grandes 
|)ersonues  elles-mêmes,  si  l'on  peut  donner  ce  nom  aux  courtisans  dont 
l'unique  préoccupation  était  de  briller  aux  yeux  de  leur  patron  et  de 
s'attirer  ainsi  ses  faveurs.  Les  historiens  de  l'époque  racontent  cpie  l(;s 
gentilshommes  français  monti'èrent  à  ce  jeu  une  dextérité  remarquable. 

L'amiral  de   Colignv,   lisons-nous,  fut  envoyé   en  1556    à    Bruxelles, 


vers  l'l']iii|)('ri'iir  |miiii'  In  l'.ililicilidii  de  la  Irrvc.  Ariivr  dans  (•clic  ville 
le  2;)  mars,  il  lui  loi;(''  en  ime  l'iic  iionimce  des  Ai'ènes.  «  Le  lendemain 
matin,  ra|i|H)i'lc  la  l'clatidii  de  l'aiiihassade,  les  seif^iKMirs  français, 
asseiublés  chez  M.  lAniiral,  en  une  faraude  cour  (|ni  élail  an  lo^is, 
[MMidant  «piil  dépêchait  ([uel(|nes  affaires,  se  mirenl  la  phipai'l  à  jonei* 
an  cheval  fonchi;  mais,  h;  hruit  s'en  étant  réiiandn,  itlnsicnrs  i;enlils- 
hunnnes  llaniands  cl  aidres  de  (jnalilé  accdni'ui'cnt  ci  li'iinvcrenl  le  jen  si 
hean  quils    lirenl    de   même,   mais    U's  nùlres  emportèrent    le  pi'ix.  » 

|\'.  —   l,«"  choviil   r«»ii<lii  «l'aprôs  les  suicii'iiiios  ^i-jix  ur<'.s. 

Stella,    en   reprodnisant    le   jen    du  cheval  l'ondn,    a   l'ait  nn    hmi   mot 

(piehjne  pen   gaulois  : 

C'est  à  bon  droit  ([uc  cri  ('iifiml,  Piiisqu'cn  des  lii'ux  si  bien  IliiiKjiii'z 

En  postiii'i'  (le  Irioiiipluint,  Il  passe  cl  rnonle  à  l'escaliulc 

De  sa  bravoure  fait  parade  :  Par-dessus  deux  canons  liraquez. 


Lv:  cincvAL  hjndu 

i)'Ai'iii;s  i'.\r:  ciiMi'usniii.s   m:  v.nn.Kn,  xvie'  siÈci.t:. 


Au  temps  di;  Louis  \\\  ,  Evviw  u  rt^présenlé  mi  gi'onpc  dCnlanls 
<pii  se  livrent  aux  donceurs  de  ce  jen,  et,  nn  peu  api'ès  lui,  IN'i'cilc 
nous  a  montr(''  de    jemies  paysans   (pii    se   ehevauclienl   l'un    l'auli'c   au 


—  3:28  - 

Sun  (le  la  flùtc  duii  bei'f;('r  iiu''laiicoli([uemeut  appuyé   le   long   du    tronc 
(1  un   vieux    saule. 

Le  jeu  de  saute-niuuton  a  inspii'é  un  artiste  moderne,  M.  Monvoisin, 
(jui,  au  Salon  de  1836,  a  représenté  <{uelques  enfants  pratiquant  avec 
entrain  ce  noble  jeu. 


CINQIIIÈMF]    PARTIE 


LA  CULBUTE,  LE  PÈTE-EN-GUEULE  ET   LE  MONDE  RENVERSE 

1.  —  I.c  jcii  du   ealaiii|><>  dans  l'aiiliquité. 


Nous  étudierons  ensemble  ces  trois  genres  d'exercices,  <{ui  présentent 

re  eux  une  très  grande  analogie. 

Dans  les  auteurs  anciens,  on  trouve  le  n(jm  d'un  jeu  (jui  n'a  pu  être 


LE  JKU  DU  PETE-EN-GUKULK 

DAi'ilKS  a   LA  GIIAMIE    FKSTE  LIE  NOSIUK   VILLAGE  "    DE  VAN   UllEl'GHEL,    XVIl:  SIÈCLE. 

identifié  :  il  est  désigné  sous  le  nom  de  aitamiio.  On  suppose  que  ce  n'est 
qu'une  altération  d'un  autre  mot  ratamho,  et  ({ue  ce  jeu  consiste  à  marcher 


UE  Jeu  r>E  Pet  en  Gi'eule 


niVERSES   MAMÈHES   1)E  FAIRE   LA   CLILBUTE 

>'aPI1KS   les   compositions  DR    CLAUDINE    BOIIZONNET   STEf.T  A .    XVIie    SIÈCLE. 


..Lie/ 


—  330  — 

la  tète  en  l»as  et  les  pieds  en  l'air.  Il  ferait  paitie  des  exercices  auxquels  se 
livraient,  chez  les  Grecs  et  les  Romains,  les  cabislcres  ou  faiseurs  de  cul- 
butes. 

Les  Grecs  étaient  très  habiles  à  ces  sortes  d'exercices  auxquels  se 
livraient  même  les  femmes,  et  ils  en  augmentaient  le  danger  en  exécutant 
les  culbutes  au  milieu  de  poignards  plantés  en  terre  par  la  poignée. 


II.  —  I.a  roiio  animée  ou  le  jeu  du  pt'te-en-gueule. 

Dans  les  campagnes,  un  jeu  fort  populaire  parmi  les  enfants  consiste  à 


LA  CULBUTE 

h'aPIIKS  l'NK  fillAVlIllE    DE    CAllIlACCI,    XVII'    SIÈCLE. 


faire  une  sorte  de  roue  animée  formée  de  l'enlacement  de  deux  joueurs; 
pour  cela,  deux  enfants  doivent  se  tenir  de  telle  façon  que  l'un  reste 
debout  tandis  que  son  camarade,  la  tète  en  bas,  saisit  avec  ses  bras  les 
jandjes  du  premier.  Dans  cette  position,  ils  se  renversent  sur  le  dos  d'un 
troisième  joueur  qui  est  à  quelques  pas  et  leur  présente  son  dos  en 
forme  de  pont.  En  multipliant  ainsi  les  obstacles,  la  roue  vivante  avance 
au  moyen  de  renversements  alternatifs,  et  c'est  à  chacun  son  tour  à  venir 
heurter  le  sol  avec  sa  tète.  Malgré  le  peu  d'élégance  de  ce  j(>u  et  le 
danger  cpi'il  présente,  il  a  été  très  en  honneur  depuis  la  fin  du  seizième 
siècle  jusqu'au  dix-huilième,  et  tous  les  graveurs  cpii  se  sont  occupés  des 
jeux  tl'enfants  ont  consacré  une  composition  à  cet  exercice  bizarre. 


LA  CULDLTK  liT  LA  LUTTK 
Ai'iiKs  ixK  Gmvtiii;   itai.ihnm:  iir  xvir'   sikci.k. 


Soi  — 


III.  —  lleprésciiCaCioli  <l<'  ce  jeu  «Paprès  Breiigiiel. 

D.ius  uiK!  cui'ieuse  gTaviu-e  de  Breughel  représentant  une  iète  popu- 
fiirc,  <jn  vuit  au  premier  plan  deux  joueurs  cpii   s'apprêtent   à  franeliir 


LE  JEU   DU  ri:TE-E.\-(;UEULE 
u'aimiks  i;xe  compo-^iïijn  de  tettki.in,  xvii"  siÈOLi:. 


rnlisliicle  lonué  par  deux  de  leurs  camarades  (jui  sont  à  demi  étendus  par 
terre;  un  groupe  de  curieux  les  regarde  et  sendde  trouver  ce  spectacle 
profondément  hilare. 


I\.  —  (jii'aviires  <l<'s  ilî.v-septièiiie  et  «li.v-luiî(iOiiie  sîêeles 
ii^siiit  représeiilé  ee  jeu. 

Stella  na  pas  man(pu'  de  le  mentionner  an  nombre  des  jeux  des  entants 

et  (.'Ile  déclai'e  : 

Cl-  phiisir  l'sl  furl  iiiiiocenl 
El  dans  cr  jeu  divcrlissiiiil. 
Les  eiiraiits  se  (luiiiieiil  cairiri'c. 

Un  artiste  du  temps  de  l.ouis  .\1V,  Tettelin,  a  également  consacré  à 
ce  jeu  une  composition  aussi  élégante  ipu;  le  permettait  le  sujet;  il 
nous  montre  trois  groupes  de  jeunes  enfants  employant  ce  procédé  peu 
rccommandable   pour  descendre  une  penti'  gazonnée. 


:i;t;i 


LK  MONDE  RENVEllSK,  ii'aphks  um;  vlgnetti;  du  xi.x."   sikclk. 


I,e   inoïKie  renversé. 


On  ii|»p<'lle  égaleiueut  le  niniu/c  rc/irrrsé  ou  le  poirier  /oiinlni  un  jeu  i| 
consiste  à  se  tenir  la  tète 
eu  bas  et  les  jambes  eu  lair 
pour  imiter  la  fourche  de 
l'arbre  ;  si  ces  futurs  acro- 
bates se  mettent  eu  mouve- 
ment dans  cette  position, 
le  jeu  prend  le  nom  d<; 
marche  des  fourches  ;  le  pa- 
tient doit  alors  avancer  sur 
les  mains  en  maintenant  ses 
jambes  verticalement. 

Stella  a  représenté  cet 
exercice  de  la  marche  des 
fourches,  mais  elle  Tinti- 
tide,  fort  improprement  du 
reste,  "  la  culbute  ».  Dans 
les  six  vers  suivants,  on 
peut  voir  que  les  règles 
de  ce  jeu  n'ont  pas  varié 
depuis  le  dix-septième 
siècle  : 

A  voir  li'Ui'S  soubresauls  bouiroiis, 
Qui  ne  tliniil  que  ces  poupons 
Auroienl  bon  besoin  d'ellébore  ; 


UN  CUNCOUUS   D'EXERCICES  CIIAMI>ÈTHE-i 
d'apmés  une  gravuke  du   xvii»   siècle. 

Leur  corps  esl  pourlanl  bien  dressé 
Si,  selon  que  diL  Pylhagore, 
L'Iioinnie  est  un  arbre  renversé. 


Ou  a  quelquefois  combiné  ce  jeu  du  poirier  ou  du  chèue  fourchu  avec 


—  :iu  — 

lu  jeu  du  coupe-t(Me  (tu  du  saute-inoutou  ;  dans  ce  cas,  le  joueur  devait, 
par  un  bond,  passer  euti-e  les  jambes  de  son  eaniai-ade  pour  venir  retom- 
ber de  l'autre  côté. 

Tous  ces  jeux  ne  sont  pas,  à  proprement  parler,  des  amusements 
bien  recommandables  pour  l'enfance;  on  pourrait  plus  exactement  les 
comparer  à  un  retour  vers  les  supplices  de  l'hupiisition,  et,  si  on  in- 
tligeait  de  pareils  traitements  aux  enfants  eu  f^uise  de  pimition,  ils  ne 
manqueraient  pas  de  se  récrier  sur  la  rif;ueur  du  cbàtiment. 

La  ((Culbute»  pai'ticipe  aux  mêmes  dangers  et  procure  des  cbarmes 
aussi  contestables  (jue  le  <(  monde  renversé  »  et  le  jeu  du  "  [>ète-cn- 
giieule»,  aussi  ne  croyons-nous  pas  avoir  besoin  d'en  donner  une  plus 
ample  descriptiou. 


SIXIEME   PARTIE 


LA     LUTTE 


Dêiiiiilioii. 


Le  premier  exercice  auciuel  se  soit  livi'é  l'Iioumie,  pour  faire  l'é- 
preuve de  sa  force, 
est  sans  contredit 
la  lutte  qui  est  une 
image  de  sa  l'ésis- 
tauce  contre  des 
ennemis  éventuels. 
Par  le  mot  /Nlfc, 
il  faut  entendre 
spécialement  •  des 
cond)ats  dans  les- 
quels l'adresse 
prime  la  force  bru- 
tale ;  dans  cet  exer- 
cice, en  effet,  on 
exclut  soigneusement  tous  les  coups  et  même  tous  les  cbocs,  de 
(piebpie  nature  (pi'iis  soient,  de  nianière  à  laisser  à  l'adresse  toute  sa 
puissance. 


LA  LUTTE  A  MAIN  ARMÉE 
UAi'iiÈs  OLAIUS  MAGNVS.  xvi»  sikci.k. 


LES   mVEUSES   FOR.MES  DE  LA   LUTTE 

d'aI'HKS    les  COMI'DSITIIIXS   DK    CHCDINE  BOUZO.NNET  STELLA,   XVll^  SlhCI.K. 


xm  — 


I,a  liitl<»  aux  Icinps  pri'liistoriqiics. 


Un  (les  [)liis  anciens  exoiuples  de  lutte  que  nous  ait  laissés  l'anti- 
quité fabuleuse  est  la  lutte  d'Antée,  fds  de  la  Terre,  avec  Hercule,  qui 
fut  obligé  de  soulever  dans  ses  In'as  le  géant  libyen  et  de  l'étoufler 
sans  qu'il  lui  fût  possible  de  touclier  à  nouveau  la  terre  d'où  il  tirait 
toutes  ses  forces. 

C.ereycon  d'Eleusis  fut  considéré  coraine  le  père  de  la  bdte,  car  ce 
fut  lui  qui,  le  premier,  montra  que  rien  ne  peut  éti-e  opposé  à  l'adresse 
savamment  utilisée  par  le  lutteur. 


m.  —  I.n  liillo  <lnns  Tantiquilt-. 

Aux  temps  antiques,  les  lutteurs  recouvraient  leur  corps  d'une  com-lie 

d'buile  destinée  à  empêcher 


leur  adversaire  de  les  sai- 
sir à  jdeiue  main,  ce  cpii 
leur  permettait  en  outre  de 
s'échapper   de   leurs  liras. 

M.  Becq  de  Fouquières 
a  consaci'é  un  chapitre  de 
son  savant  ouvrage  à  la 
lutte  des  adolescents,  c'est- 
à-dire  ((  de  ces  combats  vo- 
lontaires et  sans  danger 
auxquels,  par  amusement, 
se  livrent  les  enfants.  Un 
se  roule  ensendde  sur  le 
sable  et  l'on  se  relève  tout 
en  riant.  » 

Dans  les  Di<inj/si(i<jiirs^  de 
Nonnus  (X,  325),  ih)us  re- 
levon.s  une  description  rela- 
tive à  ces  luttes  juvéniles  : 

Baccluis  se  sentait  attiré  vers  Ainpclos  ;  ils  se  plaisaient  ensemble  dans  les  Lois  touffus  h 
lancer  clans  lesnirs  le  «  thyrse  »  vagabond...  Parfois  restés  seulssur  la  rive  solitaire,  ils  jouaient 
sur  le  sable  du  llcuve  aux  riches  cailloux  et  s'y  livraient  en  riant  à  l'exercice  de  la  bille. 

August(>  se  plaisait  beaucoup  à  assister  aux  jeux  et  aux  luttes  des 
eid'ants,  quelquefois  il  les  faisait  se  disputer  jiour  obtenir  en  récompense 
quelques  menus   cadeaux. 


LA  \a'\:ïv. 

:ai\ihix,i,  wn" 


43 


—  338 


IV. 


I.o  jeu  ilo  la  résistance  ou  l'assaut  du  château. 


(.h<!/.  les  Romains,  on  pratiquait  également  le  «jeu  delà  résistance  d  ; 

dans  cet  exercice  il  s'agissait 
de  supporter,  sans  bouger,  le 
choc  d(>  ses  a(lversair<'s  et  do 
ne  pas  lâcher  pied  sous  |)eine 
de  perdre  la  partie. 

Au  seizième  siècle,  ce  jeu 
était  désigné  sous  le  m  un  de 
'<  Je  snis  dessus  la  tejre,  vi- 
lain )>  ;  dans  le  recueil  de  1587, 
nue  gravure  représeidc  ({uatre 
jeutu's  enfants  s(»  livrant  à  cet 
exercice  :  au  ceidre  d'une  ter- 
rasse, se  tient  le  défenseur  de 
la  place  qui  est  atta(jué  par 
deux  jeunes  garçons  et  une 
filletle  en  robe  longue  qui  ne 
seJidde  pas  être  nn  agresseur 
bien    redoutable. 

Au  dix-septième  siècle,  cet 
nt  a  été  repris  sous  le  nom  de  tassant  du  duUcau  :  une  demi- 
d'enfants  entourent  un  tas  de  sable  au  sommet  duquel  est  grimpé 


.A   LUTTE  DANS  LANTIQUrrÉ 

l'.NE   OUAV'JIIE  ITALIENNE    DU    XVir»   SIÈCLE 


ainusemc 
douzaine 


LES  l'ETITS  MAUVAIS  CAItNIvMENTS 

II' Al' Il  H  s     UNE      LlTIIOGll  A  ni  lE     DU      XIX"      SIÈCLE 


un  de  leurs  camarades  ;   ce   dernier  doit  supporter  l'effort  des  assaillants 
sans  abandonner  le  sonunet  de  sa  forteresse  improvisée. 


;i:jo  — 


SIclhi  ;i  (l(''t'ril  en  ces  Icrincs  un  |)('u  ti'()|t  itoiiipciix  celle  Julie  juvénile 

A-l-on  jiiinuis  vu  goiiveriuuif 
En  veiiii-  niioux  en  son  honneur 
Dedans  une  ville  de  guerre, 
El  cel  autre  qu'en  cet  assaut, 
Ç.e  brave  a  renversé  par  terre, 
Pouvoil-il  faire  un  plus  beau  saut? 

Lu  Inife,  qui  fait  partie  intéi^i'ante  des 
exei'oices  de  gymnastique,  a  sidji  les  mêmes 
vicissitudes  que  cet  art  et  a  été  peu  en  lion- 

,,      ,        ,.  ,         ,.,..,  .,    ,  LE  Ji:U  DE  LA  lîESISTANCE 

neui-  jusqu  a   la  lin   du   dix-lmitieme   siècle.       „m.iu>s  vR.roi,  adam,  xix-  sièclk. 


V.  —  Le  |)iis,'îlat  et  la  boxe. 

Nos  voisins  d'outre-Manclie,  grands  amateurs  de  tous  les  sports  athlé- 
tiques, ont  beaucoup  pratiqué  la  lutte  ;  depuis  une  centaine  d'années,  cet 


'  <JOi*ryiAny 


'X^ÛÛX/'J  .     U.     C'c/^/ii/^'Il 


exercice  a  pris  plidôt,  chez  eux,  la  forme  du  pugilat  ([ui  a  été  également 
connu  et  pratiqué  dans  toute  l'antiquité. 

<;hez  les  anciens,  le  poing  fermé  était  d'abord  nu;  on  imagina  ensuite 
qu'il  serait  possible  de  rendi'e  les  coups  plus  forts  en  prenant  dans  la  main 
une  boule  de  pierre  ou  de  métal.  Voilà  l'origine  du  combat  à  poing  ai-mé. 
On  alla  jusqu'à  entourer  le  poing  de  courroies  garnies  de  ferou  de  plomb. 


^  _  340  — 

Cette  espèce  de   lutte  coiisistriit  à  hatti-e  sou  adversaire  jusqu'à   ce  qu'il 
tombât  par  terre   ou  qu'il  se  déclarât  vaincu. 

Les  combats  de  »  boxers  »,  en  Angleterre,  ont  été  dans  ces  dernières 
années  une  des  plus  grandes  attractions  du  public,  et  ceux  ([ui  se  li- 
vraient à  cet  exercice  s'y  préparaient  par  un  eulraînement  tout  spécial. 

VI.  —  l,os  jjciiv  «U'  la  liiM»',  d'api-f-s  Slclln. 

Stella  n'a  pas  man(|ué  de  mentionner  la  lutte  parmi  les  jeux  des 
enfants  :  elle  décrit  cet  exercice  sous  le  nom  de;  hntaille. 

Vdiiiy  comme  les  faclions  Mais  je  crois  que  pour  tous  itlessez, 


Changent  les  aigneaux  en  lions 
VA  renversi'iil  loul  sur  la  terre  : 


11  restera,  de  cette  guerre, 
Seulement  quelques  nez  cassez. 


SEPTIEME   PARTIE 


LA    DANSE 

I.  —  l.a  dîinso  «•onsidi-rco  t'oiiiinc  Ji<Mi  d'oiifanl. 

Une  étude  sur  les  jeux  doit  ('«(iiqu'endre  la  daiis(»  eu  tant  ([u'exercice 
pbysiqui'  ,  ci  nous  avotierous  tout  d'abord  bien  nettement  que  notre  préten- 
tion n'est  i)as  d'étu- 
dier l'art  cliorégra- 
pbitpie  :  nous  lais- 
serons ce  soin  à  des 
autetu'S  plus  compé- 
tents, qui  })ourront 
tirer  un  admirable 
parti  de  ce  sujet.  Au 
surjtius ,  il  est  bon 
de  taire  observer 
t\\w  tous  b's  artistes 
(]ui  ont  consacré  des 
études  spéciales  aux 
divers  jeux  des  en- 
tants n'ont  pas  maïKjuc'  de  comprendre  la  danse  parmi  les  délassements 
juvéniles,  et  la  préoccupation  de  signaler  à  la  jeunesse  les  bienfaits  (\i\  cet 
exercice  se  retrouve  depuis  l'auteur  anonyme  du  fameux  recueil  de  lo87 
jusqu'au  premier  tiers  du  dix-neuvième  siècle,  où  nous  voyons  que  Marlet 
a   consacré  à  ce!   annisement  une  de  s(!s  plus  cliarmautes  litliograpbies. 


L.V  DANSE  AU  XVI«  SIÈCLli,  n'APiiF.s  OLAIVS  MAO.WS 
Ilisloire  des  peujAi's  seplenlrionatix. 


l'il  — 


l,<'  joii  (l<>  1)1  s'iMic  <■!   «lu  Inh.vriiiMio 


Los  anciens  oui  ]>rali(Hi(''  un  jiMi  lorl  rôoréatil'  (|iii  (Mail  connu  s((ns  lo 
nom  (le  jeu  (le  la  ///v/c  et  dn  l(i/iijriiitlic  :  ce  jeu  a  été  ainsi  nonuné  parce  que, 
à  riniilalioii  de  ces  oiseaux  voyageurs  qui  volent  eu  longue  lile,  les 
danseurs  se  tenaient  par  la  main  et  décrivaieut.  guidés  par'  le  conduc- 
teur du  choMir.   des   leurs  et  des  (h'-toui's  ra])pelaut  les  ])lis  et  les  replis 


I,A    DANSE   DES    OEUFS    AU   XVI»    SIECLE 

d'aPHÈS  une  GIlAVUnE  DE  M.   DE  VOS. 


des  labyi'intlies.  (lotte  danse  remontait  à  la  pins  liante  antiquité,  puisque, 
dans  Homère,  nous  la  voyons  figurée  sur  le  boucli(!r  d'Achille  :  le 
poète  en  attribue  l'invention  à  Dédale  en  l'honneur  d'Ariadne. 

Au  surplus,  les  anciens  ont  considéré  la  danse  comme  une  des 
parties  essentielles  de  l'éducation  do  la  jeunesse;  les  jeunes  Romaines 
prenaient  une  de  leurs  principales  distractions  dans  la  nmsique  chorale 
qui  participait  dn  chant  et  de  la  danse  :  «  Tantôt,  dit  M.  Becq  de  Fou- 
quières,  elles  se  tiennent  toutes  par  la  main  et  l'une  d'elles  a  la  con- 
duite du  chœur  qu'elle  enroule  et  déroule  à  son  gré.  Tantôt,  un(;  ronde 
se  forme  :  les  jeunes  gens  alternent  avec  l(>s  jeunes  filles,  tous  se 
tiennent  par  la  main  et  forment  ainsi  un  collier,  les  jeunes  gens  don- 


—  M2  — 


liant    à   leur    danse    une    allm-e   martiale,  les  jeunes  filles  affectant  luie 
tenue  modeste  et  décente.  » 


III. 


Danses  sacrées  et  danses  guerrières  clie/.  les  Romains. 


Les  Romains  avaient  également  des  danses  sacrées  et  des  danses 
guerrières,  et  la  tradition  rapporte  que  ce  fat  Romulus  qui  inventa  ce 
genre  de  saltation.  Numa  fonda  un  collège  de  jjrètres  dont  la  mission 
était  d'exécuter  des  danses  armées  autour  de  l'autel  de  Mars. 


RONDE    D'ENFANTS 

d'à  PII  Es     UNI!      CIIAVUUE     DU     XVII»     SIÉCLK. 
(ÉCOLE     I  T  A  L  I  E  .N  N  E  ) 


Le  j(ni  de  la  danse  |)rit  chez  les  Romains  un  dévelo|)i»enient  si  con- 
sidéra])le,  que  les  danseurs  en  renom  étaient  honorés  à  l'égal  des  sou- 
verains. 

Un  des  mimes  dont  l'antiquité  a  conservé  le  souvenir  fut  le  célèbre 
Pylade,  qui  savait  à  lui  tout  s(Hd  figurer  sur  la  scène  tout  un  drame; 
son  succès  fut  si  considérable,  que  tous  les  riches  Romains  voulurent 
alors  s'offrir  le  luxe  de  présenter  chez  eux  à  leurs  clients  des  repré- 
sentations mimées. 

Tibère,  voyant  dans  cette  coutinne  une  marque  de  décadence,  chercha 
vainement  à  en  arrêter  le  développement  et  cette  mode  ne  fit  que  s'accen- 
tuer pendant  les  dernières  années  de  l'Empire. 


LE     COVRT    BaSTON 


LA   Dan  CE 


L.V   DA.NSE  ET   Li;>    I.XEUCICES    DE  TRACTION 

d'aI'IIKS  J.ES  CflMI'OSITIONS    Dli    CI.AUDI.NIi    HOUZONXET   STELLA,   XVII»    SIÈCLE. 


'% 


344 


IV.  —  Interdiction  des  danses  eliez  les  chrétiens. 

La  danse    (]iii,   à  ronf:,ine,  avait  eu  mi  caractère  sacré,  dévia  peu  à 


LA   DANSE 

n'APltÈS    UiNE  OliAViniE    FIE  NICOLAS  GUÉnAI'il),    XVII"   SIÈCLE. 


peu  de   sou  but   pnmitii  et  pénétra    sur  le  théâtre;   les    chrétiens,    qui 


LES    PLAISIRS    UE    LA    DANSE    A    LA    CAMPAGNE 
u'aiuks  lne  gbavube  de  la  fin  du  xviii"  siècle. 

s'étaient  emparés  de   cette    coutume,    eurent    à    sului-    les    nombreuses 
défenses    du  pouvoir    ecclésiastique.    Vers   la    lin  du   sixième   siècle,   un 


LN  li\L  A  L'EPOUUE  11EV0LUT10N\.\II!E 


Et   noua    aussi,   j'valsons. 

Ii'aI'HÈS    INK    CAniCATl'llE   HE  I.'kI'UOI  E  RKVOLUTIONNAI  liE. 


44 


—  :w,  — 


('•vr(|m'  <l'Aii\ci'rc,  diMiMidil,  diiiis  un  syimdc  Iciiii  sons  s;i  pi'rsidiîiicc,  lu 
dîiiisc  (jui  Jiv.iit  lieu  ;iii\  cdciidcs  de  jinivirr  cl  i|ui  v\i\'\[  iiiic  |irali(|iio 
vcii.-inl   du    |(;ii;iiMisiii(' ;    ces  liiiliiiiidcs   lacliciiscs  coiisislaiciit  en  liiiiii|iifts 


J^^i«  ^'  .^, 


l.\    nWSi;,  iiAiiu,-,    hi   l.i/iiniiis/h/iir  ilr  /a  jriiiK'sse,  an  xi,  ISOIl. 

suivis  de  danses  (|ni  avaicnl  lien  dans  riiil(''ri(!in'  nn^'iiK;  des  ('-^liscis.  Cet 
nsa;i,(',  ('(ndrairc  à  rcspril  nirnic  de  la  ridi^ion  (■ln'(''li(!nnc,  ne  dispanit 
pas  (•(ini|d(''l('nii'nl  et  on  r'('li'ouv(i  des  li'ac.(îs  d(!  ccllr  (■oiiliunc  jiis(|n'à 
nnc  (■■|>oi|n('.  ass(!z  rapproclirc^  do  nons. 


V.  —   l.cs   iliiiisrs  au  ^lo,><-ii   .\n<«,  4*<>iisiil<-f<'-<''s  <'oniiii4>  s|H'«'CjwI«'s. 

^réliiil  snrlonl  à   l'issue  des  repas  (pi'a\'ai(!nl   lien    les  danses  acconi- 

|)af>'nées  d(!  tours 
d'iMpiilihre,  l(^  (ont 
oxf'cnlé  an  son  des 
instrunieids. 

Vers  la  lin  du 
lieizièino  sièch;,  lo 
goût  de  la  ii(d)lossc 
poiu'  la  danse  di- 
minua dans  de 
f;randes  pro|ioi'lions 
pour  ne  reparaiiro 
<|ii'an  <|niii//iènie 
siècle.  I.es  danseurs  (\[w.  l'on  voil  li^nrer  alors  dans  les  niinialin'es  <le  nos 
nianns(;rits  sont  des  danscîurs  de  jindession  vêtus  d'un<;  manière  l'oi't 
('•l(''f^anle  el  (pii  ac('(im|dissaienl  leurs  pas  rylhmés  au  son  des  inslrnmenls. 


DANSK    DKS   KOUS 
rAC-siMii.i:    h'um:   mimaiiiik  h'iin    manuschiï  m'    tM'.v/.ii'MK  siki:i.iî 

nu   H     llini.l(HIII;i.llI|.;   FIDI.IIKVDNNK    A    l,'l!NIVKI|Sllli     d'dXKUIII. 


—  3'»8 


VI.  —  l*ci'sîs»taiico  des  daiisofi»  ecclésiastiques 
en  France  et  en  Italie. 

Malgré  les  décisions  des  conciles  et  les  anathèmes  lancés  par  le 
clergé,  les  danses  dans  les  églises  se  conservèrent  dans  certaines  provinces 
de  la  France  et  notamment  à  Besançon.  Dans  le  Mercure  de  France^  de 
septembre  1712,  nous  trouvons  une  lettre  écrite  de  cette  ville,  relative  à 
une  danse  ecclésiastique  qui  s'y  faisait  le  jour  de  Pâques;  elle  avait  nom 
de  bergeretla  et  ne  disparut  complètement  qu'en  l'année  1738. 


LA  DANSE 

d'aPUÈS  une   vignette  du    PIIKMŒII    EMI'IUE. 


Les  danses  ecclésiastiques  se  sont  conservées  encore  plus  longtem|»s 
en  Italie,  et  on  en  reti'ouve  dans  certaines  églises  de  Rome  juscpi'à  la  fin 
du  dix-huitième  siècle. 

Cette  cérémonie  d'un  genre  spécial  se  pratiquait  sur  une  espèce  de 
théâtre  séparé  de  l'autel,  qu'on  nommait  le  chœur,  et  Jaubert  raconte 
qu'  «  en  1793  on  en  voyait  encore  des  v(\stiges  dans  les  basiliques  de 
Saint-Clément  et  de  Saint-Pancrace  de  Rome.  Quoique  l'Eglise  ait  jugé 
à  propos  de  retrancher  cette  danse  de  ses  céi-émonies,  elle  est  cepen- 
dant encore  en  usage  en  Espagne,  en  Portugal  et  dans  le  Roussilloii.  » 


VII.  —  liais  et  ballets  au  coniniencenient  du  dix-septî^ine  siècle. 

Les  grands  .ballets  et  les  bals  f'ui'ent  mis  à  la  mode  eu  France  par 
(ktherine  de  Médicis.  Henri  IV  rafTolait  de  la  danse  et  ce  fut  sous  ce 
roi,  selon  Cahnzac,  (pu'  le  peuple  français  dansa  le  plus. 


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—  ;jso  — 

Dans  le  Joiinial  d'Héroard,  on  voit  que  Louis  XIII  tout  enfant  fut 
monté  au  cabinet  dii  roi,  en  1603,  où  il  dansa  au  sou  des  violons  toutes 
sortes  de  danses.  Un  peu  plus  tard,  en  1605,  nous  le  voyons  danser, 
devant  le  roi,  la  bourrée  où  il  composait  des  grimaces.  Il  excellait  dans 
la  sarabande,  la  gavotte,  et  |)lusieurs  autres  danses. 

Sous  Louis  XIV,  le  clergé  se  montrait  intolérant  pour  la  danse  : 

Un  curé  so  vanlait  d'avoir  aboli  les  danses  des  paysans  les  jours  de  fêles  el  de  dimanches  : 
«  Monsieur  le  curé,  lui  dil  Fénelon,  ne  dansons  pas,  mais  permellons  à  ces  pauvres  gens  de 
danser,  afin  qu'ils  oublient  un  moment  combien  ils  sont  malheureux.  » 


^Mcm./i: 


I)  Al'IlliS  U.NE    LITHOGHAI'IIIK    DE  MAULliT,  XIX"   SIECLE. 


Le  mot  bnllcl  vient,  dit-on,  de  bulle,  parce  que,  dans  l'origine,  on 
dansait  en  jouant  à  la  balle  pour  donner  au  corps,  par  la  réunion  de  ces 
exercices,  de  la  force,  de  la  souplesse  et  de  l'agilité. 

Le  ballet  est  un  divertissement  très  ancien.  On  regarda  toujours  la 
danse  comme  la  plus  heureuse  expression  du  plaisir,  et  elle  en  est  encore 
aujourd'hui  l'image. 

Le  Dictionnaire  des  Arts  et  Métiers,  de  Jaubeit,  nous  donne  une  origine 
assez   spécieuse   des  bals  qui  généralement  suivent  les  dîners;   parlant 


i 


—  ;}oi  — 

(l(>  la  ilnnso  dos  festins,  cet  auteur  dit  qu'elle  s'exécutait  après  les 
repas  au  sou  de  divers  iustcunients  (pii  semblaient  (îxciter  les  convives 
à  de  nouveaux  }daisii's.  On  la  regarde  comme  l'origine  des  bals  en  règle, 
car  elle  était  une  espèce  de  bal  où  éclatait  la  joie,  la  uuignilicence  et 
l'adresse. 

\'lll.  —  Los  «laiisos  ciirniitîiics,  d'après  les  niieicnnes  gTavures. 

Stella  a  bien  considéré  la  danse  comme  un  amusement  enfantin  et 
elle  a  représenté  une  ronde  de  jeunes  enfants  dansant  au  son  de  la 
tlùte  d'un  de  leurs  petits  camarades  monté  sur  un  cube  de  pierre. 

Quelque  lieu  qu'on  puisse  choisir, 
Peut-on  trouver  dans  un  plaisir 
Plus  de  douceur  et  d'innocence, 
El  ne  semble-l-il  pas  encore 
Qu'on  va  retrouver  en  celte  danse 
Une  image  du  siècle  d'or. 

Dans  une  suite  de  gravures  représen- 
tant les  appartements  de  Louis  XIV,  on 
voit  que  la  quatrième  cliaml)re  était  la  salle 
de  bal,  oi'i  le  duc  de  (lliartres  et  sa  sœur 
dansaient  gravement  devant  la  ducbesse 
d'Orléans  assise  dans  un  grand  fauteuil;  à  côté  d'elle  est  le  duc  de  Bour- 
gogne accompagné  de  la  ducbesse  de  (Ibartres,  de  la  duchesse  du  Maine 
et  de  la  jeune  comtesse  de  Conti. 


LA  RONOE  DES  PETITES  FILLES 

h'aPIIKS  une  LITHOGllAPHII!  DE  VICTOIl  ABAM 
XIX"  SIÈCLE. 


HUITIEME    PARTIE 


GYMNASTIQUE 

I.  —  Son  orîg-ine  g-reeque. 

Ou  peut  dire  que  le  mot  aussi  bien  que  la  chose  sont  d'origine 
grecque,  et,  au  début,  cette  expression  était  un  résumé  complet  de  l'édu- 
cation et  de  l'instruction  que  l'on  devait  donner  aux  enfants  à  Sparte. 

Les  exercices  avaient  quelque  chose  de  rude  et  de  martial  et  étaient 
destinés  à  tremper  aussi  fortement  le  cœur  des  jeunes  Grecs  qu'à  aug- 
menter la  vigueur  et  la  souplesse  de  leurs  membres. 

A  Athènes,  la  gymnasticpie  prit  un  caractère  plus  doux,  les  auteui'S 


—  332  — 

qui  ont  traité  cette  questioD  l'ont  étudiée  à  un  triple  point  de  vue  :  le 
premier  consistant  dans  l'exercice  des  courses  à  pied,  à  cheval  ou  en 
char  ainsi  que  dans  la  lutte  et  dans  le  jet  du  disque  :  c'est  ce  qu'ils 
appellent  la  gymnastique  militaire.  Le  second,  connu  sous  le  nom  de  gym- 
nastique diététique,  avait  pour  hut  de  former  la  force  physique  et  de  con- 


Li:S  DIVERS  A(.;i!ES  UE  GYMNASTIQUE 
d'aitiics  le  TiiAiTK   iNTiTUi.i-;  la   Gymnastique  de  la  jeunesse,  an  xi,  1SU3. 

server   la  santé.  Le  troisième  était  la  gymnastique  athlétique,  qui  se   rap- 
porhiit  |)lus  particulièrement  aux  jeux  puhlics. 

Les  Romains  n'ont  pas  considéré  la  gymnastique  comme  une  science 
et  ils  l'ont  remplacée  par  des  exercices  destinés  à  augmenter  la  vigueur 
des  jeunes  gens  qui  s'y  livraient;  de  ce  nombre  était  le  lancement  du 
dis<jue  et  du  javelot,  la  natation  sous  la  cuirasse,  la  course  et  le  pugilat. 

II.  —  I.os  exercices  de  g-j'inna.stiquc 
faisant  partie  <le  ré<lucatioii  des  jeunes  g-ens,  d'après  Rabelais. 

Au  Moyen  Age,  ou  semble  s'être  peu  préoccupé  de  la  gymnastique 
pro})rement  dite;  elle  était  remplacée  par  les  jeux  et  les  exercices  en 
honneur  chez  les  chevaliers. 

Au    seizième    siècle,    nous  voyons  que  la  gymnastique    était  encore 

considérée   sous  un  point  de    vue  identique;    ainsi   Rabelais,    quand   il 

décrit  l'éducation  de  Gargantua,  nous  dit  : 

...  Quand  il  étoil  babillé,  peigné,  bravement  il  Iravailloil  en  faisant  quelque  bonne  lecture 
pendant  deux  ou  trois  lienres,  puis  Tescuyer  gymnaste  lui  montroit  l'art  de  la  chevalerie,  mon- 
toil  sur  un  coursier,  sur  un  lienet,  sur  un  cbeval  barde,  cheval  léger,  et  lui  donnoil  cent  pas  en 


—  XV.i  — 

.■irrii'i'c,  le  r.-iisdil  V(illij;ci'  en  l'nir,  rriuicliir  le  fossé,  saultùl  Ift  [iiilis,  puis  liilldit,  (■(nii'nil, 
siiuldil,  puis  nagcoit  en  profuiule  eau,  puis  issant  de  l'eau  rontlemcnl,  nioiiloil  ciicontre  la 
niontasiii\  puis  pour  galaiiler  les  nerfs,  on  lui  avoil  fait  deux  grosses  saumonés  de  plnmli, 
lesquelles  il  nommoll  allitres  ;  icelles  preuoil  de  lerre  de  cliascune  main  et  les  ('levoil  en  l'air 
au-dessus  de  sa  lèle,  les  lenoit  ainsi  sans  remuer. 

Peiidniit  les  dix-seplièiiic  et  dix-huitièine  siècles,  la  f^ymiiasti(|iie 
louiha  dans  un  discrédit  cdiiiplct  et  on  ne  commença  à  s'en  pivoccMpcr 
à  nouveau  qu'au  moment  où  Bufï'ou  et  Rousseau  firent  entendre  leur 
élo(|ueute  parole,  tentant  d'améliorer  le  sort  des  enl'ants. 


III   —  liistiliits  (le  s,',y>»iin8ti(|iio  é<i'nii!i-ers. 

Toutefois,   le    faraud  mouvement  qui  devait    mettre    eu    honneur  les 
exercices  de  gymnasti(|ue  n'est  pas  parti  de  chez  uous,  il  nous  vient  de 


•  /tJaMu^m/>tu    dû^^e/u./u    .'.ft^ÀiU^'r 


DIVEUS    AGRES    DE    GYMNASTIQUE 

EXÉCUTÉS  d'aPBKS  LA   MÉTHODE  AMOIIOSIENNE. 


la  Suède  (!t  de  rAllenuifi;ue  :  ce  fut  à  Munich  qu'un  philanthrope,  nommé 
Saltzman,  conçut  l'idée  de  fonder  une  école  spéciale  pour  renseignement 
méthodique  du  mouvement  corporel  en  vue  de  l'accroissement  des  forces 
physiques.  Un  peu  plus  tard,  en  1814,  le  poète  Ping  fonda  à  Stockholm 
un  Institut  national  de  gymnastique  qui  existe  encore. 

4r. 


3o4  — 


IV.  —  !>k'(lioclc  ainoi'osicniie. 


En  1815,  le  colonel  Amoros,  après  avoir  créé,  à  Madrid,  un  établis- 
sement analogue  sous  le  nom  A'Institut  Pesta/ozzien,  essaya  d'en  établir 
un  à  Paris. 

La  méthode  araorosienne  débute  par  des  exercices  élémentaires,  qui 
se  fout  sans  appareils  et  consistent  eu  mouvements  réglés  des  extrémités 
inférieures  et  supérieures,  (les  mouvements  doivent  être  accompagnés  de 
chants  qui,  en  marquant  le  rythme,   développent   la  voix  et  le  jeu  des 


v^-fec^c^     C^-if,-^^-v<n^z<*^i^t: 


muscles  pectoraux.  Ensuite  elle  compi'end  la  marche,  puis  la  course  sur 
terrain  facile  d'abord  et  ensuite  coupé  d'obstacles,  le  saut  des  fossés  et 
des  barrières,  l'équilibre  sur  les  pouti'es  fixes  et  en  mouvement,  l'exercice 
des  haltères  et  du  trapèze,  la  lutte  à  bras-le-corps,  l'escalade  du  mur, 
l'ascension  à  l'aide  de  la  perche,  de  la  corde  lisse,  de  la  corde  à  nouids 
et  de  l'échelle,  le  travail  des  trapèzes,  la  voltige  sur  le  cheval  de  bois, 
l'exercice  de  la  barre  fixe;  la  natation,  l'équitation,  la  danse,  la  paume, 
le  ballon  complètent  cette  méthode. 


3.1 5 


V.  —  fi>  ■iiniisliqiu-'  scolaire  vl  :;',viiinastiqii<>  inodicah-. 

A  partir  (11*  la  scofnulc  moitiô  du  dix-neuviôinc  siôclc,  la  f;ymnasti(|uc 
fut  mise  au  nombre  (l«.'s  matières  <|iii  devaient  être  enseifiiHu-s  dans  les 
collèges;  plusieurs  fois  cette  question  a  été  |)ortée  à  la  tribune  et  satis- 
faction a  été  donnée  à  ses  partisans. 

On  s'est  beaucouf)  préoccupé  dans  ces  dernières  années  de  la  gvmnas- 
ticpie  médicale,  qui  enseigne  la  méthode  de  conserver  et  de  rétablir  la 
santé  par  le  moyen  de  l'exercice  ;  on  obtient  ainsi  un  double  résultat  : 
d'abord  celui  d'augmenter  la  force  et  l'adresse  chez  les  jeunes  gens,  et 
ensuite  de  leur  dtmner  une  grâce  n'ayant  rien  detféminé  et  résidant 
uni([iUMnent  dans  l'aisance  et  la  souplesse  des  mouvements. 


NEUVIEME    PAllTIE 


L'ESCRIME 


li'  (<  iiriiiiiliira  »   clie/.   les  Itoiuains. 


Le  jeu  des  armes ,  que 
nous  désignons  plus  commu- 
nément sous  le  nom  d'cscrhuc, 
était  fort  cultivé  par  les  an- 
ciens, et  les  professeurs  des 
gladiateurs  devinrent  les 
maîtres  d'armes  des  légion- 
naires. Cet  art  était  alors  dé- 
signé sous  le  nom  à'urniutiira  ;  il 
consistait  principalement  dans 
l'attitude  à  donner  au  corjis 
et  dans  l'habileté  à  fiapper  à 
l'arme  blanche    le   point   visé. 


LKScniMi:  Al"  xvh'  sn;c;Li: 

IIAIMIKS  CUMEMIS  :  OUlilS  .s/i  A'.St  .1 /./>'  l'ICliltA. 


H.  —  I.Visei'iino  au  Movoii  Age  en  l'ranee. 

11  appartenait  aux  Fi'auçais  d'élever  cet   exercice  à   la  hauteur  d'un 
art,  et,  en  examinant  les  nMes  de  la  taille  levée  en  1292  siu-  les  habi- 


—  356  — 

taiils  de  Paris,  nous  vciyons  qu'il  y  avait  à  ccUl'  époque  se})t  cscrcniis- 
seeurs  qui  habitaient  dans  le  quartier  du  Marais  et  qui  payaient  une 
redevance  annuelle  variant  entre  trente  sous  et  douze  deniers,  il  faut 
cependant  arriver  jusqu'au  seizième  siècle  pour  trouver  une  ordonnance 
royale  réglementant  l'exercice  de  cet  art.  En  l.^j(i7,  Charles  IX,  par  ses 
lettres-patentes  en  date  du  mois  de  décembre,  autorisâtes  ma/s/rrs Jm/ci/rs 


l'Escrime 


1)  APIIKS  UNE  COMl'OSITIO.N'    I>E    CLAUlil.Nli    BOUZONNET   STELLA,   XVIP  SIECLE. 

Cl  escrimeurs  d'espées  de  la  ville  de  Paris  à  se  réunir  en  communauté,  et 
il  confirma  leurs  statuts. 

On  a,  au  Moyeu  Age,  quelquefois  désigné  sous  le  nom  d'escrime  des 
exercices  consistant  à  eufder  les  tètes  mauresques  du  manège  dans  nue 
course  au  galop,  mais  cet  exercice  dépend  beaucoup  plus  de  ré(piitation 
que  du  jeu  de  l'épée. 

La  science  de  l'escrime  fut  particulièrement  en  faveur  au  temps  de 
Louis  XIII,  et,  après  avoir  été  un  peu  délaissée,  elle  est  maintenant 
revenue  plus  en  honneur  (]ue  jamais. 


m.  —  L'cseriiiio  mi  «lix-septîèiiic  .sièflt',  d'après  Stella. 

Stella  a  considéré  l'escrime  comme  un  des  jeux  de  l'enfinici^  et  elle 
nous   a  représenté  un  jeune  garçon  qui,  armé  d'un  fleuret  niiuii   d'une 


—  3o8 


forte  1)oiiIl'  à  son  oxiréiuité,  semble  foil  préoccupé  à  p;irci'  un  coup  droit 
do  son  adversaire.  Voici  en  ipiels  tcTuies  l'auteur  décrit  ce  jeu  : 


Bien  que  l'on  semble  plus  adret, 
A  s'escrimer  de  son  fleuret, 
Il  ne  sçauroil  quoy  qu'il  exerce, 


N'ayant  pourpoint  ny  lioquelon , 
Luy  doner  de  quarte  ou  de  tierce 
Droit  dans  le  neuviesme  bouton. 


]\.  —  liie  salle  d'armes  pour  les  enCanls  en   1829. 

Dans  un  journal,  /e   Bon    Grnie,   publié   de   1823  à   1836,    et  destiné 
spécialement    aux    enfants,    nous  trouvons    la   reproduction   dune    salle 


L'KSCKl.ME 

h'ai'Uks  hi  Cii-aiidc  Eiicyriopéilie  iiK  ihiieuot  i;t   h'aiiîmiu  p.t,  xviiif  sikci.e. 

d'armes  dessinée  par  Marlet,  un  tles  artistes  les  plus  en  vogue  de  l'époque. 
Dans  cette  salle,  on  voit  un  jeune  garçon  d'une  douzaine  d'années  pre- 
nant sa  leçon  av(^c  un  professtnu'  doué  d'une  maguififjue  paire  de  favoris  ; 
ce  jeune  boinme  se  fend  et  atteint  le  plastron  que  le  maître  porte  attaché 


L'ESClil.ME 
h'ai'Iuos  la  (Uundi:  lùici/cloiiédie  he  iudeiicit  et  d'alejiheut,  wiii"  siècle. 

à  son  cou.  Dans  le  fond  de  la  salle,  tieux  jeimes  gens  attendent  patiem- 
ment d'avoir  l'honneur  de  pouvoir  tirer  av(>c  le  maîliM^  ;  notons,  en 
passant,  les  yeux  flamlxnants  du  jeune  élève   qui  prend  sa  leçon  et  qui 


—  :t:i!)  — 

cnniprcml  la  t^ravitr  de  r('iisc'ij:,iicin(Mil  qui  lui  csl  ddiim''.  L'iMlitciii'  du 
journal  s'cxousc,  on  (|n(d(|UL'  sorte,  i\o  reproduire  cetle  gravure,  en 
disant  : 

En  vous  envoyant,  mes  amis,  ce  dessin,  je  n'ai  pas  du  tout  l'inlcnlion  de  vous  engager 
à  devenir  de  petits  tapageurs,  et  je  n'ai  point  la  crainte  à  ce  sujet,  attendu  que  cola  ne 
peut  Mre  à  redouter  que  de  la  part  de  jeunes  gens  mal  élevés,  sans  principe  et  sans  jugement. 


LKSCIUME 

d'aphks  la  ('•ijmnasliqiie  df  la  jeunets",  an  xr,    1803. 

Je  veux  seulement  vous  olîrir  l'exemple  d'un  exerci(;e  salutaire  propre  à  développer  les  forces, 
à  raffermir  la  poitrine,  à  donner  de  la  souplesse,  de  la  grâce  au  corps  et  de  la  noblesse  au 
maintien. 

V.  —  PîOco  de  vers  sur  remploi  tie  l'épée. 

On  s'est  plu,  an  dix-huitième  siècle,  à  faire  nue  petite  pièce  de  vers 
pour  montrer  les  diverses  formes  sons  lesquelles  on  peut  considérer  le 
fleuret  de  l'escrimeur  et  l'épée  du  combattant  (1)  : 

Je  regarde  la  terre,  et  je  vis  en  prison  ; 
Si  j'en  sors  une  fois,  craignez  avec  raison. 
Je  suis  dure  et  cruelle  et  non  pas  inflexible. 
Quand  je  suis  en  courroux,  je  fais  siffler  les  airs  ; 
J'attaque,  je  repousse  etj'envoye  aux  Enfers. 
Je  me  repais  d'Iionneur,  et  maintiens  la  licence  ; 
J'opprime  également  le  crime  el  l'innocence  ; 
Et  lorsqu'avec  mon  art  je  gagne  quelque  cœur, 
Perfide  que  je  suis,  je  cause  son  malheur. 


(1  Cl-Ul-  pclitc  Liii}.'mo  est  tirée  d'un  recueil  qui,  au  clix-liuiliénie  siècle,  était  fort  à  la  mode.  Il  est 
intitulé  :  .l/;ifl,-isi;i  éHi;/»i,i(i(/iie.  contenant  un  yrand  nombre  d'énijinies  in{;énieuses  choisies  entre  toutes 
celles  qui  ont  paru  depuis  prés  d'un  siècle,  à  Paris,  chez  la  veuve  Duchesne  rue  Saint-Jacques,  nu 
Temple  du  l'uniL   Wi'i.  avec  appruhatinn  et  privilèiie  du  roi. 


—  :{60  — 


DIXIEME    PAUTIE 


PATINAGE    ET    GLISSADE 


I.  —  Avaiilsiffcs  du  paliiiaii'c. 


Le  jeu  de  patinage  est  un  des  plus  jolis  exercices  auxquels  puissent 
se  livrer  les  jeunes  gens  et  les  adolescents.  Ce  genre  de  sport  présente 
un  grand  avantage  au  point  de  vue  de  la  santé  ;  il  oblige  au  plus  fort  de 
l'hiver  à  sortir  des  demeures  souvent  hermétiquement  closes,  pour  prendre 
un  exercice  aussi  salutaire  que  vivifiant.  La  pureté  de  l'air,  l'intensité  du 
froid,  la  circulation  plus  accélérée  des  humeurs  et  du  sang,  la  tension 
des  muscles,   ces  mouvements  circulaires  ou  en  zigzag  que  font  les  pati- 


LES  THAINEAUX  ACCOUPLES 

I)  APIIÊS  UNE  SUITE  DE  JEUX  l'UnLIÉE  AU  COMMENCEMENT  llU  XIX'   SIÈCLE. 


ueurs,  la  joie  franche  qui  les  anime,  tout  cela  doit  nécessairement  avoir 
une  influence  très  grande,  non  seulement  sur  le  physi<pie,  mais  encore 
sur  le  moral  de  l'homme. 


LA   Glissoire 


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X.E  Traisneau 


LES    l'LAISIllS    IJE    LIIIVEI! 

d'aI'HKS    I.KS  r.llMI'IlSlTIONS    hK  Cr.H  niNF.  miTZONNKT  STKM.A,   Wll'   SlKr.r.E. 


—  ■M)'2  — 


On  regarde  cet  exercice  comme  dangei'eux,  parc<^  (|iie  l'on  peut  tomber 
et  se  blesser;  ceci  est  absolument  faux,  car  on  ne  dépend  (jue  de  sa 
propre  adresse,  ce  qui  fait  qu'on  court  moins  de  ris({ues.  On  tond>e 
souvent,  à  la  vérité,  en  a|»prenant  à  patiner,  mais  il  faut  a[tprendre  à 
tomber  sans  se  faire  de  mal. 


11.  —  Coiiiiiieul  on  apprend  à  pnCiiioi*. 

On  apprend  à  patiner  en  se  tenant  derrière  un  petit  traîneau,  d<'  ]teiu- 

de  se  démettre  le  pied  ; 
bientôt,  on  fait  tenir  le 
corps  en  équilibre  sur  deux 
morceaux  de  fer,  dont  cba- 
cun  n'est  large  que  de  quel- 
ques millimètres,  et  c'est 
ainsi  qu'on  parvient  à  for- 
mer ces  mouvements  multi- 
pliés qui  ajoutent  à  la  grâce 
naturelle  du  corps  et  qu'on 
voit  toujours  avec  nu  nou- 
veau plaisir. 

Dans  certains  pays,  le  pa- 
tinage est  considéré  comme 
\m  exercice  absolument  na- 
tional; dans  les  régions  Scan- 
dinaves, on  donne  plusieurs 
fois  par  an  de  grandes  fêtes 
à  propos  de  courses  sur  la 
glace,  qui  sont  l'occasion  de 
véritables  réjouissances  pu- 
blicpies  et  où  les  jeunes  gens 
LES  PATINS  A  LA  poulai.m:  tiennent  à  lionneur  de  faire 

DAi'nÉs  UNE  GiiAvnu:  DK  MoiiKs  iiE  r.A  iiiîSTAi uATiiiN.  paratlc  dc  Icur  adrcssc*. 


m.  —  Do  la  fabrication  des  pnlin.s. 

La  l'orme  et  la  matière  dont  les  ]iatins  ont  été  faits  ont  varié  à  l'in- 
iini.  La  ])remière  idée  (jui  a  dû  venir  aux  habitants  des  pays  froids  a 
été  de  garnir  la  cliaussure  d'un  morceau  de  bois  destiné  à  faciliter  le 
glissement  sur  la  glace.  Un  peu  plus  tard,  on  a  remplacé  cette  arête  de 
bois  par  un  os  assujetti  par  des  courroies;  au  British  Muséum  de  Londres 


LES  TRAINEAUX 

irAIMIKS   INIÎ    SlilTE    nr.    JEUX   PUBLIÉE   AU  COMSIENCEMENT    DU  \l\'  SIÈCLE. 


nc'i  — 


on  j)eut  encore  voir  une  paire  de  ces  patins,  qui  doit  remonter  à  un  mil- 
lier d'années.  Cojnme  la  civilisation  est  devenue  plus  raffinée,  on  a  eu 
l'idée  d'employer  le  métal  pour  remplacer  la  primitive  mouture  eu  os,  ce 
qui  donnait  à  cette  chaussure  d'hiver  une  rigidité  et  une  solidité  beaucoup 
jilus  apprécial)les. 

IV.  —  I,os  skies  iiorvôg-îciis. 

Dans  les  pays  qui  sont  couverts  de  neif^e  |)eudant  les  trois  quai'ts 
de  l'année,  on  euqdoya   des    patins    d'une   dimension  considéi-able,   (pii 

étaient  fciriués  d'une 
monture  en  bois  lé- 
ger reliée  par  des 
bandes  de  parche- 
min ;  à  l'aide  de 
cet  appareil,  nom- 
mé s/de^  les  chas- 
seurs norvégiens 
descendent  avec 
une  rapidité  verti- 
gineuse les  pentes 
des  montagnes  cou- 
vertes de  neige  ;  un 
bâton  ferré,  qu'ils 
tiennent  à  la  main,  leur  permet  de  régler  h>ur  course.  La  manière  de 
courir  sur  des  patins  n'est  certes  pas  une  science  bien  difficile  à  acquérir, 
mais  elle  demande  cependant  quelques  leçons,  et,  par  suite,  n'est  pas  à 
la  portée  de  tous  les  jeunes  enfants;  c'est  pourquoi  le  jeu  de  la  glissade 
a  toujours  été  préféré  par  la  jeunesse  en  France. 

\'.  —  I.a  glissoire  an  seizième  siècle. 

Au  seiziènu'  siècle,  cet  exercice  est  compris  dans  le  recueil  des 
Trente-six  figures  coniciuuit  lom  les  jeiix^  etc..  et  se  trouve  réuni  sur-  la 
même  |)lanche  que  les  jeux  de  la  Fossette  et  des  Esteufs. 

Ayant  Irouvé  quelque  pLice  assez  nette, 

A  l)eâux  esteufs  jouent  à  la  fossette. 

Plus  ils  s'ea  vont  sur  la  glace  griller 

On  bien  souvent  le  marmouset  ils  baisent, 

El  cependant  tous  les  autres  se  plaisent 

Au  jeu  (le  croce,  au  lieu  de  sommeiller. 

Les  enfants  voient  avec  plaisir  arriver  l'hiver  poiu-  pouvoir  se  livrer 
à  cet  amusement,  <pii  présente  au  moins  l'avantage  d'être  à  la  pm-téc  de 
toutes  les  bourses. 


h'ai'uks  \.'HiUoi, 


DE  l'YRHHICA  SALTATIOVE 
'  des  peuples  septentrionaux  nr.  OLAIUS  MAGNiiS 


LES    AMUSEMENTS    DU    FEU   ET    DE    L'EAU 

M'IIKS    LES  COMPOSITIONS    IlE  CLAUDI.NE   HOUZONNET    STELLA,   XVI|S  SIKCLR. 


—  300 


ONZIEME    PARTIE 


LES   PETITS   FEUX 


I    —  Loin*  origine  siiiti(|ii(>< 


Ou  a  considéré  coniino  faisant  partie  des  jeux  d'enfants  lo  saut  à 
travers  les  flammes  d'un  minuscule  Jjùchor.  dette  coutume  de  faire  des 
feux  de  joie,   de  danser  autour  et  de  les  fraucliir  p;ir  manière   de  jdai- 


LES   PETITS   FELX 
d'apiiks  in  »ii)r>Èr,K  Tinii  dix  recueil  nn  Dessus  de  tahuli'eves,  xviii'  siÉcr.E. 


sauterie,  remonte  à  nu  temps  très  haut  de  l'antiquité.  A  Uome,  le 
onzième  jour  des  calendes  de  mai,  ou  célébrait  les  fêtes  de  Paies,  la 
divinité  ([ni  présidait  aux  travaux  des  champs  : 

Cï'lail,  dil  Properce,  le  jour  dos  Palilics,  le  jour  où  Rome  vit  commencer  ses  murailles. 
Les  pasteurs  céléljraient  cet  anniversaire  par  des  festins  et  des  jeux  ;  Us  clierclinient  leurs 
délices  dans  des  mets  rustiques,  et  la  bande,  aux  pieds  poudreux,  franchissait  gaiement  les 
monceaux  de  fuln  qui  llan)l)uient  rà  et  là. 


;{()- 


Sigiiilifailioii   «I»"  oolU"  (•oiiIiiiim' 


Ovide  a  fait  innitioit  do  cofte  i'outiime<et  il  dit,  :  ((  J'ai  saule  à  tra- 
vers trois  rangées  de  tlammes  et  j'ai  répandu  de  l'eau  lustrale  de  ma 
hrauelie  de  laurier.  »  Le  luèni*  poète  nous  donne  l'explieation  de  eettt; 
singulière  eoutuiue  :  «  Au  moment  de  la  fondation  de  Koine,  dit-il,  il 
fallut  transporter  les  dieux  Lares  sous  de  nouveaux  toits.  Ouittaut  leurs 


Li;S   PETITS  l'EU.X 

D'aIMIKS    UNK    GllAVlII'.E    1)U    XVIll'' 


demeures  agrestes  pour  de  nouvelles  habitations,  ils  mirent  le  l'eu  à 
celles  qu'ils  abandonnaient,  et  à  travers  les  flammes  sautèrent  troupeaux 
et  pasteurs.  »  Cette  explication  est  peu  acceptable,  et  il  est  préférable 
de  voir  dans  la  coutume  d'allumer  des  feux  une  idée  de  purification, 
car  de  tout  temps  le  feu  a  été  considéré  connne  le  purificateur  par  excel- 
lence. 

A  l'appui  de  cette  hypothèse,  nous  donnons  le  témoignage  de  Denys 
d'Halicarnasse,  (jui  raconte  que,  le  jour  de  la  fondation  de  Rome,  Romulus 
ordonna  ([ue  des  feux  fussent  allumés  devant  toutes  les  tentes,  et  tout 
le  peu[»le  dut  sauter  à  plusieurs  reprises  à  travers  les  flammes  pour  se 
purifier  des  souillures  [lassées. 


368  — 


m.   -  I.es  feux  do  joie  à  répoQ"*"  clirétieime. 

La  c'uutiiiue  des  feux  do  joie  est  entrée  daus  les  habitudes  du  clu'is- 
tianisme  et,  pour  en  faire  oublier  l'origine  païenne,  on  a  dédié  à  saint 
Jean  tons  les  feux  que  les  paysans  ont  coutume  d'allumer  sur  les  mon- 
tagnes le  24  juin. 

Au  seizième  siècle,  Olaius  Magnus,  dans  son  Histoire  des  peuples  sep- 
k'ntri<nun(j\  a  ('*crit  un  chapitre  qu'il  a  intitulé  De  Pi/rrliica  Sultiitkmc  et 
dans  le(|uel  il  explique  longuement  qu'à  certaines  époipies  de  l'année,  et 
particulièrement  en  hiver,  on  fait  de  grands  feux  composés  surtout  de 
bois  résineux;  en  brûlant,  ce  bois  produit  une  crépitation;  cette  sorte 
de  musique  stimule  les  danseurs  qui  entreprennent  une  ronde  autour 
de'ce  bûcher  improvisé. 

Au  dix-septième  siècle.  Claudine  Stella  a  représenté  les  petits  feux 
dans  son  précieux  recueil,  et  elle  nous  montre  un  groupe  de  bambins  qui 
s'apprêtent  à  traverser  d'un  bond  rapide  un  feu  formé  de  quelques  brin- 
dilles de  bois  incandescent  et  dont  l'embrasement  u'a  rien  de  bien  terrible. 
Dans  la  légende  en  vers  qui  accompagne  la  planche,  l'auteur  a  soin  de 
nous  expliquer  (ju'il  s'agit  bien  des  feux  allumés  au  mois  de  juin  : 

Ce  k'ur  csl  une  volii[)li''  Miiis  si  le  plaisii'  île  ce  jeu 

De  siiuter  au  cœur  de  l'eslé,  Ne  dure  pas  plus  que  leur  Feu, 

Par-dessus  ces  feux  de.bourée.  Il  sera  de  courle  durée. 


DOUZIEME   PARTIE 


LE   JEU    DE    LA    PENDAISON 


C'est  à  peine  si  l'on  peut  donner  le  nom  de  jeu  cà  cet  exercice  bar- 
bare, <[iii  n'a  du  reste  été  prati(|ué  ([u'à  une  épocpie  où  les  mœurs  avaient 
encore  nue  rudesse  toute  primitive.  Le  seul  auteur  ([ui  nous  ait  rapporté 
cette  tradition  est  Athénée  :  il  nous  apprend  que  les  anciens  Thraces, 
à  la  fin  d<'  leurs  festins,  quand  ils  s'étaient  gorgés  de  nourriture  et  de 
boisson,  tiraient  au  sort  pour  savoir  lequel  des  convives  devrait  faire  la 
périlleuse  expérience  du  jeu  de  la  pendaison.  Celui  que  sa  mauvaise 
étoile  avait  marqué  pour  cet  exercice  peu  enviable,  montait  sur  une 
pierre  et  se  passait  autour  du  cou  un  nœud  coulant  fait  à  une;  corde  ([ui 
avait  été  préalablement  attachée  au  plafond  de  la  salle  du  festin.  D'une 
main  il  tenait  \me  serpe  au  moyen  de  laquelle  il  devait  trancher  la  corde 


370 


d'im  coup  rapide  au  moment  où  l'un  des  assistants  lui  faisait  perdre  pied 
en  retirant  la  pierre  sur  laquelle  il  était  monté.  Si  le  patient  se  trouvait 
surpris  par  la  secousse  et  n'avait  pas  le  temps  de  couper  la  corde  au- 
dessus  de  sa  tète,  les  convives  éclataient  <le  rire  en  se  faisant  un  jeu  de 
sa  mort  et  en  criant  :  "  Il  a  perdu  l  II  a  perdu  l  » 


LK  JEU  DE  LA  l'ENDAISON 


11  y  avait,  dans  ce  jeu,  une  idée  assez  élevée  qu'il  est  intéressant  de 
dégager.  Ceux  qui  se  faisaient  ainsi  un  plaisir  de  passeï*  de  vie  à  trépas 
étaient  poussés  par  une  sorte  de  fanatisme  religieux  analogue  à  celui  des 
adorateurs  de  Vichnou,  qui  les  incite  à  se  jeter  sous  les  roues  du  char 
symbolique,  pour  faire  à  la  divinité  le  sacrifice  de  leur  existence. 


CONCLUSION 


.— ■  ■-c-'jgrrr.^ 


N  France  les  sports  out  pris,  depuis  quelques  années, 
un  développement  considérable,  et  nous  avons  cru, 
en  adoptant  cette  expression  typi([ue,  prendre  exemple 
sur  nos  voisins  d'outre-Manche  :  c'est  même  proba- 
blement à  l'amour  de  l'imitation,  qui  sévit  chez  nous 
toujours  avec  la  même  intensité,  que  l'on  doit  le 
succès  prodigieux  que  tous  les  exercices  de  force  et 
d'adresse  ont  obtenu  depuis  une  période  relativement 
récente.  Il  ne  faut  pas  croire  cependant  que,  avant  de  copier  nos  voisins, 
notre  beau  pays  de  France  ait  ignoré  tout  le  ])arti  qu'on  pouvait  tirer 
des  exercices  sagement  mesurés  qui  sont  un  repos  pour  l'esprit  et 
représentent  pour  le  corps  le  délassement  dans  le  sens  le  plus  étendu 
de  ce  mot. 

En  parcourant  les  différents  jeux  que  nous  avons  étudiés  dans  ce 
volume,  on  peut  se  faire  une  idée  du  développement  que  nos  ancêtres 
avaient  su  donner  à  chacun  de  ces  modes  de  divertissement,  et  nous 
ajouterons  qu'ils  ont  mieux  compris  ce  qu'on  était  en  droit  de  demander, 
comme  exercice  physique,  à  l'adolescence. 

De  nos  jours  on  cherche  surtout  à  arriver  à  la  perfection  dans  un  exer- 
cice déterminé;  pour  employer  la  langue  que  nous  lisons  couramment 
dans  les  feuilles  spéciales,  nous  dirons  que  la  jeunesse  n'a  plus  niainte- 
naJit  d'autres  préoccupations  que  de  battre  le  record  soit  du  saut  en 
longueur,  soit  de  la  course  à  pied  ou  à  bicyclette.  Il  est  juste  d'ajouter 
([ue  nos  athlètes  modernes  ol»tiennent,  au  moyen  de  l'entraînement  pro- 
gressif, des  résultats  vraiment  suq)renants.  Sait-on  seulement  à  quel  prix 
ont  été  obtenus  ces  efl'orts  surhumains? 


Combien  est-il  arrivé  souvent  dans  les  institutions  que  tel  élève  qui  a 
gagné  la  coupe  d'honneur  dans  le  saut  en  longueur  ne  soit  rentré  chez  lui 
en  vacances  avec  des  troubles  de  santé  qui  ont  été  provoqués  parce  qu'on 
a  voulu  violenter  la  nature  en  lui  demandant  plus  qu'elle  ne  pouvait 
donner.  Il  y  a  peu  d'années,  un  homme  éminent  par  son  talent  d'orateur 
avait  donné  à  l'institution  à  la  tète  de  laquelle  il  était  placé  une  place 
prépondérante  aux  exercices  physiques.  L'expérience,  après  avoir  duré 
un  temps  assez  long,  n'a  pas  donné  tous  les  résultats  que  l'on  avait  espérés 
et  l'on  est  revenu  maintenant  à  des  idées  plus  saines  et  plus  modérées. 

Jadis  les  jeux  étaient  classifiés  d'une  manière  plus  savante,  l'on  réser- 
vait à  chaque  âge  les  exercices  auxquels  il  était  possible  de  se  livrer 
sans  danger  pour  la  santé  des  enfants  et  de  plus  on  savait  jouer  avec 
rien  ;  maintenant  il  faut  une  multitude  d'accessoires  pour  se  livrer  au 
moindre  exercice.  Nous  ne  pouvons  citer  de  document  plus  concluant  que 
cette  gravure  que  nous  donnons  comme  frontispice  et  qui  représente  les 
jeux  d'enfants  usités  au  seizième  siècle,  d'après  le  tableau  de  Pierre 
Breughel  conservé  dans  la  galerie  impériale  de  Vienne.  Voyez  comme  ces 
enfants  savent  se  distraire  avec  les  éléments  les  plus  simples;  la  course, 
le  saut  sous  toutes  ses  formes,  le  jeu  du  porteur,  etc.,  s'accomplissent 
sans  aucuns  accessoires.  Pour  rendre  leur  jeu  ])lus  intéressant,  quelques 
enfants  plus  ingénieux  se  servent  des  objets  de  la  vie  usuelle  pour  donner 
plus  d'attrait  à  leur  délassement  :  un  tonneau  auquel  on  a  emprunté  un 
de  ses  liens  fournit  l'occasion  de  jouer  au  cerceau,  et  pendant  ce  temps 
sur  la  futaille  vide  deux  gamins  apprennent  le  métier  d'équilibriste  ;  un 
peu  plus  loin  ime  barrière  permet  à  quati'e  jouvenceaux  de  réaliser  la 
légende  des  quatre  lils  Aymon. 

Certes  beaucoup  de  ces  amusements  ne  sont  pas  encore  perdus,  mais 
actuellement  le  jeu  est  devenu  beaucoup  plus  savant.  Il  s'est  fondé  toute 
une  branche  d'industrie  dont  l'unique  préoccui)ation  est  de  fabriquer  des 
ustensiles  évitant  la  fatigue  aux  joueurs ,  ou  permettant  d'obtenir  des 
combinaisons  savantes  en  rapport  avec  les  recherches  qui  président  main- 
tenant à  toute  notre  vie. 

Beaucoup  de  jeux  ont  été  détournés  de  leur  but  primitif,  ce  sont 
entre  autres  les  jeux  de  bague  qui,  au  Moyen  Age,  se  pratiquaient  dans 
les  tournois.  Tous  les  jouteurs,  munis  d'une  lance,  devaient  être  aussi 
bons  cavaliers  qu'habiles  hommes  d'armes,  pour  atteindre  au  bon  endroit 
l'anneau  c[ui  devait  leur  assurer  les  suffrages  et  l'estime  des  nobles  spec- 
tateurs. Regardons  un  peu  ce  que  nous  avons  fait  de  cette  élégante  institu- 
tion. Peu  à  peu  le  cheval  a  été  remplacé  par  un  mécanisme  permettant 
aux  cavaliers  de  tourner  eu   cercle,  et,  à  l'aide  d'un  bâton  pointu,  de 


décrocher  les  anneaux  placés  à  leur  portée  ;  bientôt  après  on  a  trouvé  inutile 
d'exiger  du  joueur  un  semblant  d'adresse  et  on  s'est  contenté  de  le  faire 
tourner  en  rond  sur  son  insensible  coursier.  De  nos  jours  tout  est  per- 
fectionné, le  cheval  est  remplacé  par  cet  animal  dont  un  adage  populaire 
dit  ([ue  «  tout  eu  est  bon  depuis  les  pieds  jusqu'à  la  tète  ».  Mais,  à  vrai 
dire,  nous  avons  opéré  un  triste  changement  et  nous  n'avons  pas  à  nous 
montrer  fiers  de  la  route  parcourue  de[iuis  les  chevaliers  du  Moyen  Age 
armés  de  pied  en  cape  jusqu'au  pâle  voyou  de  barrière  qui,  pour  ses  dix 
centimes,  vient  à  la  fête  de  Neuilly  chevaucher  sur  les  cochous  articulés. 

Le  jeu  doit  faire  partie  de  l'éducation  de  l'enfant  et  il  convient  que 
ses  maîtres  ne  le  hiissent  pas,  surtout  au  début,  seul  arbitre  de  ses  amuse- 
meuts.  Il  est  bon  que  les  précepteurs  joueut  avec  les  enfants  d'abord 
pour  les  intéresser  et  leur  apprendre  les  règles  du  jeu  et  ensuite  pour 
leur  y  faire  prendre  goût  davantage.  Bien  souvent,  en  effet,  les  enfants 
restent  dans  une  cour  de  récréation  à  se  promener  d'un  air  las  et  ennuyé, 
ue  voulant  se  livrer  à  aucun  exercice  sous  prétexte  que  cela  les  ennuie  ; 
si  vous  scrutez  la  psychologie  de  ces  jeunes  cœurs,  vous  verrez  que  ce 
n'est  pas  le  mol  ennui  qu'il  faut  dire,  ayons  le  courage  d'appeler  les  choses 
par  leur  nom  et  avouons  franchement  que  les  enfants  refusent  souvent 
de  jouer  par  respect  humain.  Cette  appréciation  peut  sembler  absurde, 
mais  elle  est  pourtant  juste  :  la  grande  préoccupation  de  l'enfant  est  tou- 
jours de  paraître  plus  que  son  âge  ;  les  bambins  de  sept  à  huit  ans  cherchent 
à  imiter  ce  qu'ils  voient  faire  à  leurs  aînés  qui  ont  atteint  une  douzaine 
d'années.  Par  suite  du  même  raisonnement,  ces  dei'uiers  veulent  se  com- 
porter comme  des  jeunes  gens,  et  naturellement,  conmie  ils  ont  aperçu 
ceux  qui  se  préparent  aux  examens  se  promener  dans  les  cours  en  devi- 
sant de  choses  graves,  ils  cherchent  à  les  imiter  et  ils  repoussent  le  jeu 
comme  bon  tout  au  plus  à  anuiser  ceux  qui  portent  encore  le  pantalon 
court.  Rien  cependant  n'est  plus  essentiel  que  d'éviter  ces  causeries  entre 
enfants,  qui  sont  toujours  inutiles  et  souvent  malsaines. 

Ces  jeunes  cerveaux  ont  besoin  d'être  occupés  d'une  manière  effective, 
et  c'est  là  que  les  règles  du  jeu  interviennent  d'une  manière  efficace.  Le 
joueur  doit  en  effet  s'astreindre  à  certaines  exigences,  et  pendant  que 
les  esprits  sont  tendus,  soit  pour  obtenir  aux  quilles  un  coup  remar- 
quable, soit  pour  assurer  le  gain  d'une  partie  de  billes,  on  peut  être  cer- 
tain qu'il  n'entrera  pas  d'idées  mauvaises  dans  ces  jeunes  cœurs  et 
que,  après  s'être  délassés  pendant  une  heure  ou  deux  à  ces  exercices 
salutaires,  ils  se  remettront  au  travail,  les  membres  peut-être  un  peu  las, 
mais  le  cœur  tranquille  et  l'esprit  libre  de  toute  préoccupation.  Considé- 
rons donc  le  jeu  comme  l'aliment  moralisateur  par  excellence  de  la  jeu- 


nesse,  appliquons-nous  h  amuser  les  enfants  sans  leur  demander  d'efforts 
trop  violents  et  sans  leur  imposer  des  jeux  compliqués  qui  devien- 
draient alors  un  véritable  cassement  do  tète  :  11  faut  que  la  récréation 
soit  complète,  et,  pour  que  le  travail  devienne  profitable,  il  est  bon  que, 
lorsque  l'enfant  s'amuse,  il  n'ait  pas  d'autre  idée  en  tête,  et  il  faut  qu'il 
se  rappelle  ce  proverbe  latin  qui  est  la  plus  saine  ligne  de  conduite 
que  l'on  puisse  indiquer  :  Age  quod  agis. 

HENRY-RENÉ  D'ALLEMAGNE. 


TABLE   METHODIQUE 


Phéface. 


CHAPITRE   PREiMIER 

l'REMIEUS  JEUX  DE  L'EXFAXCE 

Premièhe  I'aktie.  —  Le  cerceau. 

1.  DéliailioD 3 

2.  Le  troclius  ou  cerceau  cliez  les  Grecs  et  cliez  les  Romains 4 

3.  Le,  cerceau  servant  d'accessoire  pour  les  tours  d'acrnlialie (j 

4.  Rayons  placés  dans  l'intérieur  des  cerceaux 7 

5.  Matières  servant  à  la  fabrication  des  cerceaux 8 

6.  Traduction  du  poème  de  Kalz,  par  Feutry 8 

7.  De  la  conduite  ralionmdle  du  cerceau '■> 

8.  Gravures  représentant  le  jeu  du  cerceiiii '.I 

9.  Poésie  sur  le  jeu  du  cerceau Il 


Ukuxième  pahtie.  —  Le  cerf-volant. 

i .  Délinition 12 

2.  Origine  chinoise  du  cerf-volaul 12 

3.  Expériences  de  Franklin  au  moyen  du  cerf-volant.  Ses  continuateurs li 

4.  Utilisation  du  cerf-volant  pour  mesurer  la  colonne  de  Ponipé'' 16 

5.  L'expérience  du  jardin  Marliœuf 17 

6.  Diverses  formes  données  aux  cerfs-volants 18 

7.  Cerfs-volants  enduits  de  plros|iliore 18 

8.  Emploi  du  cerf-volant  comme  moteur. 10 

0.  Règles  à  observer  pour  la  construction  des  cerfs-volants 19 

10.  Gravures  représentant  le  jeu  du  ccrf-volanl 21 


TiioisiÈME  PARTIE.  —  Le  jeu  du  chat  et  du  rat,  le  jeu  de  la  corde 
et  le  jeu  de  l'anguille. 

1 .  Le  jeu  du  pivot  clicz  les  Romains 

2.  Le  jeu  du  cliat  et  du  rat  au  dix-neuvième  siècle 

3.  Le  jeu  de  la  corde 

4.  Le.  jeu  de  l'anguille 

47. 


—  37-'  — 


QuATiiiÈME  l'AUTiE.  —  Le  Criquet  et  le  bâtonnet. 


1 .  Origine  anglaise  du  jeu  de  ciiquel 

2.  Le  bilonnet  considéré  coniine  im  di's  [lius  niicicns  jeux  sirasbourgcoi: 


CiNouiiiMR  l'AiniE.  —  Les  échasses. 

1.  Leur  définilion  d'après  Pompcius  Festiis 30 

2.  Les  cciiasscs  cliez  les  rioinaius 30 

3.  Fable  de  Riclior  sur  les  écliasscs 31 

4.  Les  ccIkisscs  au  seizième  siècle  ;  leur  ulilisaliou  dans  les  fêles  |iubli(|ues 32 

0.  Coiubal  d'ccliasses  à  Namur 32 

6.  Les  écbasses  landaises 33 

7.  Représenlalion  artislii)ue  du  ji'U  di's  écbasses 34 


Sixième  paiitie.  —  Le  sabot. 

1.  Délinilion 3S 

2.  Le  jeu  du  sabot  cbez  les  Grecs  et  clicz  les  Homains 33 

3.  Ln  sabiit  au  Ireizième  siècle.  Origine  probable  de  ce  nom 36 

4.  Anecdote  sur  le  jeu  du  sabot 38 

5.  De  la  manière  de  pratiquer  ce  jeu 38 

0.  Gravures  représeiilant  le  jeu  du  sabol 39 


Septième  paiitie.  —  La  toupie. 

i.  Origine  moderne  de  ce  jeu 41 

2.  Définilion  du  jeu  de  la  toupie 42 

3.  Théorie  de  ce  jeu 42 

4.  Haber-gess  ou  loupie  d'.\llemagne 44 

0.  Gravures  représentant  le  jeu  de  la  loupie 47 

6.  Poésie  sur  le  jeu  de  la  toupie 48 


Huitième  paptie.  —  Le  toton. 

1 .  Délinilion  de  ce  jeu 40 

2.  Emploi  du  toton  en  place  des  dés  à  jouer 49 


CHAPITRE    II 


JEi'x  .V  c.oiniu 


PnEMiÈiiE  PAIITIE.  —  La  course. 


1.  Définilion 51 

2.  Le  jeu  de  la  course  cbez  les  Grecs ' SI 

3.  Le  jeu  de  la  course  dans  les  Pardons  en  Bretagne 52 

4.  Do  la  manière  de  bien  courir,  d'après  M.  Laurcni  de  Jus.'-ieu o2 


—  373 


Dkiixikmf  i'mitik.  —  Le  jeu  de  barres. 

1.  nolinilion î>4 

2.  l.'Osli-Mchynda  cliiv.  les  (iroc^ ^i 

3.  Le  ji'u  ilo  la  coi|iiilli'  du'/.  Ii'.s  Honiains !i^> 

4.  Lo  j(Mi  (II!  barres  au  Moyen  ,\go î>C 

b.  Le  jeu  do  barres  en  rîelyi(]ue  et  en  Italie ">7 

6.  Le  jeu  île  barres  de  Napoléon  I" _ -iS 

7.  Le  jeu  de  barres  assis 58 

8.  Poésie  sur  le  jeu  de  i)arres 60 


Troisième  rARiiE.  —  Les  quatre  coins. 

1 .  Le  jeu  de  la  niarmile  chez  les  Romains 60 

2.  Le  champ  esiroit  au  quinzième  siècle. 64 

3.  Manière  de  pratiquer  ce  jeu 64 

4.  Le  jeu  des  paquets 64 

5.  Le  jeu  des  fagots 66 

6.  Le  jeu  do  la  mer  agitée 6" 

7.  Gravure  du  jeu  des  quatre  coins  au  dix-builiènie  siècle 6S 


QiATRUtME  PARTIE.  —  Le  jeu  de  cache-cache. 


i .  Le  jeu  de  cache-cache  chez  les  Romains 68 

2.  Le  jeu  de  cligne-niusetle  an  Moyen  Age 69 

3.  Le  cache-cache  Nicolas 70 

4.  Le  furet  du  bois  Mesdames  et  le  jeu  <le  la  pantoulle 73 


CHAPITRE    m 

JEUX    l)'.-VI)RESSE 

Premu'RE  partie.  —  Jeu  de  l'arc  et  de  Tarbalëte. 

1.  Existence  de  l'arc  dans  l'antiquité 75 

2.  Usage  de  l'arbalète  en  France  à  une  époque  reculée 76 

3.  Diverses  espèces  d'arcs  employés  au  Moyen  Age 77 

4.  Exercice  obligatoire  de  l'arbalète  au  quatorzième  siècle 80 

5.  Les  confréries  do  l'arbalète  au  seizième  siècle 81 

6.  Le  jeu  du  Pape-Gaye 83 

7.  Jeux  publics  de  l'arc  et  de  l'arbalète  au  dix-neuvième  siècle 86 

8.  Un  ancien  jouet  des  enfants  suisses 88 

9.  Gravures  diverses  représentant  le  jeu  de  l'arc 88 

Decxième  partie.  —  Le  jeu  de  bague. 

1 .  Origine  mauresque  de  ce  jeu 91 

2.  La  bagU(!  à  cheval  dans  les  carrousels 91 

3.  Le  jeu  de  bague  perpendiculaire 92 


—  374  — 

4.  Les  jeux  de  l)ngiios  aux  scizièmo  cl  dix-septième  siècles,  il'afirès  îles  anciennes  estampes.  . .  03 

5.  Dcfinilion  du  jeu  de  hague  au  dix-lmilième  siècle 00 

6.  Le  jeu  de  bafjuc  de  Jean  Papillon  en  1766 !I7 

7.  Le  jeu  de  bague  du  jardin  de  Monceau,  près  Paris '.18 

8.  La  bague  cbinoise  au  jardin  Tivoli 100 

9    Jeu  de  bague  mû  par  des  [iihiales 101 

10.  La  promenailc  dédalicnnc. 102 

1 1.  Caricatures  polili(|ues  sur  le  jeu  de  bague 102 

12.  La  flolte  aérienne •. lOo 

13.  Les  manèges  de  chevaux  de  bois  depuis  le  second  Empire 100 

14.  Le  jeu  de  bague  à  pied 107 

1j.  Le  jeu  du  baquet 108 

10.  La  bague  sur  l'eau ; 110 

17.  L'oiseau  égyptien 112 

18.  Le  jeu  des  oiseaux  volligi'urs 113 

TiioisiÈMr  e.vnTiE.  —  Le  bilboquet. 

1 .  Description  du  jeu  et  origine  du  nom 114 

'2.  Fabrication  des  bilboquets IIG 

3.  La  foire  franche  des  bilboquets 116 

4.  La  passion  du  jeu  du  bilboquet  au  dix-liuilième  siècle 118 

5.  De  l'industrie  des  bilboquets  au  dix-neuvième  siècle 118 

6.  Le  bilbo(]uet  joué  avec  un  palet 121 

7.  Représentations  diverses  du  jeu  du  bilboquet 121 

OiATiinîMic  r.MiTiF.  —  Le  jeu  du  diable. 

1.  Composition  de  ce  jeu 122 

2.  Origine  chinoise  du  diable.  Sa  description  d'après  le  l'ère  Amiot 124 

3.  Emploi  des  diables  en  Chine  pour  remjilaeer  le  bruil  de  la  crécelle 124 

4.  De  la  vogue  du  diable  en  France  on  1812 120 

!i.  De  la  manière  de  jouer  an  diable 127 

6.  De  la  fabrication  des  diables 130 

7.  Estampes  satiriques  sur  le  jeu  du  diable 130 

CiN'oiiuùMF.  l'.MiTU:.  —  Le  jeu  de  rémigrette. 

1.  Délinition 131 

2.  La  satire  du  jeu  de  l'émigrette 132 

3.  Vogue  considérable  de  ce  jeu 132 

4.  lieprésenlalion  du  jeu  de  l'émigrette 134 

Sixii'.ME  p.MiTiK.  —  Le  jeu  de  tonneau. 

1.  Délinition  et  origine  probable  du  jeu  i\r  tonneau 13îi 

2.  Le  jeu  diî  grecque  au  dix-luiiiiènn'  siècle 13j 

3.  Tonneaux  en  forme  di'  trépied;  manière  de  pratiquer  ce  jeu  au  dix-neuvième  siècle 130 

SKPTnhii:  CAUTiR.   —  Le  jeu  du  bouchon  et  le  jeu  du  palet. 

1 .  Le  jeu  du  pali't  dans  l'antiiiuilé 139 

2.  Origine  du  jeu  du  bouchon 142 

3.  J(  u  de  bombiche  ou  p'u  de  galoche 142 

4.  Heprésentaliun  du  ji'Li  du  bouchon 144 


—  373  — 


CHAPITRE     IV 

,IEI'\    DE   It.M.I.F. 

l'iiKMiiîiiK  PAiiTii:.  —  Le  jeu  de  la  balle. 

1.  Déliiiilinii  ilii  j(>ii  ilo  la  IjjiIIc 1 4"> 

2.  La  balle  chez  los  Grecs  tt  chez  les  lioinains 1 4G 

3.  Les  jeux  de  IjhIIo  au  Moyen  Age liiO 

4.  Manière  de  fabriquer  les  balles.  Leur  composition \''>i 

5.  DilTérenles  manières  de  jouer  à  la  balle lll:! 

(j.   La  balle  eniiMiisoiinée i;;U 


Deixii'.me  PAiiTiE.  —  Le  jeu  du  ballon. 

i .  Déduilion.  —  Son  emploi  ciiez  les  Romains 1 54 

2.  Le  jeu  de  la  soûle  au  (|ualorzième  siècle Ib4 

3  Le  jeu  tlu  ballon  prali(|ué  par  les  rois  de  France 1:19 

4.  Manchons  cl  brassards  servant  à  lancer  le  ballon. i:J9 

5.  Manière  de  fabriquer  les  ballons IGl 

6.  Description  du  jeu  du  ballon 104 

Troisiiîme  partie.  —  liC  jeu  de  paume. 

1 .  Origine  de  ce  nom 105 

2.  Le  jeu  de  paume  ciiez  les  Grecs  et  chez  les  l^omains 1 6'j 

3.  Le  jeu  de  paume  à  la  cour  des  rois  de  France , 108 

4.  Diverses  inlerdictions  du  jeu  de  paume 170 

5.  La  paume  au  quinzième  siècle. 170 

6.  La  paume  au  seizième  siècle 171 

7.  L'équipe  du  jeu  fie  piumie  royal  sous  Louis  XIV 173 

8.  La  paume  considérée  comme  jeu  d'argent 174 

9.  Le  jeu  de  paume  devenu,  au  dix-septième  siècle,  un  speclacle  public 17.ï 

10.  Usages  et  coutumes  dans  les  jeux  de  paume  à  la  lin  du  dix-huitième  siècle 170 

11.  Diverses  espèces  de  jeu  de  paume 178 

12.  Les  tripots  ou  jiuix  de  paume  à  Paris 179 

13.  Le  Seruienl  du  jeu  de  paume 182 

14.  Le  jeu  de  paume  et  le  lawn-tennis 183 

1').  La  corporation  des  paulmiers-raquettiers 184 

16.  Description  du  métier  de  paulmier  au  dix-huitième  siècle In4 

17.  Les  balles  du  jeu  de  pauuie 18!; 

18.  Raquettes  et  balloirs 188 

19.  Arrêts  et  règlements  concernant  le  jeu  de  paume IflO 

20.  Gravures  représentant  le  jeu  de  paume 192 

21.  Poésies  sur  le  jeu  de  paume .    191 

QuATRii'.ME  PARTIE.  —  Le  jcu  du  mail,  de  la  crosse  et  du  croquet. 

1.  Dé(inilioi).  —  Le  jeu  du  mail  dans  l'anliquilé,  d'après  le  poêle  lalin  Quintus  Eniiius 190 

2.  Les  divers  jeux  du  mail  élablis  dans  Paris 190 

3.  Des  quatre  manières  de  jouer  au  mail 199 

4.  Origine  l)yzanline  du  jeu  de  polo 201 


—  37G  — 

;i.  Lo  jeu  (li^  lu  crohsp  ail  Irci/ioinc  sii'cle 202 

6.  Le  jeu  de  la  truie  el  îles  qiialre  aveugles 204 

7.  Lo  paiile-tnaillo,  aiicêlre  ilu  jeu  de  croquet 200 

8.  Le  jeu  de  la  crosse,  d'api  es  Stella 207 

9.  Le  jeu  royal  de  la  passe 208 

CiiNQuiÉMF,  PAnTiE.  —  Le  jeu  du  volant. 

\.  Le  jeu  de  voliiiil  de  la  reine  Clirisliiie  de  Suède 211 

2.  Le  volant  de  Frédéric  de  Prusse 211 

3.  DilIéreiUs  noms  du  volant  résultant  de  son  mode  de  fahricalion 213 

4.  Définition  du  jeu  du  volant 21  i 

!i.  Le  volant  au  cornet 210 

6.  Avanla^^es  du  jeu  du  volant  pour  la  jeunesse 217 

7.  Gravures  représentant  le  jeu  du  volant 21'.i 

8.  Poésie  sur  le  jeu  du  volant 222 

9.  Le  jeu  des  f^ràci's 224 


CHAPITRE   V 

JEIX    ItK    ItOVI.ES 

Piif.mikhe  l'AiiTiK.* —  Les  billes. 

1.  Délinilion 227 

2.  Le  jeu  de  la  dispersion  ou  du  cliastelct 228 

3.  La  tropa  ou  jeu  de  la  fossette 228 

4.  La  rangelte 231 

!).  Les  gohillcs  au  dix-huitième  siècle 232 

0.  DilTérents  jeux  de  billes 234 

7.  Importation  des  billes  étrangères 233 

8.  Fabrication  des  billes  à  Strasbourg 230 

9.  Diverses  représentations  du  jeu  de  billes 238 

Dkuxikmic  l'AiiriK.   —  Le  jeu  de  boules. 

1.  Définition.. 239 

2.  Le  jeu  de  boules  tlie/  les  anciens 23'J 

3.  Interdiction  du  jeu  de  boules  par  l'ordonnance  de  Charles  V,  en  1309 240 

4.  Anecdote  sur  Tiirenne  pris  comme  arbitre  dans  une  partie  de  boules 241 

'■I.  Les  boulingrins  an  dix-liiiiiièine  siècle  en  Angleterre 243 

G.   Le  coeboiinet. 243 

7.  Le  jeu  de  boules  d'après  les  e-iiampes  du  dix-seiitième  au  dix-neuvième  siècle 244 

8.  Le  jeu  ilu  clos-poite 232 

9.  Poésies  sur  le  jeu  de  boules 254 

10.  Tableaux  célèbres  représentant  le  jeu  di'  boules 255 

TiioisiÈME  p.\nTiii    —  Le  jeu  de  billard. 

1.  Origine  commune  du  jeu  de  mail  et  du  jeu  de  billard 256 

2.  Le  jeu  de  billard  au  seizième  siècle 260 

3.  Louis  Mil  el  le  jeu  de  billard. 261 

4.  Délinilion  du  jeu  de  billard  an  ilix-septième  siècle t 201 


—  ;{77  — 

."i.  Louis  XIV  fl  Cliiiinillard 264 

11.  I,e  liilliiiil  (le  Louis  XI\',  daiii'c's  une  eslaiiiiu;  lie 'rruuvniii oijC 

7.  Formes  el  matières  diverses  du  bàloii  scrvaiil  à  pousser  les  billes 207 

s.  Le  jeu  de  liillard,  d'après  Van  Loclioin 270 

1).  Les  billards  publics  au  dix-seplièuie  siècle 270 

10.  La  salle  de  billard  du  cbàleau  des  Tuileries  au  mouieut  de  la  lîévoluliou 271 

11.  Le  billard  allégori(|ue  de  M.  île  La  Fontaine 272 

12.  Le  jeu  de  la  poule  au  billard 274 

13.  Le  jeu  de  la  Montoison  eu  1821 274 

14.  lîiMards  à  musi([ue g-jg 

l'i.  Billards  à  bandes  mobiles 07c, 

10.  Diverses  nialières  servant  à  former  les  tables  de  billard 277 

17.  Hcpréscntalions  arlisli(|nes  ilii  jeu  de  billard 277 

18    Les  règln.s  du  jeu  de  billard  mises  en  vers 27H 


(JUAruiitMi':  eAiirii':.  —  Les  quilles. 

1.  Le  jeu  des  piijuels  clie/,  les  Romains 279 

2.  Le  jeu  des  coulcaux 280 

.'i.  Les  s(iuils  à  l'époque  carolingienne .               280 

4,  Les  quilles  au  quatorzième  siècle 281 

'■>.  Les  quilles  à  pirouette 284 

li.  Boileau  réputé  un  liabile  joueur  de  quilles 28') 

7.  De  l'ulilité  du  jeu  de  quilles  pour  développer  l'adresse  des  enfants 28."> 

8.  Le  jeu  des  quilles  suspendues 288 

'.t.  Diverses  représentations  du  jeu  de  quilles 28'J 

10.  Poésie  sur  le  jeu  de  (|uilles 2'J4 


CiNoi'JiiMic  i-AUTiii.  —  Le  jeu  du  Siam. 

1.  Disposition  de  ce  jeu 29") 

2.  Le  jeu  de  la  boule  plate  au  seizième  siècle 296 

H.  Supériorité  du  jeu  du  Siam  sur  le  jeu  de  quilles.  298 

4.  Origine  rlu  nom  donné  à  ce  jeu 298 


CHAPITRE    VI 

JEUX  GYMXASTiyUEïl 

l'ilEMIÉRE    PAIITIK.    —    Le    SaUt. 

1.  Les  exercices  du  saut  aux  temps  bomériipies 300 

2.  Les  plus  illustres  sauteurs  grecs 300 

li.  Diverses  espèces  de  sauts 300 

4.  Les  exercices  du  saut  au  seizième  siècle 302 

0.  Le  plus  illustre  sauteur  à  la  foire  de  Saint-Germain  au  dix-lmilième  siècle 304 

6.  Happort  du  colonel  Amoros  sur  le  saut 306 

7.  Diverses  espèces  de  sauts  pratiqués  dans  les  jeux  d'enfants 308 

8.  Le  saut  dans  le  cerceau 3O8 

9.  Le,  saut  à  la  corde 309 

10.  Poème  de  Katz  sur  le  jeu  du  saut  à  la  corde 3IO 

11.  Gravures  diverses  sur  le  jeu  de  la  corde 312 


—  378  — 


Deuxième  pahtik.  —  Le  saut  à  cloche-pied. 

1.  Analoyio  du  saut  à  cloclie-piod  et  de  la  danse 313 

2.  Ascoliasniiis  ou  le  jeu  des  outres  enflées,  en  Grèce 313 

3.  Les  jeux  à  cloclie-pied  clicz  les  Romains,  d'après  Pollii.v 314 

4.  La  mérclle  à  cloche-pied  au  seizième  siècle 310 

5.  La  marelle  à  cloche-pied  d'après  Stella 317 


Tiiui^iÉMii  PAiiTit:.  —  Coupe-téte  et  saute-mouton.  * 

1.   Heprésentation  anlique  ilu  jeu  de  saule-inuuluu 310 

3.  Le  jeu  du  coupe-teste  et  de  passavant  au  seizième  siècle 320 

3.  Le  jeu  de  la  poste  au  dix-septième  siècle , 320 


QuATiiiÈMii  PARTIE.  —  Le  cheval  fondu. 

Elyniologie  de  ce  mot 323 

De  la  manière  de  pratiquer  ce  jeu 324 

Faveur  de  ce  jeu  au  seizième  siècle 326 

Le  cheval  fondu  d'après  les  anciennes  gravures 327 


Ci.N'ouiÈME  l'AïuiK.  —  La  culbute,  le  pète-en-gueule  et  le  monde  renversé. 

1.  Le  jeu  du  calampo  dans  l'antiquité 328 

2.  La  roue  animée  ou  le  jeu  du  pèle-en-gueule 330 

3.  Représentation  de  ce  jeu  d'après  Van  Breugliel 332 

4.  Gravures  des  dix-septième  et  dix-huitième  siècles  ayant  représenté  ce  jeu 332 

0.  Le  monde  renversé 333 


Sixième  partie.  —  La  lutte. 

1.  Déliiiition 334 

2.  La  lulte  aux  temps  préhistoriques 336 

3.  La  lullo  dans  l'antiquité 336 

4.  Le  jeu  de  la  résistance  ou  l'assaut  du  château 338 

5.  Le  pugilat  cl  la  boxe 339 

6.  Les  jeux  de  la  lulte,  d'après  Stella 340 


Septième  pahtik.  —  La  danse. 

1.  La  danse  considérée  comme  ji'U  d'enfaiil 340 

2.  Le  jeu  de  la  grue  et  du  laliyrinlhe 341 

3.  Danses  sacrées  et  danses  guerrières  chez  les  Romains 342 

4.  Interdiction  des  danses  chez  les  chrétiens 344 

y.  Les  danses  au  Moyen  Age,  considérées  comme  spectacles 346 

6.  Persistance  des  danses  ecclésiastiques  en  France  et  en  Italie 348 

7.  Bals  et  ballets  au  commencement  du  dix-septième  siècle 348 

8.  Les  danses  enfantines,  d'après  les  anciennes  gravures 3.ïl 


379  - 


Hlith-.me  PAiiTiE.  —  Gymnastique. 

1.  SoD  origine  grecque 331 

2.  Les  exercices  de  gyiiinasliquc  faisant  parlic  de  i'éJiicalion  des  jeunes  gens,  d'après  Habclais.  3o2 

3.  Insliluls  de  gymnastique  étrangers 353 

4.  Métliode  amorosienne 3o4 

b.  Gymnasti(jue  scolaire  et  gymnasti(iue  médicale 3o"> 

Neuvièsie  partie.  —  L'escrime. 

1.  L'armalura  cliez  les  Romains 353 

2.  L'escrime  au  Moyen  Age  en  France 355 

3.  L'escrime  au  di.Kseplième  siècle,  d'après  Stella ;  30 

4.  Une  salle  d'armes  [lour  les  enfanis  en  1829 'iï>8 

5.  Pièce  de  vers  sur  rcm[iloi  do  l'épée 359 

Dixième  paiitie.  —  Patinage  et  glissade. 

1.  Avantages  du  patinage 360 

2.  Comment  on  apprend  à  paliner 362 

3.  De  la  fabrication  des  patins 362 

4.  Les  skies  norvégiens 364 

3.  La  glissoire  au  seizième  siècle 3C4 

Onzié.me  l'APTiE.  —  Les  petits  feux. 

1.  Leur  origine  antique 366 

2.  Signification  de  celle  coutume 367 

3.  Les  feux  de  joie  à  l'époque  ciirétienno 368 

Douzième  paiitie.  —  Le  jeu  de  la   pendaison 368 

Table  des  planclics  hors  texte 380 


TABLE  DES  PLANCHES  HORS  TEXTE 


Les  divers  jeux  d'onfaiils  usité-i  au  seizièmo  siècle  (Fronlispico) 0 

Les  jeiuv  des  cercles  au  Luxembourg 4 

Le  jeu  du  cerf-volant  au  di.x-liuitiènitf  siècle 12 

Le  cerl'-volaut 20 

Les  danseurs  dédiasses  aux  Cliain|is-Elysées 32 

Le  jeu  du  sabot 37 

Le  jeu  de  lu  toupie  en  Russie 42 

Le  jeu  (lu  toton  ou  de  la  pirouette 50 

Le  prix  de  la  course '63 

Aux  barres,  coupe-lêle  et  autres  jeux rj9 

Le  jeu  des  (juatre-coins 63 

Le  jeu  des  quatre-coins 6"> 

Le  jeu  de  eache-caclic  mitoulas 71 

Le  caclie  caclie 72 

Le  lir  au  pape-gayc  eu  Bel^^ique 76 

Les  occupations  du  dimanche 79 

A  tirer  au  pape-gaye  et  autres  jeux 8r> 

Le  roi  du  jeu  du  pape-gaye 87 

Le  jeu  du  lir  à  l'arc 80 

Course  à  la  bague 95 

Jeu  de  bague  (époque  Louis-Pliilippo) 96 

Jeu  de  bague  édilié  dans  le  jardin  de  Monceau,  près  Paris 99 

Les  amusements  <le  la  bague  chinoise  au  jardin  de  Tivoli i'M 

Vue  perspective  d'un  jeu  de  bague dCl 

Le  jeu  de  bague  ou  jeu  du  baquet 100 

Tirer  la  jatte  et  autres  jeux 109 

Le  jeu  à  tirer  la  jatte 1 1 1 

L»  jeu  du  bilboquet 11.') 


—  381   - 

Lit  fuiru  fraiiclio  des  bilboquets 117 

Au  bilboquet  et  autres  jeu.\ ..■.■.;..■.,,  110 

Le  diable  ol  le  bilboquet ;..■...; ; fia 

La  iiiaiiicrc  de  jouer  au  diable \2^ 

La  vengeance  des  diables '. 12.) 

Le  jeu  du  diable 126 

Le  jeu  du  diable  et  ses  accessoires 120 

La  manière  de  jouer  au  diable i:i(» 

Mirabeau,  cbcf  d'uuc  légion  de  l'armée  noire  et  jaune  en  grand  unilorme i:i:! 

Le  jeu  du  tonneau. ..'..:.>..■ i:n 

Le  jeu  du  tonneau,  d'après  Ueeam|is •.  .'■.' l'M 

Les  diiïérentes  matières  de  jouer  au    [lalel .-    ■. .    .    .  141 

Les  papas  jouant  au  petit  palel. 143 

A  la  balle  et  autres  jeux 147 

A  la  fossette  aux  esteufs  et  auirrs  jeux i . . . .  i'6'2 

L'Iionime  aux  ballons 15o 

Les  jeux  do  mandorc,  pipuet  et  aiilres  jeux 1S7 

Le  jeu  du  ballon 16S 

La  longue  paume  des  Ciiamps-Éljsées 17i 

Un  brosseticr  marcliand  de  raquettes 184- 

La  raquette  et  le  volant. 1?8 

Le  jeu  de  paume 191 

Le  jeu  de  la  longue  paume 193 

Un  jeu  de  paume  sous  le  premier  Empire 19î> 

Sauter  dans  le  cerceau  et  autres  jeux 197 

Divers  jeux  en  usage  au  seizième  siècle 205 

Le  jeu  royal  de  la  passe 209 

Le  volant 214 

Le  jeu  de  la  bague  volante 223 

Les  divers  jeux  de  billes 229 

La  bloquette 230 

La  fossette  ou  le  jeu  de  noyaux ''i33 

L'enfance 237 

A  la  roulée  aux  œufs  et  autres  jeux .' 242 

Le  jeu  du  clos-porte  en  Hollande 249 

Le  jeu  de  boules  de  Carie  Vcrnet 2oi 

Le  jeu  du  clos-porte  au  seizième  siècle 253 

Le  jeu  du  billard  en  terre  au  seizième  siècle 257 

Le  royal  jeu  des  fortifications 263 

La  partie  de  billard  de  Louis  XIV  avec  Cbamillard 265 

Le  jeu  du  billard 269 

Le  jeu  de  billard,  de  Marlet 270 

Tableau  de  la  poule  au  billard 273 

Billard  à  musique,  exposé  par  P.  Cbarles  Cliéreau •  ■  275 

Le  jeu  de  quilles 283 

Le  jeu  des  sages 284 

Le  jeu  du  lapin 2f  8 

Le  jeu  des  quilles  et  le  jeu  du  Siam 291 

Une  partie  de  quilles 292 

Une  tourneuse  marcbande  de  jouets  et  de  jeux 294 

Divers  jeux  en  usage  au  seizième  siècle 297 

La  corde,  d'après  la  suite  des  Petits  polissons  de  Paris 301 

Le  saut,  dit  «  saut  du  cbat  »,  qu'on  fait  au  siège  et  au  banc 303 

Le  saut  en  arrière  retourné,  élevé  sur  les  deux  tréteaux 305 

Le  saut  à  la  corde  au  dix-neuvième  siècle 3i2 

Le  franc  du  carreau  et  autres  jeux 315 


Le  coupe-tête 311 

Le  jeu  du  clieval  fontlu 325 

Le  cheval  fondu  d'après  Boucher 320 

Diverses  manières  do  faire  la  culhute 320 

La  culbute  et  la  lutte 331 

Les  diverses  formes  de  la  lutte 333 

Je  suis  dessus  ta  terre,  vilain  ;  et  aulres  jeux 337 

La  danse  et  les  exercices  de  traction 343 

Un  bal  à  l'époque  révolutionnaire 345 

La  danse,  d'après  les  «  Quatre  iiges  de  la  vie  »,  de  Stella 347 

La  leçon  de  danse 34y 

Un  bal  paré  au  dix-septième  siècle 3oO 

Gymnase  normal  militaire  el  civil 3  2 

La  leçon  d'escrime 357 

Les  plaisirs  de  l'hiver 361 

Le  patinage  au  dix-huitième  siècle 362 

Les  traîneaux 363 

Les  amusements  du  feu  et  de  l'eau 365 

Le  feu  de  la  Saint-Jean 309 


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